‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 24 sur 55 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Bulle du Pape à M. de Sourdis au sujet de la préséance des cardinaux au Conseil d'État.— Les Récollets de Bergerac. — Visite du diocèse. — Grégoire XV supprime les exempts et les remet sous la juridiction de l'Ordinaire. — Mort de ce Pape. — Discussion à Agen à propos de saint Caprais. — Le cardinal se rend à Périgueux. — Synode d'octobre. — La confession en commun. — Les confréries de Saint-Jean de Luz et leur évêque. — L'évèque d'Angers et son archidiacre. — Les Ursulines à Angers. — Fondation de Verdelais.

Un incident remarquable signala le séjour de Tarchevêque à Paris.

Le cardinal de La Rochefoucauld avait été appelé, Tannée précédente, au Conseil d'Efat. Jusqu'alors cette assemblée avait eu pour président le vieux chancelier Bruslart de Sillery. Mais lorsque, pour complaire au pape et peut-être aussi pour avoir un prétexte d'en refuser rentrée à Richelieu, Louis XRI y eut admis le doyen des cardinaux français, M. de La Rochefoucauld réclama la préséance comme prince de l'Eglise. Le chancelier fit valoir ses anciens services et l'importance de ses fonctions près du roi. Cette affaire traîna en longueur. Le nonce crut devoir en référer au Saint-Siège, et le pape, jaloux de maintenir intacte la suprématie des cardinaux, crut ne pouvoir mieux faire que d'adresser au cardinal de Sourdis le bref suivant :

« A notre cher fils François, appelé de Sourdis, cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens, salut et bénédiction apostolique.

» Vous avez fait connaître depuis longtemps combien était ardent le zèle du Soigneur dont vous étiez dévoré, et avec quel courage vous savez défendre les droits de l'Église. C'est pourquoi nous espérons que votre appui et vos efforts ne feront pas défaut au vénérable frère 0.:tave, archevêque de Tharse, notre nonce, qui a pour mission de défendre l'autorité de la religion catholique et l'étendue des droits du cardinalat; car il paraîtrait trop absurde aux nations

étrangères, qu'alors que les princes très chrétiens enseignent à leurs sujets de quels devoirs de soumission ils doivent environner le Souverain Pontife, on ne fit point en France assez de cas des cardinaux de la sainte Eglise romaine, appelés les héritiers des Apôtres, nos frères, et qu'on laissât croire que le temps était arrivé de déverser l'indifTérence sur les ornements de notre dignité vicariale, afin que le roi qui occupe le trône, sût que la religion en est le plus ferme appui et que ses armées défendent avec succès les droits du Saint- Siège apostolique. Faites donc vos efforts, notre cher fils, pour profiter de cette occasion, afin que les mille services que vous rendrez à l'Église romaine égalent Thonneur que vous en avez reçu. Vous pourrez donc unir vos desseins à ceux de notre nonce, et la prudence modérant votre zèle, vous donnerez au Sénat apostolique un témoignage de l'affection que vous lui portez. En attendant le résultat de votre piété, nous appelons sur vous toute l'abondance de notre bénédiction apostolique.

» Donné à Rome, sous l'anneau du Pêcheur, à Sainte-Marie jeure, le 14 février 1623, la troisième année de notre pontificat. »

Mais lorsque cette bulle arriva à Paris, l'habileté de Richelieu et l'active énergie de l'archevêque de Bordeaux avaient aplani toutes les difficultés. Louis XIII avait fait droit aux réclamations de ces trois princes de l'Église, à qui s'était joint encore le cardinal de Retz, Henri de Gondi, archevêque de Paris.

M. de Sourdis était de retour dans son diocèse dès le mois de mai. Les Récollets venaient de fonder une Maison à Bergerac. Il remit à leurs confrères de Bordeaux, pour leur être adressées, des reliques des saints martyrs Gervais et Protais, et de saint Gybard.

On connaît la touchante histoire de ces deux frères, qui moururent à Milan. Il existait à Paris, dès le VP siècle, une église qui portait leur nom et qui avait été restaurée en 1616. Saint Gybard, confesseur non pontife, était né à Périgueux en 504, et avait passé sa jeunesse dans un couvent, à peu de distance de cette ville, nommé Seclaciacum.

Quelques années après sa mort, Nicasius, évêque d'Angoulême, ayant fait bâtir un monastère à Bordeaux sous son nom, y transporta une partie de ses reliques.

Au Xl^ siècle, une autre partie de ces reliques fat npportée à Poitiers et placée dans une église élevée à leur intention, à l'extrémité occidentale de la ville. Cette église devint paroissiale jusqu'en 1791. Détruite en partie par la Révolution, elle resta fermée jusqu'en 1854-. M«' Pie, évêque de Poitiers, la restaura à cette époque, et elle fut réconciliée, le 11 juin, par M^' Gousseau, évoque d'Angoulème, et rendue au culte pour l'usage des Sœurs de la Miséricorde, dont la Maison y est annexée.

Les Uécollets de Bergerac accueillirent ce don avec une vénération profonde; ils savaient quel tendre intérêt le cardinal portait aux Ordres religieux, et ils en voyaient la preuve dans ces reliques qui leur rappelaient les sublimes vertus qui florissaient dans ces contrées aux premiers siècles de l'Église.

Plusieurs fois déjà, dans le cours de ce récit, nous avons parlé de la piété du cardinal pour la Sainte Yierge et de sa prédilection pour le pèlerinage de Montuzets. Cette année encore, il en donna une preuve éclatante. Il existait à Bordeaux deux confréries, établies l'une à Saint-Rémy, l'autre à Saint-Michel. Toutes deux avaient pris naissance à Montuzets, et, par suite des libéralités du roi Louis XI, toutes deux portaient le titre de Confrérie royale de Monluzefs. En 1G23, les syndics de ces deux associations vinrent d'un commun accord représenter à M. de Sourdis qu'il pourrait encore accroître la piété des confrères, s'il leur accordait un nombre de faveurs spirituelles plus grand que celles dont ils jouissaient. L'archevêque se rendit à leurs vœux, et leur accorda à perpétuité une indulgence de cent jours par chaque communion qu'ils feraient, une de cinquante jours toutes les fois qu'ils accompagneraient le viatique dans la maison des malades, une autre de vingt jours pour chaque œuvre de charité, et une autre de cent jours à l'article de la mort.

Il y mit pour condition que les confrères prieraient pour le rétablissement de la paix et pour l'union des princes chrétiens, l'extinction des hérésies, le progrès de la foi catholique et la prospérité du roi.

Vers la fin du XYP siècle, le pape Grégoire XIII avait conçu la pensée d'une institution destinée à pro[)ager dans le monde entier

les dogmes du catholicisme. Cette création n avait jamais obtenu lo développement nécessaire. Il appartenait à Grégoire XV de la compléter, et de lui donner ce caractère de solidité et de durée que la religion sait attacher à ses œuvres. Il y avait alors à Rome, dans Tordre des Capucins, un grand prédicateur, Girolano de Narni, qui, par Taustérité de sa vie, avait mérité la vénération générale et la réputation d'un saint. Le cardinal Ludovisio, archevêque de Tharse, neveu de Grégoire XV, l'avait pris sous sa protection. Le religieux ayant conçu le projet de développer l'œuvre de la propagande, Ludovisio accueillit cette idée avec chaleur. Sur le conseil du Capucin, une congrégation fut fondée afin de s'occuper, dans des séances régulières, de la direction des missions dans toutes les parties du monde. Le Saint Père assigna les premiers fonds nécessaires à cette institution; son neveu y contribua de ses propres biens, et comme elle correspondait à un besoin réel et profondément senti, elle prospéra de jour en jour d'une manière plus brillante. (( Qui ne connaît, s'écrie l'historien protestant de la papauté, le célèbre Ronke, qui ne connaît les services immenses que la propagande a rendus à la philosophie du temps ou à la connaissance générale des langues? iMais elle s'est surtout appliquée à remplir avec énergie sa mission principale, celle de la propagation catholique; et dans les premiers temps, elle réalisa les plus magnifiques résultais. » Une encyclique, du 22 janvier 1623, annonça au monde catholique cette grande création et la nomination du cardinal Saleti à la présidence de la congrégation. La lettre pontificale fut accueillie avec une émotion profonde; les évêques de France, en particulier, exprimèrent dans leurs mandements les sentiments de gratitude qu'elle leur inspirait.

Peu de temps auparavant, Grégoire XV avait publié une autre bulle qui, bien qu'elle traitât d'un sujet de moindre importance, avait causé une joie plus vive au sein de fépiscopat français.

L'histoire du cardinal de Sourdis est pleine de luttes qu'il eut à soutenir avec les chapitres et les abbayes de son diocèse, au sujet de la visite pastorale. Cette situation, si fâcheuse pour les intérêts spirituels des églises , n'était pas particulière à l'archidiocèse de Bordeaux ; le mal était général, et la plupart des évoques avaient,

dans leur découragement, jeté au loin la cognée impuissante à saper le mal dans ses fondements. Par ses bulles du mois de février 1622, Grégoire XV mit les réguliers et les exempts sous la visite des ordinaires pour le fait des sacrements, et révoqua tous les induits, privilèges, faveurs et concessions spirituelles et ecclésiastiques, au for intérieur et extérieur.

Cette mesure produisit immédiatement les effets les plus salutaires; aussi fut-elle approuvée, quelques années plus tard, par le pape Urbain VIII.

Le cardinal consacra le mois de janvier à visiter son diocèse. Il se trouvait le 18 à Villandraut, où M^' Joubert, évêque de Bazas, était venu Tattendre. Le même jour, il visita Uzest. Le lendemain, il passa la journée au château de Gans, maison de campagne des évoques de Bazas, où il fut reçu avec tous les honneurs et les démonstrations de Tamitié la plus cordiale. Le 21, il était de retour à Bordeaux, où se faisaient de grands préparatifs pour la réception du duc d'Épernon, nommé gouverneur de la Guyenne en remplacement du duc de Mayenne, tué au siège de Montauban.

Pendant le cours de l'été, son Eminence continua ses visites pastorales; elle était à Sallebœuf lorsqu'elle apprit la mort du pieux et vénéré Grégoire XV. Ce pontife avait toujours été plein de bontés pour M. de Sourdis ; il l'avait accueilli au début de sa carrière ecclésiastique; plus tard, le cardinal l'avait retrouvé à la cour de France en qualité de nonce apostolique. C'était à lui qu'on devait la conversion du maréchal de Lesdiguières, depuis connétable. En effet, pendant son séjour en France, il avait souvent pressé le vieux huguenot de revenir au catholicisme, et le maréchal lui avait promis qu'il viendrait se prosterner aux pieds du pape, lorsque ce pape serait Alexandre Ludovisio. Ludovisio, devenu Grégoire XV, rappela sa promesse à Lesdiguières, qui tint parole.

A ces souvenirs se mêlait, pour le cardinal de Sourdis, un sentiment profond de reconnaissance pour la distinction avec laquelle le Souverain Pontife l'avait accueilli à son dernier voyage à Rome, les grâces dont il l'avait comblé, les éloges qu'il en avait reçus pour son zèle et sa fermeté. Aussi insista-t-il vivement près de son clergé pour qu'il s'unît à lui dans une commune prière en faveur de l'illustre défunt.

En même temps, comme le choix qu'allait faire le Sacré-CoUége de son successeur intéressait toute la chrétienté, il demanda aux fidèles d'unir leurs vœux à ceux du clergé pour que TEsprit-Saint guidât le choix de ceux qui devaient Télire.

Il paraît qu'il eut un instant le projet de se rendre au conclave avec le cardinal de Lavalette. On voit, en effet, dans le récit qui nous a été fait des actes de cette assemblée, que ces deux princes y étaient vivement attendus. On désirait leur présence, parce que Ton savait les cardinaux romains fort divisés entre eux, et Ton craignait qu'ils ne s'accordassent que difficilement sur l'élection du pontife.

Cependant, dès l'ouverture du conclave, le cardinal Mafféo Barberini réunit tous les suffrages, et il fut proclamé le 6 août 1623, fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur.

Si le cardinal de Sourdis eut le dessein d'aller à Rome, il n y persista pas; car le 22 juillet il était à Saint-Émilion, d'où il partit pour visiter Saint-Pierre de Lussac, fabbaye de Faize et Saint-Félix de Lavignac.

Il hâta son retour à Bordeaux, sur Ta vis qu'il y était attendu par M. Jean Singlande, avocat au Parlement et second consul d'Agen, qui avait à l'entretenir, au nom de sa ville natale, d'un fait qui touchait aux traditions religieuses du pays.

Le patron du diocèse est saint Caprais. Il existe à Agen une église qui porte son nom, et qui, jusqu'à la Révolution de 89, a été un prieuré. Elle est devenue cathédrale depuis le concordat de 1802.

Voici ce qui s'était passé :

L'éveque, M^' de Gelas, avait nommé son frère Balthazar grand archidiacre du diocèse. Balthazar de Gelas avait espéré que ce titre lui donnerait la préséance sur tout le clergé du diocèse, et il avait été très mortifié de voir que le prieur de Saint-Caprais marchait avant lui dans les cérémonies publiques. De teinps immémorial, saint Caprais était honoré comme pontife et martyr. Balthazar de Gelas s'imagina que s'il enlevait au saint son titre de pontife, il amoindrirait f importance du prieur, et qu'il le forcerait ainsi à prendre le second rang. D'après les Actes du martyre de Sainte-Foy, où saint Caprais est représenté comme un homme encore fort jeune, il s'imagina do soutenir que le patron de l'Agenais if avait jamais été

évoque, et quil ne follait lui rendre d'autre culte que celui du commun des martyrs. La pétulance des Agenais est proverbiale. Elle fut vivement surexcitée par une proposition aussi mal sonnante, et toute la ville prit fait et cause pour saint Caprais contre son malavisé détracteur. L'ire populaire était sur le point de s'apaiser, lorsque Timprudence de l'abbé Soubveur, théologal du diocèse, vint lui fournir de nouveaux aliments.

Cet ecclésiastique avait été invité à prêcher à la collégiale de Saint-Caprais , le jour de la fête des SS. Innocents; il s'imagina de faire le panégyrique du saint, et de lui contester son titre d'évêque. Aussitôt M. de Lascase, un des chanoines, se lève de sa stalle et proteste avec vivacité contre l'opinion du prédicateur. Bientôt une discussion s'engage, et il faut la voix de l'orgue pour couvrir le bruit de la querelle. L'imprudent prédicateur fut obligé de se soustraire par la fuite à la vengeance des défenseurs de saint Caprais et de son titre épiscopal.

Tels étaient les faits dont M. Singlande venait entretenir le métropolitain.

M. de Sourdis se hâta de soumettre la question à l'examen d'une Commission de savants, qui, après s'être soigneusement enquis de la tradition locale et de son antiquité, fut d'avis qu'il y avait lieu de rendre à saint Caprais les honneurs dus à un pontife et martyr. Sur ces conclusions, le cardinal publia l'ordonnance suivante :

(( François, par la miséricorde de Dieu, prêtre, cardinal de Sourdis, du titre de saint Praxède, etc., etc. ;

» Sur la requête à nous verbalement faite 'par notre cher et bienaimé fils, maître Jean Singlande, avocat en la Cour du Parlement de Bordeaux, second consul de la ville d'Agen, faisant pour le corps de la dite ville et habitants d'icelle, tendant à ce que sur la question mue entre certains ecclésiastiques, et agitée voir même jusqu'à la chaire de la parole de Dieu, au grand scandale de la ville d'Agen, savoir est si le glorieux saint Caprais, évêque et martyr, avait été véritablement évêque, et ce contre les traditions des églises d'Agen et anciens bréviaires ez-quels il est qualifié évêque et martyr, et contre la commune créance du peuple et marques qui paraissent ez-églises d'Agen, comme d'y voir les reliques de son chef avec une mître, ses images et peintures, tant ez-vitres que tapisseries de l'église de

Saint-Caprais et autres endroits, lesquels le représentent en évêque, et môme que de l'autorité du Concile provincial, tenu Tan 1582 par messire Antoine Prévost de Lansao, notre prédécesseur, il fut ordonné de faire un catalogue des saints propres des lieux, ce qui fut fait, et Toffice de saint Gaprais ordonné de pontife et martyr, il nous plût, pour obvier aux scandales et émotions du peuple, pour riionneur du diocèse d'Agen et de ladite église de Saint-Caprais, appuyer cette vérité par notre jugement et déclaration, que saint Caprais a été évoque en ladite ville, et y a enseigné la foi et doctrine orthodoxe au prix de son sang.

)) A ces causes :

■)) Nous, après avoir fait voir la preuve de cette vérité à quelques ecclésiastiques graves qui sont auprès de nous, en notre conseil, ouï leur rapport et suivant les traditions des églises d'Agen, et ayant mûrement délibéré que Toffice divin du jour et fête de Saint-Caprais a toujours été fait d'un évêque et martyr, déclarons que ladite question ne doit être agitée, ni le fait révoqué en doute, ains, au contraire, que tous les ecclésiastiques doivent suivre la tradition de ladite église, et honorer ce grand saint, leur patron, du titre d'évêque et martyr; et, en cette qualité, doit être loué et glorifié et prêché, et proposé à tout le peuple pour la gloire de Dieu, l'édification des âmes et protection de la ville d'Agen. Et, pour cet effet, ordonnons à tous les ecclésiastiques de réciter l'office et célébrer les messes d'un pontife martyr, tel que dans l'Ordonnance du Concile il a été dressé et publié, et tel est notre jugement et déclaration, laquelle nous avons délivrée au suppliant pour témoignage d'icelle et de l'honneur que nous portons et rendons à Saint-Caprais.

y> A cette fin, promettons qu'il soit publié audit diocèse.

» Donné à Bordeaux, en notre palais, sous notre seing et scel et contre-seing du secrétaire de l'Archevêché, le dernier jour du mois de juillet 1623.

FRANÇOIS, Cardinal-Archevêque de Bordeaux.

Dans un travail récent, les Bollandistes, par la plume savante du P. Van Heck, ont complètement soutenu la sentence du cardinal de Sourdis.

Néanmoins, cotte Ordonnance blessa révê([ue d'Agen, qui y vil un

blâme de ses opinions personnelles. Le 24 septembre, il écrivit à son Métropolitain une longue lettre justificative. 11 y établit que, prêcbant le jour de Pâques dans l'église dédiée à saint Caprais, il avait établi un parallèle entre ce martyr et saint Phebade, et leur avait publiquement rendu grâce d'avoir enseigné TÉvangile aux anciens habitants du pays. Au jour des Rogations, les chanoines de Saint-Étienne devaient faire une station à la collégiale; il leur avait prescrit d'y réciter l'oraison de saint Caprais comme évêque et martyr.

L'évêque rappelait encore que, dans une circonstance récente, il avait ordonné à tous les curés de son diocèse de célébrer la fête du saint sous cette double qualification ; il promettait de faire insérer son office dans le Directoire de l'année suivante; enfin, il alléguait que les chanoines ayant menacé de le faire citer devant le Parlement pour le contraindre à déclarer saint Caprais évêque et martyr, il leur avait répondu que s'ils voulaient lui présenter leur requête, il y ferait droit avec d'autant plus d'empressement, qu'il s'y sentait plus pressé que personne.

Bien que la dernière partie de cet exposé semble établir que M^' de Gelas n'avait pas été toujours parfaitement fixé sur la qualification à donner au patron de son diocèse, et qu'il avait subi, au moins pour un instant, l'influence de son^frère Balthazar, le cardinal tit insérer le Mémoire de M. de Gelas dans une nouvelle ordonnance qu'il rendit le 4 novembre, et qui fut motivée par deux faits graves, quoique de nature différente.

D'abord, quelques prédicateurs s'étayaient de sa première décision pour attaquer et livrer aux railleries de leurs auditeurs ceux qui avaient soutenu une opinion contraire. Le cardinal leur défendit, sous peine d'excommunication, d'agiter cette question en chaire, de manière à soulever les passions du peuple. En second lieu, des gens de loi avaient institué de leur chef, et sans l'assentiment de l'autorité ecclésiastique, des fêtes religieuses auxquelles ils conviaient les populations.

Le métropolitain déclara que les magistrats devaient leur appui à l'Église; qu'il ne leur était pas permis d'exercer sur elle une pression quelconque; que l'institution d'une fête religieuse faite par eux était une usurpation des droits de l'autorité ecclésiastique, et,

qu'enfin, il n'appartenait qu'aux évoques, en raison de la mission qu'ils avaient reçue du ciel, d'indiquer des jours saints et d'en prescrire la célébration. En conséquence, il leur défendit, sous peine d'excommunication , de passer outre et de donner suite à leur projet.

Aujourd'hui que de pareils empiéleraents sont impossibles, on comprend à peine qu'ils aient pu exister. Il fallait que Tautorité ecclésiastique eût bien faibli, pour qu'elle se laissât dominer par tout ce qui l'entourait. On doit comprendre, en lisant de pareils récits, ce qu'il fallut de force d'âme et d'énergie au cardinal pour maîtriser la situation, pour rétablir la hiérarchie dans Téglise, et pour faire respecter, même par ses adversaires les plus infatigables, l'autorité que les évoques ont reçue de Dieu.

Aussi, sa réputation s'était étendue au loin, et son influence était grande en matière politique; ses décisions, en ce qui touchait la discipline ecclésiastique, étaient accueillies avec respect et soumission. Il n'avait plus seulement à s'occuper de l'administration si importante de son archidiocèse, il lui fallait encore applanir les difficultés qui surgissaient dans les diocèses de ses sufTraganls, et résoudre les questions les plus épineuses du droit canon.

A peine avait-il rétabli Tordre à Agen, qu'il eut encore à s'occuper des Carmélites de Bordeaux. Le P. de Bérulle avait triomphé, et une bulle de Grégoire XV, en date de 4622, avait placé sous sa juridiction, visite et supériorité, toutes les Carmélites de France; le roi avait approuvé la bulle, et le Saint Père en avait confié l'exécution aux cardinaux de La Rochefoucauld et de La Valette. Ces princes, sachant combien d'opposition ils rencontreraient dans l'exécution de leur mandat, déléguèrent leurs pouvoirs à iM. de Louytre, doyen de l'église de Nantes.

Lorsque la visite de cet ecclésiastique lui fut annoncée, M. de Sourdis venait d'établir fOraison des quarante heures dans le couvent de Saint-Joseph. Il se rendit aussitôt dans la Maison du Garmel, et exhorta les religieuses à se conformer aux volontés du pape et du roi. Ces tentatives de conciliation n'eurent aucun succès, et M. de Louytre se présenta à la porte extérieure du couvent sans pouvoir en obtenir l'entrée. Le visiteur se disiiosait à employer les moyens juridiqucî?

pour pénétrer dans la Maison, lorsqu'on apprit la mort du Souverain l^ontife. Un doute surgit alors dans son esprit; il se demanda si la mission qu'il avait reçue au nom de Grégoire XV ne cessait pas avec la vie de celui qui la lui avait donnée. 11 alla consulter sur cette grave question Varchevêque, qui, ne voulant pas la résoudre seul, forma une Commission mixte, composée du théologal de Saint-André, de trois Pères Jésuites, du docteur Henriquez, d'un Récollet, d'un Feuillant, d'un Dominicain, et de MM. Fontenel et Claveau, avocats.

Cette Commission tint plusieurs séances, auxquelles elle convia M. de Louytre. Mais, pendant ce temps, la conscience de cet ecclésiastique s'était rassurée. Il déclara que ses pouvoirs subsistaient toujours; et comme les religieuses persistaient à lui refuser rentrée de leur Maison, parce qu'elles étaient d'un sentiment opposé, il leur fit signifier, par acte judiciaire, qu'il entendait exercer son autorité, et qu'en raison de leur opposition à son mandat, il les déclarait rebelles au Saint-Siège et frappées d'excommunication ipso facto.

La Commission venait précisément de terminer ses travaux, et son opinion avait été que les pouvoirs donnés par Grégoire XV pour l'exécution de son bref et la transmission de ces pouvoirs, faite à M. de Louytre, n'avaient aucune valeur depuis la mort de ce pontife. En conséquence, le cardinal lui fit défense à lui ou à toute autre personne de troubler les Carmélites en aucune manière, et il prescrivit de notifier cette ordonnance au délégué et de la faire afficher ■ dans tous les lieux publics et endroits accoutumés.

L'affaire en resta là pour le moment.

Presque aussitôt après, M. de Sourdis fut obligé de se rendre à Porigueux, pour rétablir l'ordre dans le couvent de Saint-Pardoux de la Rivière. Deux religieuses s y disputaient fautorité. La première^ Françoise de La Courette, était une femme hardie, entreprenante, d'un esprit dominateur, qui voulait que tout dans la Maison se fît par ses ordres; la seconde était la prieure. M'"'' Nicolas de La Borde, dont le caractère doux et humble avait souvent cédé aux volontés de son altière rivale, mais qui essayait alors de reprendre le pouvoir, pour rétablir dans la Maison Tordre sérieusement compromis. Le parloir avait été déplacé, la clôture supprimée; un pré qui servait de promenade aux religieuses était entouré de murs dont le peu de

hauteur permettait aux regards indiscrets de s'immiscer dans la vie intérieure de la communauté. Des femmes appartenant à la vie séculière avaient été admises dans Tintérieur du couvent sans motif déterminé. Certaines religieuses avaient conservé leur fortune personnelle et percevaient des rentes ou des pensions. La mode exerçait librement son empire dans le cloître; on avait adopté certaines coupes élégantes pour la robe, à qui Feniploi savant de Tamidon imprimait une ampleur insolite. Le bandeau indiscret trahissait la chevelure, et le voile, réduit aux proportions les plus minimes, laissait voir des visages que ne palissaient ni les jeûnes ni les macérations.

Le cardinal nentra en composition avec aucun de ces abus. Sous son regard sévère, la clôture fut rétablie, le parloir restauré, la bure modeste remplaça les étoffes de prix, les voiles reprirent leur longueur réglementaire. Les religieuses furent obligées de verser dans une caisse commune tout ce qui leur appartenait en propre, et défense leur fut faite d'obéir à autre personne qu'à la prieure, jusqu à ce que le conseil du roi eût statué sur les prétentions de sa rivale. Une visite suffît pour rétablir Tordre et la paix dans le cloître; on n'essaya même pas de murmurer. On savait que le cardinal, quand il voulait, voulait fortement.

Son Éminence se délassa de ses travaux en présidant le Synode d'octobre. Il y fut interdit aux curés, vicaires et prêtres, d'accepter l'office de parrain d'un nouveau-né sans la permission du chef du diocèse. Cette mesure était très sage. Comment refuser de se rendre aux vœux d'une ùmille, après avoir accédé à la prière d'une autre? N'était-ce pas provoquer des jalousies, toujours plus ardentes dans un hameau que dans une grande ville?

On avait fait connaître au cardinal que les registres des naissances, des mariages et des décès étaient mal tenus dans quelques paroisses, et à la portée de toutes les indiscrétions. Il fut décidé qu'en chaque église des registres seraient déposés dans un coffre fermant à clé.

Dans d'autres églises, il se produisait un abus monstrueux. Certains prêtres, pour se dispenser d'entendre les confessions des enfants et même d'adolescents, en réunissaient un certain nombre, et les interrogeaient en masse sur l'état de leur conscience. Le Synode ordonna que dès que les enfants auraient l'âge de discerner le bien du mal, les prêtres les entendraient en particulier, elles formeraient

au tribunal de la pénitence. Quant aux petits enfants, le Synode estima qu'il n'y avait aucun danger à les réunir, et à la condition que le prêtre leur fit comprendre, dans un langage clair et précis, qu'il ne les entendait pas en confession, mais qu'il les préparait au bien par une instruction appropriée à leur âge.

Bientôt après, se produisirent dans les diocèses voisins de nouvelles causes d'agitation, qui obligèrent encore le cardinal à prendre le rôle de médiateur. Les habitants de Saint-Jean-de-Luz avaient l'intention d'établir une confrérie de pénitents. Mais M^' de Renel, récemment sacré évêque de Bayonne, refusait, sous différents prétextes, de donner l'autorisation nécessaire.

On sollicita la haute intervention du primat d'Aquitaine, qui, après avoir appris de l'évêque les motifs de ses hésitations, lui écrivit en ces termes :

<( Les raisons que vous alléguez sont graves; je ne crois pas néanmoins qu'elles puissent arrêter les efforts de votre piété à l'égard de certaines âmes qui cherchent les moyens les plus efficaces- de se conserver en la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je vous prie donc de passer sur ces considérations, et de leur donner des statuts, pour que leur dévotion puisse s'accroître sous votre direction. Au reste, il vous serait facile de les dissoudre, si la paix publique, à laquelle il est de notre devoir commun de veiller, nous en imposait l'obligation. Je vous prie donc de nouveau de leur faire sentir que je vous les ai recommandés, et de m' obliger aussi à vous en témoigner ma reconnaissance. »

Celte lettre obtint le résultat que s'en promettait le cardinal ; la permission nécessaire à l'érection de la Confrérie de Saint-Jean-de- Luz fut accordée.

Il existait dans farchiprêtré de Bénauge, et au milieu de la paroisse de Saint-Martin d'Aubiac, un pèlerinage consacré à Notre- Dame Consolatrice. Ce pèlerinage, fondé dans la seconde moitié du XIÏI^ siècle par fillustre et puissante famille des Comtes de Bordeaux (^), avait été détruit pendant les guerres de religion qui

(') Les Comtes de Bordeaux descendaient de la famille Paulinia, si célèbre sous l'empire romain, qui vit naître saint Paulin, évèque de Noie.

ensanglantèrent le règne des derniers Valois, et les religieux de Grand-Mont, qui le desservaient, Tavaient abandonné sans retour. Les biens qui dépendaient du monastère avaient été vendus, le bâtiment lui-même n'était qu'une ruine, et de l'antique chapelle il ne restait que le sanctuaire. Cependant, les habitants avaient conservé un pieux souvenir des bienfaits et des prodiges qui s'y étaient manifestés par l'intercession de la Sainte Vierge, et chaque jour de nombreux pèlerins allaient y implorer l'appui de la Mère de Dieu.

En 1623, il se produisit à Verdelais, hameau très rapproché d'Aubiac, des guérisons tellement en dehors des lois ordinaires de la nature, que le cardinal-archevêque se crut obligé d'ordonner une enquête canonique. Il en chargea le curé de Loupiac, qui se rendit dans les localités voisines, y entendit de nombreux témoins sous la foi du serment, et déclara à M. de Sourdis que, dans ces circonstances, la rumeur publique n'avait rien inventé, rien exagéré.

Quelle que fût l'autorité du caractère de cet ecclésiastique et des assesseurs qu'il s'était donnés, le cardinal ne voulut s'en rapporter qu'à lui-même, et il se rendit à Aubiac et à Verdelais pour recommencer à nouveau l'information.

Heureux d'être vaincu par l'évidence, il ordonna aussitôt de couvrir la nouvelle église de Verdelais, de la clore et de la paver. Il fit élever des bâtiments claustraux, et pour assurer le service divin dans la sainte chapelle, il y plaça un religieux de l'Ordre des Célestins, le P. Cogord, et le prieur de son séminaire Saint-Raphaël, l'abbé P. Palisse.

Bientôt les miracles s'accrurent, les fidèles accoururent en foule, et il fallut songer à assurer l'avenir du pèlerinage. Le cardinal en proposa la direction aux religieux de l'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux, qui avaient la collation de la cure. Mais son otïre n'ayant pas été agréée, il y plaça les Célestins.

L'Ordre de Grand-Mont essaya de protester, et conunença un procès devant le Conseil d'État. En 1631, il fut débouté de ses prétentions; mais le cardinal n'était plus là pour jouir de son triomphe.

Une déplorable querelle divisait l'évêque d'Angers, M*^' Charles Miron, et l'archidiacre du diocèse. Cet ecclésiastique affectait vis à vis (lu [u'éliil une grande indéiicndance, et se larguait de n'obéir à

ses ordres que suivant son bon plaisir. L'évc'îque, pour lui faire sentir son autorité, lui enjoignit de venir le Jeudi-Saint lui prêter son concours pour consacrer les saintes huiles dans une église autre que la cathédrale. L'archidiacre déclina Tordre, en objectant que le mênae jour, et à la même heure, il devait chanter la messe capitulaire. L'évêque lui fit donner les nionitoires canoniques, et le frappa de suspense. L'archidiacre fit aussitôt appel comme d'abus. M^' Miron le somma de se désister de cet appel devant un tribunal laïque, et, sur son refus, il prononça contre lui la sentence d'excommunication. Nouvel appel de la part du prêtre. Le Parlement de Paris donna, comme on devait s'y attendre, raison à l'inférieur contre le supérieur; et comme l'évêque persistait dans sa décision, l'archidiacre, pour se venger, eut l'infamie de l'accuser d'avoir dit que les appels comme d'abus avaient fait plus de mal à l'Église que les hérésies. Le Parlement saisit le temporel du prélat, en l'invitant à s'abstenir de propos aussi téméraires, sous toutes peines que de droit. En même temps, il délégua un conseiller-clerc, vicaire général de l'archevêque de Lyon, pour lever la sentence d'excommunication, et ce personnage, en prononçant la formule d'absolution, eut soin d'ajouter qu'il rendait à l'archidiacre ses pouvoirs, en vertu de l'arrêt de la Compagnie.

L'évêque, blessé dans ses droits, recourut au roi en son Conseil, et lui adressa un Mémoire qu'il communiqua au cardinal de Sourdis, en le priant de lui donner son sentiment.

L'archevêque de Bordeaux répondit à M. de Miron qu'il approuvait ce qu'il avait fait à l'égard d'un prêtre qui méconnaissait les principes de la hiérarchie sacrée pour recourir à l'autorité séculière. (( Cet abus, s'il était toléré, lui disait-il, anéantirait la discipline de l'Église, et ouvrirait la porte aux plus déplorables désordres. Je me réjouis de ce que la cause a été portée devant le Conseil du roi, prince religieux, dont la piété éclairée reconnaîtra que les censures ecclésiastiques seraient désormais impuissantes, si un arrêt du Parlement pouvait en détourner les effets. Il est vrai, ajoutait-il, que je ne trouve pas la suspense prononcée contre votre archidiacre assez motivée; mais quant à l'excommunication, vous aviez toutes les raisons de la lancer. A mon avis, celui qui lui a donné l'absolution, en vertu d'un arrêt parlementaire, a encouru l'excommunication en secondant le dessein de ceux qui empiètent sur l'autorité de l'Église.»

Ainsi que le pressentait le cardinal, le Conseil, sur Tavis de M. de La Rochefoucauld et de Richelieu, donna gain de cause à Tévêque contre son indigne archidiacre.

M. de Sourdis eut à se plaindre des procédés de M^"" Miron à regard des Ursulines, que la mère Jeanne de la Croix avait envoyées de Bordeaux à Angers pour y fonder une Maison de leur Ordre, sous répiscopat de M^' Fouquet. Le moment d'élire une supérieure était arrivé, et Ton avait rapporté au cardinal que, par ordre de Tévêque, le supérieur de la Maison avait pris à part chaque religieuse, pour lui défendre d'élire une Bordelaise, et de révéler à qui que ce fût sa démarche. Néanmoins, malgré cette menace, Tancienne supérieure qui venait de la Maison de Bordeaux fut réélue; M^' Miron refusa de ratifier la nomination.

Le cardinal lui écrivit, car il connaissait la prudence et la sagesse que ce prélat avait apportées jusqu'alors dans la direction des Maisons religieuses. Il lui fit remarquer qu'il n'existait dans la Maison d'Angers qu'une femme qui pût apprendre à la communauté les traditions de l'Ordre et lui inspirer l'esprit de la règle, et que cette religieuse était la sœur Cunégonde, du couvent de Bordeaux; il le pria, en conséquence, de la laisser à la tête de la Maison jusqu'à ce que ses compagnes eussent assez d'années et d'expérience pour la remplacer, ce Ce vœu, dit-il, m'est inspiré par le dévouement que je porte à ces religieuses, par la protection que je leur dois, puisque je les ai envoyées à Angers, et, enfin, par le désir de voir leur Maison bien dirigée, édifier le pays, et remplir d'une douce satisfaction le cœur de leur évêque. y>

Le même jour, il adressa aux religieuses la lettre suivante :

« Chères et bien-aimées filles en Notre-Seigneur Jésus-Christ,

» J'ai reçu une lettre sur ce qui est arrivé, de la part de M«r lévéque d'Angers, dans votre monaptère. Vos exercices en ont été un peu troublés, et, cependant, vous n'auriez pas dû en être étonnées. Les urnes religieuses ne s'irritent jamais contre les épreuves; elles les reçoivent comme venant de la main de Dieu, qu'elles baisent avec humilité. Loin de les arrêter, elles ne servent qu'à leur révéler leur faiblesse et le besoin qu'elles ont de rap])ui de la main de Dieu. Ce sont les épreuves qui font les saints. Jai écrit à 'SUr d'Angers pour le prier de vous rendre la paix. Je lui dis qu'il faut qu'on élise des personnes capables, conformément aux saints décrets.

J'espère qu'il aura ég'ard à me? avis. Appliquez-vous à l'oraison; elle vous remplira de confiance, et vous amènera à continuer vos travaux pour la plus grande gloire de Notre-Seigneiir.

» Sur ce, je prie Dieu qu'il vous bénisse.

» Votre aflfectionné, » FRANÇOIS, Cardinal de SOURDIS.

» Bordeaux, 9 décembre 1623. »

Les désirs du vigilant fondateur de FOrdre des Ursulines de Bordeaux furent entendus.

Le cardinal Barberini avait été placé sur la chaire de Saint-Pierre, et avait pris le nom d'Urbain VIIL A Foccasion de son avènement, il adressa à la chrétienté un bref qui accordait au monde catholique les grâces attachées au Jubilé.

L'archevêque de Bordeaux publia cette bulle le 12 décembre, et il la fit précéder d'un mandement qui était un éloge mérité du nouveau pontife. Il y rappelait que le cardinal Barberini était à Paris, en qualité de nonce apostolique, lors de la naissance du roi Louis Xill; qu'il lui avait administré l'eau sainte du baptême, à la prière de son glorieux père, et qu'il s'était toujours montré dévoué aux intérêts de la France, sans jamais prendre part aux intrigues dos partis. Il ajoutait que le nouveau pape n'était arrivé à la plénitude du pouvoir apostolique qu'après avoir gravi une à une les marches du trône pontifical, et que la profonde connaissance qu'il avait des hommes et des choses garantissait au monde de longues années de paix et de bonheur.

Hélas! cette prédiction de paix ne devait pas s'accomplir, et le cardinal de Sourdis était obligé, deux ans plus tard, de défendre vainement les droits du pontife-roi.

En terminant son mandement, il ordonna les Oraisons des quarante heures à la Primatiale Saint-André, le 21 décembre, fête de Saint- Thomas et jour anniversaire de son sacre, et à Saint-Seurin, le mardi de la semaine suivante, fête de Saint-Étienne. « Nous laissons, disait-il, à la prudence des curés des autres villes et des campagnes de choisir les jours qui conviendront le mieux à la piété

des fidèles. Nous permettons à ceux dont les paroisses sont le plus rapprochées, de se réunir dans l'église la plus commode pour y attirer un plus grand nombre d'adorateurs du Saint-Sacrement, et donner plus de pompe à la célébration des divers mystères. »

Ces dévotions couronnèrent dignement une année qui avait été si noblement occupée.

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