CHAPITRE XX Mil
Les hermites. — Confrérie du Rosaire àVayres. — Diverses mesures disciplinaires. — Insoumission des réguliers.— S3'node de 1626.— Visites à Montuzets.— Le cardinal fait imprimer les instructions de saint Charles Borroméc aux prédicateurs. — M"' de Ponsac. — Les Ursulines de Saintes. — Le Chapitre de Saint-Émilion et le vicaire perpétuel de Libouroe.— Affaires diverses suscitées par les Ordres religieux.— La paroisse de Lamarque. — Visit^^ de l'archiprêtré de Buch. — Les bénéficiers de Saint-Pierre. — Encore les Ordres religieux . Mesures disciplinaires diverses. — Réglementation du ser%ice religieux de l'hospice. — Achèvement de l'église et des bâtiments du couvent de la rue du Hà.
M. de Sourdis revint de Paris au mois de lévrier 10:26, après une absence de près de deux mois. Il fut accueilli au bruit des cloches et des mousqueteries; le Chapitre métropolitain vint le recevoir à la porte de la cathédrale, et le conduisit à Tautel. Après avoir adoré le Saint Sacrement, le cardinal célébra son heureux retour en chantant aux pieds de la Mère de Dieu le Salve Begina; et pour remercier la Providence de ses faveurs, il ordonna TOraison des quarante heures chez les Pères Jésuites.
Son vicaire général n'eut à Tentretenir que d'affaires peu importantes. Sur la prière du supérieur de la Maison- professe des Jésuites de Bordeaux, il avait autorisé un religieux Feuillant à donner Thabit d'ermite de l'Ordre de Saint-François à Claude de Loriol, sous-diacre du diocèse de Lyon, et l'avait autorisé à habiter l'ermitage de Cambes avec un autre frère qui y demeurait. Cet ermitage, aujourd'hui disparu, se composait de la grotte traditionnelle et d'une petite maison. A peu de distance, coulait une source limpide, qui, seule, en a fait conserver le souvenir.
M. de Sourdis aimait peu ce genre de vie, qui n'avait guère de raison d'être, et qui pouvait donner lieu à une foule d'abus. Déjà, en 1000, il avait refusé à l'ermite de Cambes, qui était prêtre, le pouvoir de confesser et de prêcher. Il ne se départit de cette réserve qu'en 1015, en faveur de Termite de Miiynao, qui appartenait à lOrdre de
Saint-Romuald, et dont la capacité fut attestée par la congrégation d'examen. Néanmoins, il ne se départit jamais de la défense qu'il avait faite aux ermites de quêter hors des limites de la paroisse, sur le territoire de laquelle ils s'étaient fixés. Ainsi, lorsqu'on voulut rebâtir en pierre Termitage d'Arcachon, il ne voulut pas que Termite étendît ses quêtes au delà des limites de la paroisse de La Teste.
Il arrivait parfois qu'un ermitage était desservi par deux frères. Le cardinal décida que celui des deux qui ne serait pas prêtre serait tenu de reconnaître l'autre comme son supérieur; de recevoir ses instructions, et de lui faire connaître l'état de sa conscience. L'ermitage d'Arcachon avait pour titulaire un Père de l'Observance. Le frère qui était avec lui n'ayant pas voulu se conformer à cet ordre de Son Eminence, fut admonesté et menacé d'expulsion.
Le célèbre président du Parlement de Bordeaux, Marc-Antoine de Gourgues, dont la statue devrait s'élever entre celles de Montaigne et de Montesquieu, avait désiré qu'il fut établi une confrérie du rosaire dans la paroisse de Vayres, dont il était le seigneur. Le vicaire général se hâta de déléguer le prieur du couvent des Dominicains de [3ordeaux pour instituer cette pieuse association, à laquelle furent accordées toutes les indulgences que le Souverain Pontife avait attachées à d'autres confréries du môme genre. Cette confrérie existait déjà à Margaux.
Grégoire XY, sur la demande des Récollets, avait accordé une indulgence plénière à toute personne qui visiterait les églises de ces religieux lorsque fOraison des quarante heures y serait célébrée. Mais il avait limité à deux années la durée de cette faveur, et il avait en outre stipulé que celte dévotion ne pourrait avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation des évêques. Les Récollets de Bordeaux, en fabseiice de M^' de Sourdis, s'adressèrent au vicaire général, qui leur désigna les trois premiers jours de juin.
Les Jésuites ne voulurent pas être moins bien partagés que les Hécollets, et le cardinal leur accorda la même faveur le 10 octobre 1625.
M. de Sourdis avait envoyé quelques religieux Récollets prêcher à Marisac, Bigonogue et Courre, paroisses du diocèse de Sarlat, dont i!
était seigneur temporel. Mais comme Télément protestant dominait dans la population, ces religieux ne furent pas accueillis avec les égards dus à leur caractère. Le métropolitain enjoignit aussitôt à ses officiers de justice d'avoir à protéger ces ecclésiastiques qu'il prenait sous sa haule protection, et à faciliter l'exercice de leur ministère. Afin que personne n'en ignorât, il voulut « que son ordonnance fût criée, les plaids tenant en la Cour et juridiction de la terre, et, en outre, enregistrée. »
On trouve dans les archives archiépiscopales la trace d'une atfaire scandaleuse qui se produisit à cette époque à Yillegouge.
Un gentilhomme de Yérac, près Fronsac, du nom de Labastide, et sa fille, avaient noué nous ne savons quelle ténébreuse intrigue à rencontre de quelques autres nobles. La perfidie fut découverte, et les hobereaux furieux résolurent de s'en venger. Ils pénétrèrent dans l'église lorsque la demoiselle s'y trouvait, et, sans respect pour la sainteté du lieu, ils la renversèrent et la meurtrirent à coups d'éperons; puis ils arrachèrent le banc seigneurial, et le brisèrent dans le cimetière. Le curé de Yillegouge, auteur du rapport qui fut adressé à Son Eminence, estima qu'une telle audace serait grandement punissable, n'eût été le libertinage du sujet. Comme on ne trouve aucune décision archiépiscopale à cet égard, il est probable que les coupables devancèrent, par leur soumission, la peine canonique qu'ils avaient méritée.
Lorsque, dans les premières années de son épiscopat, M. de Sourdis défendit d'enterrer dans les églises, il fut obligé, pour faire respecter son ordonnance, d'exiger qu'on exhumât des corps qui y avaient été déposés malgré sa défense. Mais l'impression que produisit cette rigueur ne tarda pas à s'elfacer de l'esprit mobile et léger des Gascons. 11 avait accordé à quelques habitants de Preignac, qui l'avaient mérité par leurs bienfaits, le droit d'être ensevelis dans l'église paroissiale. Cette faveur excita la jalousie de quelques riches habitants, qui forcèrent leur curé à enterrer dans la nef de son église les membres de leurs fiunilles qui passaient de vie à trépas. Il est probable que s'ils se fussent adressés au cardinal, en justifiant de quelques libéralités en faveur de l'église, ils eussent obtenu le même
droit. Pour les punir d'avoir transgressé ses ordres, et sur le rapport qui lui fut adressé que ceux qui jouissaient de cette faveur affectaient de narguer ceux de leurs concitoyens qui étaient moins favorisés qu'eux, le cardinal retira à tous l'autorisation qu'il avait donnée, et prononça la peine d'excommunication ipso facto contre tous ceux qui,/9«r leurs médisances ou leurs bavardages, sèmeraient la zizanie et le désordre dans la paroisse.
Ce fait engagea Son Éminence à renouveler ses ordonnances sur la clôture des cimetières. Celui de la paroisse Saint-André était alors situé hors de la Porte-Dijeaux, sur des terrains vagues qui séparaient la ville du faubourg Saint-Seurin. On allait y étendre le linge que les ménagères faisaient blanchir. Le cardinal défendit cet usage, et n'admit d'exception que pour les hôpitaux et dans les cimetières qui leur appartenaient. Encore voulut-il que ce travail fût fait par des hommes au service des maisons hospitalières. Il fut fait défense aux femmes de s'y livrer, sous peine d'excommunication.
Deux curés s'adressèrent en même temps au cardinal pour lui soumettre un conflit assez bizarre qui s'élevait entre eux et leurs paroissiens. Dans le village de Saumos, les habitants s'opposaient à ce que le sacristain fût élu par la fabrique, et que le soin de le choisir fût réservé au curé. A Saint-Médard, au contraire, les habitants voulaient nommer ce fonctionnaire à l'exclusion de leur pasteur. La difficulté n'était pas si grande que celle qui fut soumise au roi Salomon. Son Éminence décida qu'à l'avenir, et dans toutes les paroisses, le sacristain serait élu par le curé, les fabriciens et les notables du village.
Il existait sur le port de Blaye une chapelle, au sujet de laquelle le cardinal rendit une ordonnance qui a une certaine valeur historique :
(( Nous avons ci-devant permis la construction d'une chapelle sur le port de Blaye, pour faciliter aux voyageurs le moyen d'entendre la messe, et en avons confié le service et la garde des ornements aux Révérends Pères Minimes du couvent de cette ville. Le fondateur étant décédé, et l'autorisation par nous octroyée n'ayant pas été
trouvée parmi les papiers, les Pères nous supplient de la renouveler.
)) A ces causes, Nous, par mémoire à la patente de son établissement et à la bonne direction qui régnait antérieurement, du soin qu on apportait à la conserver, déclarons qu elle avait été bâtie avec notre autorisation; que nous avions permis aux Minimes d'y dire la messe, et qu'ayant égard à leur demande, nous leur en octroyons de nouveau la desserte, et les chargeons de la faire entretenir, afin qu'elle ne tombe pas en ruines. Voulons néanmoins que la clé en soit confiée à une personne pieuse, domiciliée dans le voisinage, afin que parfois le vicaire perpétuel et les religieux puissent y célébrer le saint sacrifice, et satisfaire la piété des passants quand l'occasion s'en présentera. y>
Suivant sa coutume, le cardinal réunit à lui, aux approches du Carême, les prédicateurs des différentes stations, et leur rappela les décisions du Concile de Trente et des divers Conciles provinciaux de Bordeaux, qui imposaient aux fidèles lobligation de se confesser au temps pascal à leur curé ou à des prêtres autorisés par lui , et de communier dans leurs paroisses. Malgré l'ordre qu'il leur donna de répéter ces décisions en chaire, le plus grand nombre des religieux à qui la mission de prêcher avait été conférée, s'abstinrent totalement. Quelques-uns se bornèrent à en donner connaissance à leurs auditeurs. C'est à peine si deux ou trois firent suivre de quelques commentaires la lecture des textes.
Il y avait là un mot d'ordre donné, une coupable entente que rien ne peut justifier. Le cardinal apprit avec douleur quen tète de l'opposition se trouvaient les Jésuites, qui déjà avaient soulevé do semblables difiicuUés dans le diocèse de Poitiers. A une faute aussi grave, il fallait un chàtinjent exemplaire. Un frère mineur de l'Observance, fun des opposants les plus obstinés, fut suspendu a Sacris; les deux prédicateurs de la Société de Jésus furent mandés au palais archiépiscopal; pour s'épargner la remontrance, qui d'ordinaire était empreinte de sévérité, ils préférèrent déclarer par écrit qu'ils ne remonteraient pas dans les chaires qui leur étaient interdites. Les Récollets furent les plus sages et les plus francs; celui de leui^ prédicateurs qui s'était montré le plus rebelle aux ordres du cardinal.
lut lui-même en chaire les ordonnances synodales, et fit une amende honorable.
Les Frères mineurs de TObservance avaient des prétentions plus audacieuses. Malgré les bulles de Grégoire XV et d'Urbain VIlï, ils prétendaient avoir le droit de prêcher et de confesser sans Tautorisation des évêques. Un des religieux du couvent de Bordeaux se montrait le plus imbu de cette doctrine, et faisait ses efforts pour la propager. Le cardinal n'eut qu\m mot à prononcer : la suspense, et le religieux rentra dans Tobscurité du cloître.
Dans le Médoc et sur les bords de la Dordogne, on voyait un grand nombre d'églises effondrées et ruinées; mais ce n était pas la main seule des protestants qui avait causé ces ravages. Dès que les troupes royales étaient campées dans une localité et qu'elles apprenaient l'arrivée prochaine de l'ennemi, elles s'emparaient de l'église, y perçaient des créneaux et en faisaient une forteresse. Puis, comme pour la défendre il fallait des munitions et des vivres, ils s'entendaient avec le juge du lieu pour imputer ces dépenses sur les revenus de l'église, qu'ils ruinaient ainsi dans le présent et dans l'avenir. Le cardinal retrancha des comptes des fabriques tous les paiements faits sur les bons des juges séculiers; il décida que si de pareils faits se produisaient à l'avenir, les fabriciens qui auraient consenti à de semblables dilapidations les rembourseraient de leurs deniers. Quant aux paiements effectués, il exigea qu ils fussent répartis sur les paroisses, et qu'ils figurassent dans les comptes dont l'approbation devait lui être demandée à sa prochaine visite.
Comme ces travaux et ces contrariétés, venues d'hommes qu'il avait appelés pour être ses auxiliaires et non ses dominateurs, compromettaient sa santé déjà chancelante, il voulut les oublier aux pieds de la Sainte Vierge; et pour lui prouver sa tendre affection, il releva, cette année, un de ses sanctuaires. Ce fut le pèlerinage d'Arcachon qui devint l'objet de sa sollicitude. Le iO mai, il accorda une indulgence plénière à perpétuité à tous ceux qui, contrits et repentanls, y communieraient le jour de l'Annonciation.
Averti dans le même temps qu'une fièvre épidémique ravageait la
paroisse de Grayan, il ordonna quon y clianlàt tous les soirs les litanies des saints, et qu on fît dans la paroisse une procession solennelle, à laquelle il attacha une indulgence de 100 jours.
Si le pasteur était sévère à l'égard de ceux qui méconnaissaient ses ordres, son cœur miséricordieux était toujours ouvert au repentir, et jamais Taveu sincère d'une faute ne le trouvait inflexible. Un jour qu'il parcourait son diocèse, il rencontra sur son chemin un vieux gentilhomme à la figure douce et bienveillante, aux allures empreintes de bonhomie, qui, sans trop se faire prier, vint, comme étant le chevalier Jean de Bonnevin, seigneur de La Belluc, mettre son cheval à l'allure de celui de son archevêque. M. de Sourdis Taccueillit avec bonté, s'entretint avec lui de l'état du pays, et, par une pente assez naturelle, arriva à parler des déprédations dont les églises étaient Tobjet. Sur ce propos, son interlocuteur se troubla, et parut fort embarrassé. Le cardinal lui ayant demandé en souriant si les observations qu'il venait de faire avaient réveillé en lui quelques pénibles souvenirs, M. de La Belluc lui avoua qu'en effet il avait joui, pendant quelques années, des bénéfices de Geyzac et de Cubnezai, et qu il en avait employé les produits à des usages profanes et personnels, (c Plus tard, ajouta-t-il, poussé par le cri de nia conscience, j'ai rendu ces bénéfices à leurs légitimes possesseurs, et pour amoindrir mes torts, j'ai fait construire dans les églises de Geyzac et de Gubnezai deux chapelles auxquelles j'ai attaché les revenus nécessaires à leur entretien. J'ignore si cette réparation paraîtra suffisante à Votre Seigneurie. S'il en était autrement, je me ferais un devoir de me soumettre à tous les sacrifices qu'elle m'imposera. » Touché do sa loyauté, le cardinal lui répondit d'attendre avec patience le jugement qu'il porterait dans cette afïïure, et, le 10 mai, il lui écrivit qu'en raison de la spontanéité de son repentir et de la réparation qu il avait faite du préjudice causé, il le tenait quitte de toute obligation. « Lors même, ajouta-t-il, que le chiffre des dépenses pour la construction des chapelles et leur dotation n'atteindrait pas celui des revenus perçus à tort par vous, je vous en abandonne la différence, laissant à votre appréciation l'usage qu il faudra en faire; mais, d'ores et déjà, j'entends que vous mettiez votre conscience en repos sur ce point. »
Dans une de ses sessions, lo Concile provincial avait décrété que les évoques feraient imprimer, pour être distribués aux curés et aux religieux, les instructions de saint Charles Borromée aux prédicateurs. Pour se conformer aux volontés de cette auguste assemblée, le cardinal les fit imprimer, et il y ajouta un opuscule intitulé : Avertissements sur les cérémonies de la messe, qu'il fit traduire de F italien. On remarque, à la fin de ce petit livre, une ordonnance par laquelle le cardinal défend d'exposer le Saint Sacrement, pour quelque cause que ce soit, sans son autorisation.
Parmi les familles nobles qui habitaient la ville de Bordeaux, il en était peu dont Tillustration fût plus incontestable que celle des Pontac. Un de ses membres avait étéévêque de Bazas, et son nom était resté en vénération dans le clergé, comme celui d'un des prélats les plus vertueux et les plus érudits de son époque. Le chef actuel de cette maison était le président de Pontac, le pieux émule de Marc-Â.ntoine de Gourgues, comme lui l'honneur et le modèle du Parlement. Il se passa cette année, dans cette famille, un fait que nous consignons, ici, parce que l'authenticité en est certaine, et qu'elle a été garantie par les témoins les plus dignes de foi :
M"'^^ de Pontac était arrivée au terme d'une grossesse pénible, et tout fîîisait pressentir un enfantement laborieux. Au milieu des souffrances les plus vives qui semblaient devoir se prolonger indéfiniment, elle eut la pensée d'invoquer saint Charles Borromée, et fit solliciter du cardinal la permission de conserver dans sa chambre, jusqu'à sa délivrance, le rochet du saint, qu'il avait rapporté d'Italie. Monseigneur l'envoya chercher à la Chartreuse, et le fit porter à la malade par M. de Legonac, qui le déposa au pied de son lit. Il se retira ensuite dans la chambre voisine, et se mit en prières avec d'autres ecclésiastiques. La prière terminée, il reporta la relique à Saint- Remy. Un quart-d'heure après, on lui annonça que M™" de Pontac avait donné le jour à une petite fille. En témoignage de cet événement, M. de Sourdis accepta la paternité spirituelle de l'enfant, qui eut pour marraine M°^' de Salles, nièce du président, et à qui on donna le nom de Françoise.
Il n'est pas d'archevêque de Bordeaux qui ait autant fondé de
('.ouvents que M^' do Sourdis. Il avait compris quil n'y avait que deux moyens pour combattre le protestantisme : la science et la prière. C'est pourquoi il appelait à prendre part à la lutte qu'il soutenait tous les ordres religieux qui avaient la réputation de la science et de la piété. Il éprouva peu de satisfaction des communautés de femmes. Elles se montrèrent ingrates ou indifférentes, et il nen est pour ainsi dire qu une qui ait compris la reconnaissance qu'elle lui devait : on devine que nous parlons des Ursulines. En échange, il leur portait une affection toute paternelle, et il cherchait toutes les occasions de développer leur institut. En 1625, l'occasion se présenta de le leur prouver.
Deux ans auparavant, les habitants de Saint-Macaire, sentant la nécessité d'avoir dans leurs murs une maison d'éducation pour les jeunes filles, s'adressèrent au cardinal, qui, pour de hautes raisons de convenance, crut devoir prier M"'*' Louise de Bourbon de Lavedan, abbesse de Fontevrault, de lui envoyer quelques filles de son Ordre. La supérieure ayant voulu décliner cette proposition, une demoiselle Jeanne de Bort, habitante de Saint-Macaire, fit une démarche personnelle près de M^"" de Sourdis, et le pria d'envoyer dans sa ville natale des Ursulines de la Maison de Bordeaux. Gomme elle assura à Son Eminence qu'un certain nombre déjeunes personnes étaient disposées à prendre Thabit de novice, et que les habitants seraient heureux de confier l'éducation de leurs enfants aux bonnes sœurs, le cardinal prit vis à vis d'elle une espèce d'engagement. Aussitôt M"' de Bort retourna à Saint-Macaire, en visita les principaux habitants, et bientôt elle obtint d'eux l'engagement qu'ils achèteraient le château dont on venait de ne démolir que les fortifications, et qu'ils y placeraient le monastère.
Elle écrivit alors au cardinal : a Je ne saurais vous exprimer assez vivement, Monseigneur, le contentement qu'a éprouvé la ville entière, lorsque je lui ai fait part de fassurance que vous avez bien voulu me donner de nous accorder ces bonnes religieuses. Tout le monde est dans la joie, surtout les femmes et les filles, qui se souviennent encore de la bonne éducation qu'elles en avaient reçues. Je vous enverrai bientôt. Monseigneur, un grand nombre de jeunes personnes, ainsi que jo vous fai promis, et je suis convaincue qu'elles vous contenteront, il se présente beaucoup de pensionnaires. J'espère que cet établissement prospérera. Ce qui me le fait croire, c'est que nous l'avons demandé
avec tant de ferveur et depuis si longtemps à la Sainte Vierge, que nous devons être convaincues que cest elle qui vous a inspiré la pensée d'accueillir notre demande. »
M. de Sourdis se rendit à tant d'instances, et promit d'envoyer à Saint-Macaire six Ursulines accompagnées d'une sœur converse.
Dans le mois d'avril 1G26, tous les travaux d'installation se trouvèrent terminés; le cardinal était alors dans sa terre de Montravel. Le 21, il autorisa son vicaire général à envoyer à Saint-Macaire la nouvelle colonie d'Ursulines.
Le dimanche, fête de la Sainte-Trinité, était célébré à Bordeaux par deux processions remarquables. Le matin, le Chapitre primatial sortait avec les reliques conservées à Saint-André, et le soir, après vêpres, avait lieu, à Sainte-Eulalie, la procession des d Corps-saints. » Le cardinal présida cette année ces deux solennités, et le jeudi de la Fête-Dieu il porta le Saint Sacrement. D'après l'usage, le dais, soutenu par huit prêtres en aubes et dalmatiques, était escorté par douze acolytes en surplis, pris dans le clergé des paroisses, et tenant des flambeaux allumés. Un règlement spécial assignait à chaque église le personnel qu'elle avait à fournir. Saint-Michel envoyait trois prêtres et deux acolytes; Sainte-Eulalie, un prêtre et deux acolytes; Saint- Rémy, un prêtre et deux acolytes; Saint-Pierre et Saint-Maixent, un prêtre chacun; Saint-Projet, Saint-Éloi, Sainte-Colombe, Saint- Siméon et Puy-Paulin, un acolyte. Les absents étaient admonestés suivant le cas. Les supérieurs des communautés avec leurs religieux et les bénéficiers de chaque église étaient tenus d'y assister. Chaque curé, précédé de sa bannière, marchait en tête du groupe- formé par sa paroisse. Les jurais avec leurs livrées, le Parlement en robe, les officiers des compagnies bourgeoises, les soldats en garnison au Château-Trompette, contribuaient par leur présence et leur recueillement à l'éclat de ces cérémonies.
Le 15 septembre 1625, sur la demande du maire et des jurats de Saintes, et d'après le désir de l'évêque du diocèse, le cardinal avait autorisé la fondation dans cette ville d'une Maison de l'ordre de Notre-Dame. Trois demoiselles du pays, Marie Tysserang, Luce Gueux, Françoise Serlaing, élaient venues à Bordeaux pour y faire
leur noviciat. Dans le courant de 1()2(), le cardinal tut informé que la Maison de Saintes était prête, que la clôture pouvait y être observée, et que les ressources de la communauté étaient assurées. Il autorisa, en conséquence, les trois jeunes Saintongeoiscs à s'y transporter, et il leur donna pour compagnes et pour guides trois mères-professes choisies avec soin dans le personnel de la Maison-mère. 11 veilla luimême à tous les préparatifs du voyage, et il entra dans les détails les plus minutieux pour que, dans le trajet, ces pieuses filles fussent à Tabri des inconvénients d'une indiscrète curiosité.
Dans les corps constitués comme dans les administrations, les employés subalternes ne se doutent pas combien les conOits d'attribution qui s'élèvent entre eux, les querelles qu'ils se suscitent, causent d'embarras et d'ennuis à leurs supérieurs. Rien n'est aussi pénible que de s'arracher à des travaux sérieux pour calmer les amourpropres et rétablir la paix entre gens qui, par leur union, la bonne entente de leurs relations, devraient alléger la tâche de leur chef et la lui rendre facile.
Jamais cependant, sous l'administration du cardinal de Sourdis, le clergé de son archidiocèse n'eut l'air de comprendre tous les ennuis qu'il donnait à son pasteur et père par les innombrables querelles que l'orgueil, la vanité, de folles prétentions, quelquefois un vil intérêt, faisaient naître parmi ses membres. A chaque instant, il fiillait, pour rétablir le bon ordre, faire des enquêtes, rendre des ordonnances; et quand les vicaires forains, les archipretres, les vicaires généraux croyaient avoir tout réglé, tout pacifié, on était surpris de voir éclater un appel comme d'abus au Parlement, ou un recours au grand Conseil.
C'est ainsi qu'il s'éleva un différend entre le prieur claustral de l'abbaye de Guîtres et le vicaire perpétuel de la paroisse, au sujet de la préséance et de la perception des droits curiaux. Après un grand nombre de pourparlers, d'objections, de contradictions, élevées par chacune des parties, le cardinal prit les mesures suivantes :
1*^ Que la messe principale, basse ou haute, serait toujours célébrée par le vicaire perpétuel avant la messe conventuelle, mais qu'elle devrait être terminée à Vheure ou celle-ci devait commencer;
2" Que les oftlces du dimanche des Rameaux et de la semaine
sainte seraient célébrés par le prieur à l'autel qu'il désignerait, soit dans le chœur de l'abbaye, soit dans celui de l'église de la paroisse;
3« Qu'il présiderait aussi à Toffice de la Fête-Dieu, et porterait le Saint Sacrement à la procession;
^" Que le vicaire perpétuel présiderait, selon l'usage, les processions du dimanche et des fêtes;
5" Qu'il présiderait aux processions et aux funérailles auxquelles les religieux seraient appelés;
6" Que quant à la communion pascale, pour satisfaire aux prescriptions de l'église, les fidèles la recevraient à l'autel de la paroisse;
7^ Que pour ce qui concernait les dons faits à l'occasion des baptêmes, offrandes aux autels de l'église paroissiale, les jours des services et des funérailles, soit que le prieur officiât ou non, ils appartiendraient au vicaire perpétuel comme droits curiaux; que ces droits s'étendaient à la cire, à l'argent, sauf les cierges offerts spécialement pour tel ou tel individu; le tout sans préjudice des droits de la fabrique.
A Saint-Émilion, il s'éleva une autre querelle. Le Chapitre était curé primitif de Libourne. A ce titre, il avait eu autrefois la préséance sur le clergé paroissial; mais depuis longtemps il n'avait plus revendiqué ses prérogatives. Cette année, il essaya de les faire revivre. 11 résolut de se rendre aux offices de la fête de saint Jean- Baptiste; mais dans la crainte que le clergé n'occupât les premières places au chœur, il devança de beaucoup l'heure de la messe pour s'emparer des stalles d'honneur. De son côté, le vicaire perpétuel avait eu soupçon de ce projet, et lorsque les chanoines arrivèrent, ils trouvèrent les bénéficiers installés aux places convoitées. Les chanoines eurent le tort de ne pas cacher le dépit qu'ils éprouvaient, et il y eut échange, entre eux et le clergé, de propos peu charitables, peu chrétiens, très peu édifiants pour les nombreux fidèles qui étaient venus demander la communion. L'affaire fut encore portée devant le cardinal, et il fut décidé que les prébendes et les bénéficiers auraient la préséance sur les chanoines dans leurs églises; mais que, dans les processions et les cérémonies publiques, le Chapitre, marchant en corps, aurait le pas sur le vicaire perpétuel, en sa qualité de curé primitif.
Les Observantins de Marmande se plaignirent au cardinal de ce qu'en l'absence de Tévêque d'Agen, M. Balthazar de Gelas, son vicaire général, leur avait interdit de prêcher et de confesser, quoiqu'ils y eussent été régulièrement autorisés par l'Ordinaire. Ils lui exposèrent que cette mesure leur otait toute espèce de ressources, puisque, aux termes de leurs statuts, ils devaient vivre d'auinùnes, et que Tinterdiclion dont ils étaient frappés tarissait la source des offrandes des fidèles. Leur lettre fait connaître que, dans leur église de Marmande, il y avait une très grande affluence de peuple le troisième dimanche de chaque mois, le 3 août, le jour de Notre-Dame des Anges, à la Nativité et le jour de la fête de Saint-François, leur père spirituel, et qu'un grand nombre de fidèles venaient s'y confesser et communier, pour gagner les indulgences attachées aux actes de dévotion accomplis pendant ces solennités.
M. de Sourdis crut devoir communiquer cette plainte à M. Balthazar de Gelas, qui lui répondit aussitôt :
« Monseigneur,
» J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m' écrire le 21, au sujet des plaintes formulées par les religieux Observantins de Marmande. J'aurais désiré qu'ils vous eussent exposé les motifs que nous avons eus de nous plaindre d'eux, et le peu de cas qu'ils font des ordonnances de Monseigneur l'évêque d'Agen. Je vous dirai. Monseigneur, qu'avant son départ pour Paris, Sa Grandeur révoqua verbalement, pour beaucoup de raisons, toutes les concessions qu'il leur avait ci-devant faites, de prêcher, de confesser dans son diocèse, et que cette détermination fut, par ses ordres, portée à leur connaissance. Depuis leurs querelles en ce diocèse, ils ont changé presque tous les religieux des trois couvents qu'ils ont ici. Monseigneur désirait les voir, et donner par écrit la permission de prêcher et de confesser à ceux qu'après examen il jugerait capables. N'ayant pu exécuter cette mesure à cause de son départ précipité, je me disposais à le suppléer en leur faveur, lorsqu'est survenu le fait que je vais vous signaler : J'avais désigné un Père Capucin pour prêcher l'Octave du Saint Sacrement dans la principale église de Marmande. Appuyé sur l'article 11 de la déclaration faite par la dernière assemblée générale du clergé de France, que vous eûtes l'honneur de présider, j'avais fait dire par le recteur du lieu, au P. Gardien, de ne permettre à aucun de ses religieux de prêcher ailleurs qu'en la ville. Nonobstant ma défense, un religieux de son ordre étant venu en passant lui demander l'iiospitalité, il le fit prêcher dans l'église du couvent. Connaissant, Monseigneur, l'intérêt que vous portez à tout ce qui se rattache à l'honneur et ;i l'autorité de l'Kglise, j'espère (pie vous m'aidenv, :i maintenir dans ce
diocèse la discipline ecclésiastique, et à repousser les tentatives des religieux qui cherchent journellement à dépouiller les évêques de leurs droits et à vivre, dans leurs diocèses, indépendants de leur autorité. »
Bien que cette lettre n'articulât aucun fait très sérieux, l'archevêque crut, dans l'intérêt de la discipline, rendre une ordonnance qui défendait à tous religieux de la ville et du diocèse d'Agen de prêcher dans aucune église sans Tagrénient du curé ou sans une autorisation expresse de l'évêque ou de son vicaire général.
Cette décision du métropolitain était une condamnation implicite des prétentions des Observantins. Ils le comprirent, et ils adressèrent au cardinal une nouvelle supplique par laquelle ils reconnurent leurs torts, et promirent de mieux observer à l'avenir le vœu de la sainte obéissance.
Quoique convaincu de la sincérité des protestations, le cardinal crut devoir statuer sur leurs griefs, et, le 31 août, il rendit une ordonnance qui limitait les droits et fixait les devoirs. Cet acte défendait d'absoudre des cas réservés à l'évêque d'Agen; de publier de nouvelles indulgences, d'exposer de nouvelles reliques, sans avoir auparavant obtenu l'agrément de l'Ordinaire; de faire les prières des relevailles sans le consentement des curés; de présider des processions et des congrégations pendant la messe paroissiale; d'engager les fidèles à se faire inhumer dans leurs églises. Les contrevenants devaient être frappés d'excommunication, ferendœ sentenliœ. En outre, il leur fut interdit, sous peine d'excommunication ipso facto, de bénir les mariages, de feindre d'absoudre « de toute peine ou coulp » pour attirer le peuple à eux ; d'enseigner que les fidèles n'étaient pas tenus d'assister à la messe de paroisse, grief qu'on a pu reprocher à quelques religieux dans ces derniers temps; de se confesser au temps pascal à leur propre curé ou de solliciter son autorisation pour s'adresser à un autre ; de donner la communion pascale, d'administrer l'extrême-onction aux malades en tout temps sans l'agrément des curés ou de leurs vicaires. Cette ordonnance du cardinal n'innovait rien ; elle n'était que la reproduction des décrets des Conciles, des décisions des assemblées synodales, renouvelés sans cesse en France et trop souvent violés.
Mais l'esprit d'indiscipline était si invétéré, que, pour le réprimer, il fallait tous les jours revenir à la charge. Combien de fois le
cardinal n'avait-il pas recommandé aux chanoines et aux bénéficiers d'être présents aux offices qui leur étaient imposés, et qui constituaient leur principal sinon leur unique devoir?
Dans le courant de cette année, M«^' de Sourdis fut encore obligé de menacer de châtiment les bénéficiers de Saint-Pierre, qui s'absentaient du chœur lorsque le caprice et la paresse, le froid ou le chaud, les retenaient dans leurs logis.
Sur ces entrefaites, un acte incroyable de sauvagerie vint souiller l'église de Cambes. Le dimanche 8 septembre, au moment où la foule était réunie pour le sermon, plusieurs jeunes gens à cheval entrèrent dans le cimetière, et, après avoir confié leurs montures à l'un d'eux, ils pénétrèrent dans l'église, en arrachèrent un jeune homme qu'ils conduisirent au dehors; là, ils le frappèrent avec violence, et lorsque leur victime épuisée fut tombée sur le sol, ils exercèrent sur elle les plus odieuses mutilations.
Le cardinal, frémissant d'indignation, prononça contre ces misérables la sentence d'excommunication , et frappa l'église et le cimetière d'interdit jusqu'à ce qu'ils eussent été réconciliés. Il fit appel ensuite à la sévérité de la justice séculière. On ne sait pas si sa voix fut entendue.
Jamais peut-être, à aucune autre époque, la Guyenne ne fui visitée par autant de calamités que pendant la première partie du XYIP siècle. Des froids excessifs, des chaleurs tropicales, se succédaient alternativement et faisaient périr les récoltes. Des insectes inconnus dévoraient les bourgeons des vignes, et le peu qu'épargnait l'inclémence du temps devenait la proie des soldats, qui, sous le prétexte de défendre le littoral et l'entrée de la Gironde, ou de surveiller les routes qui conduisaient à Montauban et à La Rochelle, s'établissaient en maîtres chez le cultivateur, et dévoraient ses épargnes, lorsqu'ils ne déshonoraient pas sa femme ou ses filles. Cette année encore, une sécheresse prolongée menaça de faire périr les biens de la terre. Le cardinal ne put que mettre son diocèse sous la protection de Dieu. Il ordonna qu'on ferait chaque jour une procession dans toutes les paroisses, principalement dans celles de la ville de Bordeaux, et qu'on y chanterait les litanies des saints et le Sahr
regina. Les prêtres furent invités à réciter à la messe la collecte apro aeris screnilate » et à demander aux fidèles d'unir leurs prières à celles de TÉglise.
Le cardinal n'en avait pas fini avec les Maisons religieuses, et il eut encore à réprimer bien des désordres.
Cinq ans s'étaient à peine écoulés depuis que les Annonciades s'étaient opposées (c les armes à la main » à son entrée dans leur couvent (^), et déjà elles scandalisaient toutes les âmes pieuses par le mépris qu'elles affichaient de la règle et de la clôture. Il fallut que le cardinal renouvelât les défenses qu'il leur avait déjà faites de laisser entrer qui que ce fût dans le cloître, sans une permission écrite de sa main ou donnée par le confesseur. Les ouvriers mêmes ne purent plus pénétrer dans l'intérieur de la maison, sans avoir déclaré que les travaux pour lesquels ils étaient appelés étaient indispensables. L'ordonnance fut affichée aux portes du cloître et de l'église.
A Faize, les religieux de l'abbaye semaient le désordre dans la paroisse et excitaient les habitants contre leur curé. En outre, ils avaient célébré la fête d'une confrérie dans l'église de Lussac, malgré le curé. Ils disaient la messe et exerçaient les fonctions pastorales dans deux paroisses voisines, Néac et les Billaux, malgré l'opposition titulaires. Son Éminenceles rappela rudement au sentiment de leurs devoirs.
Après le Synode de Pâques, le cardinal avait envoyé à Mimisac un prêtre pour aider le prieur de cette paroisse, aujourd'hui dans le diocèse d'Aire. Son traitement était fixé à 150 livres. Le prieur refusa de le lui payer. Le métropolitain invita cet ecclésiastique à lui éviter la peine de faire saisir, même par le bras séculier, « les fruits » de ce bénéfice.
A Saint-Macaire, les Frères Mineurs s'étaient constitués les directeurs d'une confrérie établie dans l'église de Pian. M. de Sourdis fit
(') Maison rlevemie la maison de la Misériroidc
citer devant lui le Père gardien et les religieux qui avaient coopéré à cette usurpation, et il leur interdit le confessionnal et la chaire jusqu'à ce qu'ils eussent régularisé leur position.
Un religieux de la Grande Observance, plus zélé pour les intérêts matériels de son couvent qu'empressé d'exécuter les ordres de son archevêque, s'en allait dans les campagnes, prêchant, confessant et Avisant des quêtes abondantes. Le cardinal le fit appréhender au corps et conduire dans les prisons archiépiscopales.
Devant de semblables exemples, comment s'étonner que les laïques oubhassent parfois le respect qui était dû aux ordres du chef spirituel du diocèse !
Il a déjà été question d'une chapelle de Sainte-Marie-Madeleine, sise à Born, dans les propriétés du vicomte d'Uza. Frappé des désordres qui s'y commettaient le jour de la fête et de l'irrégularité du service divin, le cardinal avait voulu y placer un religieux de son choix; mais sur l'appel intenté par le seigneur du lieu, le Grand Conseil s'était opposé à cette mesure. Ce jugement avait porté ses fruits : le scandale y était devenu tellement grand, que, suivant les expressions de Son Éminence, ce les personnes pieuses ne pouvaient en entendre le récit sans frissonner d'horreur. » Le pasteur fit une nouvelle tentative pour arrêter ces désordres, et il y envoya un religieux de l'ordre des Frères Prêcheurs. Les officiers du comte s'opposèrent à son installation, en alléguant que leur seigneur était le maître du lieu. Aussitôt le cardinal frappa la chapelle d'interdit, et déclara qu'elle resterait fermée jusqu'à ce qu'il jugeât à propos de désigner pour la desservir un prêtre capable d'y rétablir le service de Dieu, détruire le scandale, et faire rendre aux lieux saints le respect qui leur est dû.
Le même jour, il lui fut rendu compte que le juge de la vicomte d'Uza avait été inhumé, sans droit et de vive force, dans l'église paroissiale de Saint-Martin de Blagnac. Immédiatement, M. de Sourdis ordonna que le corps serait enlevé de l'église et porté au cimetière aux fraisées principaux habitants do la paroisse, et l'église fut frappée d'interdit jusqu'à ce que son ordonnance eût eu son plein el entier effet.
C'était la seconde mesure de ce genre qu'il était obligé de prendre dans le courant d'une année. Déjà, au mois d'octobre, des habitants de Vignonet, près de Castillon , avaient inhumé de vive force, dans l'église de Saint-Martin de Mazerac et au pied de l'autel, une dame qui n'avait aucun droit à cette faveur. Fidèle aux décrets des deux Conciles provinciaux de Bordeaux, le cardinal ordonna que le cadavre serait porté dans le cimetière, et ce, à la condition que le curé de la paroisse affirmerait qu'elle était morte au sein de la religion catholique.
Le vicaire perpétuel de Tabanac avait entrepris de repeindre l'intérieur de la nef de son église. Le seigneur du lieu s'y opposa, sous prétexte que le pinceau des ouvriers avait fait disparaître une inscription qu'il regardait comme un titre de famille. Les peintres, effrayés de ses menaces, refusèrent de continuer le travail. D'autres habitants, au contraire, demandèrent au cardinal qu'il fût achevé, et offrirent d'en faire les frais, à la condition qu'ils pourraient graver leurs armoiries sur les parois reblanchies. Avant tout, le cardinal, mû par ce principe que le conseil de fabrique, lorsqu'il était d'accord avec le curé, était le seul juge des réparations à faire à l'église, blâma le seigneur de son opposition, et l'engagea à s'en départir, sous peine d'être privé de ses honneurs seigneuriaux et de son droit de sépulture à l'église. Quant aux habitants qui voulaient s'arroger le titre de fondateurs ou de patrons en gratifiant les murailles de leurs ccussons, il répondit qu'il accueillerait volontiers leurs demandes si elles se justifiaient par des motifs sérieux. Les murailles restèrent avec leur badigeon.
Mais laissons toutes ces misères, qui fatiguaient le cardinal et altéraient sa santé, et portons nos regards sur deux événements importants qui signalèrent le cours de cette année.
Le premier fut l'établissement à Pau d'une succursale du monastère des Filles de Notre-Dame de Bordeaux. Cette fondation était due à la libéralité de M"'^ la comtesse de Lauzun, qui, après l'avoir dotée, s'était adressée au cardinal pour obtenir de lui un certain nombre de religieuses. M. de Sourdis désigna, pour cette pieuse mission, la Mère Jeanne de Lestonnac, Marguerite Blanchard et Sœur Louise Clize, en spécifiant toutefois que le nouvel institut ne serait
pojr la Maison-mère de Bordeaux, l'objet d'aucune charge nouvelle. M""* de Lauzun vint chercher elle-même les religieuses, que l'archevêque plaça sous la conduite spéciale d'un Père confesseur.
Le second événement dont nous avons à parler est plus important encore; car il démontre que lorsqu'il s'agissait d'une bonne œuvre, le cardinal ne reculait devant aucun sacrifice et ne se laissait arrêter par aucun obstacle.
Le faubourg des Chartrons ne se composait alors que de quelques maisons groupées autour du Château-Trompette, et bien qu'il fût séparé de la ville par un espace considérable, il dépendait de la paroisse de Saint-Rémy. Depuis longtemps M. de Sourdis songeait à le doter d'une église spéciale, lorsqu'il se présenta une occasion de donner à ses projets la plus heureuse et la plus large extension.
En 1625, le prieur des Carmes-Déchaussés du couvent de Toulouse se trouvait chez le curé de Saint-Rémy. Il fut frappé, comme Tavait été le cardinal, du peu de secours que le clergé paroissial donnait au fliubourg, et il proposa à l'archevêque d'établir aux Chartrons une Maison de son Ordre.
Pour préparer Tesprit public à cette création nouvelle, on fit venir de Toulouse un prédicateur célèbre, le P. Bernard de Sainte-Thérèse, qui fut depuis évêque de Babylone. La parole de ce religieux fit sur tous les esprits une impression profonde. Le Parlement même vint en corps assister à ses discours. L'année suivante, au commencement de 1626, le provincial des Carmes présenta requête au Parlement pour qu'il lui fût permis d'établir un couvent de son Ordre à Bordeaux. Le cardinal était absent. La Cour décida d'attendre son retour pour statuer. On savait d'avance qu'il épouserait chaudement cette cause, et, en effet, dès qu'il fut rentré à Bordeaux, il se rendit lui-même à la Cour pour appuyer la demande des religieux. Il y mit une instance si vive, que, quoique les Carmes n'eussent pas les lettres-patentes du roi qui étaient cependant indispensables,- le Parlement passa outre et autorisa leur établissement à Bordeaux.
Mais lorsqu'il fallut entreprendre les travaux, les ressources manquèrent. M. de Sourdis avait fondé tant de couvents dans son diocèse, dépensé tant d'argent à la construction de sa Chartreuse et à l'assainissement de Bordeaux, que sa bourse connue celles de sej;
amis étaient vides. Dieu y pourvoira, s'écria-t-il ; et avec cette sublime imprévoyance de ceux qui se jettent à corps perdu dans les bras de la Providence, il emprunta 30,000 livres et acheta sur le quai des Chartrons la maison d'un nommé Bissouze, qu'il donna aux Carmes.
La croix de prise de possession fut plantée le dimanche G juillet 1626. Ce fut une imposante solennité. Le Chapitre métropolitain, celui de Saint-Seurin, le clergé paroissial, et tous les Ordres religieux avaient été convoqués. Après les vêpres, le cardinal partit processionnellement de Saint-André, ayant à ses côtés le cardinal de La Valette et Charles de Lorraine, évoque de Verdun, et trouva sur l'emplacement du nouveau couvent, le Parlement, les jurats, le duc
d'Epernon avec ses gentilshommes et sa maison militaire, et le conseiller d'État Brulart de Sillery. L'arrivée du prince de l'Église fut sahiée par les acclamations de la foule, auxquelles se mêlèrent les détonations des foudres du Château-Trompette et des canonnades des navires en rade devant le quai. Les religieux avaient fait préparer une riche estrade, du haut de laquelle le cardinal expliqua les motifs qui l'avaient déterminé à former ce nouvel établissement. Il lit l'éloge des religieux et remercia la ville de l'empressement qu'elle avait mis à seconder ses vues.
Après la plantation de la croix, un Te Deum, chanté par la foule, par les prêtres et les clercs qui se pressaient autour d'elle, porta jusqu'au ciel l'expression de la reconnaissance de tous envers Dieu et envers le pasteur du diocèse.
Le 4 décembre, le cardinal appela à lui les supérieurs des communautés religieuses, et de concert avec eux, il décida que leurs religieux feraient, à tour de rôle, pendant un mois, le service des prisons du Parlement et de celles de la ville. Les Récollets, les Minimes, les Carmes-Déchaussés, les Augustins, les Feuillants, se chargèrent des prisons du Parlement; les Pères Jésuites de la Maison professe et du collège, avec les grands Carmes, prirent la direction spirituelle de celles de la ville. Ce service consistait à dire la messe dans la chapelle, les dimanches et les jours de fête d'obligation, à confesser les détenus et à leur donner des instructions familières. Les prédicateurs assistaient à cette réunion. Comme les prolestants se plaisaient à critiquer divers points de la discipline de l'Église, tels
que rabstinence et le jeûne, rarchcvêque recommanda aux prédicateurs d'aborder principalement ces questions.
Le 21 décembre, fête de Saint-Thomas et jour anniversaire de son sacre, le cardinal alla officier à la cathédrale. Il convia à sa table vingt-sept pauvres de diverses paroisses, et, à la fm du repas, il donna à chacun d'eux un petit écu.
Le jour de Noël, Son Éminence prêcha dans la primatiale.