‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 5 sur 55 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Arrivée du cardinal à Bordeaux. — Cérémonial de l'entrée solennelle des archevêques. — M. doSourdis s'y refuse. — La peste. — Tableau qui lui est fait de la situation de son archi-diocèse. — Le premier synode. — Restauration du séminiire. —Visite dans le diocèse.

A leur arrivée à Bordeaux, les nouveaux archevêques étaient reçus avec une pouipe toute royale. D'ordinaire, le nouvel élu descendait à Lormont, paroisse située sur les bords du fleuve, où les archevêques possédaient une ravissante maison de campagne. Au jour fixé pour la prise de possession, il partait avec ses gentilshommes, ses officiers de justice, ses pages et le personnel de sa maison; il traversait le fleuve sur une barque richement décorée, pavoisée. à ses armes, et débarquait aux Chartrons, quartier qui ne faisait pas alors partie de la ville. Le chapitre de Saint-Seurin l'y attendait avec ses bénéficiers. L'archevêque recevait les hommages des chanoines et prêtait le serment de respecter les statuts, coutumes, exemptions et privilèges de rinsigne collégiale. Le cortège se rendait ensuite processionnellement à réglise de Saint-Seurin ; les reliques des saints étaient exposées sur le maître-autel, et après les avoir vénérées, le pontife prenait place sur le trône de pierre, magnifiquement sculpté, qui sert encore aux archevêques lorsqu'ils officient dans la basilique. Il recevait ensuite l'hospitalité du doyen.

Le lendemain, le chapitre le reconduisait jusqu'à la porte de la ville, où se trouvait déjà le chapitre de la primatiale, accompagné du maire, des jurats, et de tout le clergé séculier et régulier. L'archevêque, revêtu de la chape, montait une haquenée, dont les rênes étaient tenues par le premier baron de Bordeaux. Quatre jurats portaient le poêle, et aux cotés du prélat marchaient deux autres barons bordelais, qui lui tenaient les étriers. On le conduisait ainsi à rhôtel du Doyenné. L'archevêque y revêtait ses habits pontificaux,

et la mitre en tète, la crosse à la niain, il arrivait à Téglise de Saint-André, devant la porte royale. Cette porte était ainsi nommée, parce qu'elle ne s'ouvrait que dans les circonstances les plus solennelles. Avant de pénétrer dans la primatiale, il prélait le serment d'usage; il était ensuite conduit au chœur, et, après avoir chanté le Te Deum, on le plaçait sur son trùne, du haut duquel il donnait sa première bénédiction au peuple prosterné. iM^"" de Sourdis se refusa à tous ces honneurs. Il traversa la Gironde à Blaye, où l'attendait une dépulation de son Chapitre, et il entra presque incognito dans la ville par la porte Saint-Germain. Ce n'était pas le sentiment d'une modestie exagérée qui lui taisait ainsi repousser des hommages dus à son rang. On était alors au mois de mai, et, depuis le mois de février, la ville était en proie à une de ces fièvres endémiques produites par les effluves pestilentielles des marais qui l'environnaient, et qui, à des époques périodiques, décimaient la population. C'était même favis qu'il avait reçu des ravages de ce fléau qui l'avait déterminé à hâter son arrivée; il eût trop coûté à son cœur de voir déployer des appareils de fête et de joie dans une cité en deuil (^). Dès qu'il fut installé dans son palais archiépiscopal, il reçut la visite du chapitre métropolitain de Saint-André et de celui de Saint-Seurin, des curés de la ville, des supérieurs des maisons religieuses de tous les ordres, des jurats et des officiers de justice. Il leur annonça que, pour appeler sur son administration la bénédiction de Dieu, il avait résolu de faire le dimanche suivant une procession solennelle dans laquelle il porterait le Saint-Sacrement, (juelques esprits timorés se récrièrent, et firent observer qu'en raison de la peste qui désolait la ville, il serait plus prudent de remettre la cérémonie à une époque plus favorable. Il suffisait qu'on alléguât une raison semblable pour que le cardinal mainlhit avec plus de force sa décision première. Il adressa donc des lettres d'invitation au Parlement, aux Autorités de la ville, et convoqua par mandement le clergé des paroisses.

(') « La dite année eslans fort diseleuse, et la ville plaine de pauvres moiirans de faim, fui arrcslé qu'ils soroicnt dospartis on t.»Mtos les maisons sans exemption de personne, ayant uir>yen d'en nourrir.

» La peste travaillant la ville.de Bordeaux, le IJoi cscri>it, cl donna asseurance de sauver les oniriers à tous reux qui demeureroieut dans la Nille itondant la contagion. * (Chronique bourdiloisc, p. 111 )

Le dimanche 13 mai, jour fixé pour la cérémonie, le Chapitre se rendit au palais archiépiscopal et conduisit le cardinal h l'église Saint-André. Suivant l'usage, il fit son entrée par la porte royale; mais avant de pénétrer dans la primatiale, il prêta le serment accoutunié, et il fut installé au chœur. Après avoir célébré pontificalement le sacrifice de la messe, il commença la procession, à laquelle assistèrent le Parlement en robes rouges, le clergé, le maire avec la compagnie de cavalerie dont il était le chef, les jurais, les officiers du gouverneur, et les diverses corporations avec" leurs bannières et leurs attributs. Celte solennité eut un caractère particulier de gravité. La peste avait déterminé les bourgeois à quitter la ville ou à s'enfermer dans leurs demeures. Les rues étaient désertes, un silence lugubre planait sur la cité. Cependant, lorsque le bruit des cloches et des salves de mousqueterie annoncèrent le départ de la procession, quelques croisées s'ouvrirent timidement et laissèrent entrevoir de pâles malades, heureux de recevoir la première bénédiction de leur pasteur; puis quelques bourgeois se hasardèrent à sortir et à suivre le pieux cortège. Peu à peu la confiance revint, et lorsque le cardinal rentra dans sa métropole, il eut le bonheur de la voir remplie comme aux plus beaux jours de fête.

Le dimanche suivant, il se rendit dans l'église Saint-Seurin, cette antique basilique sur le sol de laquelle saint Martial, l'un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur, a prêché la foi. Il y prêta le serment exigé de tous les nouveaux archevêques. Les chanoines l'installèrent sur son trône, et il célébra la messe pontificalement. Il alla ensuite vénérer les reliques des saints archevêques ses prédécesseurs et des autres saints qui reposaient dans la crypte si remarquable de cette église, et il fit à ce sanctuaire des dons et des libéralités en harmonie avec sa haute position.

Ces devoirs remplis, le cardinal s'occupa sérieusement de l'administration de son diocèse. Le zélé pasteur jeta les yeux autour de lui, cherchant du regard des auxiliaires et des collaborateurs. Il était seul : personne ne savait encore le comprendre et ne voulait alléger sa tâche. Mais la moisson devait être abondante; il n'hésita pas à se mettre à l'œuvre, dussent les ouvriers qu'il appelait à lui n'arriver qu'à la

dernière heure. Il lit annoncer en chaire que tous les dimanches et jours de fêtes il se rendrait successivement dans chaque église de Bordeaux pour donner la communion de sa main et administrer le sacrement de la confirmation. H convia tout le peuple à ces saintes agapes, invitant chacun à fiiire pénitence et à se préparer à recevoir les dons du Saint-Esprit. Cet appel fut entendu : le peuple se porta en foule sur les pas de son archevêque, avide de sa parole, et le pieux cardinal put se convaincre avec bonheur que le mal n'était quà la surface, qu'il n avait pas jeté de profondes racines, et qu'avec de la persévérance il serait possible de ramener à Dieu cette population intéressante.

Dès lors, il n'hésita plus : le déplorable état de choses dont il était le témoin venait en grande partie de l'apathie du clergé et de son ignorance. Avant de réformer le peuple, il voulut réformer SOS guides, et sans mesurer la grandeur de la tâche qu'il allait entreprendre, il se mit résolument à l'œuvre.

Avant tout, il appela en conférence près de lui les archiprêtres et quelques ecclésiastiques de la ville et des campagnes, sur les lumières et la franchise desquels il pouvait compter, et les adjura de lui faire connaître la véritable situation des esprits dans le diocèse. Yoici ce qui lui fut répondu :

« Le dernier concile provincial tenu à Bordeaux par votre prédécesseur immédiat, M^' Prévost de Sanzac, a pris les mesures les plus sages pour la réforme du clergé et du peuple; mais ses décrets n'étant point observés, chacun est retombé dans son indifférence et ses habitudes. Les meilleurs bénéfices sont tenus en confidence. Les prêtres étrangers arrivant dans le diocèse sont reçus par les curés sans avoir été examinés et approuvés; ils célèbrent le saint sacrifice et prêchent la parole divine sans licence de fOrdinaire. On dit la messe dans les lieux profanes et dans les maisons particulières. Le désordre est si grand que plusieurs prêtres, bénéficiers et autres, ne récitent plus fotrice canonial; il en est qui n'ont pas même de bréviaires. Les curés et les vicaires se servent des bréviaires, missels, rituels en usage dans les diocèses d'où ils sont venus, ou ils en changent à leur fanlaisie, ajoutant ou retranchant à leur gré aux saintc^s cérémonies. IMusieurs confesseurs osent absoudre des cas réservés, sans autorisation, et encouragent ainsi les pécheurs que

la crainte d'une absolution différée ne retient plus. Le peuple ne satisfait pas au précepte de la communion pascale dans sa propre paroisse, et chacun va où bon lui semble, au grand détriment de la discipline ecclésiastique. Les religieux procèdent aux sépultures, dans leurs chapelles, sans examiner si les défunts sont décédés avec les secours de la religion, ce qui expose à profaner les lieux saints, puisqu'on ignore s'ils sont morts en état d'excomnjunication.

» Les églises paroissiales, ajoute le rapport, sont désertes les dimanches et jours de fêtes. On apporte si peu de zèle au service de Dieu en beaucoup de bénéfices, que les titulaires les afferment, s'en remettant à des mercenaires, qui n'ont que des pensées de lucre. Beaucoup de ces bénéficiers sont d'une ignorance notoire, et, pour l'avenir, il est urgent de les remplacer par des ecclésiastiques instruits et de bonnes mœurs. 11 existe beaucoup de confréries établies dans diverses églises, mais ce n'est pas une pensée de dévotion qui les dirige; elles ne sont qu'un prétexte pour se livrer à la danse, à la dissolution; il vaudrait mieux les supprimer que de les laisser subsister dans cet état. Parmi les bénéficiers, curés, vicaires, prêtres, il en est qui laissent les femmes pénétrer trop librement dans leurs demeures; il n'est pas rare de voir un ecclésiastique se rendre, sans soutane, sans tonsure, sans surplis, aux funérailles des défunts ou aux autres offices. Quelques curés et vicaires administrent le baptême sans avoir de saint-chrême, et omettent sans nécessité les saintes onctions. D'autres entretiennent dans l'esprit du peuple la pratique de superstitions condamnées par TEglise. On reproche aux archidiacres du diocèse et à quelques archiprêtres de ne point se tenir à leur résidence. Les curés et vicaires se permettent de bénir des mariages clandestins. Dans les commanderies de Saint-Jean de Jérusalem surtout, l'abus est poussé jusqu'au scandale. Les prêtres relevant de ces établissements n'ont pas craint de faire des mariages sans suivre aucune des prescriptions canoniques. Souvent il arrive dans les églises des scandales causés par la mauvaise administration des confréries et autres associations. 11 est à déplorer que la jeunesse ne soit pas instruite de ses devoirs; mais la plupart des ecclésiastiques ayant charge d'âmes ne font pas le catéchisme et se dispensent d'annoncer au peuple les vérités de la foi. Les archidiacres et les archiprêtres lan-

cent des nionituires aux lins d^indiquer les choses perdues, sous peine d'exconnnunicalion. Enfin, quand les personnes qui veulent contracter mariage se présentent à la bénédiction nuptiale, on ifexige d'elles ni confession ni communion, les préceptes de la sainte Église et ses saintes règles étant complètement méconnus. »

En présence de pareils aveux, recueillis par un contemporain, combien ne doit-on pas seslimer heureux de vivre dans un temps où, par la science et la sainteté de ses pontifes, le dévouement, les vertus de son clergé, TÉglise de France apparaît sans rivale à la tête des Églises de la catholicité !

Le cardinal de Sourdis, lorsquMl eut sondé la profondeur de la plaie, y porta hardiment le fer qui devait la guérir. Il pensa avec raison que le moyen le plus sage de rétablir dans son diocèse Tordre et lunité était d'imposer à tous les règles tracées par le Concile de Trente. Or, dans Tune des dernières sessions de ce Concile, il avait été statué que chaque évêque, dans son diocèse, devait tenir une assemblée synodale par année. Il rendit une ordonnance qui mettait cette disposition en vigueur, et afin de rendre facile l'accès du clergé à ses réunions, il décida que les assemblées synodales se tiendraient alternativement à Bordeaux et à Blaye (^).

Cette conduite était sage. En agissant seul et en vertu du pouvoir qu il avait comme archevêque, il avait à craindre qu'en raison de sa jeunesse, son autorité fût contestée et ses ordres méconnus. En convoquant les principaux membres de son clergé à une assemblée synodale, il ne faisait que se conformer à la volonté de TÉglise : il rendait les vicaires généraux, les archiprêtres et les archidiacres solidaires de Texécution des statuts promulgués par le s^Miode, et il leur imposait par ce fait môme l'obligation de veiller à ce qu'ils fussent maintenus et respectés.

Le synode se réunit le 18 avril, et Tordonnance qu'il rendit prouve que chacun comprenait combien le mal était grand, et qu'il était urgent d'en arrêter les progrès.

(M Lo rliDJx de Bhyelui était imposé par la tradition. D'après un document reproduit par Ir ■GiUia christiana, » il était depuis longtemps établi que les synodes, lorsqu'ils n'auraionl pas lieu à Bordeaux, se tiendraient dans l'église de Saint-Uomain do Blay»-, <<)innio étant la première après la mèlropoU".

Ainsi, entre autres prescriptions, il fut fait les défenses suivantes :

Interdiction à tout prêtre d'exercer aucune fonction dans le diocèse sans avoir été examiné et approuvé ;

Aux prêtres même approuvés, d'absoudre des cas réservés au pape ou à Farchevêque; de célébrer aucun mariage sans que les bans eussent été publiés conformément aux règles do TEglise;

Il déclare les commandeurs de Saint-Jean de Jérusalem excomumniés ipso fado si, abusant de prétendus privilèges, ils continuaient à donner la bénédiction nuptiale en violant les saintes règles. Il ordonne aux archidiacres qui s'étaient absentés en vertu d'un exeal de rentrer en fonctions dans le délai d'un mois;

Il défend aux curés et bénéficiers d'affermer leurs cures ou bénéfices sous peine d'être privés de leurs charges, et aux laïques de les prendre à ce titre sous peine d'excommunication;

Il déclare qu'aux termes du Concile de Trente, aucun prêtre ne sera pourvu à l'avenir d'un bénéfice ayant charge d'âmes sans être préalablement examiné par six ecclésiastiques désignés dans le synode ;

Les curés sont tenus de faire le catéchisme aux enfants tous les dimanches et de réciter le bréviaire tous les jours ; ' Le synode renouvelle l'ordre de se conformer strictement aux canons promulgués au Concile provincial tenu à Bordeaux par M^' de Sansac;

Il défend aux religieux de tous ordres de procéder aux funérailles des morts sans en avoir obtenu du curé l'autorisation, et sans avoir acquis la certitude que les défunts étaient morts munis des sacrements de l'Eglise;

Enfin, il interdit aux curés d'établir dans leurs paroisses aucune confrérie qui ne serait pas approuvée par l'Ordinaire.

Cette ordonnance fut reçue avec un apparent respect. Mais qui dira ce qu'elle souleva de colères et de murmures mal déguisés! Tant de prêtres étaient atteints, surtout parmi les plus élevés en dignité, que chacun se trouvait intéressé à provoquer la désobéissance et à susciter au pontife de nouveaux embarras. Le cardinal le savait, mais il était doué d'un de ces caractères qui grandissent avec la lutte.

Il prouva aussitôt aux récalcitrants qu'il ne plierait pas.

Déjà, par l'ordonnance synodale môme, le commandeur de Saint-

Jean de Jérusalem avait été déclaré excommunié ipso facto pour avoir prêté la main à des mariages illicites. En outre, on avait dénoncé au cardinal le curé de Sainte-Eulalie comme un homme sans zèle et donnant de très mauvais exemples. Il le fil aussitôt citer devant lui ; mais le coupable, poussé par le cri de sa conscience, préféra la fuite à une comparution humiliante. Le curé de Sainte-Eulalie relevait du Chapitre métropolitain, qui prétendait exercer toute juridiction dans cette église. Ce nonobstant, l'archevêque rendit une sentence qui déclarait cet ecclésiastique contumace et privé pour jamais de Texercice de ses fonctions dans le diocèse de Bordeaux. Il lui enlevait son béFîéfice quil déclarait vacant et impétrable. Le Chapitre garda le plus profond silence. Darnal lui-même, sous-doyen de l'église métropolitaine, et le principal défenseur du Chapitre et de ses privilèges, n'osa point protester. 11 était de semaine et pouvait ainsi, à son tour, conférer les bénéfices vacants. Il pourvut aux besoins des fidèles en formulant ainsi la cause de la vacance : « Vacante, dit-il, par sentence de privation dudit bénéfice, donnée par M^"" le cardinal, notre archevêque. » — « Cet exemple de prompte justice, dit un auteur » contemporain, fut un remède aux malades, un antidote aux sains, » moyen puissant et efficace à tous d'une réformation de mœurs, » tant nécessaire à ceux qui dirigent les âmes et consciences. »

Persuadé néanmoins qu'il n'obtiendrait jamais un concours sincère du clergé tel qu'il était constitué, le cardinal résolut de créer, comme à Rhodez, un séminaire qui fût pour l'avenir une pépinière de bons ecclésiastiques.

Le seul établissement de ce genre qui existât à Bordeaux était le collège Saint-Raphaël, fondé par le vénérable Pey-Berland, qui l'avait institué pour douze élèves en théologie. Ce collège ne remplissait pas le but que s'était proposé son illustre fondateur. Pey-Berland l'avait placé sous la juridiction du Chapitre, et avait imposé aux élèves l'obligation d'assister à certains offices de la primatiale. Ceux-ci prétendirent (jue cette servitude les détournait de leurs études et ilsobtinrent de l'archevêque Biaise de Grailly, successeur de Pey-Berland, d'en être dispensés. Dès lors, abandonnés à eux-mêmes, sans règlement ni surveillance, ils abandonnèrent rétudo et ne parurent plus à rL^niversilé. Lorsque M^' Prévost de Sansac prit Tadministralion de

rÉglise de Bordeaux, leur nombre était réduit à cinq, et le prieur qui dirigeait la Maison avoua humblement qu'il ne voyait ses élèves qu'aux heures du repas. M^' Prévost de Sansac les fit comparaître et les interrogea sévèrement sur leur vocation. Il n'y en eut qu'un qui déclara vouloir entrer dans les ordres. Le prélat congédia les autres, et le 8 décembre 1583, il ordonna que le collège serait désormais son séminaire. L'établissement était alors très pauvre et n'avait pour tout revenu que '200 livres provenant de la terre de Beaurech, quelques dîmes inféodées, et une petite terre à Tresses, qui donnait de vingt-cinq à trente boisseaux de blé et cinq tonneaux de vin par an. Mais sur ces produits il fallait défalquer des sommes relativement considérables pour frais de culture, paiement de la dîme et amortissement. M^' Prévost de Sansac, pour augmenter cette dotation, annexa au collège le prieuré du Saint-Esprit, et lui assigna un revenu de 300 livres à prendre sur les fonds du clergé.

A l'arrivée du cardinal de Sourdis, en 1600, il ne se trouvait au séminaire que vingt élèves; c'était bien peu pour un si vaste diocèse. Le zélé pontife, pour augmenter le nouibre des étudiants, songea à agrandir l'édifice. Le collège Saint-Raphaël avait été bâti au centre delà paroisse Saint-Paul. Cette paroisse ne comptait que deux cents habitants et ne fournissait qu'un revenu annuel de 40 livres, insuffisant à l'entretien du vicaire perpétuel. Elle dépendait du Chapitre de Saint-André. A côté se trouvait celle de Saint-Christophe, vulgairement appelée Saint-Christoly, qui relevait du Chapitre Saint-Seurin.

M^' de Sourdis réunit les chanoines des deux églises et leur développa ses plans. Ils consistaient à céder, à titre de don gratuit, l'église de Saint-Paul à Saint-Christoly. Afin que les droits des collateurs ne fussent pas lésés, le Chapitre de Saint-André devait pourvoir à la première vacance du vicariat perpétuel, celui de Saint-Seurin à la seconde, chacun nommant ensuite, à tour de rôle, son candidat. Quant aux droits, casuel de mariages, sépultures, ils restaient réglés comme par le passé, chaque chapitre percevant les siens dans la limite des deux anciennes paroisses.

Les chanoines accueillirent ces propositions, et l'église Saint-Paul fit désormais partie intégrante du séminaire.

Personne plus que M. de Sourdis n appréciait le mérite et le savoir des membres de la Société de Jésus. Ces Pères s'étaient établis a

Bordeaux en 157-2. En 1589, à la suite d'une émeute qui eut lieu contre le maréchal de Matignon, lieutenant général du roi en Guyenne, et qu'on les accusa d'avoir fomentée, ils furent obligés de quitter la ville et de se retirer à Agen et à Périgueux. Il paraît que le maire et les jurats ne leur tinrent pas rigueur, car ils étaient de nouveau établis à Bordeaux, lors de Tatlentat de Jean Chûtel. Le IMrlement de Bordeaux, comme celui de Toulouse, refusa d'enregistrer Tarrêt du Parlement de Paris, rendu sur les instances de l'Université, qui bannit la Compagnie et confisqua ses biens. Rien n'était donc venu troubler les Pères dans leur retraite. Le cardinal leur confia la direction de son séminaire. Il voulut qu'ils ouvrissent un cours de théologie et de morale, et pour subvenir à l'entretien des professeurs il leur donna le prieuré de Dardenac (Entre-deux-Mers), dont le dernier titulaire, Armand de Gourgues, s'était démis, mais dont les bâtiments tombaient en ruines par suite d'une mauvaise administration .

Les campagnes n'étaient pas moins désireuses que Bordeaux de saluer leur nouveau pasteur, de l'entendre et de recevoir sa bénédiction. Le cardinal avait résolu de se rendre à Rome pour y recevoir le chapeau et profiter des avantages du jubilé séculaire qui allait s'ouvrir; il ne put cependant se soustraire complètement au vœu des populations, et il se dirigea vers le Médoc. Il visita d'abord les abbayes de Yerteuil et de l'Isle. Cette dernière maison était mal lenue; le cardinal y fit sentir le poids de son autorité, et il prouva qu'il ne transigerait jamais avec le désordre et l'oubli de la discipline ecclésiastique. Il passa ensuite à Blaye, Bourg, Libourne, Saint- Élmilion, et s'arrêta dans quelques localités de TEntre-deux-Mers (ia Bénauge). Partout il était accompagné d'un groupe de prêtres et de religieux qui avaient pour mission d'entendre les confessions, de prêcher le peuple et de l'amener à recevoir dignement les sacrements. Dans les plus humbles hameaux, il écoutait les petits et les laboureurs avec une telle patience, une telle atfabilité, que sa bénédiction les consolait et les aidait à supporter leurs misères. Chacun s'estimait heureux de voir un prince de l'Église travailler à la vigne du SeigncMir. Tel n'était pas cependant le seul but du voyage du cardinal : il était préoccupé du mal ({u'avait fait dans les cam[)a-

gnes Tabus de la confidence, et il cherchait les nioyens de la détruire à jamais. Mais il lui fut facile de comprendre qu'il n'obtiendrait aucun résultat dans une course aussi rapide; il refoula donc dans son cœur Tindignation dont il était pénétré, et remit à son retour de Rome de frapper sur les tètes de Thydre un coup dont elle ne pût se relever.

En quittant son diocèse, il en confia Tadministration à Simon Desaigues, doyen du chapitre, Salviati, abbé de Sainte-Croix, et de Cruseau, chanoine sacriste de Saint-Seurin, et les nomma ses vicaires généraux pendant son absence.

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