‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 14 sur 55 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Dispositions bienveillantes du Parlement et du Chapitre à Tégard de M. de Sourdis. — Règ-lement sur la toilette des femmes dans les églises. — les Minimes à Bordeaux — Visite à Uzeste et à Villandraut. — Conversion d'un ministre protestant. — Synode de Bordeaux. — Synode de Blaye. — Faveurs accordées aux Ursulines. — Le cardinal est coadjuteur du diocèse de Maillezais. — Visite de ce diocèse. — Assemblée pénérale. — Attitude indépendante de M. de Sourdis.— Sa conduite à Paris. — La sœur de M. de Sourdis, abbesse de Saint-Paul, à Beauvais. — Rapport des archidiacres sur les églises du diocèse. — Incidents divers.

L'année 1608 s'annonça sous les meilleurs auspices. Le Parlement semblait avoir renoncé à son système d'opposition, le chapitre s'était amendé; et bien qu'il dût peu après recommencer de nouvelles procédures contre le cardinal, il lui montrait plus de déférence et de respect que par le passé. Huit ans, d'ailleurs, s étaient écoulés depuis rélévation de M^' de Sourdis à l'archevêché de Bordeaux, et les esprits droits, dégagés de préjugés, appréciaient ses intentions et s efforçaient de le seconder dans tout ce qu il entreprenait pour Tamélioration du diocèse. Les hommes à idées étroites, infatués de leurs privilèges, refusaient encore de se rendre à l'évidence; mais les échecs nombreux qu'ils avaient subis soit à Rome, soit à la Cour du Louvre, soit même au sein de la population, avaient amorti leur jactance, et si le feu couvait encore sous la cendre, du moins il ne jetait plus d'étincelles.

L'année précédente, le Parlement avait refusé d'assister aux fêtes de Noël; en 1608, il vint en corps à Saint-André, le jour de la Purification, conduit par le premier président d'Assis, et par le président Dubernet, les deux membres de la Cour les plus hostiles au cardinal, recevoir des mains de l'archevêque les cierges bénits.

Le chapitre, à son tour, s'empressa de donner au prélat une preuve de son bon vouloir. Le grand autel de Saint-André était séparé du chœur par une haute galerie d'un aspect peu agréable, et dont le moindre inconvénient était d'ôter toute pompe et toute solennité aux

cérémonies. Du chœur, on ne voyait qu'un coin de Tautel, et c'est à peine si le célébrant apercevait les chanoines. Selon toute apparence, cette galerie avait été établie à une époque où les chanoines assistant peu aux offices, cherchaient néanmoins à dissimuler leur absence aux yeux du peuple. Le cardinal demanda au chapitre la suppression de cette galerie, et les chanoines s'empressèrent de l'accorder. Le soir même, dans la crainte d'un revirement d'opinion, le cardinal tit venir des ouvriers, et il ne quitta le chœur que lorsqu'il eut vu cette galerie complètement détruite.

Un de ses soins les plus empressés fut de rappeler les femmes à l'exécution d'un règlement pris l'année précédente par ses vicaires généraux, sur leur tenue à l'église. Après des considérants très sévères, le cardinal ordonna :

(( Premièrement : Que toute femme allant aux églises, portera un voile, écharpe ou taffetas sur la tête; le reste de son habit sera modeste.

» Secondement : Elles n'useront point de fard, poudres, affîquets, attraits lascifs, mais ce qui convient à des femmes pudiques et spges.

» Troisièmement : Ne s'amuseront ny dans les églises, portiques et autres lieux sacrés, à causer, parler avec hommes, recevoir billets, mémoires, lettres ou choses semblables.

» .... Défendons d'en recevoir ou admettre aucunes aux sacrements, qui ne soient en l'habit cy-dessus écrit; après les avoir admonestées, les chasser des lieux saincts, et, si besoin est, implorer le bras séculier.

)) Et où il y en aurait de trop effrontées, qui n'obéiraient dans huit jours, après la publication de notre mandement, voulons qu'il leur soit notifié particulièrement et huit jours après, qu'elles soient publiquement admonestées et notées tant au prône qu'aux prédications. y>

Cette ordonnance était très sage, mais elle ne fut observée que dans les paroisses adu^inistrées par le clergé séculier ou dans les églises fréquentées par le cardinal. Quant aux religieux, pauvres gens qui ne vivaient que du produit de leurs quêtes, ils n'osèrent jamais élever la voix, de peur de tarir les sources de la charité.

M. de Sourdis se montra d'une rigidité extrême sur ce point. Le

jour de la Quinquagésime, il revenait de l'église des Jésuites, où se faisait l'adoration des quarante heures, lorsque sa vue fut frappée par la luxuriante toilette d'une femme qui sortait aussi de l'église. Il fit arrêter son carosse, l'appela, et devant toute la population, qui s'était aussitôt amassée en foule, il lui adressa l'admonestation la plus vive et la plus sévère. La fîère dame faillit en mourir do honte. Plus tard, des difficultés plus sérieuses surgirent à l'occasion de la femme du lieutenant de roi (^).

L'archevêque Jean de Foix avait été l'ami de saint François de Paule; pour honorer la mémoire de ce grand thaumaturge, il appela en 1501, à Bordeaux, les Minimes, ordre religieux fondé par le saint, et les installa dans un vieux couvent placé sous le vocable de sainte Monique et de saint Augustin. Mais les malheurs du temps, la guerre qui ravageait le pays, d'autres circonstances encore ne permirent pas à cette institution de se développer, et quelques années à peine s'étaient écoulées, que les religieux étaient obligés de quitter la ville.

En 1608, le père Egidius Comart, provincial pour l'Aquitaine, de l'ordre des Minimes réformés, vint prêcher à Bordeaux. Son éloquence, sa profonde piété, l'humilité sincère qui régnait dans ses actes, firent sur tous les esprits une vive impression. Touché de cette bienveillance, le père Comart sollicita de M. deSourdisla permission de réinstaller quelques frères de son Ordre, dans le couvent des Minimes, leurs prédécesseurs. Le cardinal accueillit avec joie la pensée de rappeler les Minimes à Bordeaux; mais il lui parut qu'il y aurait quelques inconvénients à leur rendre leur couvent. En effet, quelques bourgeois s'étaient emparés du terrain et y avaient construit des iiabitations. Sans doute, ils étaient sans droit et sans titre régulier; mais il était à craindre que, pour les expulser, on fût obligé d'em-

(*) Nous avons déjà fait l'historique de la fondation du couvent des Filles de Notre- Dame; nous nous bornerons à rappeler ici pour mémoire que, dans le cours de cette année 1608, arriva à Bordeaux le bref du pape approuvant le projet de cette fondation. Le 29 janvier, le cardinal, pour obéir au bref du pape, agrégea M""* de Lcstonnac et ses filles spirituelles à l'ordre de saint Benoît, et en même temps il donna procuration à l'abbé Moysset, curé de Sainte-Colombe, pour accélérer à Borne l'expédition de celle affaire. Le 20 février, il accorda à la nouvelle communauté la chapelle du Saint-Esprit, pour y faire SCS exercices religieux; le !«' mai, il donna ;\ M'"» de Lcstonnac et à ses compagnes le voile de probation; enfin, le 8 octobre suivant, il approuva la donation faite par la ville à la communauté de deux places nécessaires à l'agrandissement du couvent.

ployer la force, et cette installalion d'un ordre religieux, faite par autorité de justice, devait laisser une impression fâcheuse dans la population. Le maréchal d'Ornano venait de faire démolir le fort du Ha, il n'en restait quune grosse tour et une petite chapelle qui était adossée au mur d'enceinte de la ville. Le père Egidius pria les jurats de lui concéder l'espace devenu libre; le cardinal appuya sa requête, et le 28 février les jurats accordèrent aux Minimes le terrain dont ils avaient besoin pour s'établir. Ils arrivèrent aussitôt à Bordeaux, et se logèrent dans la tour.

Le 16 août suivant, pendant l'absence de l'archevêque, M. le vicaire général Levenier fit la bénédiction de la première pierre du couvent, à l'entrée méridionale de la rue des Minimes. Elle fut posée par le maréchal d'Ornano, maire de la ville, et par les jurats, en leur qualité de fondateurs du couvent.

Une inscription gravée sur cette pierre portait que la ville avait fait bâtir ce couvent en l'honneur de Dieu, père des esprits, source de vie, et qu'elle le mettait sous la protection de la Yierge mère, dispensatrice des grâces, de saint François de Paule, patron des Minimes, et de saint Roch, pour rendre grâce à Dieu de ce que la peste avait cessé ses ravages à Bordeaux.

C'est en vain qu'un évêque multipliera ses ordonnances pour maintenir la disciplineMans son diocèse, s'il ne s'assure par lui-même de l'exécution de ses volontés, et s'il ne se rend en personne dans les paroisses pour stimuler le zèle des indifférents, encourager, par ses éloges, le dévouement des hommes de cœur, et arrêter dans leur fougue les esprits ardents toujours prêts à exagérer la situation et à compromettre, par leur imprudence, les projets les plus solidement mûris.

Convaincu de cette vérité, le cardinal annonça qu'il reprendrait pendant le carême le cours de ses visites pastorales, et il désigna l'archiprêtré de Cernez, comme devant être cette année l'objet de son attention. Avant de partir, il rendit une ordonnance qui enjoignait, sous peine d'excommunication à tous curés et vicaires de se trouver dans leurs paroisses le jour de son arrivée. Les fabriciens et marguilliers furent invités à y assister, afin de pouvoir rendre compte au cardinal de l'état des églises, en ce qui les concernait. L'archevêque

terminait en disant qu'il mènerait avec lui un desofïlciers de la justice séculière, pour se faire assister au besoin par le bras séculier.

Après avoir donné les saints ordres à Bordeaux, la première semaine de carême, il partit de son église métropolitaine le 1" mars, et arriva le 3 au Barp. C'était alors un prieuré hospitalier, perdu dans les sables de la lande, et dont les habitants n'avaient jamais reçu la visite d'un cardinal ou d'un évêque. M. de Sourdis avait prévenu les ecclésiastiques qui raccompagnaient des nombreuses fatigues qu'ils auraient à supporter dans ce voyage. Nous serons peut-être obligés de reposer sur la paille, leur disait-il, mais nous penserons à Bethléem et notre couche nous paraîtra délicieuse.

De Barp, il se dirigea sur la collégiale d'Uzeste, fondée par le pape Clément V. Cette église est située dans le diocèse de Bazas, et cependant, par une disposition de la bulle de ce pontife, elle relève de l'archevêché de Bordeaux, tandis que la collégiale de Yillandraut, située dans le diocèse de Bordeaux, est sous la juridiction de l'évêque de Bazas. Disons toutefois que cet échange de juridiction n'existait que pour les visites pastorales, que les titulaires devaient faire tous les deux ans. Lorsqu'ils se trouvaient empêchés, ils étaient remplacés par l'évêque d'Agen.

A quelque distance d'Uzeste, le cardinal rencontra les jurats de Bazas, qui venaient lui offrir leurs hotnmages.

Cette marque de respect et de déférence le toucha profondément. Il arriva à la collégiale à l'heure des vêpres, il y prêcha et y donna la bénédiction ; il visita ensuite le tombeau de Clément V, dont la statue gisait couchée sur les dalles. Comme le droit de visite de la collégiale de Yillandraut appartenait aux vicaires généraux de Bazas, il les pria de venir le trouver, et régla avec eux tout ce qui concernait les besoins du culte. A son départ d'Uzeste, le doyen lui remit, selon Tusage, quinze sols pour son droit de visite.

Le vicaire perpétuel de Tuzan s'était enfui à rapproche de l'archevêque. Il avait à lui rendre un compte sérieux de son administration. Néanmoins, toute la population accourut au devant du prélat, croix en'tête, bannières déployées et cierges allumés. La réception de ces braves gens fut si cordiale et si naïve, que le cardinal avoua n'avoir jamais goûté une joie si pure. Quoique l'heure fut déjà avancée, il les

invita à l'accompagner à l'église, où il passa une partie de la nuit à entendre les confessions et à disposer les adultes aux sacrements.

Dans l'église do Rieufret, près de Podensac, un. fait plus sérieux frappa son attention. Il y avait, derrière l'autel, une espèce d'orifice par lequel on faisait passer les personnes atteintes de maladies. La première pensée du cardinal fut d'ordonner la fermeture immédiate de ce trou. Mais on lui amena quelques personnes qui avaient été guéries par cette pratique, on lui en cita d'autres qui avaient été frappées d'épilepsie pour avoir passé par moquerie. M. de Sourdis suspendit sa décision, et ordonna qu'un procès- verbal de ces faits serait dressé pour être soumis à l'examen d'une Commission de théologiens. Il paraît que l'avis de ces docteurs ne fut pas défavorable, car l'autorité ecclésiastique continua de tolérer cet usage.

M. de Sourdis avait espéré être de retour à Bordeaux assez à temps pour y faire l'ordination. Retenu par le mauvais état des chemins, il donna l'ordre à la congrégation d'examen de diriger les candidats sur Beautiran, où il leur administrerait le sacrement de l'Ordre. L'église était assez convenablement disposée pour la cérémonie, et, d'ailleurs, l'archevêque n'était pas fâché d'initier le peuple des campagnes à la grandeur des pompes de l'Église romaine.

Cette visite pastorale devait être une source de consolation pour M. de Sourdis. Au moment où il la terminait, un religieux de Sainte- Croix amena à ses pieds un cordelier apostat qui avait abjuré le catholicisme pour devenir ministre protestant. Ce malheureux, accablé par le remords, suppliait le cardinal de lui permettre de rentrer dans la communion des fidèles. Le bon pasteur l'accueillit avec l'effusion de la plus vive tendresse, et convaincu de la sincérité de son repentir, il l'invita à faire publiquement son abjuration à Saint-André, le dimanche des Rameaux, Ce jour-là il y eut dans l'église une afïluence énorme. Pendant la grand'messe, le cardinal monta en chaire et prononça un sermon approprié à la circonstance. Au pied de la chaire se trouvait une estrade plus petite sur laquelle le ministre protestant était à genoux. Lorsque l'archevêque eut fini son discours, il prit la parole et expliqua à haute voix à fassistance les motifs de son retour à la religion de ses pères, demandant à tous pardon du scandale qu'il

avait donné, répétant, pour les maudire, les erreurs qui avaient égare son esprit. Le cardinal le conduisit ensuite à l'autel, où, après avoir reçu son abjuration, il lui donna l'absolution canonique. Il est écrit quil y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour dix justes qui meurent sans péché. Cet aphorisme fut vrai, ce jour-là, à Bordeaux. L'archevêque et son pénitent furent reconduits au palais archiépiscopal par une foule immense, qui, dans son allégresse, envahit les appartements de Son Éminence, louant le cordelier, le consolant et le félicitant de son heureuse abjuration. Le prélat soumit Taffaire au pape et le pria de statuer sur le sort de ce malheureux. Paul Y répondit qu il fallait lui rendre son habit de cordelier, et que si avant d'apostasier il avait exercé les ordres sacrés, il fallait tacitement l'autoriser à continuer.

L'inspection que le cardinal venait de faire des églises de l'archiprêtré de Cernez, lui fournit l'occasion de donner des instructions générales sur la forme et remploi dans les églises des corporaux, des pâlies, des purificatoires et des voiles, sur la tenue et la confection des tabernacles et des custodes, sur la conservation des reliques, et sur la suppression des calices d'étain. Il prescrivit aux curés de tenir exactement les registres dont la rédaction leur était confiée, et ordonna de clore les cimetières et les fonts baptismaux.

Le 22 avril, le cardinal ouvrit le synode dans son église métropolitaine. Au synode qui se tint à Saint-Macaire en 1606, il avait proposé la création d^un syndicat chargé de solliciter les procès des pauvres prêtres bénéficiers, et de poursuivre avec rigueur les ecclésiastiques qui ne se soumettraient pas à la résidence. Ce projet, qui menaçait fintérèt d'un certain nombre de membres de cette assemblée, avait été rejeté sur des avis survenus de tous les archiprétrés. Mais lorsque le cardinal avait conçu un projet utile, il ne se laissait pas abattre par un refus, il se taisait et attendait des temps meilleurs. Au synode de 1608, il renouvela sa proposition, et, cette fois, il eut la satisfaction de la voir agréer

Le synode rendit diverses ordonnances, dont voici les principales :

«Les archidiacres de notre église métropolitaine, feront résidence en icelle, pour faire ce qui est du devoir de leur charge. En cas d'absence, ils seront cités de mois en mois, par trois diverses cila-

tions, et il sera procédé contre eux par privation de leurs archidiaconnés.

» Désormais, les archidiacres et les ecclésiastiques nommés pour visiter les paroisses rurales, ne pourront avoir plus de quatre chevaux, à moins qu ils ne se fassent accompagner d'un officier de justice du bras séculier. Dans ce cas, seront nourris et traités lesdits archidiacres et visiteurs à six chevaux pour tout.

y> Et pour nous, déclarons que quand nous ferons notre visite en personne, comme nous Tespérons et désirons moyennant la grâce de Dieu faire désormais en toutes les parties de notre diocèse dans chaque trienne, nous ne passerons le nombre de dix chevaux. Et quand nous mènerons quelque officier de la part du bras séculier, en tout nous ne passerons pas le n'ombre de douze chevaux.

)) Le synode diocésain se tiendra désormais le mardi après le dimanche du Bon Pasteur, « Ego sum paslor bonus, » et ce pour les archiprêtrés de Lesparre, Moulix, Cernez, Buch etBorn, Entre-deux-Mers, Benauge, Enlre-Dordogne, et pour Farchiprêtré de Fronsac. Le mardi suivant, il se tiendra à Blaye, pour les archiprêtrés de Blaye et de Bourg.

y> Considérant Ténormité du crime que commettent certains ecclésiastiques vagabonds qui s'ingèrent à servir les églises et à administrer les saints sacrements sans être approuvés, au moyen de quoi ils trompent grossièrement le pauvre peuple, surtout en ce qui concerne le sacrement de pénitence et fabsolution qu ils donnent aux pénitents, laquelle est nulle et de nul effet. A ces causes, nous ordonnons que les prêtres vagabonds servant les églises de notre diocèse et administrant les sacrements sans approbation in scriptis, seront pris et appréhendés, menés et conduits dans les prisons archiépiscopales, sans autre commission, hoc ipso qu'ils seront trouvés servir lesdites églises sans approbation ni mandement, et seront exemplairement châtiés, et à ces fins, enjoignons aux curés voisins, prions et exhortons tous seigneurs, gentilshommes et officiers de la justice laïque de leur courir sus, et les faire mettre sous bonne et sûre garde en nos dites prisons.

x> Sur la remontrance et réquisition de notre cher et vénérable collaborateur, M. Joachim Levenier, chanoine et maître-schols de notre église primatiale, notre vicaire général, sur l'instruction de la jeunesse

qui étudie aux écoles de notre diocèse, à laquelle serait nécessaire enseigner le catéchisme et doctrine chrétienne. Ordonnons que désormais ledit catéchisme sera enseigné aux enfants et écoliers par les régents du Collège de Guienne, et autres maîtres d'école de notre diocèse; tous les curés ou vicaires seront tenus désormais de donner la liste et noms des maîtres d'école de leur paroisse, à celui qui sera pourvu de la dignité de maistre escholle en notre église métropolitaine; et seront tenus lesdits maîtres d'écoles de prêter le serment de sacquitler du devoir de leurs charges et enseigner la doctrine chrétienne à leurs écoliers, et ce entre les mains de ceux que nous enverrons pour visiter lesdites églises et paroisses. Et en outre seront tenus tous ceux qui tiendront école en notre diocèse, de faire profession de foi suivant les constitutions du saint Concile de Trente, entre nos mains, ou de nos vicaires généraux

» Ordonnons aussi que les curés et vicaires, tant ès-villes qu'aux champs, enseigneront ledit catéchisme, les fêtes et dimanches, à heures commodes, à peine d'être admonestés et punis lors de la visite de leurs églises

» Ordonnons que désormais les vêpres se diront à toutes les églises paroissiales de notre diocèse, tous les dimanches, fêtes de commandement, jours de vigiles, samedis et même les jours de fêtes remis à dévotion.

XL Sur la plainte et remontrance du vicaire perpétuel de Téglise de Saint-Sauveur de Saint-Macaire, que les religieux dudit couvent de Saint-Macaire reçoivent au temps de Pâques, plusieurs personnes aux sacrements de communion et confession ; défendons expressément, tant auxdits religieux qu'à tout autre, de recevoir sans licence des curés, depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à celui de Quasimodo, aucunes personnes ès-dits sacrement de confession et de communion.

y> Et sur la remontrance et réquisition de notre procureur d'office, ordonnons que, suivant les] anciens décrets, tous paroissiens seront tenus et obligés d'assister, au moins de trois dimanches l'un, à la messe de paroisse, et de se confesser et communier au temps de Pâques, aux prêtres de ladite paroisse, et ce à peine d'excommunication.

» Et d'autant que plusieurs personnes, et grossières et ignorantes.

imposent au baptême des noms inconnus et indécents, défendons aux curés et autres prêtres de notre diocèse de recevoir aucun nom pour être imposé aux enllints, qui ne soit connu, décent, et prononcé en langue française. Ils défendront souvent au prône au peuple de les changer, altérer ou falsifier, et lui feront comprendre le bien et les grâces qu'obtiendront les chrétiens fidèles par la protection des saints dont ils portent le nom.

» Faisons inhibition et défense au clergé de notre diocèse de faire les fiançailles ailleurs que dans les églises, suivant le règlement par nous établi en cette ville de Bordeaux, pour éviter les débauches et scandales qui se commettaient bien souvent lorsque lesdites fiançailles étaient célébrées dans les maisons privées.

y) Défendons aussi aux curés et vicaires de recevoir personne à faire des quêtes en notre diocèse, ni de les recommander au peuple sans avoir exprès mandement de nous ou de nos grands vicaires.

» Toutes confréries qui ne sont pas approuvées de nous ou de nos grands vicaires, in scripiis, sont interdites, et pour ce défendons comme autrefois au clergé de dire inesse ou de faire aucun service ès-dites confréries, qu'au préalable il n'ait vu ladite approbation.»

Huit jours après s'ouvrit le synode de Blaye. Il fut présidé par M. Levenier, vicaire général du diocèse, assisté de M. Larbe, archidiacre de Blaye, et d'un chanoine de la métropolitaine. Les religieux de Saint-Romain cherchèrent à y soulever quelques difficultés. Mais les ordonnances du synode dont nous donnons ci-après le texte, démontrent que leurs prétentions ne furent pas accueillies.

«Tenant à ce que les religieux de Saint-Sauveur qui ont requis d'être éclaircis s'ils pourraient entendre les confessions, ordonnons que lesdits religieux se présenteront à l'examen de la congrégation, pour, en cas de capacité, leur en être donné approbation et licence; cependant leur interdisons fadministration des saints sacrements, sous les peines de droit.

» Le prieur claustral de l'abbaye de Saint-Romain ayant protesté en disant qu'il lui était permis, ainsi qu'à ses religieux, par concession du Saint Père, d'entendre les confessions sans approbation de l'Ordinaire, sans avoir égard à son dire, lui avons défendu et à ses religieux de s'ingérer d'entendre les confessions avant d'avoir été examinés et en avoir obtenu permission.

» La veille du jour du synode et le jour où il sera ouvert, on sonnera les cloches à carillons, ès-églises de Sainl-Sauveur et de Saint- Romain, selon qu'il est requis pour les cérémonies de la sainte Église romaine.

» Les abbés et religieux de Saint-Romain et de Saint-Sauveur de venir en corps processionnelloment avec les autres ecclésiastiques au logis de Tarcheveque ou du vicaire général, président, pour se transporter en réglise où se tiendra le synode, et à Tavenir, lesdits abbés fourniront à nous ou aux vicaires généraux, des logements ailleurs que dans les hôtelleries.

D Suivant Tancienne coutume, les religieux marcheront deux à deux, ceux de Saint-Sauveur d'un côté, ceux de Saint-Romain de l'autre, vêtus chacun suivant la règle de son Ordre.

y> Huit jours après la tenue du synode, les curés ou leurs vicaires seront tenus de venir prendre, de notre main, les saintes huiles.

y> Il sera informé d'office contre les ecclésiastiques qu'il est défendu a tout prêtre, sous peine de G écus à donner en aumône, de se trouver à aucun acte ecclésiastique sans habits décents.

» Tous les ecclésiastiques assistant au synode devront y communier de la main de l'archevêque ou du vicaire-général président. »

Après la clôture du synode, les religieux, irrités de la perte de l'un de leurs plus beaux privilèges, déclarèrent hautement qu ils ne souffriraient pas que le vicaire-général vînt faire la visite de leurs maisons. Prévenu de celte forfanterie, M. Levenier leur fit signifier d'avoir à le recevoir immédiatement. Les portes furent ouvertes sans la moindre protestation.

Le roi avait décidé qu'une assemblée générale du clergé se tiendrait à Paris le 15 mai. Le cardinal se hâta de convoquer en son palais l'assemblée provinciale, qui, d'une voix unanime, le nomma son député. En acceptant ce gage de confiance, il promit solennellement à ses mandataires de n'avoir en vue que les intérêts de TÉglise, et, peu de jours après, il prouva qu'il se rappelait sa promesse. Mais avant de quitter Bordeaux, il voulut assurer la visite des archiprêtros de l'Entre-deux-iMers et de Bénauge, et celle du couvent des Glaristes, de Périgueux, qui avait été placé sous sa surveillance par une bulle du pape de 1G05. Il confia la première de ces missions à son promo-

teur, M. de Mouey, chanoine do Saint-Seurin, etenVbya à Périgueux le P. Chamboris, de TOrdre des Récollets, avec un superbe règlement pour le couvent.

Il avait encore à cœur de donner à ses chères Ursulines une marque de son affection. Cette congrégation était pauvre; et à peine avait-elle jeté ses racines dans le peuple, qu'on demandait à la mère Françoise de la Croix quelques-unes de ses compagnes, pour fonder des maisons à Libourne et à Bourg.

La congrégation de Bordeaux était bien à Tétroit dans son humble demeure de Puy-Paulin. Il lui donna de l'argent pour acheter une maison vaste et commode dans la paroisse de Sainte-Eulalie; il la fit disposer pour la clôture, et y construisit une église et des cellules pour les religieuses.

Après avoir rédigé des règles qui sont un modèle de prévoyance et de sagesse, il les installa lui-même au mois d'avril, et donna pour directeur aux trois maisons de Bordeaux, Libourne et Bourg, M. do Lurbe, archidiacre de Blaye. Par un mandement spécial, il invita le peuple à aimer et à vénérer les religieuses comme de saintes sœurs que le ciel lui donnait, et, pour déterminer les personnes pieuses à visiter les églises, chapelles et oratoires de la communauté, il y attacha un certain nombre d'indulgences.

Ces devoirs remplis, il partit pour Paris; mais il s'arrêta à Blaye, où il avait des réformes importantes à opérer. ïl fit comparaître devant lui les pères de deux couvents, et il ordonna à ceux d'entre eux qui étaient pourvus d'un titre curial d'opter, dans le délai de quinze jours, entre leur pension claustrale et les revenus des paroisses dont ils étaient titulaires. Il leur rappela que puisqu'ils voulaient avoir charge d'âmes, leur premier devoir était de remplir les fonctions pour lesquelles ils recevaient des émoluments, et que la place d'un pasteur était au milieu de son troupeau. L'official était présent; il lui prescrivit devant les religieux de tenir la main à l'exécution de sa volonté, et, en cas de résistance, de procéder contre les récalcitrants par toutes les voies canoniques.

Cet acte de rigueur fut le seul sujet d'ennui qu'il éprouva dans ce voyage; partout, on lui fit l'accueil le plus flatteur, les ovations les plus chaleureuses. A Saint- Jean-d'Angély, il fut reçu aux portes de la ville par les autorités locales, qui se transportèrent ensuite dans

Tabbaye où il était logé, et qui se confondirent en protestations de respect. Après ces magistrats vinrent les avocats, le procureur du roi, les religieux de Saint-François, puis la population tout entière, qui, ce jour-là, oublia quelle était protestante, pour entourer de ses respects le prélat illustre que son titre de métropolitain amenait dans ses murs.

Le siège de Maillezais, transféré depuis à La Rochelle, était alors occupé par M^' Henri d'Escoubleau de Sourdis, oncle du cardinal. C'était le second prélat de cette famille que comptait cette église. En effet, M^' de Sourdis avait succédé à Pierre de Pontdevaux, qui, luimême, avait eu pour prédécesseur Jacques d'Escoubleau, abbé de la Sainte-Trinité de Mauléon et de Saint-Pierre-d'Airvaux.

Henri de Sourdis avait joué un rôle important dans les troubles qui suivirent la mort de Henri HL Ardent défenseur des libertés de rÉglise de France, il fut au premier rang des prélats qui s'employèrent avec le plus de zèle à opérer un rapprochement entre Sixte-Quint et Henri IV. Le roi le comprit au nombre des docteurs chargés de lui enseigner les vérités du catholicisme. Il assista à l'abjuration et au sacre du Béarnais, et il fut nommé Commandeur de rOrdrc du Saint-Esprit en 1595.

On ignore la date de sa promotion à Tépiscopat, mais tout porte à croire qu'il fut préconisé vers 1560.

Quoi qu'il en soit, vers 1608, ses infirmités ne lui laissaient plus l'activité nécessaire pour remplir avec fruit les devoirs de sa charge, et il obtint que son neveu, le cardinal, lui fût donné pour l'aider à supporter le poids de la charge pastorale.

L'archevêque de Bordeaux, pour seconder les vues de son oncle, entreprit la visite du diocèse de Maillezais. Le vicaire -généraladministrateur vint au devant de lui jusqu'à Niort, petite ville du ressort de l'église de Poitiers; il était suivi d'une foule de gentilshommes du pays qui avaient tenu à honneur de faire cortège à leur métropolitain. L'arrivée du prince de l'Église fut saluée par une immense acclamation, et le curé du lieu lui ménagea dans sa paroisse une entrée vraiment royale. A Bressuire, il fut conduit sous un dais à l'église Notre-Dame, au milieu d'un concours immense de peuple i\u\ saluait on lui le représentant de son évèque. M^' de Sourdis voulut

que sa présence ne fût pas sans fruit pour le diocèse, et il ordonna la tenue d'un synode pour le 8 mai. Le premier acte de son autorité fut d'ordonner à la dame prieure de Foulgénérise et aux religieuses de Bressuire de garder strictement la clôture. Il institua des témoins synodaux dans les archiprêtrés et les doyennés, comme il l'avait fait à Bordeaux; il recommanda aux vicaires-généraux de faire souvent la visite des archiprêtrés; il nomma, comme dans son diocèse, un syndic chargé de solliciter les procès des pauvres prêtres, et de poursuivre, par les voies de droit, les prêtres non résidants; mais il ne lui donna d'autres honoraires que la taxation de ses journées faite par les députés du clergé.

Henri IV savait qu'il y avait dans la caisse du clergé une somme considérable, et il la demandait à la bienveillance de l'assemblée pour subvenir aux besoins du royaume. Le cardinal s'opposa avec force à cet octroi, et démontra avec chaleur que l'assemblée n'avait aucun droit de le faire. Cet argent élait l'argent des pauvres; il devait être employé à les soulager, à réparer les églises ruinées par les malheurs du temps, à en construire de nouvelles, à élever des séminaires; c'était donc commettre une injustice flagrante, presque une impiété de le détourner de sa destination. Et comme quelques rares adhésions accueillaient seules son discours, il appliqua à la majorité de l'assemblée ces sanglantes paroles, que Pierre de Blois adressait au temps passé à l'évêque d'Orléans :

« Scio quod si rex tuus angariis, perangariis, exactionibus, capitulationibus, cœterisque sordidis et extraordinariis ecclesiam decreverit prsegravare, quamplures episcopos, hujus rei factores inveniet, Ipsi enim evangelicse libertatis obliti, quae non solum filios Dei sed amicos facit in ignominiam servitutis perpetuae sibi permittent aurem scibila perforari. Sic olim Rege Antiocho jura templi et sacerdotii pervertente, multi de Israël egressi sunt, qui solum adulationis aut vani honoris intuitu in consensum illius tyrannidis transierunt.»

Deux prélats seuls, l'archevêque d'Auch et l'archevêque d'Aix, prouvèrent, en adhérant à l'opinion du cardinal de Bordeaux, qu'ils ne méritaient pas ce reproche. Le reste de l'assemblée vota les fonds demandés par le roi, et il ne resta à M. de Sourdis que la conscience d'avoir foit son devoir, en parlant au nom du droit et de la vérité.

Henri IV eut aussitôt connaissance de Tattilude qu avait prise le cardinal. Il s'en vengea noblement. La reine Marie de Médicis venait de lui donner un fils, qui fut depuis Gaston, duc d'Orléans. Il pria le cardinal de lui donner le baptême.

On pourrait croire que fatlitude prise par M«' de Sourdis au sein de fasscmblée lui était inspirée par le désir de dominer, par forgueil de sa situation, par un besoin insurmontable d'opposition et de lutte. Sa conduite privée prouve qu'il puisait ses inspirations à une source plus pure.

Autant il montrait d'ardeur quand il fallait défendre les intérêts de l'Église ou réprimer des abus, autant il était doux, modeste, pieux, charitable, quand il s'agissait de faire le bien, d'être utile, de conquérir des âmes au Seigneur. Pendant son séjour à Paris, il donna l'exemple des vertus les plus austères; on le rencontrait à chaque instant dans les églises; il visitait assidûment les lieux arrosés du sang des martyrs; il se plaisait surtout au couvent des humbles Filles de la Passion, qu'il guidait de ses conseils. Il y prêcha le jour de la saint Jean-Baptiste, en présence des cardinaux de Joyeuse et Larochefoucauld et d'un grand nombre d'évêques et de prélats.

Excités par sa réputation de vertus, les PP. Feuillants le prièrent de vouloir bien consacrer leur église. La cérémonie, commencée à quatre heures du matin, finit à dix heures, et le cardinal eut encore la force d'officier pontificalement et de prêcher.

M""^ de Sourdis, sa mère, réparait par une piété profonde les erreurs de sa jeunesse. Le cardinal se plut à visiter avec elle les hôpitaux et les prisons. Un jour, ils trouvèrent dans un cachot du Parlement un pauvre gentilhomme chargé de chaînes.

Le cardinal, ému jusqu'aux larmes de sa situation, lui fit une aumône de cent livres, somme considérable pour le temps, et, par délicatesse, il s'abstint do lui demander la cause de sa détention.

La sœur de M^' de Sourdis était abbesse du monastère de Saint- Paul, dans le diocèse de Beauvais. Elle n'y vivait pas heureuse, car ses religieuses étaient animées d'un esprit d'opposition que rien ne pouvait vaincre. Le cardinal se rendit à Beauvais accom[)agné de

quelques prêtres, et il fit si bien par ses exhortations et ses discours, que les religieuses courbèrent la tête devant leur supérieure et lui promirent d'être toujours, dans l'avenir, fidèles au vœu de la sainte obéissance qu'elles avaient prononcé. Le cardinal y officia pontificalement le jour de l'Assomption, avec l'assistance des vicaires-généraux de Beauvais, et, le lendemain, il consacra une église que les Capucins venaient d'élever dans la banlieue de la ville. Il y eut une afïluence énorme ; tout ce que la cité comptait d'hommes distingués par leur naissance, leurs charges ou leur position, se firent un devoir d'y assister, et tous témoignèrent hautement leur admiration pour un dévouement qui ne se refusait à aucun labeur, qui ne reculait devant aucune fatigue.

En quittant Beauvais, il recommanda, dans les termes les plus vifs, sa sœur et l'abbaye qu'elle dirigeait à la sollicitude des vicairesgénéraux.

]\P de Sourdis était d'ailleurs une femme de cœur et d'un caractère aussi viril que son frère. Un jour, le roi Henri lY chassait dans les environs de Beauvais; surpris par la pluie, il vint chercher un abri au couvent et voulut pénétrer dans l'intérieur. Sire, répondit la courageuse abbesse, Yotre Majesté peut, si elle veut, forcer la clôture; mais si elle le fait, mes lilles et moi nous sortirons aussitôt par une autre porte. Voilà une brave abbesse, dit le roi émerveillé, et il se retira très satisfait de cette réponse.

Vers la fin de son séjour à Paris, l'archevêque reçut d'affligeants rapports sur l'état du diocèse. Un esprit moins persévérant, moins énergique que le sien se fût découragé en songeant combien, après tant d'efforts, il restait de terrain couvert de ronces et d'épines.

Le procès-verbal que lui remit le chanoine Demoncy, chargé par lui de visiter les archiprêtrés d'Entre-deux-Mers et de Bénauge, lui démontra combien peu encore le clergé comprenait ses devoirs envers lui.

Quand M. Demoncy s'était présenté au couvent du Bonlieu(^), les religieux lui en avaient refusé l'entrée, lui demandant par dérision s'il voulait faire paver leur cloître de dalles de marbre.

(') Carbon-Blanc.

Sainte-Eulalie cVAmbarès était alors sous le patronage du chapitre de Saint André. Le titulaire, Georges Duperrier, chanoine de la métropole, lui en refusa l'entrée, alléguant qu'elle était exempte de la juridiction épiscopale. Il ajouta que, lors môme qu'elle ne jouirait pas de ce privilège, elle ne pouvait, en vertu de la décision du synode de Blaye, recevoir que la visite de Tarchevêque en personne ou de son vicaire-général. M. Demoncy ayant exhibé les lettres qui Tinvestissaient de cette qualité, Georges Duperrier n'en persista pas moins dans son refus, ajoutant toutefois que s'il voulait y entrer pour prier et adorer le Saint Sacrement, la porte lui serait ouverte, mais qu'il n'accepterait que la visite du cardinal.

A Pompignan, le vicaire perpétuel répondit au vicaire-général que l'église étant sous le patronage du chanoine hebdomadaire de Saint- André, il avait reçu du chapitre l'ordre de lui en refuser l'entrée; que, d'ailleurs, sa visite était inutile, puisque deux chanoines l'avaient faite quelques jours auparavant.

Même refus à Camblanes, cure à la collation du chapitre de Saint- Seurin. Le vicaire perpétuel prétendit que son église était exempte de toute autre visite que de celle de l'archevêque.

M. Demoncy se présenta ensuite à Notre-Dame de la Grave, alors réunie à la paroisse d'Arveyres. Cette église dépendait des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Le juge du lieu se présenta au nom du commandeur pour assister à la visite. Il fit toute réserve pour que cette enquête a n'apportât aucun préjudice aux droits, prérogatives, privilèges, immunités et exemptions qu'il avait plû au Saint-Siège de concéder à l'illustre seigneur grand maître de l'Ordre, au sieur grand prieur de la religion, aux chapitres provincial et général et aux sieurs prieurs et

commandeurs n'empêchant, au reste, que la visite ne se fît pour

l'honneur et gloire de Dieu; qu'au contraire, il l'approuvait, et qu'il offrait d'autoriser et de confirmer toutes les ordonnances épiscopales en ce qui concernait les églises dépendantes de la commandorie d'Arveyres; requérant le sieur Demoncy d'insérer sa proposition dans le procès- verbal. y>

Enfin, lorsqu'il arriva à la chapelle de Mocône, dépendante de l'église paroissiale de Montussan, le visiteur constata une usurpation incroyablement scandaleuse. Un habitant s'était emparé de la cha-

pelle et l'avait englobée dans sa maison. Les paroles sévères qui lui furent adressées par le délégué de Tarcheveque lui firent comprendre la gravité de sa faute, et il Tavait réparée avant que le cardinal eût eu le temps de sévir contre lui.

Le chapitre ne s'était pas borné à enjoindre aux curés et vicaires perpétuels dont les paroisses étaient à sa collation, de refuser l'entrée de leurs églises aux visiteurs de Tarchevêque; il en avait encore appelé comme d'abus au grand conseil. Déjà, l'année précédente, il avait échoué dans une tentative de ce genre. Cependant, il crut pouvoir en commencer une nouvelle, sous prétexte que la bulle sur laquelle il appuyait ses prétentions avait été mal lue et mal interprétée. Il délégua, en conséquence, à Paris, le doyen du chapitre Desaiques et le chanoine Dubernet, conseiller au Parlement, pour soutenir le procès. Tout se réduisait à une question grammaticale. Un point mal placé dans une phrase donnait au sens deux significations différentes. On discuta tant et si bien sur ce point, on obscurcit tellement la question, que le grand conseil se crut obligé de soumettre l'interprétation de la charte à un paléographe habile. Il fit choix à ce sujet du jésuite Prontou Dudac, qui l'expliqua dans un sens favorable au cardinal. En conséquence, par arrêt du 30 septembre 1608, le conseil consacra le droit de l'archevêque sur toutes les églises de son diocèse, excepté la métropolitaine, et condamna le chapitre aux dépens.

Cependant, dans la même année, un fait aussi ignoble que scandaleux vint démontrer combien il eût été nécessaire de rendre à l'archevêque la plénitude de sa juridiction. A la procession de la Fête- Dieu, un conflit s'éleva sur la préséance des bourgeois qui avaient été en charge à la bourse et les procureurs du Parlement. Les anta-gonistes se ruèrent les uns sur les autres et se frappèrent violemment dans l'enceinte même de la Primatiale.

Le chapitre resta impassible, et le cardinal ne put que gémir de ces honteux désordres.

Il existait à Bègles un usage assez singulier : l'église restait ouverte toutes les nuits du samedi au dimanche, et il s'y réunissait une foule nombreuse pour y faire ce que l'on appelait la veillée. Pendant l'ab-

sencc du cardinal, il se produisit un de ces grands scandales, coumic il en arrive toujours lorsque la foule est livrée à elle-même sous prétexte de dévotion. Le vicaire-général ordonna que les exercices de piété que Ton avait Thabitude de faire la nuit commenceraient à Taube et finiraient au coucher du soleil, et il défendit en môme temps « toutes superstitions et cérémonies particulières qui, par la suite du temps, se sont glissées en ladite église de Règles, contre les saints canons et constitutions de TÉglise. ^ Plus tard, le 5 mai 1609, le cardinal modifia ce que cette décision avait de trop rigoureux. Il fut défendu, en synode, de boire, manger, danser ou se livrer à aucun acte irrévérencieux dans les églises. Les curés et les vicaires devaient séparer les hommes des femmes, et commencer à chanter le plus solennellement possible entre dix et onze heures du soir.

Les hommes les plus dangereux alors à Bordeaux n étaient pas ceux qui faisaient profession ouverte de lutter contre le cardinal et de s'opposer à faction de la puissance épiscopale; c'était cette classe de gens timides et trembleurs qui se croient prudents, parce qu'ils ont peur des conflits, qui, au lieu de réprimer les fautes, cherchent à les atténuer et à les excuser, qui sont toujours prêts, à pactiser avec le désordre, pourvu que leur tranquillité ne soit pas troublée, hommes essentiellement dangereux, dont la faiblesse encourage les mauvaises passions et autorise le crime. On appelait à Bordeaux ces gens-là les politiques de la paix. C'était surtout en matière religieuse que leur intervention était à craindre; ils redoutaient l'esprit remuant des protestants; ils savaient que les membres de la religion réformée étaient toujours prêts à se plaindre de la voilation de leurs privilèges, à se poser en victimes et à fomenter des troubles. Aussi s'efforçaient-ils d'éviter toute occasion de les irriter, et ils en étaient arrivés à paralyser faction de la justice. Le vicaire perpétuel de Sainte-Croix était un homme sensuel et plusieurs fois puni pour ses désordres. Il vivait avec une femme mariée, et, malgré les exhortations de ses supérieurs, se refusait à rompre ce commerce odieux. L'autorité ecclésiastique lit appel à la justice séculière, qui, après avoir constaté l'adultère, conduisit le vicaire en prison. Au bout de quelque temps de captivité, le coupable parut s'amender. Il sollicita son élargissement, et il l'obtint sur la promesse solennelle qu'il fit de ne plus revoir sa complice.

Mais à peine fut-il rendu à la liberté, qu'il Tenleva à son mari et la conduisit à Bergerac. Là, il apostasia et déclara qu il appartenait désormais à la religion réformée. Le cardinal porta plainte à la Cour, mais on éluda sa requête, observant que Bergerac était une ville protestante, et qu'il fallait se garder de tout acte qui pourrait froisser Topinion ou troubler l'harmonie qui existait entre les deux cultes. Quelques jours après, une femme huguenote, poussée par un incroyable esprit de vertige, s'empara de la statue de la vierge qui ornait l'angle d'une maison, et lui mettant une corde au cou la traîna à travers la paroisse de Sainte-Colombe, en la frappant du pied, et en proférant contre la Yierge les injures les plus atroces. La crainte de blesser les protestants par un excès de rigueur détermina encore le Parlement à laisser ce scandale impuni. En revanche, il voulut faire sortir des prisons de l'archevêché, pour le faire conduire dans les siennes, un cordelier accusé de sacrilège; mais l'autorité ecclésiastique s'opposa à cette prétention, la loi à la main, et l'affaire n'eut pas de suite. En même temps on fit brûler sur la place publique un libelle intitulé : De laxatione officince papœ rerum casitalium.

Quelque temps avant le retour du cardinal, il se tint à Bordeaux et à Blaye deux synodes diocésains. Les ordonnances en sont courtes, mais elles méritent d'être rapportées. Il y fut décidé que le canon du Concile provincial de 1583, relatif à l'obligation pour tous les fidèles d'entendre la messe paroissiale, serait publié dans toutes les églises au prône. Que la permission de célébrer la sainte messe accordée aux ecclésiastiques non incorporés au diocèse, ne s'étendait pas aux paroisses en dehors de la ville et de la banlieue ; que les prêtres vagabonds sans lettres de regends devraient sortir du diocèse; que le décret du Concile provincial de 1583, relatif aux desservants et curés, serait rigoureusement observé; qu'il serait permis de faire des quêtes dans les églises paroissiales, pourvu qu'on observât le respect dû aux saints lieux; que le greffier de Tofficialité devrait désormais délivrer les certificats, lettres et autres documents qui lui seraient adressés par les archiprètrés et les témoins synodaux.

A peine M. de Sourdis était-il rentré dans son diocèse, que de nouveaux démêlés vinrent envenimer encore ses rapports avec le chapitre.

L'arrêt rendu par le Grand Conseil reconnaissait à l'archevêque de

Bordeaux le droit de visite et la juridiction sur toutes les églises de son diocèse ; il se crut donc autorisé à nommer un vicaire perpétuel pour desservir Téglise de Floirac, qui était unie au chapitre de Saint- André. Cet ecclésiastique ne convint pas aux chanoines, et M. Lartigue, Tun d'eux, se transporta à Floirac et l'expulsa de Téglise. Cette violence produisit une émotion assez vive. Le cardinal fut dans la nécessité de se rendre sur les lieux et de s'enquérir des faits par luimême. A son retour, il fit appeler M. Lartigue à l'archevêché, et chercha à lui faire comprendre le double tort qu'il avait eu d'occasionner un scandale public et de braver aussi ouvertement les arrêts du Grand Conseil qui reconnaissait la juridiction épiscopale dans tout le diocèse. Le chanoine, persistant dans son attitude, lui répondit qu'il ne se souciait pas plus des arrêts du Grand Conseil qu'il ne se souciait de l'archevêque et de son autorité; qu'il avait chassé le vicaire de Floirac et qu'il le chasserait encore, et qu'il n'en serait ni plus ni moins pour tout cela. Blessé de ces propos, qui se tinrent devant plus de vingt personnes, le cardinal ordonna l'arrestation du fougueux chanoine, et le fit enfermer non en prison, mais dans une chambre meublée, située au dessous de la chapelle épiscopale. Il était neuf heures du soir lorsque cette arrestation fut connue du doyen. Aussitôt il convoqua le chapitre au son de la grosse cloche, et les chanoines décidèrent d'une commune voix de se rendre chez le maréchal d'Ornano. Mais le vieux soldat, avec sa franchise toute militaire, leur répondit que cette affaire ne le regardait pas, qu'ils eussent à en référer au Parlement, et que si la Cour rendait un arrêt il saurait bien le faire exécuter. Force fut donc au chapitre d'attendre au lendemain; sur ces entrefaites, M. de la Chèse, conseiller au Parlement, était allé voir le prisonnier et lui avait flnt comprendre combien sa conduite avait été inconvenante. M. de Lartigue l'avait déjà senti ; il chargea donc son ami de se rendre près du cardinal, et de lui exprimer ses regrets; et, sur la promesse qu'il fit d'être plus circonspect désormais, M. de Sourdis s'empressa de le faire mettre en liberté. Mais cette satisfaction ne parut pas suffisante au chapitre; il porta plainte au Conseil, qui rendit un arrêt contre cet emprisonnement. Puis, pour mieux foire paraître la brèche faite à ses privilèges, il eut recours au roi et obtint un arrêt de sauvegarde. Ce chanoine sappelait De la Vigne.

On trouve dans les actes de Tannée 1008 un mandement de l'archevêque adressé à tous les curés du diocèse, au sujet de Tanniversairc de son sacre, pour les inviter à en célébrer avec lui le retour, et pour prier le ciel de lui donner les vertus nécessaires à sa charge. Cet anniversaire avait lieu le jour de la Saint-Thomas. Pour le fêter plus dignement, le cardinal réunissait dans son palais un certain nombre de pauvres, qu'il invitait à dîner dans son palais, et à qui il donnait sa bénédiction et une abondante aumône. Son historiographe Bertheau ajoute que chaque année le nombre de ces convives alla en croissant, et que plus le cardinal avança en âge, plus ses largesses furent nombreuses et abondantes.

L'année précédente, et presque à la même époque, la congrégation des Ursulines, dirigée par M""' de Cazères, qu'on commençait à appeler la mère Françoise de la Croix, avait été l'objet de quelques scènes de violences au sujet de deux jeunes filles qui s'étaient réfugiées dans la communauté contre le vœu de leurs parents. Ces scènes se reproduisirent dans les derniers jours de décembre et prirent bientôt des proportions telles que le roi dut s'en occuper. Depuis leur retour dans la maison paternelle, ces jeunes personnes, filles d'un nommé Salomon et de dame Chatard, étaient obsédées et tourmentées par leurs parents, qui, pleins d'ambition, voulaient faire contracter à ces enfants de riches mariages. Déjà ils avaient établi ainsi deux de leurs filles. Mais ces unions n'étaient pas heureuses, et les deux demoiselles, peu encouragées par l'exemple, repoussaient tous les partis qui leur étaient présentés. Enfin, le séjour de la maison paternelle leur devint tellement odieux, qu'elles se déterminèrent à supplier le cardinal de les protéger contre les violences de leurs parents. Cette affaire était délicate. Le prélat hésita longtemps; puis, après de mûres réflexions, il autorisa la Mère de la Croix à recevoir de nouveau chez elle Suzanne et Catherine, car c'était ainsi que s'appelaient les enfants.

Aussitôt lus parents recourent au Parlement et réclament leurs filles, en alléguant, comme toujours, que l'Ordre de Sainte-Ursule n'étant pas approuvé par le Saint-Siège, il ne présentait aucune garantie pour favenir des personnes qui s'y aggrégeraient. Ils se rendent ensuite chez l'archevêque, affirment que la vocation de Suzanne et de Catherine n'est pas sérieuse, qu'elle leur est suggérée par leur

confesseur, un père Feuillant, et que si elles sont soustraites à Tinfluencede'ce religieux, elles souscriront certainement aux ordres

paternels.

Ces discours font impression sur M. de Sourdis, et pour s^assurer du véritable esprit des enfants, il les retire du couvent des Ursulines, et les confie à la prudence de M""^ la présidente de Mons, qui jouissait d'une haute réputation de piété. Cette mesure semblait devoir calmer Torage; mais il éclata peu après avec une nouvelle force, et devint une violente tempête.

Page 1