CHAPITRE VIII
Élections des papes Léon XI et Paul V. — Le cardinal de Sourdis fait annuler l'élection du cardinal Tosco.— La peste à Bordeaux. — Conduite admirable du maréchal d'Ornano. — Sainte mort d'un Algérien. — Lampe votée à Notre-Dame de Lorette. — Troubles suscités par les protestants. — Assemblée générale du Clergé. — Le Jubilé à Bordeaux.
Le pape Clément VIll rendit son âme à Dieu le 5 mars 4605. Aussitôt que sa mort fut connue, le cardinal d'Ossat, ambassadeur de ïlenri IV à Rome, réunit en son palais les cardinaux français, et leur rappela les instructions du roi. Henri avait désigné deux candidats dont le choix lui eut été particulièrement agréable. Mais lorsqu'on en vint à discuter le mérite de ces personnages, le cardinal-archevêque de Bordeaux déclara nettement qu il ne donnerait pas sa voix au premier, parce qu il ne le connaissait pas, et qu'il ne nommerait pas le second, parce qu'il ne le jugeait pas digne de ces hautes fonctions; que, du reste, pour prendre une détermination sérieuse il fallait être au conclave, et avoir entendu la messe du Saint-Esprit. Il refusa donc de s'associer à aucune combinaison arrêtée d'avance, bien décidé à se réunir aux membres du Sacré-Collége, qui n'avaient en vue que l'intérêt de l'Église.
Le conclave se réunit le 14 mars; dès le premier jour, les partis se dessinèrent nettement et proclamèrent leurs candidats. La faction espagnole, qui avait pour chef le cardinal de Montalte, désigna au choix du Sacré-Gollége Antonio Sauli, génois; la faction italienne, qui suivait l'impulsion du fier Aldobrandini, neveu et camerlingue de Clément YIII, proposait Robert Bellarmin; la faction française, obéissant aux conseils de son doyen, le cardinal de Joyeuse, s'abstint et attendit les événements. Seul, M^' de Sourdis n'accepta pas cette direction.
Il y avait au conclave un homme qui l'emportait sur tous ses concurrents par sa piété et son swoir : c'était Baronius.
Un très grand nombre de cardinaux faisaient des vœux secrets pour lui ; mais nul n'osait le désigner hautement, de peur de blesser la faction espagnole qui avait, dès Torigine, demandé son exclusion. Il s'était môme passé à cet égard un fait sans exemple dans les annales des conclaves. Le cardinal de Gosme, doyen du Sacré-Collége, produisit au conclave, réuni en assemblée préparatoire, deux lettres de Laurent Suarès de Figueroa, vice-roi de Sicile, adressées, Tune au Sacré-Collége, l'autre au Pape, par lesquelles il dénonçait les livres de Baronius comme contenant plusieurs choses contraires à la vérité et aux intérêts du roi son maître, touchant l'administration de ses États.
Baronius se défendit avec tant d'éloquence et de feu, il produisit une telle impression sur la vénérable assemblée, que si le conclave eût été ouvert, on l'eût porté sans opposition sur la chaire de saint Pierre. Une enquête fut ouverte, et il demeura établi que les lettres étaient supposées.
M^' de Sourdis se fit le champion de Baronius, et proclama hautement sa candidature. Accueilli froidement d'abord, il ne tarda pas à trouver de nombreuses adhésions. Ses ennemis affectèrent de tourner en ridicule ses démarches et son activité; on alla même jusquà le qualifier de « général des postes. » Cependant, il arriva un jour que le scrutin donna trente voix à Baronius.
Le cardinal de Joyeuse subit lui-même un instant l'influence de rarchevcque de Bordeaux; mais les Espagnols suscitèrent tant de difficultés à cette élection, qu'on fut obligé de prendre une détermination subite.
La faction française était si influente, que le parti du côté duquel elle se rangeait devenait prédominant. Un jour, Joyeuse proposa au choix des Aldobrandins Alexandre de Médicis, cardinal de Florence. Aldobrandini ayant accueilli ce choix, Joyeuse fit monter Médicis sur le trône, et l'adora avec tous les Français. Aldobrandini vint à son tour avec les Italiens, et Alexandre de Médicis fut élu pape, sous le nom de Léon XI, malgré les protestations des Espagnols, qui soutinrent que l'élection n'était pas canonique.
Léon XI ne fit que passer sur le trône pontifical : il mourut vingtcinq jours après son élection.
A la suite de la neuvaine imposée par le cérémonial, le conclave se
réiin i t de nouveau . Saul i , Bellarm in , Mariano et Pierre-Benoît Camerino eurent chacun un parti.
Au milieu de toutes les brigues qui se croisent et s'enlacent, Aldobrandini, abandonnant le parti français, passe brusquement aux Espagnols, et leur propose Dominique Tosco de Reggio. Ce choix est approuvé: Tosco est enlevé de sa chambre et conduit à la chapelle Sixtine. L'adoration commence,^ les domestiques du conclave pillent, suivant l'usage, la chambre du nouvel élu : il est proclamé. Tout à coup une voix s'élève, c'est celle du cardinal de Sourdis : Non, non, nous ne voulons pas de Tosco, c'est Baronius qu'il nous faut, et un très grand nombre de voix répètent : Baronius! Baronius! Aussitôt le cardinal de Bordeaux, gravissant les marches du trône, force Tosco à en descendre. En même temps les partisans de Baronius l'entraînent et le conduisent à la chapelle pour le proclamer.
Cet acte si hardi sauva peut-être la tiare pontificale d'une tache. On reprochait à Tosco des mœurs trop faciles. Il était d'une grande vulgarité de manières, et avait souvent à la bouche un mot trivial, familier à la population transteverine.
Pendant ce conflit, les chefs des diverses factions se réunirent. Aldobrandini, par une inspiration soudaine, vint demander la médiation du cardinal de Joyeuse et proposa à son choix Camille Borghèse. Joyeuse s'empressa d'accepter, et il insista près de Montalte pour quil s'unît à lui. L'intérêt de TÉglise fît taire l'ambition du chef de parti, et les trois factions réunies dans une même pensée se rendirent à l'adoration. Le 16 mai, l'élection de Borghèse fut confirmée dans la chapelle Pauline. Le nouveau pape prit le nom de Paul V.
Henri IV apprit avec satisfaction le choix du Sacré-Collége. Néanmoins, il ne pardonna pas au cardinal de Sourdis le peu de cas qu il avait fait de ses instructions, et il supprima la pension qu'il lui accordait chaque année pour soutenir son rang.
Pendant son séjour à Rome, le cardinal de Sourdis eut à regretter la mort du savant et vertueux évêque de Bazas, Armand de Pontac, l'un de ses meilleurs amis. C'était l'un des plus illustres prélats de son siècle.
Il apprit avec un surcroît de douleur que Tépidémie continuait ses ravages dans le Bordelais,
Comme on l'a déjà dit, Bordeaux était entouré de marais ou palus qui s'étendaient au loin, et dont les exhalaisons apportaient presque chaque année la mort au sein de la population. En 1599, un ingénieur flamand, nommé Conrad Gaussens (^), avait traité avec la ville pour le dessèchement de ces palus; mais lorsqu'il avait voulu commencer les travaux, il en avait été empêché par le duc de Caudale, qui, depuis le temps du cardinal Ilugotioni, était en querelle avec la ville, au sujet de ces terrains (^).
Il avait fallu que le Parlement intervînt et que la ville lui abandonnât une partie de seigneurie pour le bien de la paix. Néanmoins cette œuvre n'avait pas abouti. Plus tard, c'est à dire en 1615, et lorsque le cardinal de Sourdis eut desséché, comme on le verra dans la suite, les marais qui séparaient ses jardins de la Chartreuse, Conrad Gaussens entreprit encore d'assainir les palus de Blanquefort. C'était au moment du mariage de Louis XIII. Le hasard mit Conrad en relation avec Bertingant, qui, après avoir été premier valet de chambre de Henri IV, était resté au service de la reine-mère. Bertingant, frappé des avantages pécuniaires qui devaient résulter de cette entreprise, fit les avances de fonds nécessaires. Mais lorsque Gaussens voulut commencer les travaux, il rencontra une vive résistance, tant de la populace que des habitants de Blanquefort. Il fallut toute finfluence de Marie de Médicis pour dompter cette opposition. Néanmoins, l'œuvre de Conrad Gaussens ne put s'achever et resta incomplète.
La peste décimait la ville, lorsque le cardinal de Sourdis était venu prendre possession de son siège. Elle éclata de nouveau à Blaye en 1604, et s'étendit bientôt jusqu'à Bordeaux. Bénigne pendant l'hiver, elle redoubla d'intensité au printemps, et lorsque survint l'été, elle couvrit toute la cité d'un crêpe funèbre.
Le maréchal d'Ornano, gouverneur de la province de Bordeaux, se trouvait alors à Agen, où il résidait avec l'agrément du roi. Dès qu'il apprit les malheurs qui frappaient la ville, il se hâta d'y rentrer pour rassurer les malades, et encourager, par son exemple, le dévouement du petit nouibre d'habitants que le fléau avait épargnés.
Ce fut en vain que par plusieurs lettres le roi le pressa de retour-
(') Chrotiiquc bourdch.ise, \) 111,
C) Voyc/. noire Histoire de Pcj.-Bc^ lnnrl.
ner dans sa résidence; il répondit qu'il voulait partager le sort des jurais et des bourgeois, et mourir avec eux. Dès son arrivée, il prit la direction des secours à délivrer aux malades. Chaque jour, il traversait, au pas de son cheval, les rues de la ville, une bourse ouverte à Tarçon de sa selle, distribuant des aumônes aux malades qui pouvaient se traîner jusqu'à lui. Il entrait dans les maisons marquées do la funèbre croix rouge, emblème delà peste, et visitait les mourants et les morts avec plus de sangfroid et de courage que les hommes de l'art eux-mêmes. Une ou deux fois par semaine, il faisait ouvrir les portes de l'hôpital de la peste, stationnait dans la grande cour, et recueillait les plaintes et les doléances des malades, pour les reporter ensuite aux jurats. C'était lui qui servait d'intermédiaire entre les nécessiteux et le bureau de police ; il était infatigable dans ses réclamations, et ne les cessait que lorsqu'il y avait été fait droit. Sa cave était ouverte aux pauvres, et même aux bourgeois. Chaque jour, ses gens recevaient l'ordre de porter des vivres dans un certain nombre d'habitations.
Il fut admirablement secondé dans ses efforts; le Parlement institua dans riIôte)-de-Yille un bureau de police que dirigeait un président à mortier, assisté de deux conseillers, de tous les jurats, et d'un certain nombre de bourgeois.
Les Capucins voulurent acquitter la dette de reconnaissance qu'ils avaient contractée avec la ville. Outre Vhôpital de la peste, il y avait près de l'église de Saint-Rémy une maison que l'on avait convertie en hospice, et où Ton portait les malades abandonnés. Tous les religieux voulurent s'y renfermer. 11 fallut recourir à la voie du sort, qui désigna le père Siméon de Rhodez, et le père Polycarpe de Marsiac. Le père Siméon fut atteint de la peste et mourut saintement, le 27 septembre. D'autres lui succédèrent, qui furent frappés comme lui, et tous virent arriver la mort avec joie. N'était-ce pas pour eux le premier jour de la vie éternelle?
La chronique de Dalerme signale l'admirable conduite d'un Algérien récemment converti au catholicisme et nommé Jean-Baptiste. Cet homme avait opéré en son temps des cures remarquables, et il ne faisait nul cas de l'épidémie dont, suivant son opinion, l'intensité était entretenue par Tignorance de ceux qui pansaient les malades et nettoyaient les niaisons des pestiférés. Il s'offrit d'entrer dans l'hôpi-
tal, et il se consacra au service des pestiférés; mais devant l'intensité du mal, son dévouement fut inutile. Il fut frappé, et mourut en môme temps qu'un jeune homme dont il avait fait son disciple et son compagnon.
Voyant que tous les efforts employés pour conjurer le fléau étaient demeurés impuissants, le maréchal d'Ornano, dont la piété était profonde, réunit les jurais et leur proposa de recourir à la clémence de Dieu et de réclamer Tintercession de sa divine Mère en faveur du peuple de Bordeaux.
Mais laissons parler le naïf chroniqueur :
<r Le 13 juin, audit an 1605, ledit seigneur mareschal d'Ornano et les sieurs jurais voyans que la contagion pulluloit et augmentoit de jour à autre, et que les remèdes des hommes estoyent fort peu profitables, firent le vœu à Dieu duquel la teneur s'ensuit :
)> Le 23 juin 1605, vigile du jour et feste de saint Jean-Baptiste, au devant de Tllostel commun de la présente ville et cité deBourdeaux, furent assemblez : Messire Alphonse d'Ornano, mareschal de France, lieutenant général pour le Roy en la prouince de Guyenne, maire, et les jurais gouverneurs de ladite ville, etc., pour traiter des affaires concernans la contagion présente. Après auoir tenu diuers propos làdessus et remarqué comme ce fléau deuoit venir du ciel, pour les péchez du peuple, parce que la diuine iustice auoit commencé d'affliger la ville depuis six ou sept ans, ne laissant guères passer un renouueau de lune sans frapper quelque maison. Et toutesfoisil semblait que la miséricorde combatoit auec la iustice, en ce que le mal ne s'espandoit hors desdites maisons, et encores espagnoit les aucuns qui demeuroyent dans icelles, sans participer audit mal, comme on a veu d'autrefois en pareilles maladies. Ce qui fesoit croire ausdits maire et jurais, que Dieu estoit retenu par sa bonté et miséricorde, et d'auanture lié par la prière d'aucuns, qui s'opposoyent par oraisons, et autres saincts exercices continuels, que la iustice ne vint à décocher toutes les flèches de la diuine vengence sur tout le reste de ladite ville. Pour ces considérations, lesdits sieurs maire et jurais, gouuerneurs de la présente ville et cité de Bourdeaux, l'un après l'autre d'une commune voix ont taict vœu, et voilent solennellement à Dieu, tant pour leurs successeurs auxdltes charges que pour le public de ladite ville et cité. Que lors(|u'il aura pieu à sa
clémence infinie d'apaiser son courroux, retirer son fléau, et garantir ladite ville de ce mal contagieux de peste, et Ten préseruer, ladite ville donnera à sa saincte iMaiesté, et à Thonneur de la très sacrée et itnmaculée Vierge, mère de Notre Sauueur et Rédempteur Jésus- Christ, le modèle et pourtraict des armoiries de ladite ville de Bourdeaux, du pois de 18 marcs de pur argent, et Tenvoyra à réglise Nostre-Dame de Lorette, pour y demeurer à perpétuité, en reconnaissance de ces grands biens faicts. Et afin que le temps n'efface la mémoire d'iceux, lesdits maire et jurats vouent aussi pour eux et leurs successeurs ausdites charges, que tous les ans, le iour et feste de la Visitation Nostre-Dame, ils iront en Téglise Nostre- Dame du Chapelet de ladite ville, faire célébrer une messe et chanter les litanies Nostre-Dame, auec leurs robes de liurée. Et feront aussi à perpétuité, tous les samedis de Tan, chanter audit couuent du Chapelet lesdites litanies; et pour récompence fairont un don annuel aux religieux dudit couuent de la somme de 30 Hures, qui leur seront payées par le thrésorier de la ville et sur le reuenu dMcelle. Et d'abondant iront, lesdits sieurs maire et jurats, en la procession qui se fait annuellement les iour et feste de TAnnonciation Nostre-Dame, et à ceste fin se rendront ledit iour, en l'église métropolitaine Sainct-André, pour ouyr la messe, et fugure icelle procession au lieu de Saint-Seruice, et audit lieu ouyr le sermon qu'on a accoustumé de faire. »
L'abbé Salviati, pour souscrire au vœu de l'édilité, ordonna pour le dimanche suivant une procession solennelle.
A la messe, qui fut célébrée par le doyen du chapitre, le maréchal d'Ornano et les jurats se présentèrent à l'offrande, et remirent entre les mains du célébrant une copie de ce vœu signé de tous les jurais, qui fut lu publiquement, et le sieur Noysset, curé de Sainte- Colombe, fut chargé de porter à Lorette le don des Bordelais. On y lisait le médiocre distique suivant dû au labeur d'un avocat au Parlement :
Vovit et exsolvit tibi, lampada, yirgo parensque, Burdigala afflictis civibiis adfer opem.
Cet ardent appel à la Mère de toute miséricorde eut pour résultat immédiat de rassurer la population et de ranimer son courage.
Dans les grandes calamités, il est clans la nnlure de Thomme d'élever ses regards vers Dieu. De tous temps, la Guienne s'est fait remarquer par sa confiance envers la Sainte Vierge : les nombreux pèlerinages qui parsèment la province, comme autant de saintes oasis, en sont la preuve; l'épaulette de rofficier, la croix du bravo, y sont suspendues à côté de la nef du nautonier et de rhumble offrande de la mère éplorée. Depuis trois ans, la piété du vénérable chef du diocèse a voulu que la tour de Pey-Berland, restaurée par ses soins, portât vers les cieux la statue de Notre-Dame d'Aquitaine, qui, semblable à un phare protecteur, fait jaillir dans l'azur du ciel ses rayons dorés. Aujourd'hui, le matelot qui part pour la rive lointaine s'est habitué à lui adresser sa dernière prière, comme le pécheur de Boulogne, en sortant du port, se découvre et s'incline devant le dôme gigantesque, œuvre d'amour et de foi, qu'un humble prùlre a élevé à iMarie. De notre temps, les libres penseurs font de fréquents appels à la fraternité. Si elle doit un jour régner sur la terre, c'est que les hommes se seront tendu la main aux pieds des autels de la Mère de tous les chrétiens.
Après l'accomplissement de ce pieux devoir, le maréchal d'Ornano redoubla de zèle et d'ardeur. Non content de passer les jours à visiter les malades, il consacra ses nuits à assurer la tranquillité de la ville.
Pour seconder les magistrats, il mit à leur disposition une partie de la garnison du château Trompette, et fit, à la tête de ses soldats, de nombreuses patrouilles ; enfin, il offrit à la ville de lui avancer deux ou trois mille écus pour faire face aux dépenses que nécessitait la contagion.
Henri IV admira ce dévouement du maréchal, mais il ne crut pas devoir en abuser. Il lui écrivit de nouvelles lettres, et, cette fois, il parla en maître qui veut être obéi, et enjoignit à son vieux camarade de se retirer à Libourne.
D'Ornano partit. Presque aussitôt ses regrets furent adoucis, car il apprit l'arrivée prochaine du cardinal de Sourdis.
Larchcvèque avait quitté Rome, dès que ses devoirs envers le nouveau pontife le lui avaient permis; il n'avait pas pu néanmoins se rendre immédiatiMuent dans son diocèse, obligé qu'il avait été d'aller à Paris se juslilirr [très du roi. Henri IV rav.\il rei^'uavec la pétuianlt.»
vivacité de son caractère gascon ; mais la sévérité de ses reproches navait pu affecter le cœur du cardinal, qui était convaincu d'avoir agi pour le bien de TEglise. Ap»'ès avoir pris congé du souverain, il se hâta de revenir à Bordeaux; mais son voyage fut retardé par une maladie grave qui le retint à Tours.
Les jurais vinrent recevoir le cardinal, au bord du fleuve, avec le cérémonial usité. M. de Sourdis prit à peine le temps d'entendre leur harangue; il courut à la primatiale se prosterner au pied du Saint Sacrement, offrant à Dieu le sacrifice de sa vie en échange de celle de son troupeau. Le même jour, il commença ses visites dans les quartiers le plus gravement atteints par le fléau, portant aux mourants les suprêmes consolations de l'Église, distribuant aux malades le pain de vie, pleurant avec les veuves et les orphelins. Son zèle stimula Tardeur du clergé, des religieux et des Dames de la Miséricorde; et comme saint Charles Borromée, il eut la satisfaction de reconnaître que, dans les grandes calamités qu'il plaît à Dieu de nous envoyer, la foi et la charité sont plus puissantes que les ressources limitées de la science humaine.
Le dernier acte administratif que Ton connaisse, pour l'année 1605, fut la célébration d'un jubilé ordonné par Paul V, à l'occasion de la marche victorieuse des Turcs à travers la Hongrie. Ce triomphe de l'islamisme était un sujet de douleur et de honte pour toute la chrétienté, et le Souverain Pontife avait désiré que tous les chrétiens demandassent avec confiance à l'Éternel qu'il voulût bien arrêter ce torrent destructeur.
L'archevêque dirigea lui-même les exercices de ce jubilé, qui dura huit jours, et qui fut suivi par toute la population.