‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 2 sur 55 · SÉNATEUR, ETC., ETC · texte numérisé non relu

SÉNATEUR, ETC., ETC

Éminence Révérendissime,

Vous avez voulu que j'écrivisse l'histoire du cardinal de Sourdis; je viens vous faire hommage de mon travail.

Mon livre n'est pas un panégyrique, il est une réhabilitation. Trop longtemps on a méconnu les vertus qui ont illustré ce grand archevêque, et qui lui ont mérité d'être appelé le Borromée de la France. Les services qu'il a rendus à Bordeaux et à sa Province tout entière, il est temps qu'ils apparaissent sous leur véritable jour.

Le cardinal de Sourdis s'est assis sur le siège primatial d'Aquitaine alors que le diocèse était privé depuis dix ans de son pasteur, et que le sillon de deuil et de sang creusé dans nos campagnes par la guerre civile n'était pas encore comblé.

Partout il n'a trouvé que ruines et confusion. La discipline ecclésiastique était foulée aux pieds, la hiérarchie méconnue; les églises, spoliées ou détruites, étaient désertes, et le Parlement, seule autorité qui fût encore respectée, confondant les lois divines avec la loi humaine, avait usurpé les pouvoirs de l'épiscopat et décidait les questions de conscience les plus intimes.

Le cardinal de Sourdis déclara la guerre à tous les abus, quelle que fut leur origine, eussent-ils pris naissance au pied du trône même. Et cette guerre, il la fit sans relâche, sans trêve ni merci. Parfois il fut

vaincu dans celte lutte d'un seul contre tous; mais, nouvel Anthée, toutes les fois qu'il toucha la terre, il prit des forces nouvelles et lecommença le combat.

Il n'est pas étonnant dès lors que tous ceux dont il attaquait les jjriviléges, dont il dénonçait les usurpations, se soient ligués contre lui, et qu'ils aient essayé de le mettre au ban de l'opinion. De là les insultes et les outrages dont l'accablent quelques auteurs contemporains: de là ces calomnies odieuses qui l'ont poursuivi au-delà du tombeau, et qu"ont recueillies des biographes mercenaires qui spéculent sur le scandale.

Mais vous, Éminence, vous aviez porté depuis longtemps un tout autre jugement sur votre auguste prédécesseur. Vous avez consacré votre glorieux épiscopat à évangéliser les parties les plus reculées de votre vaste diocèse; votre main a relevé bien des sanctuaires, réédifié bien des églises renversées par le temps et les révolutions, et partout, sur toutes les ruines comme dans les plus humbles presbytères, vous avez trouvé deux noms glorieux, celui de Pey Borland et celui du cardinal de Sourdis.

Dans les siècles à venir, l'Église de Bordeaux vous sera reconnaissante de l'avoir illustrée par la tenue de quatre Conciles provinciaux que vous avez présidés: mais, dans Taccomplissement de cette œuvre solennelle, vous avez pu vous inspirer des Assemblées synodales tenues par le cardinal de Sourdis et du Concile provincial de 1624. Tous les jours on vous voit avec reconnaissance entourer de votre sollicitude ces pieuses communautés qui se vouent à l'éducation des enfants du pauvre; mais les Ursulines n'atlachent-elles pas aux voûtes de leurs chapelles les armes du cardinal de Sourdis à côté des vôtres ?Verdelais, votre œuvre de prédilection, n*a-t-il pas été commencé par ce grand pontife, comme Pey Borland a jeté les fondements du gracieux campanile que vous avez donné pour piédestal à Notre-Dame d'Aquitaine?

Voilà pourquoi j'ai osé accepter cette grande tâche, quoiqu'elle fût l>eut-étre au-dessus de mes forces.

Aussi n'ai-je pas cherché à faire une œuvre littéraire, un travail destiné à une grande lenommée. J*ai compris que je devais suivre le cardinal de Sourdis pas à pas, mois par mois, année par année; analyser les uns après les autres tous les actes de son administration, le montrer au milieu de son clergé, veillant à la discipline, sévère pour les infractions, indulgent au .repentir, plein d'une tendre charité pour les malheureux.

Mon écrit est un journal et non pas une histoire.

Votre Éminence avait mis à ma disposition les archives archiépiscopales. J'y ai retrouvé un manuscrit que le chanoine Bertheaud, secrétaire de M. de Sourdis, avait rédigé dans une pensée analogue à la mienne. Son travail s'arrête, il est vrai, à Tannée 1620; mais il existe encore un grand nombre d'ordonnances rendues par le cardinal postérieurement à cette époque. Dans les dernières années de sa vie, M. de Sourdis a été mêlé aux grands événements politiques qui ont précédé le ministère du cardinal de Richelieu. J'ai retrouvé sa trace dans les Mémoires du temps. Enfin, un de ces hommes rares qui vouent toute leur vie au culte de leur pays, M. Marcliandon, que j'ose à peine nommer tant j'ai peur de blesser sa modestie, possédait quelques documents précieux; il a bien voulu les mettre à ma disposition. J'ai pu ainsi reconstituer dans toutes ses parties l'histoire de ce grand archevêque.

Malgré mes efforts, cette étude est loin d'être parfaite, je le conçois, sans cependant me croire capable de mieux faire. Je m'attends donc à bien des critiques. J'accueille d'avance avec gratitude celles qui seront inspirées par l'amour de la vérité. Quant à celles que pourraient dicter la passion, l'esprit de parti, la haine du catholicisme, je les accepterai comme un hommage involontaire rendu à l'homme éminent qui fut, dans son siècle, un des plus intrépides et des plus intelligents défenseurs des droits de la Sainte Église catholique, apostolique, romaine.

C'est dans ces sentiments que je dépose mon livre aux pieds de Votre Éminence; qu'elle l'accueille avec indulgence, qu'elle daigne me tenir compte de ma bonne volonté , elle m'aura accordé la plus douce récompense.

Je suis avec le plus profond respect,

de Votre Éminence Révérendissime,

le très humble et très obéissant serviteur,

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