‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 4 sur 55 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gabrielle d'Estrées et M"' de Sourdis. — François de Sourdis est nommé archevêque de Bordeaux. — Quel fut le vrai prédécesseur du nouvel archevêque. — Henri IV demande le chapeau pour François de Sourdis. — Le duc de Joyeuse. — Jalousie de d'Ossat. — Réception de la barette cardinalice. — Opposition des amis du cardinal à son départ pour la métropole — Craintes du clergé à ce sujet. — Lettres qu'écrit le cardinal.

Il est acquis à Thistoire qu'Henri IV eut Tintention sérieuse d'épouser la duchesse de Beaufort, et que le mariage était prochain lorsque Gabrielle mourut empoisonnée par un fruit qu'elle avait mangé chez le partisan Zamet. La grande majorité des écrivains n'ont vu, dans cette détermination du Béarnais, que l'aveuglement d'une passion insensée, une légèreté de caractère indigne d'un grand roi. Cependant, le chancelier de Chiverny donne aux projets du monarque une raison qui mérite d'être mûrement pesée. En appelant une princesse étrangère à partager son trône, Henri répondait aux vœux de ses sujets qui désiraient lui voir un fils. Or, à cette époque, il fut atteint d'une maladie qui lui fit appréhender un instant de n'avoir jamais d'héritiers de la couronne; et comme il était nécessaire à sa politique et aux intérêts de la France qu'il eût un successeur direct, on lui insinua une pensée qu'il fut sur le point de réaliser. Le roi aimait passionnément la duchesse, il avait d'elle plusieurs enfants; il fut facile de le faire souscrire à l'idée d'un mariage, qui fut décidé, malgré la vive opposition de Sully. M™® de Sourdis, qui exerçait une grande influence sur sa nièce, fut l'âme de cette intrigue; elle répondit à toutes les objections du roi, fit taire ses scrupules, et l'amena à désirer vivement cette union qu'il avait d'abord acceptée avec hésitation.

Mais si Gabrielle devenait reine de France, il était juste que sa famille reçût de grandes faveurs. A cette époque, on trouvait naturel que le cadet d'une illustre famille entrât dans les ordres et qu'il fût

aiissilôl pourvu d'un évêché ou d'un riche bénéfice. C'était ainsi que Chivcrny avait obtenu promesse du siège d'Orléans pour un de ses fils qui n'était pas encore âgé de seize ans ('). On ne fut donc pas surpris de voir sa famille solliciter un archevêché, avec le chapeau de cardinal, pour l'abbé de Sourdis. La conduite que le jeune diacre avait tenue dans son prieuré d'Aubrac, la prudence dont il avait fait preuve dans les négociations tentées pour rapprocher M^"" de Rhodcz de son clergé, tout, en un mot, détermina le roi à accueillir favorablement cette demande, et il autorisa M. de Sourdis à traiter de l'archevêché de Bordeaux.

Pendant ce temps, Henri IV faisait agir près de Clément VIII pour l'obtention du chapeau. D'Ossat, dans sa Correspondance, donne à entendre que le pape ne céda pas sans opposition aux désirs du roi; mais il est facile de reconnaître, au style de ses lettres, qu'il n'était pas favorable à M. de Sourdis. Enfin, l'obligeance et l'activité du cardinal de Joyeuse, alors à Rome, levèrent tous les obstacles, et le mercredi des Quatre-Temps, 3 mars 1599, le souverain pontife proclama l'abbé François de Sourdis cardinal-diacre de la sainte Église romaine, au titre de Saint-Marcel.

Le nouveau prince de l'Église était à Chartres, au couvent des Pères Capucins, lorsqu'un camérier secret de Sa Sainteté, de l'illustre famille des comtes de Languiscioli (2), vint lui apporter la calotte

(') Voyez les Mémoires de Chiverny, p. 367 et suiv.

(*) Dossat, lettre CLxxvi, t. II, p. 33 : oc Des choses d'ici il ne se parle que de la

dite promotion qu'on attend à demain. Monsieur le cardinal de Joyeuse travaille fort pour faire réussir M. le comte de La Chapelle (a), à quoi il y a plus à faire qu'on ne pourra croire au delà. »

Lettre CLXXWii!, p. 38, 23 mai 1599 : « Le pape envoie le bonnet pour M. le Cardinal de Sourdis par un sien camérier secret, qui est de la maison très auguste des comtes

de l'Anguisciole A quoi j'ajouterai encore ce mot qu'outre l'obligation que M. le

Cardinal a de venir dans un an prendre le chapeau à Rome, il serait bon qu'il s'en vint résider à cette cour, et y servir le roi conjointement avec le saint siège, n'y ayant d'autre

(fl) « François d'Escoublcau de Sourdis, créé cardinal dans celte promotion. — Cf fut Gabriellc d'Eslrées, sa cousine germaine, qui lui procura celte dignité, à laquelle il ne fût jamais parvenu, si le pape eût fait cette promotion sans la comprendre, car fiabriclle mourut au mois d'avril suivant. Onc mon, dit le chancelier de Cliiverny, arriva à point pour .M°" de Sourdis, qui, par ses diligences avait tant f;iit, que son fils était cardinal depuis quelques jours. De sorle que c'était un grand honneur pour sa maison.

Nota, — Le cardinal Tosco, don* il est question dans l'affaire dn conclave, fut de cette promotion. Il était né de parents très pauvres. Il faillit être le successeur de Léon XI. Baronius l'ompéflia h cause d'une certain» parole que Tosca disait souvent : Cano.''! mars 1599. » (Hamcloidc la Houssayc.)

rouge, insigne de son élévation. Par suite de l'obligation qu'il s'était imposée de vivre dans la retraite la plus absolue, M. de Sourdis était resté étranger aux intrigues qui s'agitaient autour de lui. Il accueillit l'envoyé pontifical avec un sentiment d'effroi, car il voyait moins dans la pourpre romaine les honneurs qu'elle procure que les devoirs qu'elle impose. Mais cette émotion dura peu : le nouveau cardinal promit à Dieu, dans le secret de son cœur, d'être à la hauteur de la mission qui lui était confiée. Dès ce moment, le jeune homme disparut pour faire place au pasteur vigilant, à fadministrateur zélé, au défenseur rigide des droits de l'Église et du Saint-Siège.

M^"" Antoine Prévost de Sansac, archevêque de Bordeaux, mourut en 1591. Il a toujours été admis que son siège resta vacant jusqu'à la promotion de M. de Sourdis. Rien n'est moins exact. M^' de Sansac eut un successeur nommé sans avoir jamais été préconisé. Ce successeur se nommait Jean Le Breton (^), d'une famille noble de

lieu où il puisse si bien apprendre les fondions et devoirs d'un bon ecclésiastique, et acquérir expérience et prudence en toutes sortes d'affaires, bref se rendre capable, en l'âge et en la dignité où il est, de servir près et loin son prince et sa patrie. »

(^) Nous devons ces renseignements à l'extrême bienveillance de M. de Pichard, le chef d'une des plus honorables familles de Bordeaux. Un jour, parcourant les papiers d'une maison alliée à la sienne, M. de Pichard découvrit que l'un des membres de ceUc famille avait été nommé par le roi Henri IV archevêque de Bordeaux. Ce prélat était Jean Le Breton.

La famille Le Breton faisait remonter par titres authentiques sa noblesse jusqu'à Charles VllI . Denis Deuvrich, capitaine au régiment de Prennes, et surnommé le Breton, premier du nom, avait obtenu de ce prince en 1496 des lettres de réhabilitation de noblesse et d'ennoblissement, en tant que besoin. Ces lettres étaient motivées par les longs services du capitaine et principalement par sa conduite <c dans la campagne d'Italie et la glorieuse bataille de Fornoiie, le 5 juillet 14U5, où nous aurions vu, remarqué sa générosité, vaillance et grande espérance au û\it des armes, n'épargnant ses biens, sa vie ni sa personne. »

Le roi imposa aux héritiers de Denis Deuvrich de porter le nom de Le Breton qu'avait illustré leur aïeul ; et comme les armes de la famille étaient d'azur à trois colombes d'argent, deux affrontées et une en pointe, Charles VIII y fit ajouter une étoile d'or en cœur.

Plus tard, Louis XIII modifia encore cet écusson en substituant à l'étoile d'or un petit écusson d'azur placé au cœur et chargé d'une fleur de lys d'or, et en y ajoutant un chef cousu d'or au lion de gueules naissant. Cette addition d'une fleur de lys était une récompense des longs services d'Hector le Breton, roi d'armes de France, au titre de Montjoie et Saint- Denis.

Cet Hector Le Breton avait débuté par être huissier ordinaire à la chambre de Henri IV. Plus tard, il devint commissaire des guerres aux armées de ce prince, et servit en la

Bretagne, abbé de Nisort, monastère de Tordre des Citeaux, dans le Nébouzan, diocèse de Gomminges.

Les lettres-royaux, datées du 1" janvier 1592, portent expressément que Henri IV éleva le prélat à cette dignité (( en considération des grands services qu il lui avait rendus. i>

Depuis la formation de la ligue, la cour pontificale, subissant toutes les influences hostiles au roi de France, refusait sa sanction à toutes les nominations ecclésiastiques faites par le pouvoir royal, et les parlements, de leur côté, repoussaient tous les brefs venant directement de Uome. Jean Le Breton ne reçut donc pas ses bulles de confirmation. Cependant il fut mis en possession de son temporel, car on sait que le 2G mars 1594' il passa, avec un sieur Fayet, bourgeois de Bordeaux, qui fut depuis secrétaire de la chambre du roi, un bail par lequel il lui afferma les fruits, profits et revenus de son archevêché, pour trois ans, moyennant la somme de 6,000 écus d'or sol.

Après Tabjuration du roi, des raisons que nous ne connaissons pas vinrent encore entraver Texpédition des bulles. Jean Le Breton, convaincu qu'il n obtiendrait jamais ses pouvoirs, se mit en relation avec fabbé de Sourdis, et, par brevet du 8 février 1598, il se démit en sa faveur de rarchevôché de Bordeaux. M. de Sourdis, à son tour, lui céda sa domerie. A sa mort, M. Jean Le Breton était dom d'Aubrac, abbé de Nisort et Gratin, et prieur de Luc de Sarrances. Si Ton doit s'en rapporter à Bertheaud, ces bénéfices lui furent donnés en compensation des revenus de son archevêché.

M. de Sourdis avait alors vingt-quatre ans. Que Ton ne s'étonne pas de voir une si haute dignité confiée à un ecclésiastique si jeune encore. Lliistoire de l'Église gallicane contient les noms d'un grand nombre de prélats qui furent revêtus de la dignité épiscopale avant même qu'ils eussent atteint les limites de l'adolescence, et plusieurs d'entre eux illustrèrent leur siège pontifical.

De nos jours même de pareils faits se sont produits. Il y a trente

nu^mc qualité sous Cliarlos de Moutmorency, duc de Darvillc. Son crédit, les services de Jean Le lirclon, furent sans doute les motifs qui déterminèrent le roi à accorder à ce dernier rarchcvùché de Bordeaux, et à lui permettre plus lard de le résilier en faveur de François de Sourdis.

Voici donc un nouvel archevêque dont il faut insérer le nom sur les diptyques de r£glise de Bordeaux, car s'il ne fui pas préconisé, il fut certainement nommé.

ans à peine, un jeune curé, précédemment missionnaire, fut placé inopinément, comme coadjuteur, sur un siège épiscopal dont la tourmente politique avait chassé le vertueux titulaire. Jusqu'alors il ne s'était révélé que comme un orateur brillant et fécond, destiné à illustrer la chaire moderne. Dès qu'il eut reçu l'onction sainte, il prouva que Dieu lui avait donné les qualités qui font les grands évêques. A sa voix, on vit l'agitation se calmer, le peuple revenir aux églises abandonnées. La conciliation se fit dans tous les esprits, et lorsque, vingt ans après, des factieux osèrent porter sur la tiare pontificale une main sacrilège, sa voix se fit entendre une des premières pour demander à FÉlu du peuple de couvrir du glaive de Charlemagne la papauté menacée.

La cour résidait à Saint-Germain en Laye. M. de Sourdis s'y rendit, le 2 mai, pour y recevoir la barrette de la main du roi. (c Le pape, à ma prière, dit Sa Majesté, vous a fait cardinal et m'a envoyé le bonnet pour être par vous retiré de mes mains. Dieu a concouru aux actions de Sa Sainteté et des miennes, fondées sur l'estime que nous avons eue que la continuation et la fin de votre vie ecclésiastique correspondront à son commencement. Glorifiez le nom de Dieu en mon état autant que ses serviteurs vous honorent (^). »

(( Sire, répondit le nouveau cardinal, ce ne sont pas les actions de ma bonne vie qui ont donné le principe à l'honneur que Yostre Majesté me procure et que je reçoys de ses mains : ce sont les efTects de la grâce du sainct-siége et de la bienveillance de Yostre Majesté qui m'y ont élevé. Honneur qui donne en ce jour à mon âme telle impression de liberté ecclésiastique que, par la continuation de l'appuy de Yostre Majesté, les mouvements de ma vie ne prendront jamais de repos en la course que vous leur donnez pour le bien de l'Église de Dieu, tranquillité de l'État et contentement de Yostre Majesté. De sorte que leur étant impossible de s'arrester en la cognoissance d'une action de grâce digne d'un tel honneur, ils courront sans fin, et s'esjouiront en travaux qui se présenteront à souffrir pour votre service. »

Immédiatement après sa promotion, le cardinal de Sourdis demanda à son oncle l'évêque de Maillezais de vouloir bien lui conférer

(^) Bertheaud, Uist. manuscr.

Tordre de la prêtrise. La cérémonie eut lieu à Notre-Dame de Chartres, dans le sanctuaire de ces saints Forts dont il devait retrouver le souvenir à Bordeaux, et dont les vertus embrasaient déjà son âme. C'est là qu'agenouillé au pied des autels, tenant entre ses mains le corps du sauveur, il promit à Dieu de vouer ses forces et sa vie au bien de son archi-diocèse et à la gloire de son église. Jamais serment ne devait être mieux tenu! Peu après, un jour de dimanche, il y célébra son premier sacrifice.

Quelle dévotion mit-il en cette action? Quels vœux ne fit-il pas à la Vierge, mère du Sauveur?

La multitude était loin de comprendre les nobles résolutions qu'il venait d'arrêter en son cœur. Le cardinal était jeune, il avait la faveur du monarque; chacun pensait qu'il resterait à la Cour, ou que, instrument docile de la politique française, il irait en soutenir les intérêts près du Saint-Siège, et qu'il abandonnerait le soin de ses ouailles à quelque administrateur, plus jaloux d'accroître les revenus de la mense archiépiscopale que de travailler au salut des âmes. Les Bordelais manifestaient des craintes semblables. Déjà ils voyaient leur diocèse abandonné, le désordre croissant chaque jour, la hiérarchie ecclésiastique méconnue, et les églises désertes. Le cardinal apprit ces inquiétudes; il se hâta de les calmer. — « Je suis bien marry, écrivait-il à M. Darnal, sous-doyen de l'église métropolitaine, je suis bien marry que tous les gens de bien ayent conçu Topinion que je ne veux pas aller à Bordeaux ; ne doublez pas que sitost que jauray mes bulles, je m'y en iray et à l'heure où personne ne m'y attendra. »

Quelques jours après, il laissait connaître à Darnal la charité dont il était animé, en même temps qu'il exprimait son sentiment sur les biens ecclésiastiques. Ainsi que le vénérable Pey-Berland, il ne s'en considérait que comme le dépositaire et à la condition d'en consacrer le produit aux bonnes œuvres. Darnal lui avait écrit au sujet des bâtiments et des grands jardins du palais archiépiscopal, ce Je vous prie bien fort, lui répondit-il, d'y prendre garde; comme aussy vous assisterez, s'il vous plaist, à la visite et en ferez comme pour vous mcsme, car c'est le bien de Dieu et de TÉglise et non le mien. »

Plus tard encore, revenant sur les doutes qu'émettait le Chapitre au sujet de la résidence, il écrivait à Darnal : « Je vous prie defiiire mes recommandations à tous vos confrères et à MM. Desaigues et

Bertin : vous vous défiez de inoy, et Dieu aydant je vous verray pluslùl que vous ne pensez. »

Enfin arrivèrent ces bulles si longtemps retardées : le cardinal les reçut avec les transports d'une joie respectueuse. Rien désormais ne pouvait renipêcher de faire le bien, et il avait hâte de contracter avec son église le mariage mystique qui devait pour toujours l'unir à elle. Il pria donc le cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, de vouloir bien lui conférer la consécration épiscopale, et la cérémonie eut lieu dans réglise de Tabbaye de Saint-Germain des Prés-lez-Paris, le 21 décembre 1599, jour de la fête Saint-Thomas. Le prélat consécrateur fut assisté dans cette cérémonie par M. Henri de Sourd is, évêque de Maillezais, et par Charles de Montagu, évêque de Noyons.

L'archevêque de Bordeaux avait déjà de grandes obligations au cardinal de Joyeuse; cette solennité fut le commencement d'une amitié qui ne se démentit jamais. M. de Sourdis fit aussitôt ses préparatifs de départ. Mais lorsqu'il croyait n'avoir plus qu'à prendre congé du roi et de sa famille, ses proches, ses amis l'adjurèrent encore de rester à la Cour et de ne point aller, de gaîté de cœur, chercher à Bordeaux des contrariétés et des tourments de tous genres. Chacun lui fit de son archidiocèse le tableau le plus triste et malheureusement le plus vrai. Ce n'est pas, lui dit-on, un poste ordinaire composé de quelques bourgades dont les habitants seront heureux de se laisser guider par vos conseils. Le siège primatial de Bordeaux a pour apanage cette ville riche et puissante qui, par la beauté et l'importance de son port, les agréments et le bien-être qu'elle procure, attire de toutes les parties du monde des peuples aussi différents par leur langage que par leurs habitudes et leur religion. Voilà dix ans que cet archevêché est vacant, et pendant ce temps la confidence et la simonie ont envahi votre clergé ; les bénéfices sont devenus la proie, non du plus méritant, mais du plus ambitieux, de celui qui peut le mieux les payer. Les guerres de religion ont fait du clergé un corps hétérogène qui ne se compose que d'étrangers sans science et sans zèle. Le chapitre, qui, depuis si longtemps, règne en maître, s'est arrogé une partie de l'autorité épiscopale; irez-vous engager avec lui une lutte permanente et sans gloire? Le Parlement, profitant du trouble où les prédications de Thérésie ont jeté les consciences, se croit le droit d'intervenir dans les affaires ecclésias-

tiques; il accueille sans distinction tous les appels comme d'abus, et il brise ainsi le peu de liens qui attachent encore le prêtre à son évoque; oserez-vous aiïronter cette compagnie toute puissante qui brave même les colères du roi, et répondre à ses arrêts par des sentences d'excommunication?

Encore si vous pouviez trouver dans le clergé régulier des auxiliaires pieux et dévoués! mais les abus ne sont pas moindres dans les cloîtres quau presbytère; c'est à peine si vous obtiendrez le concours de quelques pauvres feuillants, recueillis par votre prédécesseur, ou do quelques jésuites que le Parlement a tolérés à Bordeaux, malgré la proscription qui les frappe.

Que ferez- vous donc, sans appui, seul contre tous? Restez avec nous; vous pouvez ici rendre de plus grands services au roi qu'en vous confinant dans votre diocèse, où vous aurez tant à souffrir de vos pétulants et incorrigibles Gascons.

Tel était le langage que chacun tenait au jeune archevêque; mais on ne remarquait pas que plus on étalait à ses yeux la grandeur du mal, plus on excitait son zèle, plus on lui inspirait la volonté de mettre fin à ces désordres. Si la paix avait régné dans son diocèse, si la discipline avait été florissante, si les lois ecclésiastiques avaient été respectées, peut-être alors eût-il cédé aux obsessions de ses amis et s'en fùt-il rapporté à des mandataires intelligents. Mais, semblable à l'Océan qui ronge sans cesse les rives du Bas-Médoc et tend à anéantir peu à peu les villes et les campagnes, le mal allait en grandissant, menaçant de ne laisser autour de lui que les ruines et la mort. Le cardinal de Sourdis partit, bien convaincu qu'il ne serait pas seul, et que la main de Dieu le couvrirait contre les attaques des ennemis qu'il avait à romlialtre.

Page 1