‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 26 sur 55 · MANDEMENT · texte numérisé non relu

MANDEMENT

« François, etc., etc., etc

» Les âmes pieuses reclierclient et étudient les faits "prodipeux de la bonté et de la puissance de Dieu. Or, la beauté du ciel, la variété de ses tlauibeaux admirables dans leurs mouvements, la succession constante des saisons, la diversité des llours, laboiidanee des récoltes, la sortie de

l'Egypte, le passage de la mer Rouge, le désert, l'entrée des peuples d'Israël d'ans la terre promise, les paroles du Sauveur du monde rendant la vie aux morts, la santé aux malades, la vue aux aveugles, excitent leur admiration et épuisent les sentiments de reconnaissance. Mais les linges de saint Paul, ravivant les morts, foreant les démons à abandonner les corps qu'ils possédaient, ne sont-ils pas aussi des bienfaits émanés de la main puissante qui se plaît à répandre la joie au sein des pays, des villes, des églises où se trouvaient les dépouilles des saints? « Quis sapiens et cuslodiet hœc intelliget miseiicordias Domini. » Ces saintes reliques sont les vases de l'espérance, pleins de suaves odeurs, d'où s'exhalent la vie, les armes de la tour de David, les mille boucliers qui la protégeaient, les soixante braves qui entouraient le trône de Salomon ; elles protègent le peuple, le consolent et soutiennent l'espérance de la résurrection.

» C'est pourquoi nous, qui aspirons à la possession du céleste séjour qu'habitent ces saints, ayant souvent pensé aux lieux qui renferment à Bordeaux leurs vénérables reliques, et, entre autres, la chapelle Sainte - Eulalie, en laquelle reposent les dépouilles mortelles de saint Clair et de saint Julien, en deux tombeaux, près l'un de l'autre, et séparément les corps des saints martyrs : Géronce, Sévère, Polycarpe, Jean et Babile, gisant au dessous, dans un tombeau en pierre, où ils furent déposés par la soigneuse piété de Charlemagne, empereur et roi chrétien des Français.

» La pieuse vénération dont nos prédécesseurs environnèrent ces précieux restes à cause des faveurs spirituelles qu'ils en obtenaient, s'est, à notre grand regret, tellement attiédie par les flots de sang que les guerres religieuses ont fait couler, qu'il n'en reste plus aucun vestige. Remontant à l'origine de cet antique respect religieux, nous avons délibéré d'exposer à la vénération des fidèles ce trésor caché, ces restes d'hommes évangéliques, qui ont prêché, au prix de leur sang, la foi dans la Guienne ; de les renfermer dans les châsses, de les déposer dans l'église de Sainte-Eulalie, afin qu'en contemplant, en honorant ces saints, nous soyons portés aies imiter, et que leurs prières attirent sur nous une plus abondante manifestation de la miséricorde divine. Nous désirons que tous nos bien-aimés enfants participent à cette fête, pour que nos prières, réunies, montent ensemble au pied du trône du médiateur de notre salut.

» Aces causes, et de l'avis de nos bien-aimés confrères les doyen, chanoines et chapitre de notre église métropolitaine, nous avons ordonné et fixé, en la manière accoutumée, une procession générale de tous les corps ecclésiastiques de la ville, soit séculiers, soit réguliers, au dimanche 28 juillet; elle partira de l'église métropolitaine, où seront déposés les corps-saints, pour les tranférer à Sainte-Eulalie, au lieu qui leur est destiné. Nous mandons à ce sujet à tous les curés et supérieurs des Maisons religieuses, de se trouver processionnellement à Saint-André, à six heures du matin. Exhortons tout le peuple à s'y rendre à la même heure pour entendre la sainte messe, à laquelle nous assisterons pontificalement, et suivre la procession

jusqu'à Sainte-Eulalie, oîi il y aura diverses prédications. Ordonnons, en outre, de tendre les maisons devant lesquelles passeront les saintes reliques. Nous désirons les honorer autant qu'il sera possible, et espérons que ces grands saints qui ont versé leur sang pour Jésus-Christ répandront sur l'autel de l'Éternel, en notre faveur, les parfums de leurs oraisons, solliciteront l'union des princes chrétiens et l'heureux succès du Concile provincial.

» Nous octroyons à tous les fidèles chrétiens qui assisteront à la procession, visiteront l'église Sainte-Eulalie et y prieront aux fins indiquées, cent jours d'indulgence pour chaque jour de l'Octave.

» Donné à Bordeaux, en notre palais, le 13 juillet 1624. »

Le samedi 27 juillet, M. de Sourdis se rendit, à quatre heures du matin, dans l'église Sainte-Eulalie. Il était accompagné de Tarchidiacre de Fronsac, du sous-doyen de Saint-André et de quelques autres ecclésiastiques. Déjà, par ses ordres, sept châsses, richement décorées d'étoffes de soie, avaient été placées entre la chapelle et l'autel Saint-Nicolas. Après avoir célébré la messe, le cardinal ouvrit le tombeau où était le corps de saint Clair; il en retirâtes ossements, à l'exception de la tête et de quelques fragments, et les lit envelopper et coudre dans un linge, avec un écrit en parchemin, signé par lui, scellé de ses armes, et contre-signe par le secrétaire.

En voici la teneur :

(( L'an 1624 de la naissance du Sauveur, et le dimanche 28 juillet, la première année du pontificat d'Urbain XIll et la quatrième du règne du très pieux et très chrétien Louis XIII, roi de France,

» Nous, François, cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, primat d'Aquitaine, marchant sur les traces de nos prédécesseurs et voulant honorer comme eux les reliques des saints, avons extrait d'une tombe, élevée et conservée derrière l'autel, les saints ossements de saint Clair, évoque et martyr, que la piété de Charlemagne avait déposés dans cette chapelle à son retour d'Espagne; les avons mis dans une châsse neuve pour leur témoigner une plus grande vénération, et les avons entin transportés sur cet autel pour y être désormais honorés. Cette cérémonie s'est accomplie au milieu des acclamations solennelles de tous les ordres de cette ville, du clergé régulier et séculier, de nos chers enfants les Bordelais, et avec la pompe que donnent surtout la présence des membres du Parlement, aussi distingués par leur piété que par la pourpre dont ils sont

revêtus, et celle des autres hauts fonctionnaires dont Tautorité est rehaussée par l'éclat religieux. »

L'archevêque fit ensuite ouvrir la tonihe de saint Justin, on exhuma les ossements, et les plaça dans un linge bénit, à l'exception du grand fragment du crâne qu'il mit à part, pour les renfermer avec la tête de saint Clair dans une même châsse. H modifia de la manière suivante le certificat d'authenticité : « Nous avons extrait ces saints ossements de saint Justin, martyr, compagnon de saint Clair, que la piété de Charlemagne, etc., etc jî>

Les ossements trouvés dans la tombe commune furent ensuite classés de manière à former les squelettes de cinq corps humains, et placés dans des châsses distinctes , pourvues chacune d'un écrit authentique. Le cardinal donna à la première le nom de saint Géronce, à la seconde celui de saint Sévère, et ainsi des autres. On les porta ensuite près du grand autel, et après que l'antienne Gandcnt in cœlio eut été chantée, le cardinal récita l'oraison, encensa les reliques, et se retira.

Le soir, il assista aux vêpres de Sainte-Eulalie, qui furent chantées par sa chapelle. Lorsqu'elles furent terminées, les châsses furent portées, musique en tête, à Saint-André, et déposées à coté du grand autel.

Le dimanche matin, tous les corps de la ville, le Parlement en robes rouges, les ecclésiastiques de tous les ordres, se trouvèrent réunis dans la nef de l église métropolitaine. Le cardinal-archevêque arriva, assisté des évoques de Limoges et de PérigueuK, et célébra solennellement le Saint Sacrifice. Après févangile, le célèbre confesseur de Henri IV, le P. Coton, lyonnais, alors provincial de l'ordre des Jésuites en Guienne, monta en chaire et prononça une homélie relative à la fête. Ce Jésuite était doué d'un organe d'une suavité exceptionnelle. C'était au point que, lorsqu'il discutait avec les protestants sur quelques matières du dogme, ses adversaires s'opposaient à ce qu'il lût lui-même les textes dont il invoquait l'appui, le charme qu'il donnait à cette lecture étant de nature à influencer ses auditeurs. Il est donc inutile d'ajouter que son discours fut goûté de tout l'auditoire, et même du chapitre, si difiîcile, si exigeant et si jaloux (^).

(') GauftVeteau, Mémoires manuscrits

A Tissue de la messe, la procession se mit en marche. Le chapitre de Saint-Seurin avait apporté la verge de saint iMartial. Le cardinal la prit et la porta lui-même jusqu'à Téglise Sainte-Eulalie.

Lorsque les divers corps se furent retirés, le clergé de celte paroisse chanta une grand'messe. 11 y eut sermon après les vêpres, et le soir on tira des feux d'artifice devant Téglise. Enfin, la veille du dernier jour de l'octave, le cardinal invita de nouveau le Parlement à assister à une grand'messe, à la suite de laquelle les châsses furent solennellement placées sur les socles qui leur étaient destinés.

Depuis cette époque, la procession des corps-saints eut lieu tous les ans, et elle a pris un nouvel éclat depuis le pontificat du cardinal Donnet, qui, en 1858, accorda une portion notable du corps de saint Clair à M^' de Salinis, archevêque d'Auch, son ancien grand-vicaire. La translation se fit, le 25 août 1858, à Lectoure, avec une grande pompe. M^' Donnet présida la cérémonie, assisté des archevêques d'Auch et de Toulouse, des évêques d'Agen, de Nevers, de Tarbes et de Bayonne.

En cette année 1624, il se produisit deux faits trop curieux pour ne pas être relatés. Le premier est celui-ci : le duc d'Épernon était alors gouverneur de la Guyenne; à son arrivée dans le pays, il avait voulu que le Parlement lui rendît les mêmes honneurs qu'aux princes du sang; mais la Compagnie avait alors pour chef l'illustre et vénérable Marc-Antoine de Gourgues, le chrétien le plus humblement soumis aux lois de l'Église, le président le plus fier lorsqu'il s'agissait de défendre les droits de la Cour. On sait qu'il osa publiquement reprocher à Louis XIII le peu d'égards qu'il avait montré pour les membres du Parlement, et qu'il mourut du chagrin que lui causa une insulte qu'il reçut du roi à cette occasion. Il repoussa donc énergiquement les prétentions du duc d'Épernon. Lorsque la procession des corps-saints eut lieu, le duc refusa d'y assister, bien convaincu que le Parlement ne céderait rien sur la question de la préséance. Mais on le vit un jour entrer seul dans l'église de Sainte- Eulalie, et prier longuement, prosterné devant les corps-saints.

Le second épisode démontre l'esprit d'orgueil et d'opposition dont était infatué le chapitre métropolitain. Dans son mandement, le cardinal-primat s'était servi des mots: «Nos bien -aimés frères les doyen, chanoines et chapitre de notre enlise métropolitaine. »

Le corps canonial se trouva blessé de cette locution, qu'il trouva trop flimilière; il se réunit capiUilairement le 5 août 1624, et, après délibération, il fit signifier par huissier à Bertheaud, secrétaire de TArchevèché, d'employer à l'avenir la formule : « Nos vénérables et bien-aimés confrères les doyen, chanoines et chapitre »

Le mandement contenait aussi le verbe mandons. Le chapitre avait trouvé ce terme trop impératif. Cependant, il décida qu'il assisterait à la procession sans que sa condescendance pût tirer à conséquence pour l'avenir.

Le cardinal de Sourdis ne daigna pas relever ces inconvenances de si mauvais goût; elles étaient peu de chose à côté des tracasseries de toute nature que lui avait fait subir ce même chapitre pendant les vingt-quatre années de son épiscopat. On ne fait pas le bien impunément : c'est souvent au prix de son bonheur et de sa tranquillité que l'on défend le droit et la vérité.

Depuis longtemps le zélé cardinal avait conçu la pensée de faire ratifier par un Concile provincial les diverses ordonnances qu'il avait rendues dans les Synodes. Il jugeait avec raison que si elles étaient sanctionnées par tous ses suffragants et approuvées par le Saint-Siège, elles acquerraient plus d'autorité, et qu'avant de les enfreindre, la voix de la conscience s'élèverait plus énergique chez ceux qui seraient tentés d'insubordination. Sa santé, éprouvée par les fatigues d'une longue administration et par les luttes qu'il eut à soutenir, avait subi cette année de rudes atteintes, et il ne voulait pas mourir sans avoir accompli ce projet, qui lui semblait le couronnement de son œuvre. Il résolut donc de convoquer, cette année même, ses suffragants, pour constituer, au profit de toute la province, un corps de règlements uniformes, inattaquables, dignes du respect et de la reconnaissance de tous.

Ce n'était pas la première fois que cette solennité s'accomplissait dans son archidiocèse.

Déjà, en 383, sous Tépiscopat de saint Dolphin, s'était tenu à Bordeaux le fameux Concile qui condamna les erreurs des Priscilliens. En 1064, le cardinal Etienne, légat du Saint-Siège, convoqua un second Concile dans la même ville pour régler des différends survenus entre divers établissements ecclésiastiques; et neuf ans plus tard.

l'archevêque Goscelin de Parthenay présidait un troisième Concile à Saint-Maixent en Poitou pour juger les erreurs de Bcrauger.

Le célèbre archevêque Amat, légat du pape Grégoire Vil dans l'Aquitaine et dans les Espagnes, tint trois Conciles, dont deux eurent lieu dans sa cathédrale, qui venait d'être consacrée en 1096 par le pape Urbain IL Ces trois assemblées ne paraissent avoir eu pour but que de résoudre des difficultés relatives à des propriétés ecclésiastiques.

Le Concile que tint à Bordeaux le pape Gérard de Malemort, en 1^55; celui de l'263, que présida son successeur Pierre de Roncevaux, ne traitèrent que de questions de discipline.

Les règlements qui y furent édictés semblent avoir servi de règle à rÉglise de Bordeaux jusqu'en 1582, époque à laquelle, pour se conformer aux dispositions du saint Concile de Trente, M. Prévost de Sanzac, prédécesseur immédiat de M. de Sourdis, appela à un Concile provincial tous ses suffragants, auxquels il adjoignit ^\. de Pontac, évêque de Bazas. Ce prélat, l'un des plus remarquables de son temps, appartenait à la province ecclésiastique d'Auch, métropole de la Novempopulanie. Dans ce Concile, il élabora, avec leur concours, un corps d'ordonnances qui frappa vivement l'attention de ses contemporains.

Le Concile projeté par le cardinal de Sourdis était donc le dixième tenu par les archevêques de Bordeaux. Il devait s'écouler plus de deux cents ans jusqu'à ce qu'un de ses successeurs entreprît de resserrer les liens de la discipline, en appelant à luises comprovinciaux, et en leur demandant le concours de leurs lumières et de leur piété. De même qu'il s'était complu jusqu'alors à imiter Pey-Berland et le cardinal de Sourdis, en dotant son diocèse d'un si grand nombre de nouveaux sanctuaires, en offrant une large hospitalité aux Ordres religieux, en développant le culte de Marie, protectrice de TAquitaine; de même aussi M^' Donnet voulut, comme saint Charles Borromée, prouver par d'éclatants témoignages son inébranlable union au trône de Saint-Pierre, sa fidélité à la discipline de l'Église. Sous son glorieux pontificat, le ressort métropolitain de Bordeaux a vu, en 1844, s'accroître le nombre de ses sutTragants, car une bulle de Grégoire XVI a créé des évèchés à la Martinique, à la Guadeloupe, à l'Ile Bourbon, dont les titulaires ont assisté aux quatre Conciles provinciaux présidés par Son Éminence,

De tout temps la papauté a été la gardienne et la protectrice des intérêts les plus sacrés. Tous ses actes en font foi. Dans les premiers siècles, elle lutte contre la tyrannie par ses martyrs. Au Moyen Age, elle élève la voix en faveur de l'esclave, du serf, du déshérité. Plus tard, lorsque Henri YllI proclame un droit d'absolutisme sur les consciences, imitateur servile de plusieurs princes d'Allemagne, entendez ses réclamations; voyez-vous son zèle se ralentir un instant? Mais surtout on la voit toujours, pleine de sollicitude pour le salut des âmes, imposer à ceux qui ont accepté la mission de paître les brebis du Christ, l'obligation de donner l'exemple des vertus, du dévouement. Au XiX^ siècle, la mission de l'Église s'accroît encore; elle n'a plus seulement à promulguer des règlements disciplinaires ou à combattre ses propres ennemis : c'est la société qu'elle doit protéger contre elle-même, c'est le peuple qu'elle doit prénmnir contre ses flatteurs. A ceux qui parlent de progrès, en invoquant la liberté absolue de tout dire, de tout écrire, elle doit montrer l'abîme sans fond qu'ils entr'ouvrent, et où nous péririons tous, si ellemême n'était pas immortelle et ne devait nous foire vivre de sa vie.

Ce qui nous est resté des actes des Conciles de Bordeaux dont nous avons la nomenclature dans un discours remarquable prononcé par M«' le cardinal Donnet, le 14- juillet 1850, nous fournit la preuve de ce que nous avançons. Qu'on lise les règlements édictés par Gérard de Malemort, et l'on verra que si quelques-unes de leurs dispositions nous froissent, ils devancent néanmoins l'époque des réformes et des améliorations dont nous sommes fiers. Prévost de Sanzac et le cardinal de Sourdis se préoccupent surtout de deux points : la discipline ecclésiastique, la lutte contre le protestantisme, ou plutôt l'esprit de révolte qui se cache sous son nom. Au XIX*' siècle, le cardinal Donnet et ses comprovinciaux ont une tâche plus lourde et plus difficile. De même que, dans plusieurs circonstances, Son Éminence a revendiqué Thonneur de rappeler au Chef de l'État les droits de l'Église, de même on le voit dans tous ses écrits anathématiser les doctrines impies, dont une presse sans conscience se fait trop souvent l'écho. Et lorsque nous parlons ainsi, nous ne craignons pas d'être accusé d'exagération : les actes des Conciles de Bordeaux en 1850, de La Rochelle en 1853, de Périgueux en 1856, d'Agen en 1859, sont là qui parlent plus haut que nous ne saurions le faire;

ils forment une collection de règlements tellement complète, qu'aucune église de France ne saurait en produire une semblable; car si la province de Bordeaux a eu quatre Conciles depuis 1850, les autres métropoles, à l'exeption de celle de Reims, ne se sont réunies qu une fois.

Lorsque le cardinal de Sourd is eut complètement mûri ce projet, il en fit part, suivant son habitude, à son peuple, et l'exhorta à implorer les grâces du Très-Haut en faveur des membres de cette auguste et sainte assemblée. A cet effet, il publia le mandement qui suit :

« Il était autrefois d'usage de tenir deux fois l'an des Conciles provinciaux. Le Concile de Trente ayant égard au relâchement des temps, ordonna qu'on en tiendrait au moins un tous les ans. Les troubles dont l'Église de France a été agitée n'ont pu nous permettre de remplir cet important objet des fonctions de notre ministère. Pour nous conformer aux ordres du saint Concile, nous profitons des premiers moments de paix que notre auguste monarque vient de nous procurer. Les Saints Pères ont toujours regardé la tenue des Conciles provinciaux comme le moyen le plus propre pour maintenir la discipline de l'Église, corriger les vices, réformer les mœurs, apaiser les divisions et terminer les querelles.

» A ces causes, nous avons indiqué au l^*" octobre prochain un Concile provincial dans notre église primatiale. Nous en avons écrit aux évêques nos provinciaux.

» Nous mandons à tous ceux qui ont droit ou qui sont dans l'usage d'y assister, de s'y rendre sous les peines de droit. Nous invitons les fidèles qui voient les épis prêts à mûrir dans le champ du Seigneur de prier le Maître de la moisson qu'il bénisse le travail d'un si grand nombre d'ouvriers. Et afin qu'aucun de ceux qui doivent assister au Concile ne puisse s'en absenter pour cause d'ignorance, nous ordonnons que ce mandement sera affiché aux portes de l'église métropolitaine, à celle des autres cathédrales et des principales collégiales de notre métropole et des diocèses qui en relèvent.

» Donné à Bordeaux, etc »

Le même jour, il écrivit à tous ses suffragants pour les inviter à se rendre au Concile; il les exhorta à indiquer des prières publiques et des jeûnes dans leurs diocèses pour l'heureux succès de cette entreprise.

Quelques jours après, le cardinal publia un troisième mandement, par lequel il faisait envisager aux habitants de Bordeaux de quelle importance il était d'appeler sur rassemblée les bénédictions de Dieu. En conséquence, il les exhorta à suspendre leurs af^iires sécu-

lières pour purifier, parla fréquentation des sacrements, les souillures qu'ils auraient pu contracter; de s'adonner aux bonnes œuvres, de soulager les pauvres, de visiter les prisonniers, de consoler les affligés, de s'aider mutuellement par de bons conseils et de s'édifier par de bons offices. Il ordonna de jeûner le mercredi, le vendredi et le samedi de la première semaine du Concile. Il invita aussi les évêques à examiner leur conscience, il leur enjoignit d'assister tous les jours à la messe, de la dire au moins trois fois par semaine, de tenir une table frugale, d'y faire de saintes lectures, et de répandre d'abondantes aumônes. D'après la même instruction, le clergé de Bordeaux dut célébrer tous les dimanches, mardis et jeudis, à l'intention du Concile, une messe dans laquelle on dirait la collecte du Saint Sacrement, et faire réciter tous les jours les litanies des saints. Il édicta ensuite des règlements pour que rien ne vînt troubler la paix et le bon ordre du Concile, et il défendit à tous ceux qui devaient y assister de s'absenter de la ville sans la permission du président de cette assemblée.

Le Concile s'ouvrit le \^' octobre, sous la présidence du cardinal de Sourdis. Les prélats qui y assistèrent furent Antoine de Caux, évêque de Condom; le doyen des suffragants; Claude de Gelas, évêque, comte d'Agen; Henri-Louis de La Roche Pozais, évêque de Poitiers; François de La Béraudière, évêque de Périgueux, et Émeric de Bragelonne, évêque de Luçon. Il fut, avant tout, décidé que les évêques siégeraient dans l'ordre de leur consécration. Le siège d'Angoulême était vacant.

Sur ce propos, les membres du chapitre de Saintes demandèrent qu'en raison de fantiquité de leur siège, il leur fût donné de marcher au second rang dans les cérémonies, après le chapitre primatial. D'autres députés firent valoir des droits analogues, et, dans l'impossibilité de les concilier toutes, le cardinal-président répondit que nul ne serait en droit, dans l'avenir, d'invoquer, comme un titre à la préséance, la place que chaque chapitre aurait occupée au Concile de Bordeaux. Le chapitre de Saint- Seurin n'accepta pas cette réserve, et comme on ne lui assigna pas la place qu'il demandait, il se retira. Dans les séances suivantes, il se produisit quelques incidents qui méritent d'être rapportés. François deSalignac, évêque de Sarlat, et Henri de Sourdis, évoque de Maillezais, siège transporté

plus tard à La Rochelle, n'avaient pas paru aux premières séances du Concile, et les Pères les assignèrent à trois jours de délai. M. Henry de Sourdis arriva sur ces entrefaites avec ses théologiens; mais M. de Salignac s'abstint, et n'adressa au Concile aucune excuse.

Le 19 octobre, les évêques d'Agen et de Périgueux, chargés d'examiner la valeur des excuses des absents, entendirent le doyen de l'église de Sarlat, député du chapitre, et le sieur de Brousse, chanoine délégué par plusieurs membres du clergé du diocèse, au sujet de quelques griefs qu'ils avaient à formuler contre leur évêque. Sur les conclusions de leur rapport et le réquisitoire des promoteurs du Concile, le cardinal rendit l'ordonnance suivante :

« François, etc

» Sur l'insistance des promoteurs du Concile, et après avoir reçu la preuve canonique de l'absence et de la contumace du très révérend évêque de Sarlat, notre sufiragant ; attendu qu'il résulte des documents mis sous nos yeux que plusieurs églises de Sarlat sont rasées jusqu'au sol et privées de pasteurs; que, dans d'autres paroisses, elles sont occupées, à titre fiduciaire, par les habitants les plus influents du lieu ; attendu que ces faits dénotent une grande indifférence dans l'administration du diocèse, et que le désordre est arrivé au point que l'évêque de Sarlat, en s'éloigant, a constitué pour son vicaire général un simple carme déchaussé, Espagnol de naissance ;

» Pour que l'église de Sarlat ne souffre pas plus longtemps d'une semblable situation, de l'avis du Conseil, nous instituons pour vicaire général du diocèse maître Jean de Carbonnière de Jayac, avec mandat de pourvoir au spirituel comme au temporel de l'église de Sarlat pendant la durée d'une année;

» Nous mandons et ordonnons au nouveau vicaire généra de réunir en un synode, dès son arrivée à Sarlat, tous les prêtres, chapitres, prieurs, recteurs et autres ecclésiastiques k qui le droit et la coutume donnent accès au synode diocésain, afin qu'ils nomment un syndic qui ait mission de poursuivre, même avec l'assistance du bras séculier, tous les confidentiaires et les détenteurs des biens du clergé;

» Voulons aussi que ledit administrateur saisisse tous les fruits, deniers et revenus des églises dont les titulaires sont en fuite ; que ces produits soient placés sous le séquestre, et que la somme totale soit aflectée à la reconstruction des églises;

» Révoquons les vicaires généraux institués par M. de Sarlat;

» Enfin, comme ledit évêque de Sarlat, notre suftVagant, dûment averti de se présenter au Concile, a refusé de s'y présenter, et qu'il montre ainsi le mépris qu'il fait du Concile,

» Nous, agissant d'après les saints Canons, ordonnons que le tiers du

revenu temporel dont jouit l'évêque dans une année, sera saisi, pour, le produit, en être versé à la fabrique de l'église cathédrale de Sarlat. »

Cependant, sur la prière des Pères du Concile, le métropolitain ajouta à cette ordonnance une clause qui la rendait nulle et sans effet, si, dans le délai de trois mois, Tévêque justifiait de son absence, soit directement, soit par procureur.

Et sur la demande du syndic du chapitre de Sarlat, les évêques présents ajoutèrent que toutes les amendes dont seraient frappés les ecclésiastiques qui n'assisteraient pas aux synodes diocésains, seraient employées à la restauration de féglise de Sarlat, qui tombait en ruines.

Jacques Desaigues, doyen de Saint-André, avait fait signifier, au nom du chapitre, une protestation contre tous les décrets du Concile, faits ou à faire, qui porteraient atteinte aux droits et privilèges de l'église métropolitaine. Il fut décidé que cet acte, écrit en français, ne serait pas inséré dans les procès-verbaux de TAssemblée.

Quelque temps avant la réunion du Concile, le baron d'Authon, sénéchal de la Saintonge, s'était rendu coupable d'actes de violence qui furent déférés à l'assemblée. Se trouvant un jour dans l'église du château de file d'Oléron, au moment où prêchait un Père Récollet, il apostropha le religieux dans les termes les plus insolents, le fit descendre de chaire, et obligea le curé de continuer le service divin. Les Pères décidèrent d'en référer au roi, et de lui demander le châtiment du coupable. Mais sur ces entrefaites, le baron d'Authon se présenta lui-même devant le Concile avec le seigneur de Pons et le baron de Cuiseaux. Il fit à genoux, sans épée et sans éperons, l'aveu de ses torts, et en sollicita un généreux pardon. Le Concile se montra touché de son repentir, et lui donna l'absolution.

Il n'entre pas dans le cadre de ce travail d'analyser les travaux de celte assemblée. Ils ont été réimprimés en 1850 par les soins de M«' Donnet, avec les décrets du Concile tenu par M^"" Prévôt de Sansac, en 1583. Le Concile de 1624 dura cinq semaines, pendant lesquelles, au dire d'une chronique manuscrite que nous avons déjà citée, M^' de Sourdis défraya de la manière la plus généreuse les évêques et leur suite (^).

(*) Cauffieteaii, Mémoires uuuiuscrits,

Comme le cardinal avait voulu qu'on se conformât autant qu'il était possible aux anciens usages, on termina par les acclamations adoptées dans ces saintes assemblées. Tous les Pères allèrent baiser la main du cardinal, qui était sur son trône, et, s'étant remis à leur place, ils se donnèrent les uns aux autres le baiser de paix. Le cardinal fit la clôture en donnant sa bénédiction et accordant cent jours d'indulgence à ceux qui faisaient partie de cette assemblée.

Malgré l'éclat et la solennité de cette réunion, la malignité des parlementaires trouva à s'exercer sur les actes qui furent élaborés. On fit courir le bruit qu'un certain nombre d'entre eux furent rejetés ou retouchés par le Sacré Collège. 11 est vrai, au contraire, que les décrets du Concile furent approuvés dans toute leur teneur (^).

Pendant le temps qui s'était écoulé entre la convocation du Concile et la réunion des Pères, M. de Sourdis avait visité l'abbaye de Clairac dans l'Agenais et les églises qui en dépendaient. Ce monastère remontait à une très haute antiquité. Les chroniques locales en attribuaient la fondation à Pépin, père de Charlemagne; dévastée au XIIP siècle par les Albigeois, cette abbaye fut ruinée de nouveau au XVP par les Calvinistes, qui en brûlèrent les chartes.

Le pape Paul V la sécularisa en 1604, et l'unit l'année suivante au chapitre de Latran. Henri IV approuva cette union, et les lettrespatentes qu'il donna à cette occasion furent enregistrées au Parlement de Bordeaux. De cette abbaye dépendaient cinq prieurés : Clermont- Dessous, Marsac, Beaupuy, Marmande et Puy-Guiraud. Les trois premiers furent unis à la sacristie de Saint-Jean de Latran et les deux autres au collège d'Agen. Les principaux bénéfices de l'abbaye furent convertis en cures à la nomination du roi.

Les Jésuites venaient d'acheter l'hôtel de Gourgues et quelques constructions voisines de la mairie, qui touchait alors Saint-Eloi, pour y établir leur maison-professe. En attendant qu'ils pussent élever une église, ils avaient érigé une chapelle dans une maison contigui' à riiôtel de ville.

(') Gauffrctcau, Mémoires manuscrits.

Après la clôture du Concile, le cardinal bénit cette chapelle, et y célébra la première messe.

Afin de soutenir ses forces dans le cours de ses visites pastorales, le cardinal s'était ménagé sur tous les points de son diocèse certains asiles pieux où il allait demander à Dieu la sagesse et la prudence nécessaires à Taccomplissement de ses devoirs.

Ces asiles étaient les pèlerinages consacrés à la Sainte Vierge par la piété des habitants, et restaurés et entretenus par lui : c'étaient Verdelais, Arcachon, Soulac, Montuzest, la chapelle de Mazera, près de Saint-Emilion. Au mois d'août 16^4-, sur la prière de quelques personnes aussi connues par leurs vertus que par leur position sociale, il institua à Mazera une association semblable à celles que les Jésuites établissaient dans leurs collèges. Il permit aux membres de se réunir à l'ermitage de Mazera, d'abord une fois par mois, et ensuite à toutes les fêtes de la Sainte Vierge. 11 leur accorda une indulgence de cent jours toutes les fois qu'ils communieraient à l'autel de la chapelle, et lorsqu'ils seraient à l'article de la mort.

Cette année si bien remplie se termina d'une manière malheureuse. La guerre civile reparut dans nos contrées, et ne se termina qu'en 1626; nous résumerons plus loin les événements qui en furent la conséquence.

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