‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 11 sur 55 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

RèjTlements édictés au commencement de l'année. — Fondation de l'ordre de Notre-Dame, — M"* de Lestonnac. — Synodes. — Les Clarisses de Périg-ueux. — Le clergé de Saint- Émilion. — Visite du cardinal dans l'arcliiprêtré de Fronsac. — Privilég-es de la collégiale de Saint-Émilion. — Règlements édictés par le cardinal.

(( Cette année 1606, dit le chanoine Bertheaud, sera grandement signalée par beaucoup de belles et glorieuses actions tendantes à la gloire de Dieu et conservation de l'autorité ecclésiastique, mais qui seront furieusement contrepointées sur le déclin de la même année. C'est pourquoi, laissant à part le récit des actions ordinaires de direction, continuation de prédications, piété et libéralité envers les pauvres en ce commencement, voici les règlements et autres choses de remarque avant la tenue du synode. y>

Le fidèle secrétaire du cardinal enregistra ensuite les prescriptions suivantes :

Tous les curés sont obligés de justifier, avant l'obtention de leurs titres, qu ils possèdent la Bible, la Vie des Saints, le Guide des Curés de Milhard, le Catéchisme du Concile de Trente, le Concile provincial et les Cas réservés.

Un vieux curé s'était fliit ermite à Cambes; mais il passait sa vie à courir les paroisses, prêchant et administrant les sacrements. Le cardinal lui intime de rentrer dans sa retraite.

Le jour de la Purification de Notre-Dame, les prédicateurs sont invités à expliquer au peuple le sens des cérémonies extérieures du culte et le but des processions ordonnées par FÉglise.

Il rend une ordonnance pour régler les honoraires des ecclésiastiques qui assistent aux sépultures et bénissent les mariages.

En même temps, il règle le droit de sépulture dans les églises et les conditions auxquelles on pouvait obtenir cette faveur. On retrouvera le texte de ces ordonnances dans une note.

Un capitaine de rarchiprêtré d'Entro-deux-Mers avait frappé le curé de sa paroisse. Le cardinal fulmine contre lui une sentence d'excommunication. Il reconniiande en uiême temps aux ecclésiastiques de ne pas souffrir qu il soit fait le moindre outrage à leur caractère.

Il octroie une indulgence de quarante jours à toute personne qui, dans Toctave de la fête de Pâques, visiterait, avec les conditions requises, la chapelle du couvent des Chartreux, située sur le port, hors de la ville. Cette ordonnance, rendue sur les instances des religieux de Yauclair, n'était que le renouvellement d'un décret daté de 1460.

A cette époque, il restait dans la nef de l'église primatiale des galeries destinées aux personnages les plus éminents de la ville. Au côté nord il en existait une destinée au Chapitre. Sous Henri III, le Parlement en avait fait- construire deux autres, près de la chaire, en face, mais à une plus grande élévation ; il y en avait une quatrième dont jouissaient le présidial et ses officiers. A leur tour, les jurats voulurent une place distincte et commode. Le cardinal la leur accorde dans les termes les plus gracieux, et les autorise à en établir une cinquième au dessus de la porte du cloître.

Ces décisions sont suivies de la célèbre ordonnance du 25 mars 1600, qui approuve la fondation, à Bordeaux, du couvent des Filles de Noire-Dame.

L'éclat dont a brillé cette Maison, les nombreuses succursales qui en sont sorties, les services immenses que l'Ordre a rendus aux familles chrétiennes, tout, en un mot, oblige d'entrer dans de nombreux détails sur cette importante fondation.

En prenant les rênes du diocèse, le cardinal avait vu avec peine qu'il n'existait dans le Bordelais qu'un seul couvent de femmes, et que, par son peu d'amour pour la discipline, son peu d'attachement à la règle , ce couvent ne pouvait être que d'une médiocre utilité pour le bien de la religion et l'amélioration des mœurs. Plus tard, sa préoccupation s'augmenta, lorsqu'il vit le peu de soin qu'on apportait à l'éducation des jeunes personnes, dont la plupart étaient abandonnées à des institutrices laïques d'une moralité douteuse et trop souvent imbues des doctrines du protestantisme. Il appréciait l'enseignement donné par les Jésuites. Il voyait avec quelle vigilance ces

religieux étudiaient le caractère de leurs élèves pour en développer les aptitudes, quels soins ils prenaient pour écarter d'eux les atteintes du vice. Il se demandait si une congrégation de femmes, dirigées par des règles analogues à celles de la Société de Jésus, ne pourrait pas obtenir sur Tesprit des jeunes filles des résultats aussi consolants.

Il y attachait d'autant plus de prix, qu'il savait que l'homme devient meilleur lorsqu'il trouve au foyer domestique, dans la personne d'une mère chrétienne, les vertus qui élèvent la pensée vers Dieu et le font bénir au sein de la famille.

Pendant qu'il nourrissait cette pensée. Dieu inspirait à une pieuse et noble dame le désir de se vouer à l'éducation des jeunes filles, et lorsque le prélat cherchait encore à réaliser son projet, elle venait humblement soumettre à sa sanction les statuts qu'elle avait rédigés. Cette dame était la vénérable Jeanne de Lestonnac, marquise de ]\]ontferrand.

Jeanne de Lestonnac naquit à Bordeaux en l'an 4556. Son père, Richard de Lestonnac, descendait dune famille distinguée dans la robe, et était conseiller au Parlement.

Sa mère, Jeanne d'Eyquem de Montaigne, était la sœur du célèbre auteur des Essais. Elle avait eu de son mariage quatre enfants, dont Jeanne était l'aînée.

Il n'est plus douteux que la mère de la vénérable avait embrassé en secret le protestantisme, et qu'elle fit tous ses efforts pour inspirer à sa fille les principes de l'hérésie. Mais Dieu ne permit pas que cette jeune enfant fût enlevée à la religion de ses pères. Sa foi resta intacte au milieu des séductions dont elle fut entourée. Dès sa plus tendre jeunesse, Jeanne montra une piété profonde, un irrésistible penchant à la vie monastique. Si sa ûuiiille n'eût écouté que ses désirs, elle lui eût permis de prendre le voile dès que les portes d'un couvent eussent pu lui être ouvertes. Mais alors elle n'eût pas rempli la mission qui lui était réservée, mission qui a été si féconde dans le passé, qui le sera encore dans l'avenir.

Dès qu'elle eut atteint sa dix-septième année, ses parents la donnèrent en mariage à Gaston, marquis de Monferrand, baron de Landiras, dont le père avait été lieutenant du roi en Guienne et gouverneur de Bordeaux. Sa maison, une des plus illustres du royaume, était alliée à celles de France, d'Aragon et de Navarre.

La marquise fut le mod(Me des épouses, eomme elle avait été eelui des jeunes filles. Attentive à complaire à son mari, à prévenir ses désirs, elle se faisait encore remarquer par son zèle pour l'instruction religieuse de ses domestiques, par sa vigilance sur ses enfants, par son mépris pour les plaisirs du siècle, sa piété profonde envers le Sauveur des hommes, sa tendre affection pour Marie.

A peine était-elle unie à M. de Montferrand que son père lui fut enlevé. Les devoirs de la maternité adoucirent l'amertume de cette perte irréparable. Elle devint mère de sept enfants. Trois moururent en bas âge. Il lui resta trois fdles, dont deux prirent le voile; la plus jeune trouva dans le monde un époux de son choix. Elle n'eut qu un fils pour soutenir la maison et en recueillir le riche héritage.

Après vingt- quatre années d'une union qu'avait embellie la pratique de toutes les vertus, M""^ de Montferrand perdit son époux : sa douleur fut immense. Mais lorsque la piété eut rendu quelque force à son âme abattue, elle se demanda quels étaient les desseins de Dieu sur elle, dans sa nouvelle position. Alors elle se rappela les douces années de sa jeunesse, ses naïves prières, ce cloître dont elle entrevoyait dans ses rêves le calme et le silence. Le besoin de la vie contemplative se fit sentir en elle avec une force plus vive, et elle résolut de renoncer à tout jamais au monde et aux joies de la famille pour embrasser la vie religieuse.

Avant tout, elle s'occupa des intérêts de ceux qui lui étaient chers. Deux de ses filles prirent le voile dans ce couvent de TAnnonciade dont la main de M. de Sourdis devait plus tard les arracher pour les réunir à leur mère, et son fils fut envoyé à Rome, séjour obligé des jeunes gentilshommes qui, à la connaissance de l'antiquité, voulaient joindre celle de toutes les grandes choses qu'on enseignait dans celle capitale.

La pieuse veuve passe ensuite six années dans une retraite [profonde, dont elle ne sortait que pour visiter la misère et la souffrance dans leurs réduits les plus cachés, à fréquenter les églises, à visiter les hôpitaux, à prier et à verser aux pieds des autels ces laruics qui soulagent et rafraîchissent le cœur.

Le célèbre couvent des Feuillantines de Toulouse jouissait alors d'une haute et juste réputation de sainteté. C'était le refuge que la marquise avait choisi; mais l'affection qu'elle portait à ses enfants

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la retenait encore, lorsqu'elle apprit que la princesse Henriette dOrléans, sœur du duc de Longueville, venait d'y prendre le voile. Un exemple venu de si haut mit un terme à son irrésolution. Son fils était revenu d'Italie; l'éducation et Tàge l'avaient formé aux affaires, il était un guide et un protecteur assuré pour sa jeune sœur. Elle fit en secret les démarches nécessaires pour son admission, et lorsque tout fut prêt pour son départ, elle fit part à son fils de son irrévocable détermination. 11 se passa alors une scène déchirante. Le jeune marquis de Montferrand se jeta aux genoux de sa mère, arrosa ses mains de larmes, et la supplia au nom de tout son amour de ne pas l'abandonner. Le cœur de la tendre mère était déchiré. Elle offrit à Dieu ce douloureux sacrifice et resta inébranlable.

Le lendemain, son cœur devait être mis à une épreuve plus rude encore. Elle avait fait équiper une barque pour se rendre à Toulouse, mais elle fut trompée sur l'époque de la marée, et se rendit au port avant l'heure fixée. Elle avait donné Tordre de cacher ses projets à sa jeune fille, jusqu'à ce que le flot l'eût emportée; mais les larmes et les sanglots des domestiques instruisirent .AP de Landiras de la perte qu'elle allait faire. Elle accourut tout éplorée sur le rivage, se jeta dans la barque et s'attacha au cou de sa mère, en poussant les cris les plus déchirants. Épreuve qu'il faut avoir subie pour la comprendre. Un instant la baronne hésita; mais la foi triompha encore de son affection : elle partit.

Le premier objet qui frappa ses regards, lorsqu'elle toucha terre à Toulouse, fut son fils qui l'avait devancée, et qui venait la supplier une dernière fois de revenir prendre sa place dans la maison paternelle. Mais pendant le trajet, la prière avait raffermi son courage; cette fois elle ne pleura plus, elle fit entendre au jeune homme les saintes paroles de la religion, elle lui expliqua que le sacrifice qu'elle s'imposait n'était rien en raison de la récompense qu'elle en attendait, et après avoir imploré une dernière fois, pour lui, la bénédiction du ciel, elle se rendit résolument chez les Feuillantines. Elle' avait alors 4-6 ans. Après les épreuves ordinaires, elle prit l'habit des mains de la prieure Charlotte de Sainte-Glaire, et elle reçut le nom de sœur Jeanne de Saint-Bernard. Mais la nouvelle religieuse n'était pas destinée à ensevelir sa vie chez les Feuillantines; Dieu lui réservait de nouvelles et plus cruelles épreuves. Bientôt sa santé s'altéra; sa

vie fut en danger, et les médecins déclarèrent qu'elle était condamnée à une mort certaine si elle ne quittait au plus tôt le monastère. L'austérité de la règle, les privations qu'elle s'imposait, avaient épuisé ses forces et la vouaient à une inaction absolue. Il fallut courber la tête devant l'arrêt de la science, et la marquise revint dans sa famille, six mois après l'avoir quittée.

Peu après, elle maria sa fille au baron d'Arpoillan, gentilhomme du Périgord, et elle accompagna les nouveaux époux dans leurs terres. Elle eut le bonheur d'y ramener à la religion catholique quelques jeunes personnes que la mauvaise direction de leur éducation avait entraînées au protestantisme. Elle passa ensuite deux années dans une de ses terres, à La Mothe, où elle fut un véritable apôtre.

Elle s'attacha principalement à la direction des jeunes filles. Le succès qu'elle obtint lui révéla sa véritable vocation, et elle conçut la pensée de se vouer désormais à l'éducation des personnes de son sexe.

Lorsque ce projet fut mûr dans son esprit, elle partit pour Bordeaux. Après de longues réflexions, elle s'était arrêtée à l'idée de fonder une congrégation modelée sur celle de la Société de Jésus; elle en conféra avec quelques pères de la Compagnie, qui élucidèrent son projet, le dégagèrent de tout ce qu'il pouvait avoir de nébuleux, et le rendirent d'une application facile. Elle s'associa alors dix personnes pieuses, et jeta avec elles les premières bases d'une congrégation nouvelle.

Après quelque temps d'essai, pendant lequel le projet primitif subit nécessairement d'importantes modifications, M"*' de Montferrand réunit ses compagnes pour leur développer davantage l'esprit du nouvel institut. Elle leur dit qu'il serait une imitation de celui de la Société de Jésus, et que de même que cette Compagnie avait le fils de Dieu pour chef, de même le nouvel Ordre aurait sa sainte mère pour directrice et pour modèle; qu'elles feraient donc profession particulière d'étendre son culte, d'honorer ses grandeurs, et d'imiter ses vertus. Comme les jésuites, elles devaient être tout à Dieu et au prochain, et unir l'action à la vie contemplative.

La seule différence qui devait exister entre elles et la Société de Jésus, c'est que celle-ci exerçait son zèle sur les personnes de tout état, de tout pays et de tout sexe, tandis qu'elles se borneraient à

former par rinstruclion et l'exemple, les jeunes personnes à la vertu et aux devoirs que la religion et la société leur imposaient.

L'adhésion des pieuses compagnes de la marquise fut unanime. Forte de cet assentiment, la fondatrice présenta au cardinal de Sourdis la formule du nouvel institut. Cet illustre prélat, qui déjà la connaissait de réputation, la reçut avec bonté, et accueillit avec empressement un projet qui répondait si bien à ses vues. Il lui fit comprendre que l'approbation du pape était nécessaire pour que la congrégation nouvelle eût dans l'Église le rang d'ordre religieux ; il lui promit de Tappuyer vivement près du Saint Père, et d'employer son crédit à abréger les formalités si longues dont s'entoure prudemment la Cour de Rome. Cette entrevue de l'archevêque de Bordeaux avec la marquise eut lieu le 7 mars UiOG, et la formule des statuts fut approuvée par lui le 25 du même mois, c'est à dire dix-neuf jours après.

I/abbé Moysset, curé de Sainte-Colombe, était sur le point de se rendre en Italie, pour déposer dans le sanctuaire de Notre-Dame de Lorette la lampe d'argent votée l'année précédente par le Conseil de la ville. Le cardinal le chargea de solliciter du Saint-Siège un bref d'approbation et d'institution : il lui donna à cet effet le titre de son envoyé, et lui remit des lettres pour Sa Sainteté et pour plusieurs cardinaux, avec des instructions sur la manière dont il devait se conduire. Le maréchal d'Ornano se fit aussi un devoir de l'appuyer de diverses recommandations.

L'abbé Moysset fut chaleureusement secondé par les illustres cardinaux Baronnius et Bellarmin. L'affaire, portée sans retard devant la congrégation des évêques et réguliers, fut bientôt l'objet d'une entière approbation. Enfin, le 7 avril 1607, le pape Paul V accorda un bref d'approbation et d'institution, qui convertissait en constitution apostolique les trente articles qui avaient successivement reçu l'approbation de l'ordinaire et des cardinaux composant la congrégation.

Cet empressement de farchevêque de Bordeaux et du Sacré- Col lége prouvent combien on avait trouvé utile et sage lo projet de la fondatrice et le désir que chacun manifestait de voir le nouvel institut se former et prospérer.

f.c|'OiMlaiil,(l( s c( ri\aii b picvcnub ont accuse le cardinal de Sourdis

d'avoir suscité les plus graves obstacles à la fondation de l'Ordre de Notre-Dame.

Voici comment ils exposent les faits :

Le cardinal aurait désiré qu'au lieu de créer un institut particulier, M'"^ de Montferrand eût pris la direction d'un couvent d'Ursulines qu'il voulait créer à Bordeaux. Mais la fondatrice ayant persisté dans sa résolution première, il n'éleva aucune objection et souscrivit de la meilleure grâce à sa demande.

En 1610, lorsque le temps de noviciat fixé par le Saint Père eut été accompli, et au moment où l'archevêque allait partir pour Rome, la Mère de Lestonnac, puisqu'on l'appelait ainsi, pria le cardinal de vouloir bien l'admettre avec ses compagnes à prononcer ses vœux solennels ; elle fut très surprise de voir le prélat manifester une grande froideur. Il se déclara prêt à donner le voile aux autres religieuses, mais à la condition que la Mère de Lestonnac entrerait dans l'Ordre des Ursulines, dont elle serait déclarée fondatrice et supérieure.

En vain lui fit-elle remarquer que les raisons qu'elle avait présentées en 1606 contre l'union subsistaient encore, et qu'elle en avait même de plus fortes, puisque deux ans de noviciat passés dans un Ordre constituaient une espèce d'engagement; en vain ajouta-t-elle que dans de telles circonstances, ni elle, ni ses compagnes ne pouvaient changer d'état et d'Ordre sans se montrer infidèles à leurs vœux et sans se déshonorer aux yeux de tous les hommes sensés, et que d'ailleurs les bulles du Pape, les lettres patentes du roi, leur agrégation à l'Ordre de saint Benoît, assuraient leur existence religieuse, et leur ôtaient la facilité de s'affilier à un autre institut : le cardinal resta inflexible; il parut même offensé de cette résistance, et il quitta brusquement la pauvre supérieure, en lui disant que sa résolution était prise et qu'il n'en changerait pas.

Cependant, quelques jours après, pendant qu'il était en son palais de Lormont, le souvenir de ces entretiens revint à sa pensée; il se rappela combien les besoins spirituels de son diocèse étaient grands ; il sentit combien il était imprudent de repousser le dévouement qui lui était offert; et comme s'il se fût passé quelque chose de surnaturel en lui, comme s'il eût été sous la pression d'une influence extraordinaire et irrésistible, comme s'il eût entendu une voix intérieure qui lui reprochait sa sévérité passée, il éprouva un remords de la douleur

qu'il avait causée à la sainte et digne supérieure, et pour adoucir la mortification qu'il lui avait fait éprouver, il revient brusquement à Bordeaux, il se rend en toute hâte à la communauté, et annonce à la Mère de Lestonnac quelle ait à se préparer à prononcer ses vœux dans le plus bref délai, car il était décidé à donner le voile, avant son départ, aux religieuses dont le noviciat était terminé. La cérémonie eut lieu le lendemain, jour de la Conception (8 décembre), dans la chapelle du couvent.

Si les auteurs de la Vie de Madame de Lestonnac ont entendu écrire une histoire, et surtout s'ils ont voulu faire de cette histoire la base d'un procès de béatification, on est en droit de leur demander un compte sévère de leur inexactitude; on est en droit surtout de les citer au tribunal de la postérité, et de les sommer d'expliquer pourquoi, sans motifs, sans preuves, contre l'évidence la plus grande, ils ont osé ternir la réputation de l'un des plus grands évèques de l'Église de Bordeaux, de l'un des princes de l'Église les plus éminents par sa fermeté, son énergie, son inaltérable dévouement à la cause de l'Église. Comment! lui qui venait de braver la colère d'un roi pour rester fidèle au serment quil avait prêté comme prêtre, comme évoque, il aurait sacrifié le bien de son Église à une mesquine question d'amour-propre froissé, à un caprice ! Le cardinal de Sourdis a droit à un jugement plus équitable; d'ailleurs, les faits sont là pour mettre à néant ce romanesque récit.

Il existe plusieurs Vies de Madame de Lestonnac. La première a été écrite en 1671, c'est à dire trente ans après la mort de la vénérable, par le R. P. Julia, de Toulouse, prédicateur capucin; la seconde est de D. de Sainte-Marie, elle ne porte aucune indication de date, de lieu, ni de nom d'imprimeur; la troisième a pour auteur le P. Bouzonnée, jésuite, né à Bordeaux, vers l'an 16-4G. Ce religieux, homme d'un talent réel, a écrit une Histoire de V Ordre des religieuses Filles de Notre-Dame ; — Poitiers, 1097. C'est dans ce dernier ouvrage, qui renferme fhistoire de l'Ordre de Notre-Danie depuis son origine jusqu'à la fin du dix-septième siècle, qu'on trouve le récit le plus étendu que nous possédions sur xM™* de Lestonnac. Ces Mémoires sont écrits d'une manière bien remarquable; et en les lisant, on regrette vivement que l'auteur, (jui écrivait à Poitiers, ait

cru que toute recherche faite dans les archives de Bordeaux serait inutile. Trompé par les deux premiers historiens, il s'est contenté d'ajouter à ce qu ils avaient dit, tout ce que les traditions orales, recueillies avec soin, mais avec trop peu de discernement, avaient porté à sa connaissance. De là, de nombreuses et importantes erreurs.

Le quatrième historien est le P. Beaufils, jésuite, né à Saint-Flour en 1674, et mort à Toulouse en 1758. On lui doit, entre autres écrits, une Yie de Madame de Lestonnac, fondatrice de l'Ordre des religieuses Filles de Notre-Dame. Ce travail a été imprimé à Toulouse, en 1742. Cette Yie de la vénérable, la plus universellement connue, n'est qu'une reproduction, quant au fonds, des annales du P. Bouzonnée, sauf que le P. Beaulils s'est montré plus injuste envers le cardinal de Sourdis que son modèle, déjà trompé. (Dominicale, t. 1", p. 326 et suiv.)

Ces détails ont leur valeur : ils prouvent, d'abord, que, pendant la vie de la vénérable, et pendant les années qui suivirent sa mort, personne à Bordeaux, ni prêtre, ni religieux, ne songea à écrire son histoire; elle ne fut rédigée qu'après un intervalle de trente ans, alors que déjà deux générations de religieuses s'étaient écoulées, et que les faits contemporains de la création de TOrdre étaient déjà passés à l'état de tradition légendaire. Le cardinal de Sourdis avait laissé après lui une réputation de sévérité qu'on s'exagérait encore : il était donc naturel que les mille difficultés qui précèdent ou suivent une œuvre aussi importante que la création d'un Ordre religieux eussent été accrues, amplifiées même sans intention par de bonnes religieuses, bien peu initiées aux détails de l'administration épiscopale. Nécessairement alors, M"^ de Lestonnac devait paraître, dans les récits du cloître, une victime patiente et résignée, ou une mère courageuse défendant avec énergie ses enfants d'adoption contre les ordres absolus d'un prélat tyrannique. Or, rien de tout cela n'est vrai; à ces récits, à ces légendes, on peut heureusement opposer des titres authentiques, des actes publics, sanctionnés soit par l'autorité religieuse, soit par les notaires royaux chargés de les rédiger.

Et tout d'abord, il n'est pas possible que lorsque la marquise de Montferrand présenta pour la première fois ses statuts à l'approbation du cardinal, le prélat lui ait proposé de prendre la direction des Ursu-

lines de Bordeaux. Alors, c'est à dire en mars 1606, cet Ordre n'existait pas à Bordeaux. Bertheau, qu'il faut croire, nous apprend que ce fut seulement le jour de la Saint-André que deux personnes du sexe demandèrent au cardinal la permission d'établir cet Ordre dans sa ville primatiale.

Le pape Paul V, en approuvant les statuts des Filles de Notre- Dame, décida qu'elles seraient agrégées à l'Ordre de saint Benoît. Dès que le bref d'approbation fut arrivé, le cardinal donna à la Mère de Lestonnac la chapelle du Saint-Esprit, pour y réunir les dames qui s'étaient engagées à embrasser avec elle la vie monastique. Cette chapelle était située près de la porte Saint-Germain, à peu de distance des glacis du Château-Trompette. La Mère de Lestonnac acheta, autour de la chapelle, quelques maisons où elle comptait recueillir ses compagnes et les jeunes filles qui lui seraient confiées. Mais au moment d'ouvrir la Maison ^ un certain nombre de postulantes s'effrayèrent de la solennité des vœux qu'elles allaient prononcer, et rentrèrent dans le monde. Il n'en resta près de la fondatrice que quatre, à qui se joignit bientôt une cinquième personne. Ces détails, et une foule d'autres contrariétés imprévues, eurent lieu l'année 1607. Ce ne fut que le 21 janvier 1608 que la nouvelle congrégation put être affiliée à celle de saint Benoît. Le l" mai, le cardinal donna avec beaucoup de solennité l'habit aux postulantes, dans la chapelle du Saint-Esprit. Elles étaient au nombre de six, y compris la fondatrice, qui fut élue supérieure, et qui prit alors le nom de la mère de Lestonnac.

Le 4 octobre 1608, la beinveillance du cardinal ne s'était pas encore démentie; car ce jour-là, sur sa demande, la ville concéda à la nouvelle communauté deux terrains pour l'agrandissement et la régularité du monastère. Le môme jour, la communauté en prit possession. L'acte d'octroi de concession et de transfert, consenti par le maire et les jurats de la ville, par-devant M® Léonard Curac, notaire, porte : c Lequel octroy, concession et transport, lesdits sieurs maire et jurats ont fait, à ce que lesdites religieuses, et celles qui seront à l'advenir en ladite maison et église de Notre-Dame, seront tenues de prier Dieu pour le bien, repos et santé de ladite ville; et," en mémoire perpétuelle de ce bienfait envers lesdites relijiieuses, a esté accordé (|u'il sera mis aux coings des lieux susnomuuV

une image de îa glorieuse Vierge Marie iNotre-Dame, avecq les aruioiries de ladite ville, ou telle autre marque que lesdits maire et jurais adviseront. i>

Par lettres-patentes du mois de mars 1609, enregistré le 9 août au Parlement de Bordeaux, Henri IV confirma la concession faite par la ville, et en même temps il loua, ratifia et approuva l'institut de Notre-Dame. Donc encore, pendant ces deux années, point de mésintelligence entre le cardinal et l'institut; car s'il eût voulu lui nuire ou seulement arrêter son développement, le prélat eût pu facilement arrêter fexpédition des lottres-royaux et fiUiguer les religieuses par des retards toujours renouvelés.

On objectera certainement que ces retards, il les fit naître en 1610, puisque le temps du noviciat étant écoulé le l" mai, il ne donna le voile aux religieuses que le 8 décembre.

D'abord, il est constant, acquis à f histoire, que iM. de Sourdis quitta son diocè&e au mois de février 1610, avec le cardinal de Joyeuse, pour se rendre à Paris sur l'ordre du roi. Ils devaient assister au sacre de Marie de Médicis, et Ton sait que l'hésitation du roi, la conviction qu'on profiterait de cette cérémonie pour l'assassiner, firent retarder la fête jusqu'au mois de mai. M. de Sourdis fut fun des consécrateurs avec l'archevêque de Toulouse dans cette t^olennité, qui eut lieu à Saint-Denis; et le 10 mai, il était encore à Paris, puisqu'il put donner l'absolution au monarque assassiné.

Le peu de distance du couvent des Filles de Notre-Dame aux glacis du château Trompette, terrain destiné aux exercices de la garnison; son éloignement de la ville, qui nécessitait l'emploi d'un personnel nombreux; enfin, le développement toujours croissant de la communauté, avaient déterminé M™^ de Lestonnac à édifier un monastère plus vaste, entre les fossés de la ville et le château du Hâ. Le cardinal s'était empressé de lui en donner l'autorisation.

Dans le courant du mois de juin 1610, les bâtiments se trouvaient terminés. La supérieure écrit au cardinal, qui était toujours à Paris, pour lui demander fautorisation d'y transférer sa communauté. Le 19, M. de Sourdis donne à M. Levenier, son vicaire général, le pouvoir de mettre les religieuses de Notre-Dame en possession de leur nouvelle niaison, pourvu toutefois que tout fût conforme aux prescriptions du Concile de Trente sur la clôture. N'eût-il pas pu

répondre qu'il se réservait d'examiner lui-même la maison à son retour, avec d'autant plus de raison que tous les travaux intérieurs ne répondaient pas à leur destination? Aussi ce ne fut que le 8 septembre, fête de la Nativité, que M. Levenier put mettre en possession du nouveau local la vénérable et ses compagnes du noviciat.

Le cardinal ne revint de Paris qu'en octobre, et, comme nous l'apprend le chanoine Bertheau, il convoqua aussitôt deux synodes : l'un à Bordeaux, l'autre à Blaye; il entreprit ensuite une visite pastorale, et le 14 novembre, il se trouvait à Libourne, où il bénit la première pierre du couvent des Récollets. Il ne restait donc jusqu'à la fin de l'année qu une seule fête où put avoir lieu la prise du voile : c'était le 8 déccînbre, jour de l'Immaculée Conception.

Nonobstant ces preuves, quelques écrivains ont attribué au cardinal le désir d'unir l'ordre naissant aux Ursulines. Ils ont donné pour raison que le prélat n'avait pas une confiance absolue dans la vocation de M"'^ de Monferrand, dans sa persévérance, et ils ont rappelé les principaux traits de sa vie, qui semblent justifier leurs allégations : sa fuite de son pays natal, alors que son fils et sa jeune fille surtout avaient le plus besoin de la vigilance maternelle; le peu de durée de son séjour aux Feuillantines, l'abandon dans lequel l'avaient laissée ses compagnes au moment de la prise d'habit, mille circonstances enfin qui devaient faire hésiter un évêque aussi scrupuleux que M. de Sourd is.

Le tort le plus grave, à nos yeux, des panégyristes de la vénérable, est surtout d'avoir provoqué une semblable réponse; ils n'ont pas vu qu'en amoindrissant l'archevêque ils obligeaient les amis de la justice et de la vérité à relever à leur tour les imperfections de la vénérable, à diminuer aux yeux du monde l'éclat de ses mérites et de ses vertus, et à rendre pour ainsi dire impossible les débats du procès de béatification.

Mais rien dans tout cela n'est vrai, ni l'opposition de M. de Sourdis, ni son] peu de confiance dans le caractère de M'"^ de Montferrand. A qui fera-ton croire, en effet, qu'un homme comme le cardinal ait pu former le projet de renvoyer dans une congrégation étrangère des religieuses qui avaient fait leur noviciat dans un ordre approuvé par le Saint-Siège, d'annuler ainsi de son autorité privée les prescriptions d'un bref pontifical solennellement promulgué? Sans

doute, il eût pu demander à la congrégation des Réguliers le retrait de la bulle, sous prétexte d'incapacité de la fondatrice. Mais quelle opinion aurait-on eu de lui, qui, non content d'écrire au Saint Père des lettres pressantes en faveur de M'"^ de Monlferrand, avait envoyé à Rome un délégué chargé d'une façon toute spéciale de la poursuite de cette affaire, du maréchal d'Ornano, qui avait appuyé de ses recommandations particulières les démarches du chef du diocèse? N'était-ce pas se couvrir à tout jamais de confusion?

Non, si M. de Sourdis avait eu réellement des griefs contre M""' de Montferrand ou contre la Mère de Lestonnac, comme on voudra l'appeler, il y avait à prendre un moyen terme, qu'il n'eût pas manqué d'adopter. Elle n'avait été nommée supérieure de la Maison que pour la durée du noviciat : qui empêchait le prélat de remettre le pouvoir entre les mains d'une religieuse plus capable ou plus souple, et qui, au bout de quelque temps, eût demandé comme une faveur l'adjonction de finstitut aux Ursulines. Or, il n'en fut pas ainsi, puisque, le 24 décembre, il se rendit, après les premières vêpres de Noël, dans le couvent de Notre-Dame, pour contirmer la vénérable fondatrice dans son titre et ses fonctions de supérieure.

De plus, on fera remarquer aux panégyristes que le voyage de Rome qu'ils font faire au cardinal est une invention pour les besoins de la cause, et cette fiction prouve qu'ils ne connaissent ni l'histoire de leur pays, ni la part que prit M. de Sourdis aux grands événements de son époque.

Enfin, ce qui établit l'absurdité de cette accusation, c'est que, dès le commencement de l'année 1608, les Filles de Notre-Dame furent autorisées par le Saint Père, et devinrent par là un ordre reconnu, tandis que les Ursulines n'avaient encore qu'une existence précaire; que le Parlement les poursuivait, et qu'on les représentait comme pouvant se disperser à chaque instant, et ne présentant ainsi aucune garantie aux pères de famille. On comprend le cardinal, proposant aux Ursulines de se joindre aux Filles de Notre-Dame. On le calomnie, ou on fait preuve d'inintelligence, lorsqu'on raconte qu'il a voulu forcer la supérieure d'un Ordre reconnu à entrer dans une congrégation qui ne Tétait pas. Mais à quoi bon ces débats, lorsqu'il existe un acte émanant des religieuses mêmes, qui constate le bon accord qui existait entre le cardinal et le nouvel institut. Les Filles

tio

lit' Notro-Daine ont tVrit, on 1035, un précis liistoi'iqne do la fondation do rOrdre et de rétablissement de la Maison de Bordeaux.

Voici ce qu il contient au chapitre qui a pour titre : Du premier vœu cl première profession solennelle des religieuses de Noslre-Damc, cl de la première élection de la supérieure : « Combien est que la probation et le noviciat desdites religieuses fut accompli dès le premier jour de mai IGIO, si est toutefois qu'elles ne firent pas si tost le vœu et profession solennelle; car, comme elles avaient prins le voile de probation de la main de leur prélat, aussi désiraient-elles recevoir de la même main celui de la profession, de manière qu'elles désirent retarder jusqu'au retour de monseigneur le cardinal pour la rendre plus célèbre et solennelle. Or, ce retour estant arrivé heureusement, elles furent toutes prestes et disposées à recevoir le voile de profession, et le prélat à le leur donner; si bien que, comme elles avaient en mire la vertu et la pureté de la Sainte Vierge, Mère de Dieu, le jour de la Conception Immaculée, dans la Maison religieuse de leur nouvelle demeure, elles offrirent à Dieu, à la Sainte Vierge, leur mère et prolectrice, leur vœu et première profession de Tordre de Notre-Dame, et prirent Thabit et le voile de Saint-Benoist entre les mains de mondit seigneur le cardinal et archevêque, et qui, en la célébrité de ce jour, leur célébra la sainte messe, et les communia au corps et au sang de leur Sauveur, avec une telle joye et consolation intérieure, qu'elle ne se peut exprimer, que ceux qui ont senti les douces infusions de l'Esprit do Dieu. »

On ne peut donc accepter qu'avec une extrême réserve ce que plusieurs religieux ont écrit sur M""" de Lcstonnac et sur ses résistances aux ordres do M. de Sourdis. Ils auraient même donné aux personnes désintéressées le droit de douter de Téminence des vertus de la vénérable, si heureusement le bruit de ses mérites n'avait pas franchi les murs du couvent de la rue du Hà, et n'avait pas eu un sérieux retentissement dans toutes les Maisons de l'Ordre. Ce sont ces éloges unanimes, ce respect uni\ersel qui entourent le nom de la vénérable, et non pas l'enthousiasme factice des quatre écrivains dont nous parlons, qui détermineront la cour de Rome à terminer le procès de béatification, et à nous autoriser à placer sur nos autels le nom de Jeanne Lestonnac à côté de celui do IVy-Berland.

D'ailleurs, ici encore, les fiiits parlent et n'ont pas besoin de

commentaires. Dieu bonil crune manière visible les etforts de M'"*^ de Lestonnac. En moins de quinze ans, l'ordre comptait dos succursales à Béziers, à Poitiers, au I\iy, à Périgueux, à Toulouse, à Agen, à Riom, à Saintes, à Pau, à Tournon et à Annonay. Toujours le cardinal sempressa de diriger par ses conseils ces créations nouvelles, et de les recommander aux évêques dont elles allaient dépendre. Il lui ménageait encore un bonheur inespéré. Deux de ses filles avaient pris le voile au couvent des Annonciades. Éprouvant le besoin de revoir leur mère, elles s'adressèrent au Saint Père, lui exposant que la discipline était tombée dans le plus grand relâchement, et que la loi sur la clôture n était pas observée; elles demandèrent à quitter leur couvent pour entrer dans la Maison des Filles de Notre-Dame. Après de longues hésitations, la cour de Rome laissa la solution de cette affaire à la sagesse du cardinal, qui la renvoya à son Conseil. Les docteurs qui le composaient se trouvèrent divisés d'opinion : quelques-uns insistèrent fortement pour que la supplique fût rejetée et qu'il ne fût pas créé un précédent fâcheux. Sur l'avis de l'évêque d'Aire qui se trouvait présent, le cardinal trancha la question en faveur des deux religieuses, et ordonna leur translation au couvent de Notre-Dame.

Mais lorsqu'il fallut exécuter cette sentence, le couvent des Annonciades tout entier sinsurgea et refusa de rendre les deux religieuses. Le cardinal fut obligé de venir lui-même faire enfoncer les portes de la maison. Les religieuses, s'armant de bâtons, voulurent résister par la force aux volontés du cardinal. L'une d'elles se mit à sonner le tocsin, d'autres se précipitèrent sur les ecclésiastiques de la suite du cardinal, dont le secrétaire fut même battu. Enfin, on arracha de leurs mains les demoiselles de Monlferrand, mais dépouillées de l'habit de fOrdre et à peine vêtues.

Cependant quelques orages étaient sur le point d'éclater encore : des épreuves cruelles menaçaient M"^ de Lestonnac, et allaient lui fournir l'occasion de montrer combien étaient grandes son humilité, sa résignation et sa piété.

La communauté avait admis dans son sein une femme qui, sous les dehors de la simplicité et de la candeur, cachait une ambition démesurée et une âme perverse. En même temps, le couvent avait pour aumônier un prêtre aux idées étroites et disposé à voir tout en

mal. Les méchants se comprennent vite. Bientôt, la religieuse s'entendit avec lui pour faire tomber M'"^ de Lestonnac de son rang de supérieure et s'y placer elle-même.

Les pouvoirs de M™^ de Lestonnac cessaient en 1622. L'intrigante dont nous avons parlé agit d'une fa'çon si hypocrite, elle fut si habilement secondée, qu'elle fut nommée supérieure.

Dès ce moment commença pour la fondatrice une série de persécutions de tous les instants. La nouvelle supérieure affecta de la traiter avec hauteur; elle défendit aux religieuses de lui adresser la parole; elle lui interdit tout commerce avec le dehors et supprima les lettres qui lui étaient adressées. Ses préventions s'étendirent à toutes les religieuses qui témoignaient à la vénérable quelque intérêt ou quelque pitié. Enfin, elle conçut l'odieux projet d'écrire au Saint Père pour que le voile de profession fût retiré à M"' de Lestonnac, et pour que, suivant son expression, elle fût renvoyée à Landiras garder les troupeaux. Un jour, elle fit rédiger un écrit contenant les bévues que la fondatrice avait commises pendant son administration; elle raccompagna des réflexions les plus mortifiantes et le fit lire au réfectoire. Dès que la vieille Mère s entendit nommer, elle se leva et alla se mettre à genoux au milieu de la salle, les mains jointes, les yeux baissés et dans l'attitude d'une pénitente.

Le bruit de ces persécutions était monté jusqu'au cardinal. Il fit demander à M""^ de Lestonnac un Mémoire de ce qui se passait au couvent, et par cette marque de sollicitude prouva que l'intérêt qu'il portait à la vénérable était toujours le même. La Mère rédigea son Mémoire; mais par humilité, par charité, elle refusa de l'envoyer. H tomba aux mains de la supérieure, et ce fut pour elle un nouveau motif de sévir contre M'"" de Lestonnac. Cette situation dura trois ans.

Jamais, au milieu de ses douleurs les plus poignantes, la sérénité de la vénérable Mère ne s'altéra ; elle accepta avec calme et résignation les injures les plus cruelles; elle subit sans se plaindre toutes les humiliations qu'il plut à la supérieure de lui infliger. Mais la communauté tout entière finit par s'indigner de tant d'outrages; les Maisons qu'elle avait fondées se plaignirent de ne plus recevoir les lettres si affectueuses, si pleines de bons conseils, qu'elle avait Ihabitudo de leur écrire. La réaction se fit dans tous les esprits : la supérieure le sentit. Voyant que le pouvoir allait lui échapper,

ou mieux encore, touchée de Dieu, elle vint publiquement, le jour de saint Etienne, se jeter à ses pieds, et, confessant ses torts, elle en demanda humblement pardon. Les religieuses qui avaient été les instruments ou les complices de sa passion imitèrent son exemple, et pleuraient leurs fautes avec elle. La vénérable les reçut avec la joie d'une mère qui rouvre son cœur à des fils repentants, et leur prodigua les témoignages de ratfection la plus tendre. Le prêtre qui avait ourdi et fomenté cette intrigue en supporta seul le châtiment. On découvrit qu'il avait déjà porté dans d'autres communautés le trouble et le désordre : il fut obligé de quitter Bordeaux.

M™^ de Lestonnac fut réélue supérieure en 1626. Le cardinal exigea cette réparation. La mère passa le reste de sa vie dans la pratique de toutes les vertus, occupée à créer de nouvelles fondations et à les consolider par ses conseils et ses exemples. Enfin, elle s éteignit dans les bras de ses compagnes, le 2 février 1640, laissant un souvenir qui est encore comme un suave parfum dans fOrdre des Filles de Notre-Dame. Le pape Grégoire XVI ordonna que le procès de béatification serait instruit. La cause est encore pendante.

Mais revenons au cardinal.

Après les fêtes de Pâques, il ordonna la tenue d'un synode diocésain à Saint-Macaire, et il y convoqua les chapitres et les bénéficiaires des archiprêtrés de Cernez, Buch et Born , Bénauge et Entre-deux- Mers, faisant savoir au clergé des autres parties de son diocèse qu'il eût à se rendre au synode qu'il comptait ouvrir à Blaye. On ignore quels sont les règlements qui furent pris à Saint-Macaire ; on sait seulement que les chapitres ne se rendirent pas à l'invitation du prélat; on y nomma les députés du clergé, et Ton reconnut la nécessité de créer un syndic, qui aurait pour mission dlnstruire les procès et affaires des pauvres prêtres et bénéficiers, et de poursuivre la résidence aux curés dont les paroisses n'étaient pas desservies.

Le 18 avril, M. de Sourdis tint son second synode à Blaye, dans leglise de Saint-Sauveur. Il y trouva réuni le clergé des archiprêtrés de Blaye, Bourg, Fronsac, Entre-Dordogne, Moulis et Lesparre.

Il fut défendu aux femmes de trop s'apppocher des autels, et à toutes personnes de s'appuyer dessus. Mais ce règlement fut peu observé. Les curés reçurent f ordre de résider dans leurs paroisses. Quelques prêtres non résidents furent condamnés à de fortes au-

mûnes et à la restitution du quart du revenu de leur cure pendant la durée de leur absence. Coiinne à Saint-Macaire, on nomma les députés du clergé, et Ton reconnut la nécessité d'un syndic pour poursuivre les procès des pauvres prêtres et la résidence des curés. Il fut même convenu que ce député n'aurait pas de traitement; qu'il n'entreprendrait aucun procès sans Tavis des députés du clergé; qu'il représenterait à ces derniers les rôles de ses frais pour être taxés, et que les députés rendraient compte au synode de la taxation de ces frais. Néanmoins, ce projet n eut pas de suite. Les archiprêlrés, qui l'avaient approuvé isolément, s'entendirent pour le rejeter en masse.

Il existait à Périgueux un couvent de religieuses clarisses. Cet élablissement était tombé dans un tel relâchement, que ni finnuence des Ricollets, sous le régime desquels il était placé, ni l'autorité de l'évêque, ni l'action de la justice séculière, n'avaient pu le faire rentrer dans le devoir, et obliger les religieuses au respect des convenances et de la modestie. Dans cette extrémité, plainte fut portée au pape, qui, par un bref du 5 juillet 1605, commit M. deSourdis à la répression d'abus aussi nombreux. Le cardinal se rendit à Périgueux sur la fin du mois de mai 1006, et après avoir sondé la profondeur du mal, il prit les mesures nécessaires pour le faire cesser.

Il ordonna la fermeture de toutes les portes donnant sur la voie publique; les murs du jardin furent haussés et les chambres converties en cellules; les religieuses reçurent Tordre de porter leur voile d'une façon plus modeste, et de supprimer l'empois dont elles se servaient pour roidir leurs vêtements et leur donner ainsi plus d'ampleur. Enfin, il leur fut interdit, sous peine d'excommunication, de franchir la clôture ou de recevoir aucune personne, quels que fussent son rang ou son sexe, sans une autorisation spéciale et écrite du directeur. L'excommimication devait atteindre quiconque pénétrerait dans le couvent sans une permission expresse. Celte ordonnance fut airichée h la porte du monastère et des églises de la ville; et, grâce à sa fermeté, le cardmal eut la consolation d'avoir rétabli la discipline dans cette maison, qui devint plus tard, par la piété des religieuses, un sujet d'édification pour tout le Périgord.

M. de Sourdis avait commis des personnes graves et expérimentées

pour visiter on son nom Téglise paroissiale de Saint-Jean de Libourne et les autres églises qui en dépendaient. Il savait, en effet, que la situation de cette paroisse était déplorable, et qu'il était nécessaire d'y apporter un prompt remède. Sous le pontificat de Clément V, elle avait été réunie au chapitre de Saint-Emilion; mais quoique les revenus en fussent considérables, le vicaire perpétuel en était réduit à ce quon appelle la portion congrue, revenu que le chapitre lui payait d'une main parcimonieuse. Aussi, le malheureux ecclésiastique, abandonné à ses seules forces, ne pouvait-il satisfaire à toutes les exigences du service divin, ni répondre aux besoins spirituels de la population. Sur le rapport de ses examinateurs, le cardinal se hâta de prendre les mesures nécessaires pour améliorer sa position. Après quelques dispositions relatives aux reliques des saints et à la police intérieure de féglise, il ordonna que le vicaire perpétuel enseignerait au moins trois fois par mois la doctrine chrétieime aux enfants et aux domestiques. On adjoindra, dit 1 ordonnance, au recteur et à son vicaire, et suivant les revenus, deux ou trois ecclésiastiques capables d'instruire le peuple et d'administrer les sacrements. Ces ecclésiastiques auront droit, par portions égales, au casuel et aux revenus que produisent les confréries établies dans la paroisse, à la charge par eux d'acquitter les messes demandées par ces confréries. Autant que les circonstances le permettront, tous les prêtres devront vivre en commun, et sous le même toit, avec le vicaire perpétuel, aux conditions préalablement convenues entre eux. Quant aux clercs attachés à féglise, les prêtres sont invités à leur abandonner pour leur entretien une petite part de leur revenu, à la condition de porter la tonsure et fhabit ecclésiastique.

Afin d'augmenter le bien-être des prêtres de la paroisse, le cardinal ordonna que les différentes chapelles établies dans la ville seraient réunies à féglise de Saint-Jean dès qu'elles deviendraient vacantes par la retraite ou le décès des titulaires. Il défendit aux Gordeliers de faire aucun service ou de célébrer le saint sacrifice, sans la permission du recteur, dans féglise Saint-Jean, dans les chapelles relevant de la paroisse, et de dire des messes pour les relevailles. Enfin, il fut interdit aux fabriciens de faire exécuter aucun travail, ou de rien entreprendre pour le service divin ou la décoration de féglise, sans en avoir conféré avec le recteur et avoir obtenu son agrément.

Malheureusement, des difficultés plus fortes que la volonté du cardinal s'opposèrent à ce que quelques-uns de ses règlements fussent observés.

M. de Sourdis passa le mois de juin à visiter en personne quelques églises de rarchiprôtré de Fronsac qu'il pensait être tenues en confidence, se rendit ensuite dans TEntre-Dordogne , où il inspecta le plus grand nombre des paroisses. Quelques faits dépeindront mieux qu on ne saurait le faire la lamentable situation du diocèse.

L'église de Saint-Christophe de la Double était possédée par un conseiller, en iïiveur d'un sien neveu qui n'avait jamais résidé.

Le vicaire perpétuel s'enfuit en apprenant l'arrivée de son archevêque. Le prélat trouva l'église ruinée, les autels brisés, point de cloches, point d'images, une seule nappe d'aulel, un pauvre calice d'étain, point de purificatoire, une méchante chasuble déchirée, une aube souillée de boue. Le cimetière sans croix, sans clôture, le presbytère à moitié tombé; il n'y avait pas de tabernacle à l'autel : c'était une pauvre armoire dans la muraille, et que l'on ne put ouvrir, faute d'en trouver la clef, qui en tenait lieu.

A l'église du Fieux, il trouva un cordelier interdit, que le prieur du lieu avait installé sans autorisation et dénué de tout. L'édifice était en ruine. Le peuple se plaignit vivement au cardinal de ce que le service divin ne s'y célébrait que le tiers ou le quart de l'année, et seulement après la moisson.

L'église des Peintures se trouvait dans le même état; le vicaire perpétuel était absent; la population se plaignit au cardinal de ce qu'il passait son temps à la chasse et au jeu.

Les églises de Sainte-Magne et de Sainte-Colombe, Entre-Dordogne, annexes de l'archiprètré de ce district, étaient sans curé, sans vicaire, sans ornements.

Celle de Puysseguin était lamentable. Le seigneur du lieu avait usurpé une partie du cimetière, et on en avait fait disparaître l'autre pour y fiure passer la wie publique, sans se soucier des morts qui y reposaient.

Dans d'autres paroisses, le cardinal constata que l'on ne disait la messe que quatre fois par an, afin d'assurer les droits du titulaire à la diiup et aux autres revenus. Et voii;\, dit Bertheau, m les fruits du

custodi nos, qu il a courageusement escarté et pourveu à la restauration des églises. »

En présence de pareils désordres, on ne peut plus protester contre la sévérité du prélat; il faut admirer son courage, et le bénir d'avoir osé entreprendre seul et sans appui, entouré d'ennemis, une réforme aussi importante et aussi ardue.

En attendant la réalisation des projets qu il avait conçus, le prince do rÉglise travaillait courageusement au salut des âmes, prêchant et confessant, donnant la communion et la confirmation. Il était aidé dans ses voyages par deux religieux, animés comme lui de patience et de dévouement.

Il y avait à Faize une abbaye de Tordre de Cîteaux, dans un des sites les plus fertiles et les plus pittoresques; mais tout y était à l'abandon. Le cardinal y trouva cinq religieux, dont Tun entendait médiocrement le latin. Les autres étaient incapables même de lire le bréviaire. Mais cette abbaye était exempte de la juridiction de l'Ordinaire. M. de Sourdis n'eut d'autre ressource que d'adresser ses lamentations au général de Tordre.

Néanmoins, ce voyage ne fut pas sans consolation pour lui. Malgré le custodi nos, il avait placé dans l'église paroissiale de Gardeganun prêtre intelligent et consciencieux. Ce curé avait racheté, malgré les religieux, les biens ecclésiastiques aliénés à vil prix, quoique d'une grande valeur, et il s'occupait de la restauration de son église. Le curé de 'Belvès avait, à son entrée en fonctions, trouvé son église totalement saccagée par les protestants, et il l'avait reconstruite en entier de ses deniers.

L'archevêque ne fut pas aussi satisfait de la reconstruction de Téglise de Francs, qui avait eu lieu depuis son installation. Un grand propriétaire, sous le prétexte que ce voisinage Tincommodait, exigea que la nouvelle église fût élevée sur un autre emplacement. Le cardinal trouva qu'elle était trop petite ; il la fit agrandir et la dota d'une sacristie.

Il serait trop long de donner d'autres détail^. Il importe cependant de remarquer que partout le cardinal fit enlever les images inconvenantes, les statues mutilées, qui provoquaient les rires des uns et blessaient la piété des autres. Partout il fit disparaître les calices d'étain, et il ordonna que les custodes de cuivre fussent remplacées

par des custodes d'argent. Il exigea que toutes les paroisses annexées eussent un vicaire perpétuel approuvé par lui, et que le traitement de cet ecclésiastique fût pris sur le produit de la dîme.

Après un voyage fatigant à travers ces contrées, le cardinal arriva à Saint-Émilion, où il visita les églises des Cordeliers et des Dominicains. L'église paroissiale, taillée dans le roc, attira surtout son attention. M. de Sourdis, curieux de s'assurer par lui-même des droits du chapitre aux différentes églises placées sous sa juridiction, demanda à voir les titres de possession. Les chanoines lui présentèrent dabord une bulle d'Adrien IV, rendue vers le milieu du xii* siècle. La collégiale était alors un couvent de chanoines réguliers de TOrdre de Saint-Augustin.

Ce pontife y unit les seize églises suivantes : Sainte-Marie-Madeleine, près des murs de la ville; Saint-Martin de Mazerac; Saint-Jtan- Baptislc, aujourd'hui Libourne; Saint-Julien de Cubzac; Saint-Sulpice de Faleyrens; Saint-Pey d'Amiens; Sainte-Terre; Notre-Dame do Trenlégnac; Saint- Félix de Coubeyrac; Notre-Dame de Thoumeyragues; Saint-Pierre de Falgorolly, prieuré doyenné; Saint-Martin de Lerrettc; Saint-André d'Apelle; Saint-Christophe des Dardes; Notre- Dame de Careynset de Parsac; Saint-Georges de Montagne. Le chapitre jouissait de la dîme de ces paroisses, excepté de celles de Cubzac et de Trenlégnac, dont les fruits ne lui appartenaient qu'en partie.

On présenta ensuite au cardinal une bulle de Clément V, donnée à Avignon, le 13 décembre 1309, qui sécularise le chapitre, et fixe à douze le nombre des chanoines, y compris deux dignitaires, le doyen et 1 ecolatre.

Le cardinal savait que les chanoines étaient peu exacts à se rendre aux ofïices capitulaires. Conformément aux dispositions de la bulle de Clément Y, il dressa divers règlements, dont voici l'analyse :

Le tiers du revenu du chapitre se distribuera à trois heures, savoir : à matines, à la grand'messe et à vêpres. Tout chanoine ou prébende qui arrivera à ces offices après un moment donné sera pointé, et repointé de nouveau s'il quitte plus tard clandestinement l'église.

il y a eu plainte de ce que les prébendes ne se payaient pas également; à Tavenir les chanoines répondront de l'intégralité du paiement. Désormais, aucune distribution de prébendes ne pourra être faite hors de la présence du syndic, ou d'un chanoine délégué à cet effet.

Le chapitre était tenu de célébrer chaque jour une messe que Ton appelait la quotidienne. Plus tard, on s'est borné à la dire le dimanche. Aujourd'hui, on Ta complètement supprimée. A Tavenir, elle sera dite par le prébendier de semaine, suivant les statuts et anciennes coutumes.

Et sur ce que plainte a été faite que les prébendiers refusent de faire Toffice de diacre et de sous-diacre, et que même on a été contraint de prendre des clercs qui ne sont que tonsurés, il est ordonné que les deux prébendiers seront tenus de faire leur office de diacre et de sous-diacre, et défendu expressément d'admettre aucun clerc qui n'ait Tordre convenable à l'office qu'il fait, approuvant et trouvant bon que le chapitre use de libéralité envers ceux des prébendiers qui feront les deux offices.

Et de tout que Gadiot, Boisvers et contre, prébendiers, ont été admonestés et comminés par plusieurs fois de résider en leurs cures ou de quitter leur bénéfice, il est ordonné que ces prébendiers, suivant les décrets du Concile provincial, rendront les fruits de leur cure pour être employés suivant ledit décret.

Et pour l'excommunication qu'ils pourront avoir encourue, ils en sont absous et relevés pourvu qu'ils obéissent. Il est fait défense dores et avenir que ni eux, ni aucun autre ayant bénéfice incompatible, ne soient plus admis en aucune façon à servir ladite église.

Le sacristain ne peut à la fois vaquer aux soins de la sacristie et faire l'office de l'église basse. Conformément à la bulle de Clément V, cet ecclésiastique sera tenu de présenter, dans trois mois, un prêtre suffisant et capable pour être par nous approuvé pour faire l'office de ladite église et y servir de vicaire.

Et afin que ce prêtre ait le moyen de s'entretenir convenablement, il lui sera conféré l'une des prébendes de ladite église collégiale. Et pour lui aider à dire la messe et les vêpres, à faire les processions et autres cérémonies du culte, les habitants et paroissiens d'icelle seront tenus de lui fournir le personnel nécessaire, et ce moyennant; le sacristain sera exempt de toutes charges, excepté de visiter et exhorter les malades et entendre les confessions, ce à quoi d'ailleurs tous les chanoines sont invités.

Enfin, comme avant sa sécularisation le chapitre appartenait à l'Ordre de Saint-Augustin, les chanoines feront la commémoration et

Toctave du saint Docteur, conformément à ce qui se pratique en réglise Saint-André, qui sort du même Ordre.

Après avoir entendu le maire et les jurats, les officiers de justice et les membres de la fabrique de l'église basse, tant sur le service divin que sur Tadministration des revenus de Thôpital, Tarcbevêque ordonne que la chapelle de cet hôpital sera promptement réparée et remise en bon état.

Quant au revenu, il devra désormais être administré conjointement par le chapitre, les officiers de la justice, le maire et les jurais.

La collégiale de Saint-Émilion accepta avec respect ces règlements. Elle fut la première des séculières et collégiales du diocèse qui n'essaya pas de se soustraire à Tobéissance du prélat.

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