‹ Histoire du cardinal François de SourdisChapitre 6 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Henri de Sponde. — Voyage du cardinal h Rome. — Béatification de saint Charles Bon-omée.

— Le cardinal de Sourdis reçoit le chapeau. - - Il obtient le paUium. — Don qui lui est fait du surplis de saint Charles. — Retour en France. — Incident du voyage. — Les Dames de la Miséricorde. — Voyage à Paris. — Protestante enterrée dans une église. — Les Capucins.

— Expulsion des Gordehers. — Travaux de la fin de l'année de IGOl.

A celte époque, les calvinistes étaient vivement irrités de Tabjuralion de Henri de Sponde, Tune des sommités de leur parti. Henri de Sponde, second fils d'un conseiller-secrétaire de Jeanne d'Albret, avait eu Henri IV pour parrain. Son frère aîné, plus connu sous le nom de Spondanus, s'était illustré en publiant une version latine dllomère et d'Hésiode; mais il avait mérité la haine de ses coreligionnaires en revenant d'une manière éclatante au catholicisme. 11 était mort en 1591 , et sa fin toute chrétienne avait vivement alTccté son frère.

C'était le moment où Bellarmin et Duperron publiaient leurs célèbres controverses. Henri lut avec avidité ces écrits, et pour se pénétrer mieux de la vérité des doctrines professées par le célèbre évèque d'Évreux, il quitta sa famille pour se fixer près de lui.

11 venait d'abjurer et brûlait de se rendre à Rome pour y recevoir les ordres sacrés. Duperron, qui était lié avec M. de Sourdis, savait le prochain départ du cardinal pour Rome (^); il lui adressa Henri de Sponde, en le recommandant à toute son amitié. L'archevêque accueillit le néophyte avec distinction; ils firent route ensemble, et, pendant ce long trajel, le jeune prince de l'Église put recueillir près de son modeste compagnon d'utiles leçons.

Il se prit pour lui d'une vive afiection, et, dès leur arrivée à Rome, il le conduisit chez le pieux et savant Baronius. Cet historien, dont

(') GaUia rhrisdana, aux évèques de Pamiers.

la bonté était celle d'un saint, lui ouvrit les portes de son cabinet et l'initia à tous ses travaux. Sponde, pour lui prouver sa reconnaissance, fit un abrégé des Annales que publiait le cardinal, et, plus tard, il continua ce gigantesque travail. — On sait qu'il mourut évêque de Paniiers.

Poussé par un profond sentiment d'humilité, M. de Sourdis avait résolu de faire à pied, le bâton du pèlerin à la main, le chemin qui sépare Givita-Vecchia de la ville éternelle. Mais Clément VIII eut connaissance de ses projets; il se hâta de lui envoyer une de ses voitures, lui enjoignant d'y monter sous peine de désobéissance.

Si l'on en croit quelques biographes, la malignité publique, plus hardie peut-être à Rome que partout ailleurs, avait préparé au cardinal de Sourdis. une de ces insultes grossières qui devaient à la fois révolter sa fierté de gentilhomme et le blesser dans ses affections les plus pures et les plus intimes (^).

La conduite de quelques-unes de ses parentes du côté maternel avait malheureusement donné lieu à de sévères critiques. Par allusion à ces désordres, le jour de l'arrivée de M. de Sourdis à Rome, la statue de Pasquin porta son nom accolé aux épithètes les plus ignobles. D'un autre côté, d'Ossat, qui avait vu à regret son élévation à la pourpre, affectait de répéter ce qu'il avait écrit aux ministres d'Henri IV; qu'il fallait obliger le cardinal de Sourdis à rester à Rome pour y apprendre le maniement des affaires et y acquérir l'expérience qui manquait à sa jeunesse.

Hâtons-nous d'ajouter que l'accueil plus que bienveillant qu'il reçut de Clément VIII guérit bien vite les blessures faites à son amour-propre. Le cardinal Aldobrandini, neveu du pape, s'estima heureux de lui offrir ses appartements, et le Saint Père lui-même l'admit en audience solennelle le 25 novembre .

L'usage était que le cardinal qui attendait le chapeau s'abstînt de paraître en public jusqu'au moment de cette cérémonie. M. de Sourdis trouva si longues les heures de cette espèce de captivité que, le jour de la Tète de Saint-André, il s'esquiva du Vatican pour aller à Saint-Pierre célébrer la messe sur le tombeau du saint. Et comme les maîtres^des cérémonies lui exprimaient leur étonnement de cette

(') Voyez dans la correspondance de Richelieu, une note placée au bas de la première lettre qu'il écrivit au cardinal de Sourdis.

infraction aux lois de rétiquelte : « Saint André, leur dit-il, est le » patron de mon église métropolitaine; il ne faut pas oublier, pour » un complément de cérémonies extérieures, à lui rendre mes vœux y> pour recevoir ses bénédictions au gouvernement de l'église com- D mise à sa protection. »

Enfin, le 2 décembre arriva : c'était le jour fixé pour la remise du chapeau ; il le reçut dans la salle ducale avec le cérémonial accoutumé. Dès que la liberté lui fut rendue, il en profita pour visiter les églises et prier sur la tombe des martyrs. Tandis que la coutume exigeait que les cardinaux ne sortissent quen somptueux équipages, on le voyait parcourir les rues à pied, toujours accompagné de quelques prêtres, et à peine suivi d'une voiture très simple et sans livrée. Tant d'humilité dans un si grand personnage désarma les censeurs : les membres du sacré collège Tinvitèrent à prêcher dans leurs églises cardinalices et à venir prendre part aux travaux des congrégations.

Ce fut alors que les devoirs de Fépiscopat lui furent révélés dans toute leur étendue.

Charles Borromée, archevêque de Milan, était mort en 1584. Des miracles nombreux s'opéraient sur son tombeau, et la Lombardie, voyant en lui un protecteur près de Dieu, demandait d'une voix unanime que l'Église le plaçât au rang des saints. Le cardinal de Sourdis faisait partie de la congrégation des rites, lorsque les députés des magistrats et du clergé de Milan vinrent à Rome solliciter l'ouverture du procès de béatification.

L'esprit du jeune archevêque de Bordeaux fut vivement frappé de tout ce qu'il apprit sur ce grand pontife, qui, élevé comme lui au cardinalat au moment où il sortait à peine de l'adolescence, avait su, par sa fermeté, sa persévérance et surtout son exemple, ramener à la piété et à la discipline un clergé depuis longtemps tombé dans rindifTérence et le relâchement; il s'enquit avec avidité des belles actions de sa vie si sainte; il étudia à fond ces ordonnances célèbres qui ont fait de saint Charles le modèle des évoques, et, comme Saul sur le chemin de Damas, il fut subitement éclairé d'une lumière intérieure. Dès lors Rome n'eut plus pour lui de charmes : la faveur du Saint Père, la bienveillance des cardinaux, la pompe des fêtes sacrées, il oublia tout pour ne songer qu'à son diocèse, où il

y avait tant d'abus à réprimer, tant de bonnes œuvres à faire fructifier.

Être un grand évêque comme saint Charles, se dévouer comme lui aux pauvres, aux malades, et mériter à sa mort la reconnaissance de son peuple, telle fut désormais son unique pensée, tel fut le but qu'il poursuivit toute sa vie sans s'en écarter jamais.

Pressé par cette ardeur qui l'appelait vers son église, il insista pour que Clément YIII lui permît de retourner en France. Le Saint Père essaya d'abord de le retenir; mais voyant que ses efforts étaient inutiles, il l'encouragea à persévérer dans ses grands desseins, et, pour lui donner la plénitude du pouvoir épiscopal, il lui conféra le droit d'absoudre des cas réservés et il le décora du Pallium.

M^' de Sourdis reçut le 25 mai 1601 cet ornement pontifical. Le 27, il quittait Rome, laissant au cardinal d'Ossat le soin de prévenir Henri IV de son départ.

Outre ces précieux témoignages de la bonté du pape, l'archevêque de Bordeaux emporta de Rome une preuve bien chère de la sympathie qu'il inspirait aux membres du sacré collège.

Le cardinal Sfondrate, neveu de Grégoire XÏV, possédait le rochet que portait saint Charles lorsqu'il fut frappé d'un coup d'arquebuse par le moine Farina. Ce prince de l'Église, sachant l'admiration que l'archevêque de Bordeaux portait à ce modèle de l'épiscopat, le jugea seul digne de posséder cette relique, et il lui en fît don sur les instances de Sa Sainteté,

Ce rochet fut placé avec les bagages du cardinal et ses riches ornements pontificaux sur un navire autre que celui qui l'emportait luimême. Ala hauteur de Saint-Tropez, le bâtiment tomba entre les mains des pirates, qui le laissèrent reprendre le large sans lui avoir fait aucun mal. Le prélat vit dans ce procédé une preuve de la protection du saint, et sa piété envers lui s'en augmenta davantage.

Débarqué à Cette, il s'arrêta à Toulouse chez le cardinal de Joyeuse, archevêque de cette ville, et porta le Saint Sacrement pendant la procession de la Fête-Dieu. Le lendemain il partit pour Bordeaux, où il fut reçu aux acclamations du clergé et du peuple. Son premier soin fut de se rendre à Saint-André, où il chanta un Te

Deum solennel et en nieme temps il établit Toraison des quarante heures dans l'église des Pères Jésuites.

A peine était-il installé dans son diocèse, qu une dépêche du roi rinvita à venir à Paris pour lui donner quelques explications sur son voyage à Rome. Mais, au moment de se séparer de son troupeau, le cardinal se procura une satisfiiclion bien douce. Avant son départ pour ritalie, il avait constaté qu'il existait à Bordeaux beaucoup de pauvres honteux qui, n osant implorer la charité publique, étaient facilement poussés par la faim au vice ou au désespoir. Il avait chargé un religieux feuillant d"é(udier la question et de dresser à cette lin les statuts d'une société (la Miséricorde) quil voulait ériger, et dans laquelle il avait finlention d'appeler des dames pour apporter quelque soulagement aux malheureux.

Le cardinal était prêt à se rendre aux ordres du roi lorsque le religieux vint lui rendre compte du résultat de ses travaux. Il avait parfaitement compris les intentions de son archevêque, et le succès le plus complet avait couronné ses efforts. A Timitation de sainte Elisabeth, reine de Hongrie, un certain nombre de dames pieuses sétaient spontanément agrégées à cette société le vendredi saint : les statuts en avaient été dressés, et il ne restait plus qu'à les soumettre à la haute approbation du cardinal. Ils étaient divisés en trois chapitres. Le premier ordonnait Tobéissance envers la surintendante de la société. Celle-ci ne devait pas tant s'occuper d'augmenter le nombre des associées que de faire des choix intelligents; il lui était surtout recommandé de donner la préférence à des esprits dociles. Les femmes trop occupées d'elles-mêmes auraient apporté dans la société leurs prétentions et leurs jalousies. Un noviciat de deux mois était exigé pour chaque postulante, qui s'engageait à renoncer aux bals, aux théâtres, aux vêtements de luxe. Elles reconnaissaient que toute initiative appartenait au cardinal et promettaient de suivre ses volontés pour la direction de la société. Enfin, elles devaient solliciter la fiiveur de recevoir la communion de sa main le jour de la fête de sainte Elisabeth ou tout autre jour à sa convenance.

Le second chapitre est intitulé : Des exercices de l'amour de Dieu. Il prescrit la confession tous les huit jours, la communion deux fois par mois, si toutefois le confesseur le permet. Il indique divers exercices de dévotion journalière et recommande, s'il est possible, la réci-

tation de l'office canonial, afin de s unir à la grande prière vocale de rÉglise dans toutes les parties du monde. Les sociétaires doivent visiter une fois par mois les reliques vénérées dans les églises Saint-André, Saint-Seurin, Sainte-Eulalie et Sainte-Croix, afin d obtenir la protection des saints à Theure de la mort.

Le troisième chapitre traite de la charité à exercer envers le prochain. 11 impose aux sociétaires fobligation de faire administrer aux malades et aux prisonniers les sacrements de la pénitence et de fEucharistie, surtout à Noël, à Pâques et le jour de l'Assomption. Seront privés des secours de TŒuvre ceux qui refuseraient de se conformer à cette obligation. C'est ainsi qu'en agissait sainte Elisabeth à l'égard des mauvais chrétiens. Aucun pauvre ne doit être habillé, aucun prisonnier mis en liberté, aucune fille dotée, s'ils n'ont au préalable accompli leurs devoirs religieux.

Les dames de la Société peuvent contracter l'obligation de travailler en faveur des pauvres, tant pour éviter l'oisiveté que pour ménager les ressources de l'association. Il leur est prescrit de veiller à ce que la propreté règne dans les hijpitaux et les prisons, de demander du linge pour les indigents, et, à l'exemple de sainte Elisabeth, de raccommoder elles-mêmes leurs vêtements. Il leur est surtout recommandé de s'intéresser aux prisonniers, trop souvent détenus arbitrairement, de solliciter leur mise en liberté, et de faire des quêtes pour leur délivrance, sous le bon plaisir de qui il appartiendra. Un autre devoir plus important consiste à garantir de la séduction et des dangers auxquels les exposent leur pauvreté, les jeunes filles sans ressources; si on ne peut les marier ou les placer chez des personnes pieuses, il faut aviser à les réunir dans un asile particulier, leur apprendre à coudre et en doter quelques-unes si les ressources de la société le permettent.

Les statuts se terminaient par quelques dispositions relatives aux funérailles des sociétaires.

Aujourd'hui que nos hôpitaux resplendissent de cette propreté qui est le luxe du pauvre, que de saintes religieuses entourent les malades des soins les plus délicats ; aujourd'hui qu'une loi, égale pour tous, a remplacé l'arbitraire qui disposait de la liberté des citoyens et a anéanti toutes ces juridictions si impitoyables pour les moindres fautes, on no comprendra peut-être pas l'importance de ce

règlement; mais, si on se reporte au temps où il fut rédigé, on admire la prévoyante sagesse du cardinal, la prudence des dispositions qu'il ordonne. Alors, en effet, les hospices privés de ressources suffisantes n'offraient aux malades que d'ignobles grabats sur lesquels ils s'entassaient au nombre de deux ou trois; la médicamention était nulle, la malpropreté la plus sordide s'inscrivait en caractères ignobles sur les murailles. 11 n'y avait pour le pauvre ni un mot de consolation ni un mot d'espoir. Les prisons présentaient un spectacle plus affligeant encore. Le malheureux que le caprice ou la loi privait de sa liberté, n'avait d'autre couche qu'une paille fétide; il était réduit à une nourriture insuflfisante. Aucune protection ne lui était accordée et la magistrature n'avait pas le droit de mettre en liberté les infortunés qui étaient injustement détenus : on eût froissé trop de privilèges, irrité trop d'administrations puissantes. L'établissement des dames de la Miséricorde était donc une œuvre de haute portée; à elle seule elle devrait faire bénir à tout jamais le nom de celui qui l'a créée. Oh ! combien nous désirerions voir s'étendre et se développer les précautions qu'elle avait prises à l'égard de ces pauvres filles que la misère, le désir d'habiter les grandes villes arrachent aux travaux des champs! Combien sont perdues, dès le premier jour, parce que, dès leur arrivée, le vice les attend au passage et les enlace de ses mille replis. Sans guide, sans appui, elles vont au hasard, et bientôt de perfides conseils les perdent à jamais; le libertinage devient pour elles une ressource plus commode que le travail. Que si, au contraire, elles savaient qu'en arrivant dans les cités, elles sont attendues par des dames pieuses, dévouées, elles iraient frapper à leur porte hospitalière. La mère de famille pourrait alors les recevoir avec confiance au foyer domestique; et, lorsque après quelques années de travail, elles sentiraient le besoin de revoir leur village, elles y rentreraient sages, honnêtes, meilleures peut-être qu'à leur départ.

Afin de témoigner aux dames de la Miséricorde toute la joie qu'il éprouvait d'une aussi bonne institution, le Cardinal accorda une indulgence de cent jours à toute nouvelle agrégée le jour de son admission; dix jours chaque fois que Tune d'elles accomplirait Tune des œuvres prescrites' par les règlements; cinquante à toute personne qui, après s'être confessée et avoir communié avec les dispositions requises, se ferait inscrire parmi les bienfaiteurs do la société; cinq

jours chaque fois qu'elle ferait une aumône ordinaire et trois jours à ceux qui feraient une offrande à cette œuvre (*).

L'archevêque prescrivit en outre aux curés d'avoir un registre où seraient inscrits les noms des pauvres de leurs paroisses et de placer dans les églises un tronc à deux serrures, dont une clef resterait entre les mains du curé et l'autre serait remise aux dames de la Miséricorde. Les curés devaient consigner sur ce registre tous les détails administratifs de l'œuvre et le représenter tous les trois mois à Son Éminence. L'archevêque pouvait ainsi constater le nombre des personnes secourues ou dans le besoin, et connaître la quotité des secours distribués en espèces ou en nature.

Le zélé pontife ne fit que paraître à la cour. Après avoir informé le roi des motifs de son retour, qui, tous, avaient pour but la réforme de son archidiocèse et le bien des âmes qui lui étaient confiées, il reprit le chemin de Bordeaux.

Il voyagea avec une telle rapidité, qu'il ne fut pas plus de six semaines absent.

 peine rentré dans sa ville épiscopale, il apprit un fait qui lui causa une vive indignation. Un gentilhomme protestant, le sieur de Roulié, qui demeurait à Pontout^ bourg de l'archiprêtrerie de Born, avait perdu sa femme et avait voulu la faire ensevelir dans l'église catholique. L'influence dont il jouissait était si grande que le vicaire perpétuel, administrateur de la paroisse, n'avait pas osé résister. Il s'était adressé aux vicaires généraux qui, pendant l'absence de l'archevêque, administraient le diocèse; mais ses observations étaient restées sans réponse. Cependant le corps reposait près de l'autel, du côté de l'évangile, et le monument s'élevait du sol comme s'il eût renfermé les reliques d'un saint. Après avoir exprimé en termes énergiques aux vicaires généraux son étonnement de leur faiblesse, le

(*) Voici les noms des dames fondatrices de la société : à Sainte-Eulalie : M^^^s de Rabine, de Gauffreteau, de Chastaigné ; à Saint-Michel : M'nss ^q Pichon, de Michelet: à SainJ--Projet : M™" de Roussillon, de Roux; ta Saint-Maixent : Mra«s de Carrière, de Counici; à Sainte-Colombe : M^^^s du Brisson, Richard; à Saint-Christoly : M"^" de Grimai 1, de Laborie; à Saint-Siméon : M'^es de Rondeau et de Lalanne; à Puy-Paulin : M"»es de Martini, de Rivière; à Saint-Pierre : M'^*^ de Puig-non, de la Valentie, dona Aime; à Saint-Remy : M^es de Chauffeur, d'Andron; à Saint-Paul : M'"° de Lyon,

cardinal se rendit à Pontout et enjoignit à M. de Uoulié d'avoir à enlever immédiatement les restes de sa femme et le mausolée qui les recouvrait. Le gentilhomme obéit, et Texhumation se fit aux yeux de la foule édifiée de cet acte de vigueur.

Après les cérémonies expiatoires, il célébra dans féglise le saint sacrifice et ordonna à tous les curés, si jamais un fait aussi audacieux se produisait dans leur paroisse, de cesser aussitôt le service

divin.

L'archevêque n'avait pas été longtemps sans s'apercevoir qu il ne pouvait pas compter sur le clergé séculier, si peu nombreux pour l'aidei dans les grandes réformes qu'il se proposait d'opérer; il chercha donc au sein des cloîtres de pieux religieux dont le dévouement partagerait ses travaux.

Lorsque, simple clerc, il résidait à Chartres, il avait été touché des vertus^de ces frères mineurs de l'Observance que Ton appelait Capucins, en [raison de la forme de leur capuchon. 11 les avait retrouvés, à Paris, dans leur couvent de la rue Saint-Iionoré ; il avait vu leur humilité, leur détachement des biens de la terre, et, avec sa sagacité habituelle, il avait pensé que nul, mieux qu'eux, n'était fait pour édifier le peuple et le ramener à la [)ratique de l;i religion.

On sait qu'en revenant de Pome il s'arrêta à Toulouse, chez le cardinal de Joyeuse. Il y rencontra le père Provincial et le pria de lui donner quelques-uns de ces religieux. Les capucins n'étaient pas heureux à Toulouse ; ils y étaient l'objet des [)ersécutions de Durante, premier président du Parlement. Le Provincial se hâta de souscrire aux vœux du pieux cardinal, et quelques mois après il fit partir pour Bordeaux quelques pères qui devaient être les fondateurs de la nouvelle maison. M. de Sourdis était alors à Paris. Les capucins reçurent l'hospitalité chez les Cordeliers; mais à son retour le cardinal, « tout joyeulx de leur venue, i> les fit sortir du couvent et les logea à l'archevêché, où il les garda jusqu'à la Toussaint. Pendant ce temps, il s'adressa aux Jurats et au Parlement pour obtenir d'eux une maison en faveur des religieux.

Le succès couronna ses démarches, mais ce ne fut pas sans dillicultés. Il semble môme, lorsqu'on examine attentivement les archives de rHotel-de-Ville,que, sans la puissante intervention du mare-

chai d'Ornano, alors gouverneur et maire de Bordeaux (i), le cardinal n'eût pas obtenu ce qu'il désirait. En effet, à la date du 17 octobre, les Jurats lui exprimèrent leurs regrets de ne pouvoir contribuer en rien à l'œuvre projetée, en raison des nombreuses dettes de la ville. Mais le maire n'accepta pas cette fm de non recevoir. Le 24 il convoqua au son de la grosse cloche les cent-trente et le peuple à l'Hôtel-de-YiUe, et il expliqua à rassemblée les motifs de la convocation. Il demanda l'admission des Capucins h Bordeaux, en s'appuyant du nom du roi qui portait à cet ordre un intérêt véritable; il rappela que dans les derniers troubles la conduite de ces religieux avait été irréprochable, et que, par leurs bons exemples, ils édifiaient dans toutes les villes où ils étaient reçus. Il reconnut avec les jurats que la ville ne pouvait faire aucun sacrifice en faveur de l'Ordre, mais il fit remarquer que rhôpital de la Peste, situé près de l'abbaye de Sainte-Croix et ses dépendances, était complètement libre, et il proposa de le leur céder. Il ajouta que, dans cette partie de la ville, le peuple vivait dans le désordre le plus déplorable, et que la présence des religieux, au sein de ce quartier populeux, contribuerait à l'améliorer.

Après le maréchal, M. Gauffreteau, conseiller au Parlement ('^), fit observer qu'aux termes de ses statuts, fOrdre ne possédait rien en propre, et qu'il ne se considérait que comme usufruitier des biens qui lui étaient concédés.

Ces raisons furent accueillies; l'assemblée consentit à l'aliénation de l'hôpital de la Peste; mais il fut « stipulé que le maire et les jurats ne pourraient être contraints de contribuer pour les bâtiments et réparations dudit couvent et entretien des religieux, si bon ne leur semble, sauf d'intervenir, par lesdits jurats, jusques à la concurrence des frais qu'il conviendra faire pour mettre les armoiries de la ville es lieux qui sera par eux avisé, tant dans l'église qu'autres lieux dudit couvent. ))

Le lendemain, l'acte de concession fut ratifié par le Parlement, et quelques jours après, le maire et les jurats, en chaperon et en grande livrée rouge et blanc, portèrent solennellement sur remplacement

(i) -Le maréchal d'Ornano avait été nommé Maire de Bordeaux en 1599, « par l'exprès commandement du Roi. » H fit son entrée solennelle peu après le cardinal de Sourdis. {Chroràqiie hourdeloise.)

(-) Gauffreteau est l'auteur de Mémoires inédits, écrits sans respect pour l'ordre et les dates. Ils contiennent beaucoup d'erreurs.

du futur monastère la croix qui en indiquait la prise de possession. Le 14 janvier 1G02, le cardinal, suivi de tout le clergé de la ville et d'une foule immense, alla poser la première pierre du couvent; les députés du Parlement en placèrent une seconde, et les jurats une troisième, comme fondateurs et patrons. Le Frère Joseph, de Marseille, provincial des Capucins en la province de Languedoc et d^Aquitaine, et le Père Archange, de Lyon, gardien de Toulouse, assistèrent à la cérémonie (^). Les jurats chargèrent douze bourgeois de quêter les matériaux nécessaires au nouvel édifice. Dans le premier moment d'entraînement, on recueillit assez de pierres et de bois pour construire les logements des religieux, et le provincial se hâta d'envoyer à Bordeaux quelques Capucins, sous la direction du Père Bernadin Fustier. Peu à peu, le zèle se ralentit : les dons furent moins abondants; puis ils cessèrent complètement. Il était question de renvoyer les Pères à Toulouse, lorsque Fun des hommes les plus émincnts du Parlement, le conseiller Dubernet, fit les avances nécessaires. Grâce à ses libéralités, les bâtiments claustraux furent terminés en trois ans, et, le 16 août 1009, le cardinal fit la consécration de l'église.

Il n'est point dans ce monde de joie qui ne soit mêlée d'amertume. L'établissement des Capucins à Bordeaux avait rempli d'espérance le cœur de W' de Sourdis. Quelques jours après, il fut obligé de renvoyer de sa ville épiscopale d'autres religieux qui, de leur Ordre, n'avaient presque conservé que l'habit.

Les Cordeliers possédaient deux maisons à Bordeaux : Tune appelée la Grande Observance , l'autre dite Noire-Dame-de-Grdce ou de la Petite Observance. Le couvent de la Petite Observance avait été fondé en 14-89 par la famille noble de Lacaussade de Saint Maigrin, et devait servir de noviciat aux Cordeliers de la Grande Observance; mais, depuis plusieurs années, il ne s'y trouvait qu'un petit nombre de religieux, qui ne gardaient aucune discipline et ne remplissaient aucun des devoirs qui leur étaient imposés. Le cardinal résolut de donner ce couvent aux Récollets, qui étaient une branche de la famille religieuse de saint François, et froiCs, par conséquent, des Cordeliers. Dans cette circonstance, il n'obéissait

(') Archives dos Capucins, à l'Hôtel -ile-Villc de Bordeaux

pas à sa seule impulsion. Le pape Clément VIII avait, par bulles expresses, ordonné aux généraux et provinciaux de céder quelques couvents aux religieux qui embrassaient Télroite réforme; Grégoire XIII avait confirmé cette décision de son prédécesseur, et, de plus, Clément YIII avait décidé que, dans cbaque province de France, il leur serait remis un ou deux monastères.

Il en avait donné le mandat à tous les archevêques et évêques du royaume, et toutes ces bulles, tous ces brefs, conformes aux canons du Concile de Trente, avaient été approuvés par Henri IV, qui en désirait Texécution. Enfin, Clément VIII avait, par un rescrit particulier, insisté d'une façon toute spéciale, près de rarchevêque de Bordeaux, pour que ses volontés fussent exécutées, et cette bulle avait été sanctionnée par le roi. Dans ces circonstances, M^' de Sourdis ne voulut pas attendre la vérification de tous ces documents par la Cour du Parlement, jugeant bien que si Ton arrivait à une procédure, l'affaire pourrait être longtemps retardée ou même absolument empêchée. Il conclut donc, sur l'avis du Père provincial, à l'introduction immédiate des Récollets dans le couvent de Notre- Dame -de -Grâce. Au point du jour, il envoya au couvent l'un de ses maîtres de cérémonies préparer l'autel pour qu'il pût y célébrer la messe. Cet ecclésiastique, voyant les portes de l'église fermées, pénétra dans le cloître. Mais lorsqu'à son tour le cardinal se présenta, il trouva barricadée la porte du sanctuaire. Sans montrer la moindre irritation, il envoya chercher des ouvriers et la fît jeter à bas; puis il se rendit à l'autel pour se préparer au saint sacrifice. Pendant qu'il était agenouillé sur les marches, le Père spirituel du couvent s'approcha et lui demanda avec insolence ce qu'il venait faire dans ce lieu : c( Mon ami, répondit le cardinal, laissez-moi d'abord achever ma prière et je vous répondrai plus tard. » La sainte messe terminée, il introduisit les Récollets dans le cloître avec l'aide du provincial, le R. P. Aubespin, et fit donner aux Cordeliers des lettres d'obédience pour divers couvents. Ils se retirèrent immédiatement, emportant tous les objets précieux et jusqu'aux ornements sacerdotaux. Ils atfectèrent vis-à-vis d'un prince de TÉglise une conduite insolente, et le Père gardien s'oublia jusqu'à lui adresser des injures. M^' de Sourdis l'écouta avec bonté, excusant une vivacité dont les circonstances semblaient atténuer le tort.

Toutes ces préoccupations ne taisaient point perdre de vue au pontife les intérêts de son séminaire, cette pépinière du sacerdoce. Aussi profitait-il de toutes les occasions pour en augmenter le revenu et améliorer le sort des élèves. 11 existait à Saint-Michel une antique chapellenie fondée par Ilugon de Rabasteins. Le prêtre qui la desservait ayant donné sa démission, le cardinal Taccepta, et unit ce bénéfice au séminaire de Saint-Raphaël.

On dit que rien n'est difilcile comme d'empêcher le mal, si ce n'est de faire le bien : le cardinal commençait à sentir la vérité de cette pensée. Pendant la première année de son épiscopat, alors qu'il ne s'occupait que des intérêts généraux de son diocèse, il avait trouvé de nombreuses sympathies et obtenu des éloges unanimes; mais, lorsqu'il avait voulu réformer les abus, ceux à qui Tancien état de choses profilait, et ils étaient nombreux, s'étaient peu à peu retirés de lui. D'abord, ils avaient accepté en silence les décisions du cardinal et avaient souffert sans murmurer ce qu'ils appelaient la violation de leurs privilèges; mais en même temps ils s'étaient introduits au sein du Parlement, dans Tadministration municipale, dans les chapitres de Saint-André et de Saint-Seurin, et ils y avaient jeté les germes d'une opposition qui devait plus tard devenir formidable. S'il est permis de tirer des inductions de quelques phrases pleines de réticences que l'on trouve éparses dans les Mémoires de Bertheaud, il ne serait pas invraisemblable que l'un des principaux instigateurs de cette conspiration fût Darnal.

Le premier acte d'opposition vint des jurats et fut amené par un fait insignifiant. Il n'était pas permis de vendanger à Bordeaux sans l'autorisation des jurats, et cette autorisation se donnait au son de la grosse cloche. Or, il arriva que les raisins des propriétés archiépiscopales se trouvèrent mûrs avant le temps; il demanda aux jurats l'autorisation de les couper, mais ces magistrats soulevèrent des objections et affectèrent de faire attendre leur décision. Le cardinal n'insista pas.

Peu après, le chapitre métropolitain se montra froissé de ce que le cardinal revendiquât un de ses droits épiscopaux. Jusqu'à l'arrivée de M«' de Sourdis, l'archevêque occupait au chœur une stalle en tout semblable à celle des chanoines. Le prince de l'Église exigea un trône élevé de trois marches, large, spacieux, et assez isolé pour

permettre rexéciition facile des cérémonies. En agissant ainsi, il usait d'un droit que lui conféraient les canons, in Ecdesia suhlimior sedeat. Ce trône fut inauguré le jour de la fête de Saint-André, et farchevêque y parut encore aux solennités de Noël. Les chanoines n'eurent pas la générosité de dissimuler leur mécontentement; ils refusèrent de quitter leurs stalles pour venir ad osculitm pacis.

L'église collégiale de Saint-Seurin possédait dans son trésor de nombreuses reliques, objet de la vénération des fidèles. Comme le faubourg où elle est située se trouvait sans défense pendant les guerres de religion, le Parlement avait ordonné quelles seraient transportées dans l'église de Saint-Remi. La paix étant rétablie, le cardinal décida qu'elles seraient rendues à Saint-Seurin. Il ordonna une procession solennelle, après laquelle il officia pontificalement; il prêcha ensuite sur le respect et la vénération dus aux reliques des aints, ces héros de la foi, parmi lesquels TÉglise de Bordeaux était heureuse et fière de compter plusieurs de ses premiers évangélisateurs.

Sur ces entrefaites, l'hiver était arrivé avec son cortège de misères et de souffrances. Pendant la longue vacance du siège, les jurats s étaient arrogé le droit de donner l'autorisation de quêter aux portes des églises; ils considéraient ce fait comme un acte de police, et se montraient très sévères à Tégard de ceux qui contrevenaient à leurs ordres. Dès que le cardinal eut connaissance de cette mesure, il protesta avec énergie. Ce fut en vain que les jurats invoquèrent un arrêt du Parlement et la longue possession : le cardinal répondit que la puissance séculière ne devait porter son bras dans la maison de Dieu que lorsqu'elle y est appelée par ceux qui sont chargés de l'administrer. En même temps, il désigna les pauvres qui auraient la permission de se tenir aux portes des églises, et défendit d'en recevoir d'autres; « le soin et le devoir des évêques est de connaître et de toucher de leur main pastorale les personnes malheureuses; aussi est-il à eux de les recommander aux charités et bienfaits des fidèles (^). »

(>) Bertheaud.

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