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Frappé par un blànie aussi général, .M. de Louytre courba la tète et rentra dans Tombre. Ce nest pas le lieu d'examiner ici si, canoniquement, Texcommunication lancée par un simple prêtre, agissant en vertu d'une délégation, était valable. La déclaration no fut pas adressée à M. La Valette; mois il est bon de faire remarquer que ce cardinal, arcbevèque de Toulouse, était sans aucun caractère épiscopal, puisqu'il n'avait même pas reçu les ordres mineurs.
Les Ursulines de Bordeaux avaient fondé, dans plusieurs villes de France, des établissements qui étaient en pleine prospérité.
L'atfection que le cardinal portait à ces saintes filles lui fit désirer que toutes les Maisons fussent enricbies par le Saint-Siège des privilèges dont jouissait la Maison-mère de Bordeaux. Du sein même de rassemblée générale, il écrivit à Urbain YllI pour lui exposer la situation de l'Ordre tout entier. Il lui fit connaître qu'appelées successivement à Libourne, à Poitiers, à Montbrison, à Bourg-Argental, à Annonay, à Tours, elles avaient été accueillies avec bienveillance par les évoques, avec joie par les populations; qu'elles s'appliquaient avec succès à l'éducation des jeunes filles; que les ressources de l'Ordre étaient assurées, et que dans toutes les Maisons la règle et la clôture étaient strictement observées. En conséquence, il pria le Souverain Pontife de vouloir bien approuver ces établissements et répandre sur eux ses bénédictions, afin de leur assurer dans l'avenir une prospérité plus grande encore.
Il est inutile d'ajouter que cette demande fut favorablement accueillie.
De son coté, M. Miard, vicaire général du diocèse, s'acquittait dignement du mandat que lui avait confié son arcbevèque. 11 est bon d'analyser ici quelques-uns de ses travaux, car les uns sont un refiet fidèle des habitudes et des institutions du temps, et les autres ont une certaine valeur historique.
La ville de Créon possédait un instituteur qui exerçait en vertu d'une ordonnance archiépiscopale. Il tomba malade, et aussitôt un sien confrère s'empressa de lui enlever ses élèves. Sur la plainte qui lui fut portée par le titulaire, .M. Miard exigea que son compétiteur justifiât de ses titres académiques et de ses connaissances pédago-
giques. Comme il était incapable, il fut cité devant le Conseil archiépiscopal pour s'y voir condamner aux peines de droit.
Le prieur de l'église de Saint-Gliristoly sur la Gironde, lui ayant exposé que son église était minée dans ses fondements par les infiltrations des eaux du fleuve, il l'autorisa à la réédifier sur un tertre voisin, sous la réserve de faire payer par qui de droit les frais de reconstruction .
Les maîtres merciers colporteurs étaient établis en confrérie. D'après les statuts qui leur avaient été donnés par le cardinal, ils devaient célébrer leur fête le jour de la Saint-Louis, dans une chapelle de l'église Saint-Michel, qui était placée sous le vocable de saint Martin, et qui se trouvait près de l'entrée nord de fédifice. Ils avaient le projet de la restaurer et de doter l'autel d'un tableau représentant saint Martin; mais pour réaliser les plans de l'architecte, il fallait enlever une corniche et dégager le mur d'une boiserie qui le masquait en partie. M. Miard autorisa ces modifications, nous dirions presque ces dégâts, à la condition qu'elles se feraient sous la surveillance du curé.
L'église de Notre-Dame de Fargues menaçait ruine. M. Miard décida que les contreforts méridionaux seraient renforcés et avancés de dix pieds de saillie, qu'on revêtirait l'arc-doubleau, et que les lézardes qui se trouvaient près du grand autel seraient bouchées par des pierres de taille, a Nous voulons, dit-il, dans son ordonnance, que l'église conserve sa forme actuelle; mais comme la fabrique n'a aucun revenu, nous ordonnons que les sommes nécessaires à ces réparations soient prélevées sur les fruits décimaux et avancées par les fermiers, sauf au curé à les rejeter, s'il y a lieu, sur les habitants. Et attendu l'urgence des travaux, nous chargeons les ouvriers et fabriciens de presser l'exécution de notre ordonnance, et de requérir au besoin l'aide du bras séculier, d
Il avait été rapporté à M. Miard que l'office divin n'était pas exactement célébré à Bassons, que l'église était mal tenue et les fonds de la fabrique dilapidés; il écrivit au curé pour lui annoncer son intention de visiter son église et d'examiner avec une entière
rigueur les comptes de la fabrique; il lui enjoignit de lire sa lettre au prône, afin que les fidèles fussent prévenus de son arrivée prochaine, et qu'ils eussent ainsi les moyens de lui marquer tout ce qui pourrait procurer la gloire de Dieu, le bien de la paroisse et Tédification des âmes.
Le 24 août, fête de Saint-Barthélémy, le service divin fut troublé dans la paroisse de Génissac par la pétulance du seigneur. Une discussion sur la préséance s'était élevée entre les sieurs Lafourcade et de Pilot, gentilshommes du lieu, et chacun prétendait que le pain bénit lui fût offert aussitôt après qu'il aurait été présenté au sieur de Génissac.
Celui-ci avait pris parti dans la querelle; il avait apostrophé à haute voix le sacristain qui portait la corbeille, et même, à la fin do Tofllce, il avait adressé au curé quelques paroles blessantes. M. Miard, prévenu de ces faits, rendit l'ordonnance suivante :
« Considérant que les règlements du diocèse déclarent excommuniée toute personne qui occasionne du scandale pendant la célébration de l'office divin, trouble un curé, vicaire, prêtre, dans ses fonctions; ordonnons qu'il sera informé sur les excès ci-dessus énoncés par le curé de Moulis, vicaire forain, ou tout autre prêtre, ayant soin d'appeler une personne ecclésiastique pour adjoint; ce fait et l'instruction par-devant nous rapportée, prononcé comme de droit. Voulant, néanmoins, éviter que les désordres ne se multiplient dans l'église de Génissac au détriment de l'édification des âmes, nous conformant à l'ordonnance du cardinal du 12 mars 1625, nous défendons à tous autres que curés, prieurs, seigneurs justiciers, d'user de voies indirectes pour se faire porter le pain bénit, do l'envoyer quérir par quelque personne que ce soit, sous peine d être déchu de tout droit de banc et de sépulture auquel il pourrait prétendre; disant, toutefois, que ledit seigneur et dame de Génissac assistant à la messe, le pain bénit leur sera préalablement porté.
)) Quant à Faltercation survenue entre les sieurs Lafourcade et de Pilot, à raison des droits de préséance qu'ils prétendent avoir l'un et l'autre, le premier ayant exhibé des lettres confirmées par une déclaration des notables du pays, il sera autorisé à recevoir le pain bénit après le seigneur cl dame du lieu. »
Le comte de Saujeon avait été excommunié en raison de sa conduite scandaleuse. Atteint d'une maladie grave, il demanda l'absolution. M. Miard délégua le curé de Haux, près de Gréon, pour s'assurer de la gravité de son état, et vérifier s'il avait éloigné de sa maison la personne cause de la sentence prononcée contre lui. Cet ecclésiastique dut, en outre, exiger de M. de Saujeon qu'il reconnût l'autorité de l'Église, la justice de la procédure dirigée contre lui, et qu'il s'engageât à satisfaire TÉglise dans tout ce qu'elle pourrait réclamer de lui. Ces déclarations devaient être faites par acte notarié; alors seulement le malade pouvait être absous et recevoir les sacrements, attendu le cas de nécessité.
Après sa défaite dans l'île de Rhé, M. de Soubise s'était enfui en Angleterre, et les protestants avaient été réduits à accepter un traité de paix qui diminuait une partie de leurs privilèges. Le 21 septembre, le roi annonça aux évêques la victoire de ses troupes par une lettre où il s'exprimait ainsi :
« Messieurs, puisque la victoire que Dieu m'a donnée est autant à l'avantage et gloire de la religion qu'à l'État, il est juste que je vous en fasse part, et que vous sachiez que la vérité ayant triomphé du mensonge, et la justice de la rébellion, j'espère voir maintenant la piété et l'obéissance refleurir en ces quartiers. Comme roi, je dois me faire obéir, et encore mieux comme roi très chrétien. La piété doit m' être infiniment chère. Tenant la victoire de Celui de qui elle émane, je veux lui en rendre les actions de grâce que je lui dois. »
Pour se conformer aux volontés royales, un Te Deum fut chanté à Saint-André, le 29 septembre, le jour de la fête de Saint-Michel, protecteur du royaume. Le Parlement y assista en robes rouges. Le Chapitre de Saint-Seurin s'y rendit aussi, mais sur une invitation de la Cour (1).
(*) On lit dans une chronique manuscrite souvent citée par nous : « Les orgues de Saint-André sont refaites en cette année, et dressées en un meilleur et plus vénérable état qu'elles n'étaient auparavant; parce qu'en ce temps-là, il y avait deux grandes farces d'honneur, avec deux gros yeux aléquipolenls, et deux barbes longues et hérissées et des dents longues et fort blanches, lesquelles, en jour de fête solennelle, l'organiste, avec des ressorts, faisait remuer, tant avec semblant de marcher, comme aussi eu remuant les yeux et leurs barbes; < e qui amusait le peuple et empêchait la dévotion. »