‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 12 sur 55 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Peste à Bordeaux. — Prescriptions du cardinal. — Fondation du couvent des Minimes. — La chapelle de Saint-Julien de Born. — Les pi'êtres pauvres. — Fondation de l'ordre des Ursulines de Bordeaux. — Prédication sur la place de Puy-Paulin interdite par le Parlement. — Opinion de Henri IV sur cette compagnie. — Un mariage célébré par force. — Pierre Prunier, curé de Ludon. — Conflit à son sujet.

Les nouvelles les plus douloureuses rappelèrent le cardinal à Bordeaux. La peste avait de nouveau éclaté dans la ville, et elle y sévissait avec une violence toujours croissante. Le bon pasteur se hâta d'accourir au milieu de son peuple affligé, pour le consoler et ranimer son courage. Il avait devant lui Texemple de saint Charles Borromée : il ne fut pas au dessous de son modèle. Dès son arrivée, on le vit reprendre ses visites près des malades, leur distribuer des secours, les exhorter à la résignation, et, tâche plus importante, les préparer à la mort. Devant Timpuissance de la science, la population avait compris qu'elle n'avait de secours à attendre que du ciel. Elle se groupait au pied des autels, pleurant et suppliant la Mère de toute miséricorde. Pour répondre aux désirs universellement exprimés, le cardinal décida qu'à partir du 13 juillet, une messe solennelle serait célébrée quotidiennement en Vhonneur de la Très Sainte Vierge, dans une église de la ville, et qu'à midi et à quatre heures, le peuple serait appelé par le son des cloches dans toutes les paroisses pour prier en commun, et désar.ner ainsi la justice céleste; puis il rendit l'ordonnance suivante, qui, dans son laconisme, trace aux ecclésiastiques tous leurs devoirs :

Les curés inviteront leurs paroissiens à se confesser et à communier, afin que si la contagion leur arrivait, ils soient en état de grâce.

En cas que la contagion vienne en quelque lieu d'un village, le curé aura soin de trois choses :

1'' De confesser tous ceux de la maison infestée, en commençant parles malades;

S'' De faire administrer tous les remèdes qu'il pourra;

3° D'avoir soin que les infects ne se mêlent point parmi les autres.

Au reste, le plus proche curé voisin nous avertira si quelqu'un de ses voisins décède, pour y pourvoir promptement au soulagement du peuple.

AOn de prouver mieux encore sa sollicitude pour les enfants malheureux, l'archevêque de Bordeaux sollicita et obtint du pape Paul V une indulgence plénière pour tous ceux qui succomberaient à répidémie régnante, pourvu que, contrits et humiliés, ils eussent reçu la sainte communion. On ne sait pas assez de nos jours combien sont eftlcaces ces secours de la religion, combien ils contribuent à tranquilliser le malade, à lui donner des forces pour lutter contre la souffrance et souvent à le ramener à la vie.. La contagion augmentait. Plein de foi en Dieu et en sa clémence, le cardinal, pour stimuler encore la piété du peuple, décida qu'une procession solennelle irait à Saint-Seurin chercher les corps des saints que l'on y révère, et les transporterait à Saint-Rémi pour les exposer à la vénération de tous. Par ses soins, un autel somptueux fut préparé à l'entrée du chœur de la collégiale; il y célébra un messe solennelle, à laquelle assistèrent le Parlement, l'édilité et les corps constitués. Les corporations religieuses qui en avaient le privilège tirèrent de leur crypte les corps des saints, et la cérémonie commença au milieu d'un concours de peuple que le cortège traversait avec peine. L'exposition dura jusqu'au jour de la fête de saint Jacques. Dans la soirée, à la lueur des torches, le cardinal se rendit à Saint Rémi pour reporter les corps des saints à Saint-Seurin ; il les suivit, vêtu pontificalement, portant à la main la verge de saint Martial. Toute la population en larmes joignait ses prières à celles du clergé, et le cri d'angoisse et de merci s'échappait de tous les cœurs.

Quelques jours après, le fléau avait complètement disparu.

A une époque peu éloignée de nous, le choléra ravageait les provinces de l'Est; la population de Reims demanda que le corps de saint Rémi, son glorieux patron, fût porté solennellement à travers la ville. L'autorité, retenue par le pire de tous les sentiments, le respect humain, l'autorité, disons-nous, hésita longtemps. Enfin, il fallut se rendre à des vœux qui se manifestaient avec énergie. Le

fléau décima les alentours, mais ne franchit pas Tenceinte de la ville protégée par Tapôtre des Francs.

Le 80 du mois de juillet, le pape Paul V accorda un Jubilé universel, pour demander à Dieu la cessation des maux qui affligeaient la chrétienté. Bordeaux venait d'être cruellement éprouvé; il accueillit avec joie cette nouvelle occasion d'adresser ses actions de grâces au Tout-Puissant.

L'Ordre de Saint-François de Paule, dont les religieux portent le nom de Minimes, n'était point encore établi dans le diocèse. Le sire de Lussan, gouverneur de la ville et château de Blaye, voyant les soldats de la garnison sans secours spirituels, obtint de Son Eminence la permission de bâtir un couvent pour ces religieux.

Les Minimes arrivèrent en juillet 1606, et au mois de mai de l'année suivante, ils posèrent la première pierre de leur couvent. Plus lard, pour s'assurer des moyens d'existence, ils obtinrent du Saint-Siège l'annexion du prieuré de Yillegouge à leur établissement. A cet effet, on représenta au pape qu'il y avait à Blaye un grand nombre de Huguenots, et qu'il ne follait pas moins que de tels auxiliaires pour les combattre, « ce qui est au delà de la vérité, )) dit Bertheau.

H existait sur la paroisse de Saint-Julien de Born et sur les terres du vicoiule d'Uza, une chapelle dédiée à sainte Magdeleine, qui, au jour de la fête de cette sainte, attirait une grande affluence de peuple des diocèses d'Aire et de Bordeaux. On y arrivait la veille pour passer la nuit en dévotion, et les offrandes que laissaient les pèlerins sur l'autel auraient largement suffi à l'entretien d'un prêtre pendant toute Tannée; mais le vicomte d'Uza trouvait plus simple de faire recueillir les oblations par ses officiers de justice. Aussi, celte assemblée, sans direction et sans frein, se livrait-elle à tous les désordres. Les hommes et les femmes étaient couchés pêle-mêle dans la rue; on buvait dans les maisons, on dansait et l'on jouait au dehors, non sans cris et sans blasphèmes, et la nuit favorisait de son ombre les plus infâmes débauches. Cet état de choses ayant été rapporté au cardinal, il décida aussitôt d'instituer un chapelain pour faire cesser d'aussi abominables scandales et pour rappeler les pèlerins à la piété. Le

vicomte d'Uza s y opposa; Taffaire fut portée au grand conseil, et les juges donnèrent gain de cause à ce seigneur, à la condition toutefois qu'il emploierait les oblations en œuvres pies. Ce qui ressortit le plus clairement de cet arrêt, c'est que la débauche continua, de par le roi, autour du lieu sacré, et qu'il fallut fermer la chapelle pour faire cesser le scandale.

La sollicitude du cardinal pour les prêtres pauvres était grande, plus grande môme que l'impitoyable dureté des collecteurs de bénéfices, qui réduisaient les vicaires à la portion congrue.

Il y avait dans l'église Saint-Pierre de' Bordeaux deux compagnies de prêtres bénéficiers vivant misérablement, toujours en quête d'une position meilleure. Le cardinal en réduisit le nombre à huit; il leur unit toutes les chapelles fondées en ladite église, et régla le service divin d'une façon égale pour tous. Il assura ainsi à ces malheureux une existence honnête. Il méritait leur reconnaissance. L'obtint-il?

La même sollicitude le porta à reconstruire son séminaire. Cette année, il fit bâtir la grande salle, le réfectoire et les chambres des étudiants. Mais comme ces dernières devaient s'étendre au dessus de la nef de l'église de Saint-Christoly, il renouvela la demande de cession qu'il avait déjà adressée au chapitre de Saint-Seurin, qui en était le collateur, et elle lui fut accordée sans difficulté.

Au milieu de tant de travaux, le cardinal de Sourdis n'oubliait ni les pauvres ni les prisonniers. 11 se préoccupait surtout du sort de ces malheureuses filles, enfants du peuple, qui, dès la plus tendre jeunesse, se perdaient sans retour parce qu'aucune voix amie ne leur parlait de Dieu, parce que leurs mères, ignorantes elles-mêmes de leurs devoirs, les laissaient exposées à tous les mauvais exemples, et les voyaient avec indifférence s'abandonner à une corruption effrénée. La grandeur du mal l'effrayait, et il déplorait amèrement de n'avoir pas autour de lui quelques congrégations pieuses qui s'imposent la mission de venir en aide aux enfants de la classe pauvre, et empêchent, par une sollicitude plus que maternelle, ces chutes fatales qui entraînent à leur suite la réprobation et le déshonneur.

Il 'n'espérait rien du couvent^des Annonciades; le relâchement y était si grand, la supérieure se montrait si peu scrupuleuse pour

radniission des novices, que cet établissement était pour le cardinal un sujet perpétuel d'inquiétude. Il est vrai que l'institut des filles de Notre-Dame, nouvellement créé par M""" de Lestonnac, promettait, dans un avenir prochain, les résultats les plus satisfaisants. Mais la nouvelle congrégation avait une préférence pour les filles de la noblesse et de la bourgeoisie. L'enfant du peuple était délaissée, et nul ne songeait à lui tendre la main.

A l'exemple de saint Charles Borromée, qui, dans un but semblable, avait appelé à Milan les Ursulines, instituées en 1537 à Brescia par Sainte-Angèle, il cherchait à établir à Bordeaux une maison de cet Ordre. Il lui était facile d'obtenir quelques religieuses des couvents qui se fondaient alors à Toulouse et à Paris; mais il voulait une supérieure de son choix, qui comprît sa pensée et qui eut assez d'énergie pour l'exécuter. De pareilles femmes sont rares, et le cardinal désespérait de la réalisation de ses projets, lorsque la Providence lui fit rencontrer d'une manière inattendue une personne qui, jeune encore, avait été déjà rudement éprouvée, et qui, dans les circonstances les plus critiques, avait fait preuve d'une inaltérable sérénité.

Depuis quelques années, deux femmes appartenant à la noblesse étaient venues s'établir sur la paroisse de Puy-Paulin, et avaient fait part au curé de leur projet de se consacrer à l'éducation des enfants pauvres. La première était Françoise de Cazères, originaire de la Sauve; l'autre s'appelait M"'^ Serres de la Mercerie. Le curé était doué d'une haute intelligence, très prudent et très zélé. Après avoir étudié pendant quelque temps la vocation de ces deux dames, il les encouragea à persévérer, et, par ses conseils, il détermina quelques mères de famille à leur envoyer leurs enfants. Bientôt, touchées de leur sollicitude, quelques personnes demandèrent la faveur de s'associer à leurs travaux, et, en très peu de temps, Françoise de Cazères se vit à la tête d'une école florissante très nombreuse.

Mais pour qu'une plante se développe et fructifie, il faut qu'elle ait résisté au souffle des autans; pour qu'une œuvre présente des garanties de durée, il est nécessaire qu'elle ait passé par les épreuves. Le vent de l'adversité ne tarda pas à souffler sur l'édifice élevé par Françoise de Cazères.

Il y avait dans le voisinage une jeune fille pieuse qui s'était éprise

d*iine grande admiration pour îa congrégation naissante. Son unique pensée était d'être admise. Mais elle appartenait à une famille do marchands enrichis, gens sans élévation, à idées étroites, et qui ne voyaient dans la vie que le bien-être et les honneurs. Ils ne pouvaient comprendre que, quand on était jeune et riche, on fût assez insensé pour se vouer à une pauvreté volontaire. Aussi avaient-ils accueilli d'abord avec pitié, puis avec indignation, les désirs que manifestait leur fille de partager les travaux de Françoise de Cazères. Ces obstacles ne firent que consolider la vocation de leur enfant, et un jour, à la suite d'une scène de violence, elle vint se réfugier au sein de la communauté; aussitôt îa mère s'élança à sa poursuite, et, l'insulte aux lèvres, le poing menaçant, elle adressa à la supérieure les reproches les plus humiliants. Puis, prenant sa fille par le bras, elle la fit rentrer sous le toit paternel, en accompagnant son retour des épithètes les plus malsonnantes. Jusqu'alors la population avait pris en alTection la pauvre supérieure et ses compagnes; avec sa versatilité ordinaire, elle poursuivit de sa haine celle que, naguère encore, elle élevait aux nues. Devant le débordement de passions mauvaises, la plupart des compagnes de Françoise prirent peur et se retirèrent; les parents défendirent aux enfants de fréquenter l'ouvroir, et la main des personnes bienfaisantes qui alimentaient rétablissement se ferma durement. La pauvreté vint s'asseoir au foyer désert; puis ce fut la misère, avec son cortège de créanciers avides et insolents. Enfin, un jour que Françoise de Cazères et celles de ses compagnes qui étaient restées fidèles à son infortune revenaient de Toffice divin, elles trouvèrent leur maison fermée et leurs pauvres meubles dans la boue, aux applaudissements d'une popu'ace sans pitié. Le propriétaire qu'elles ne payaient pas les chassait, et elles se trouvaient sans asile et sans pain. Les saintes filles se regardèrent, et, d'un commun accord, elles tombèrent à genoux pour bénir et adorer la main de Dieu qui les éprouvait.

Une personne charitable vint à passer; elle fut touchée de celle résignation. Le loyer fut acquitté, et Françoise de Cazères reçut en outre une somme d'argent qui lui permit d'attendre des jours plus heureux.

Ce fut alors que le curé de Puy-Paulin attira l'attention du cardinal sur la conuuunaulé. M«' de Sourdis fit appeler la bonne supé-

rieure, il r'mterrogea sur sa vocation. Sans s'émouvoir en la présence du prince de PÉglise, Thunible fille lui ouvrit son cœur, lui exposa ses projets. Elle lui raconta son passé, comment elle avait eu le bonheur d'avoir pour mère une femme de mérite qui, dès sa plus tendre enfance, avait tourné toutes ses affections vers Dieu; comment, dès rage de onze ans, elle avait été irrésistiblement poussée à faire, au pied des autels, le vœu de chasteté, et comment, dès lors, elle n'avait eu qu'une pensée, celle de consacrer sa vie à préserver du mal les filles pauvres si abandonnées, et exposées à tant de tentations.

Le cardinal l'écoutait avec bonheur. Les plans que déroulait Françoise de Gazères, les projets qu'elle avait tenté de réaliser, c'étaient ses plans, c'étaient ses projets. L'humble femme, si ignorante d'elle-même, de sa force, c'était Dieu qui la lui envoyait, comme l'instrument à faide duquel il devait réformer sa ville métropolitaine et une partie de son vaste diocèse.

Aussi, à rinstant même, il lui expliqua l'œuvre de saint Charles Borromée, et lui proposa de se mettre à la tête d'une congrégation d"Ursulines. Françoise de Gazères recula devant cette mission. Elle qui avait rêvé le silence et l'ombre, qui avait espéré dérober sa vie à tous les regards, abritée dans le coin le plus obscur d'une chapelle ignorée, prendre la direction dune communauté, assumer devant Dieu une immense responsabilité, n'était-ce pas faire un acte do témérité, n'était-ce pas s'exposer à compromettre à tout jamais une institution aussi utile? M^' de Sourdis la rassura; il lui expliqua que, dans la circonstance présente, il ne s'agissait pas de fonder un ordre monastique, mais de former une simple congrégation, sans d'autre lien que la piété et le dévouement mutuel. Toutes les associées devaient être libres de se retirer, si le fardeau leur seuiblait trop lourd et la lâche trop rude. Le résultat obtenu dût-il être imparfait, on n'aurait jamais à regretter l'entreprise commencée, car on aurait toujours la consolation d'avoir formé pour l'avenir quelques pieuses mères de famille.

Françoise de Gazères se sentit ébranlée, mais non convaincue : elle doutait d'elle-même, de sa force, de sa persévérance. Le cardinal voulait une réponse positive, et l'insistance qu'il y me^ttait ne permettait pas un refus. Avant de se décider, elle demanda à se retirer pendauL six mois à Libourne, avec M"'^ de La Mercerie. Elle

voulait y vivre dans la retraite la plus absolue, et demander à Dieu les forces nécessaires pour répondre digneuient aux intentions de son archevêque .

Les six mois expirés, elle vint se prosterner aux pieds du cardinal. Son Éminence (^) la reçut comme son enfant de prédilection. Déjà, par ses ordres, un religieux fcuillantin d'un mérite éprouvé, le P. Jacques, avait élaboré une constitution qui devait servir de règle à la communauté. Le jour de la fôtc de saint André, Françoise de Cazères et M'"" de La Mercerie prononcèrent leurs premiers vœux, et en riionneur de l'apôtre mort comme le Christ sur Tarbre de la croix, la supérieure prit le noai de Françoise de la Croix.

M"'^ de La Mercerie avait promis à son amie de ne jamais la quitter. La Providence en décida autrement. Quelque retirée qu'eût été leur vie à Libourne, le parfum de leur vertu s était répandu dans Tarchidiocèse. Dès que Ton sut que le nouvel Ordre des Ursulinos était fondé à Bordeaux, les jurats intercédèrent près du cardinal de Sourdis pour qu'une succursale de la congrégation fut établie dans leur ville. Son Éminence se hâta d'y conduire iM""* de La Mercerie avec trois novices.

« Cette belle et généreuse Compagnie des Vierges de sainte Ursule, dit le chanoine Berthaud, a pris commencement cette année IGOG en cette cité de Bourdeaux, souitz le zèle et auctorité de W le cardinal de Sourdis, archevêque, duquel, à bon droict, elles peuvent être appelées les filles de sa piété; il sestoit grandement resjouy le jour de TAnnonciation dernière, quand il approuva le dessein héroïque de ces pieuses et dévotes dames de Landiras et les filles de sa suite d'establir un couvent de Notre-Dame à Bordeaux, fondé sur Tespérance qu'il concevoit, que la jeunesse de leur sexe seroit instruite catholiquement. Mais le jour de saint André mourant sur la croix lui renouvela la mesme joie, par l'etfot de l'accomplissement de ses désirs, en deux filles qui se présentèrent à lui pour s'agréger en Société, soulz le titre de Sainte-Ursule, pour travailler en ce même subject, à l'exemple des vierges de la mesme Société, establye par le grand saint Charles Borromée au diocèse de Milan. »

(*) Nous (lonn.tns parfois au rar<linal de SourJis le litre d'Éininencc, quoique nous sacliioiis que relie qualifiralion ne fut accordée aux cardinaux qu'on 1630. Nous avons cru i> UNnir nous permettre ce léger aiiailirouisino quand la clarli' du récit rcxijr«'ait.

Un an après, la maison de Puy-Paulin ne suffisait plus à contenir le nombre des membres de la Congrégation. Le cardinal fit construire sur les Fossés des Tanneurs, et à l'angle d'une voie publique qu'on a appelée depuis la rue de Ségur, une chapelle sous le patronage de sainte Ursule et un vaste bâtiment qui devait servir de couvent aux religieuses. Une inscription votive rappelle la date et le but de cette fondation. Lorsque la chapelle fut terminée. Son Éminence l'enrichit de nouvelles indulgences.

La place Puy-Paulin, sur laquelle s'établit la première maison des Ursulines était alors au centre de la ville de Bordeaux. C'est là que se tenait la die, ou marché aux poissons, qui attirait une grande atïluence de portefaix et de manœuvres vivant au jour le jour. Dans un temps où les idées d'ordre et de subordination n'avaient pas sur les masses la même influence qu'aujourd'hui, les abords de ce marché étaient le théâtre de désordres continuels. On n'y entendait que cris et blasphèmes, que propos cyniques, qu'outrages à la morale publique.

Le zélé pontife prit en pitié ces pauvres gens; leur grossièreté, leur rudesse ne venaient que du manque d'éducation. Il devait battre sous ces haillons des cœurs que de nobles sentiments feraient vibrer encore. M. de Sourd is voulut en faire l'essai. Attirer cette population dans les églises, il n'y fallait pas songer; il résolut de la convertir malgré elle, et pour ainsi dire sans quelle s'en doutât. La paroisse Puy-Paulin avait alors le bonheur de posséder pour curé M. Torel, homme d'une haute intelligence, à la parole facile, toujours disposé à faire le bien. Le cardinal lui lit part de son projet. On était alors au temps de l'Avent. Il s'agissait de prêcher certains soirs, en plein vent, à la porte du marché, et, par ce spectacle inattendu, d'attirer cette population autour d'une chaire improvisée. Le curé accueillit avec empressement ce projet, et il se hâta de le mettre à exécution. L'afïluence fut énorme ; le succès promettait d'être complet, lorsqu'un événement imprévu vint fanéantir dans son germe. Le Parlement trouva mauvais que l'on annonçât ainsi la parole de Dieu. Il rendit un arrêt par lequel il défendait de telles prédications, déclarant, en cas de contravention, le ministre de la parole sainte perturbateur du repos public.

Et tous les jours, des baladins, jongleurs et aventuriers encombraient les rues et les places, taisant entendre des chansons obscènes, vendant des remèdes qui tuaient les malades; le cardinal passa outre cette défense, mais l'autorité civile veilla à l'exécution de la mesure qu'elle avait ordonnée.

Ce n'était là d'ailleurs que le prélude des persécutions que le Parlement se proposait de foire subir à son archevêque. D'après ce que l'on a vu des actes de M. de Sourdis, on a dû reconnaître en lui une fermeté inébranlable lorsqu'il s'agissait de remplir une charge de son ministère, de réprimer un abus ou d'obéir à la voix de sa conscience; ni les ordres d'en haut, ni la crainte d'une disgrâce n'avaient pu le faire dévier lorsqu'il avait fallu défendre les intérêts de l'Eglise; et s'il avait osé résister à Henri IV, à qui cependant il était tout dévoué, il n'était pas homme à reculer devant le caprice ou les préventions qui pouvaient inspirer le Parlement de Bordeaux.

Cette Compagnie avait pris un pouvoir immense, et entendait régner en souveraine sur l'Eglise dans la partie de l'Aquitaine soumise à sa juridiction. Pendant les troubles qui éclatèrent sous le règne de Henri lll, et après la mort de ce prince, elle s'était rangée du côté de la Ligue, et sous prétexte de défendre la religion catholique et de la protéger contre les attaques du Protestantisme, elle s'était immiscée peu à peu dans les questions qui ne relèvent que du domaine de la conscience, et avait fini par statuer au spirituel comme au temporel. La longue vacance du siège avait favorisé les empiétements, et elle voyait avec un dépit mal dissimulé un jeune archevêque, arrivé à peine à sa trentième année, protester contre ses actes, braver ses arrêts. Aussi cherchait-elle toutes les occasions de paralyser ses efforts; elle soutenait les prêtres récalcitrants; elle palronait les anciens abus; elle s'efforçait, en un mot, d'amoindrir par tous les moyens possibles l'autorité que l'évêque doit légitimement exercer dans son diocèse.

^Malheureusement pour le Parlement, sa réputation de partialité était connue au loin. On lui reprochait de se permettre souvent l'arbitraire. On l'accusait ouvertement de concussion ; et ces allégations, ce n'était pas le peuple seulement qui les formulait, elles étaient sorties de la bouche du roi lui-même, qui, dans un discours rendu public, avait flétri la Compagnie tout entière.

Répondant à une harangue du président Dubernet : <k Vous dites que mon peuple est foulé, s'était-il écrié ; et qui je foule que vous et votre Compagnie? 0 la méchante Compagnie! Et qui gagne son procès à Bordeaux, que ceux qui ont la plus grosse bourse? Mes parlements ne valent rien; mais vous êtes le pire de tous. Je sais bien qu'il y en a de bons parmi vous; mais le nombre des méchants est le plus grand, mettez la main sur la conscience. Si je vous dis ces mots à Toreille, vous me raccorderez... 0 la méchante Compagnie! Je vous connais tous, je suis Gascon comme vous. Quel est le paysan duquel la vigne ne soit au président ou au conseiller, ou le pauvre gentilhomme duquel il n'ait la terre? Il ne faut qu'être conseiller pour être riche incontinent. Les procureurs, les clercs, tous aussitôt riches! Voilà pourquoi les officiers y sont plus chers qu'aux autres Parlements. »

La Cour fit coucher cette réponse sur ses registres secrets, avec la seule observation qu elle était très nigre. C'était avec cette Compagnie que Son Éminence devait avoir à lutter dans les derniers jours de Tannée 1606 et au commencement de l'année suivante.

On avait déféré au Parlement un libertin qui avait séduit une fille très jeune. La Cour ordonna que le coupable serait tenu d'épouser sa victime, sous peine d'être pendu. Et comme le choix de ce dernier était facile à prévoir, le curé de Saint-Pierre reçut du Parlement l'ordre de procéder au mariage. C'était là un étrange jugement. Comme il portait atteinte à la liberté du mariage, le cardinal blâma cette façon d'agir, et demanda que, dans des cas semblables, les pièces fussent envoyées à son offîcialité, afin que l'on pût statuer sur les mesures à prendre.

Néanmoins, le curé de Saint-Pierre, par faiblesse de caractère, était tenté de passer outre; mais au moment de procéder à la cérémonie, il exigea qu on lui produisît une dispense de bans, objectant que cette dispense était une pièce canonique indispensable. Le Parlement blâma le curé, et ordonna qu'il serait puni par la prison s'il ne procédait pas à la célébration du mariage. Le curé eut peur, et sous l'impression de ce sentiment, il donna la bénédiction nuptiale aux deux époux; mais elle ne leur porta pas bonheur, car ils tombèrent bientôt dans la plus profonde misère.

On sait avec quelle sévérité le cardinal exigeait que les bénéficiers et les curés résidassent dans les paroisses dont ils avaient la charge. Les conciles en faisaient un devoir, et sa vigilance redoublait aux approches des grandes fêtes de Tannée. Parmi les titulaires de féglise de Saint-Michel, on comptait un sieur Philippe Prunier, qui, outre son bénéfice, était encore aumônier du maréchal d'Ornano et curé de Ludon. Le cardinal lui intima plusieurs fois Tordre de se rendre dans sa cure, et sur son refus réitéré, il prononça que a Philippe Prunier, curé de Ludon, durement admonesté, contumax et rebelle, était excommunié pour n'avoir voulu résider dans sa cure, et, de fait, Texcommunie, et pour tel, le dénonce et publie nomination à tout le clergé et au public, pour Téviter et le fuir comme un membre pourri et infecté, et ne participer à sa peine. » Le rebelle interjeta appel au Parlement comme d'abus, et bientôt la Cour rend un arrêt qui déclare Texcommunicalion nulle et abusive, et ordonne au cardinal-archevêque de donner Tabsolution à Topposant, à peine de 4,000 livres d'amende et de la saisie de son temporel. Il y a des jugements qui déshonorent ceux qui les rendent. Celui-ci est du nombre.

Le lendemain. Son Éminence présidait la congrégation de Texamen, lorsqu'on lui annonça qu un huissier du Parlement désirait lui parler. Qu'il entre, fut- il répondu, il ne saurait me trouver en meilleure compagnie. L'huissier, pour obéir à son mandat, lit Tarrêt et demande au cardinal quelle est sa réponse. Ma réponse, répond fièrement le prince de TÉglise, la voici : Je n'ai jamais lu qu'autre que le diable ait commandé à Notre-Seigneur, et qu'autres que les ministres de Satan n'auraient la hardiesse de commander à leur Seigneur et père. Voilà pour eux. Et quant à la partie excommuniée, qu'elle se présente le jour de Noël, à une heure après midi, dans la nef de Saint-André, j'aviserai alors. Sur son refus de signer cette réponse, Thuissier se relira. Le cardinal interpellant alors la Congrégation, lui demande ce qu'il doit faire dans une conjoncture où l'autorité des Canons et celle des évêques sont si audacieusement méconnues. La Congrégation délibère, et son avis est qu'en raison de la gravité de l'outrage commis par le Parlement, il faut frapper d'un avertissement sévère ceux de ses membres qui y ont participé. En conséquence, on dresse une liste des présidents et conseillers qui ont contribué à la rédaction do Tarrêt; on y fait figurer l'avocat du curé

de Liidon, et le cardinal « déclare que pour la gravité de leur faute d'avoir prononcé un tel arrêt contre Tautorité épiscopale, il retient ce cas à lui seul et à son pénitencier pour en absoudre les coupables; défend à tous curés, vicaires et religieux approuvés pour ouïr les confessions, de les recevoir et leur en donner absolution; mande tous les curés et supérieurs des maisons religieuses pour le leur faire intimer, leur faisant distribuer une copie de cette liste pour se gouverner selon sa volonté. »

A peine cette résolution était-elle prise, que le Parlement en était informé; il se réunit le 22 septembre, et, à la suite d'une délibération, il envoya les conseillers Guérin et Dubernet demander au cardinal s'il avait réellement tenu à l'huissier la réponse que celui-ci avait consignée en son exploit. M. de Sourdis déclara que loin de désavouer ses paroles, il les signerait de son sang. Sur le rapport de son délégué, la Cour décida qu'elle s'abstiendrait de paraître le jour de Noël aux cérémonies de la Primatiale.

Mais il y avait à Bordeaux quelqu'un qui avait plus d'esprit et de droiture que le Parlement : c'était le peuple, qui ne comprenait pas comment un curé pouvait toucher la dîme d'une paroisse, c'est à dire le dixième du fruit de la sueur du laboureur et du vigneron, et refuser ensuite à ces agriculteurs le secours de la parole divine et l'administration des sacrements. Il comprenait moins encore comment une Cour suprême, instituée pour faire respecter Dieu et la loi, pouvait donner raison à un prêtre rebelle contre son supérieur, alors surtout que celui-ci agissait pour le bien général et au nom des lois sacrées de l'Église. La fermentation devint bientôt si grande à Bordeaux, que les jurats, justement inquiets, écrivirent au maréchal d'Ornano, maire de la ville, alors en voyage à Agen, de vouloir bien revenir pour faire rentrer les esprits dans le calme.

Le jour de Noël, le cardinal officia à Saint-André, suivant sa coutume. A vêpres, voyant les places du Parlement vides, il prit pour texte de son sermon ces paroles de la Genèse : a Adam, où es-tu? Pourquoi fuir ma présence? Quelle raison, dit Bertheau, avaient-ils d'appréhender la face de leur pasteur; mais ce qui pressa davantage et irrita les affections, feut le deny des curez et confesseurs d'ouïr les confessions de ceux qui avoient donné cest arrest. Tel se trouva qui ayant confessé ses péchez à son confesseur, qu'il l'avoit surprins, que

Tabsolulion qu'il lui avoit donnée estoit nulle... Tel aussi fut si pressé de douleur, qu'estant refusé par son curé à la pénitence, le voulut prendre au collet pour le mener dans les prisons du Parlement. La passion est à son plus haut degré. Toutes les fêtes ne se passent qii'en visites de l'un à l'autre, plainte sur plainte, affections, afflictions, passions, lesquelles s'eschauffent et s'animent tellement en ces rencontres, qui, sans attendre le premier jour de droit, d'après la feste des roys, le samedi 30 décembre, les chambres assemblées, la Cour convoque les curés de la ville, le sieur de La Cousture, pénitencier et quelques confesseurs, les interroge, les oïd sur le subject, cherchant les moyens de faire entrer l'intérêt du roy avecq le leur pour fortifier leur jugement. Trouvant un jour que M. le Cardinal avait prononcé cette sentence de l'Escriture : Deiun lime et Bcgem honora, ils en conclurent qu'il avoit dit qu'il ne craignoit pas le roy, joignant à ces généreuses actions d'avoir faist prescher sur le marché et places publiques; les qualifient d'une invention pour émouvoir le peuple à séditier contre Testât et le repos public. Enfin, tant est consulté, jusqu'à deux heures après midi, que de ces principes sort l'arrest qui suit : y>

a Veu par la Cour, les Chambres assemblées, l'arrest donné par » elle le 19 du présent mois, entre Monsieur Philippe Prunier, prê- » tre bénéficier de l'église de Saint-Michel de Bordeaux, etc., etc.

D II sera dit que la Cour a déclaré et déclare les défenses faites aux » curés, prêtres et religieux confesseurs, par ledit cardinal de Soury> dis, archevêque de Bordeaux, de donner l'absolution aux dits préy> sidcnts, conseillers, procureur général du roy, nommés en icelle » liste, et l'advocat plaidant pour la partie appelante comme d'abus » dudit cardinal, ensemble la réserve et l'absolution faite par ledit » cardinal, à loy et son pénitencier, nulles, abusives et scandaleuses, » et faites par entreprinses sur Tauctorité du roy et de son parlement. » Prohibe et défend aux dits curez, prêtres et religieux, confesseurs » et tous aullres de déférer aux dites défenses et leur enjoinct rece- » voir au sacrement de confession, les présidents, conseillers, procu- )) reur général et advocat de la partie plaidante, et leur emporter le » bénéfice de l'absolution sans s'arrester aux dites défenses, à peine » d'estre punis comme perturbateurs du repos public. Ordonne en 5) oultre que les parties injurieuses, proférées contre le rQy et son

» parlement, en la réponse faite par ledit cardinal, en l'exploit de » signification dudit arrest du 19 de ce mois, par luy advouée par 3> devant lezdits commissaires, ensemble la liste d'iceux noms seront » biffez et rayez. Et attendu la gravité des paroles injurieuses, abus » et scandales commis par ledit cardinal archevêque, es-dites défen- » ses de donner absolution, la Cour condamne ledit cardinal de » Sourdis, archevesque de Bordeaux, en quinze mille livres d'amende, » applicables moitié au roy, et moitié aux hôpitaux et couvents de y> la présente ville; ordonne quil sera contrainct au paiement de ï) ladite somme, par exécution et vente de ses biens propres, fruicts » et revenus temporels, lesquels à ceste fin, seront saisis soulz la » main du roy

» Et en oultre, interdit ladite Cour l'entrée d'icelle audit cardinal, y> et luy inhibe et défend de proférer aucunes paroles injurieuses contre » le roy et son parlement. Icelles couchées ès-actes de justice, ny » aultrement à peine d'encourir crime de lèze majesté, etfait inhibi- » tion tant audit cardinal archevesque et à tous aultres évesques et y> prélats du ressort de faire telles et semblables défences aux curez, y> prêtres, religieux, confesseurs, d'absoudre les présidents, conseil- )) lers, procureur général et aultres officiers du roy, qui auront opiné ]) en leurs causes, ou aultres exerçant leur office, ny procéder par » excommunication contre iceulx, à peine de trente mil livres et aul- » très plus grand si le cas y echet.

» Et néantmoins inhibe audit Torel, curé de Puy-Paulin, à tous » aultres de prescher ès-carrefours, marchés et places publiques, » contre l'ancienne forme ès-coustumes, ni faire aucune assemblée » nouvelles, ni extraordinaires, hors les églises, lieux et jours non )) accoustumés au desceu du magistral et sans permission du roy et 3> de ladite Cour, soulz prétexte de prédication, sur peine d'estre puni » comme infracteurs des édicts du roy et perturbateurs du commun » repos, et semblablement fait inhibitions et défences conformément » à iceux édiclz et ordonnances à toutes sortes de personnes presy> chant en public de quelque estât et qualité qu'elles soient, de tenir )) aucuns propos tendant à division et mespris et diminution de l'au- 5) torité du roy, ni exciter aultrement et esmouvoir le peuple, à peine » d'estre procédé contre les contrevenants suivant la gravité et exi- » gence du cas.

y> Ordonne ladite Cour que Tinquisition sera continuée des contra- » ventions qui ont esté faites cy-devant et qui se feront cy-après à y> iccux cdicts, par devant les commissaires et députez aveucq les T> témoins que ledit procureur général administrera. Prononcé à Borï) deaux, Icsdites Chambres assemblées, le 30 décembre 1606. »

Ainsi, le Parlement s'asseyait en tiers au confessionnal, entre le prêtre et le pénitent. Pour mériter le pardon de l'Église, il n'était plus nécessaire de se repentir de ses fautes, et le confesseur n'avait plus à en apprécier la gravité. Un arrêt pouvait ordonner l'absolution dans tous les cas, et si par hasard quelque confesseur, ridiculement rigide, s'avisait de refuser d'obéir à l'arrêt, il était loisible au pénitent de saisir le prêtre au collet, et de le conduire immédiatement dans les prisons du Parlement, comme avait voulu le faire certain conseiller, mécontent du directeur de sa conscience.

Pour toute réponse, le cardinal en référa au roi. Après lui avoir rappelé lappui que Constantin-le-Grand n'avait cessé d'accorder aux églises et aux évêques, il le supplia, au nom des vertus de ce prince et des siennes propres, de le protéger contre ce coup sanglant, et de réparer la brèche que le Parlement avait faite à l'autorité ecclésiastique. Pour un fait identique, le pape Paul Y venait de jeter l'interdit sur la république de Venise et sur toutes les terres de la seigneurie. Le prélat s'appuya de cet exemple pour ajouter qu'il y avait obligation pour le roi de lui rendre justice et de le défendre contre ses ennemis. Il termina en priant Sa Majesté d'ordonner que tous les conflits qui pourraient s'élever à l'avenir seraient évoqués au grand Conseil, car il n'était pas juste que cette Compagnie fut à la fois juge et partie.

Il adresse en mêiTie temps au pape une plainte détaillée de toutes les entreprises de la justice séculière sur l'autorité ecclésiastique; il établissait dans ce mémoire que les curés étaient obligés, sous peine d'emprisonnement, de célébrer les mariages ordonnés par la Cour, que ces unions fussent ou non entachées d'incapacité canonique, que des prêtres avaient été condamnés à mort, sans avoir été au préalable déférés à la justice de l'Église, et qu'ils avaient été conduits au supplice, sans avoir subi la dégradation prescrite par les Conciles. Il se plaignait surtout de l'impuissance où il était de régir son Eglise, par suite de l'accueil systématique que le Parlement faisait à tous les appels comme d'abus sur ses règlements et en toute matière. 11

résultait de cet état de choses que le Parlement s'arrogeait la souveraineté dans l'Eglise, et prétendait que les évoques étaient justiciables de son tribunal. Quant à lui, il se verrait contraint de renoncer au gouvernement de son Eglise, si les empiétements de la puissance séculière continuaient. Il suppliait en conséquence Sa Sainteté de faire instance près du roi, par son nonce, pour le tirer de cette oppression, lui rendre l'autorité que lui conféraient les lois de TÉglise. Un agent sûr porta cette dépêche à Rome, et le cardinal, content d'avoir rempli son devoir, se disposa à continuer la lutte.

Ce fut en 1606 que M. de Sourdis s'occupa, pour la première fois, du pèlerinage de Verdelais, qui devait devenir plus tard son œuvre de prédilection. Les habitants de la paroisse de Saint-Martin d'Aubiac établirent une confrérie des deux sexes, sous le vocable de la Nativité de la Vierge et de saint Maurice. Le cardinal en approuva les statuts et appliqua de nombreuses indulgences à l'association nouvelle (1).

(*) Voyez l'Histoire de Verdelais.

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