CHAPITRE YIII
l'encyclique quanta cura et le SYLLABUS. — SA PUBLICA- TION INTERDITE. — LETTRE AU MINISTRE. — ADHÉSION PUBLIQUE DE l'eVÊQUE. — LES INTERPRÉTATIONS DU LIBÉ- RALISME. — RECTIFICATIONS DE MGR PIE. — L'ÉLOGE FUNÈ- BRE DU GÉNÉRAL DE LA MORICIÈRE. — LES BÉATIFIÉES DU CARMEL. — LE SEIZIÈME ANNIVERSAIRE DU SACRE ÉPISCOPAL.
Lejourdela fête de l'Immaculée Conception 1864, l'homélie de Mgr Pie, dans l'église de Notre-Dame, fut toute à l'espérance des prochaines et imminentes victoires de la vérité. Isaïe avait prophétisé que la Vierge enfanterait Celui dont la mission serait de réprouver le mal et de choisir le bien : ut sciât reprobare malum et eligere bonum. Cette séparation du bien d'avec le mal, de la lumière d'avec les ténèbres, fiitle dernier mot et le dernier vœu de ce discours.
Il était déjà exaucé. Le même jour, 8 décembre, dixième anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de Marie, Pie IX publiait la célèbre Encyclique Quanta cura^ suivie des quatrevingts propositions du Syllabus. C'était l'acte doctrinal le plus considérable de ce pontificat , après la proclamation de l'Immaculée Conception et avant les définitions du Concile du Vatican.
Le Pape, dès les premiers mots, dénonçait le naturalisme comme le principe premier de ce système d'erreurs. Le Syllahus, joint à cette grande lettre, et ne faisant qu'un avec elle, était le résumé des déclarations formulées par le Saint- Père sur la doctrine, la morale et le gouvernement de l'Eglise. « La raison et la religion, la nature de Dieu et la nôtre, les droits de Dieu, les devoirs de l'homme, les rapports de l'Eglise et de l'Etat, la question de lautorité et de la Kberté, celle de la société civile et de la société conjugale, tout ce qu'on avait contesté, tout ce qu'on voulait renverser, setrouvait là, consolidé, relevé et replacé sur la base de la pierre angulaire, cette pierre de la foi que Ion avait voulu arracher des fondements de la société moderne, sans faire attention qu'en l'enlevant on ouvrait un gouffre dans lequel on allait voir s'effondrer tout ce qui portait sur elle et ne tenait que parla. »
Mgr Pie tressaillit. Tout ce qu'il avait appelé, demandé, préparé depuis le commencement de son épiscopat, tous ses avertissements, toutes ses leçons recevaient, ce jour-là, la consécration, non seulement de leur vérité, mais de leur opportunité. Le Pape rappelait les principes qui doivent présider aux relations de la société civile et de la société spirituelle ; il y notait de nouveau les fausses doctrines et les illusions du naturalisme et du libéralisme contemporain. « Ces principes étaient ceux-là même que Mgr Pie avait exposés et éclaircis ; ces illusions, celles qu'il avait réfutées par la théologie, la raison et l'expérience. Il n'avait donc pas érigé un système et une théorie personnelle en doctrine de l'Eglise, puisque l'infaillible autorité du Chef de l'Eglise parlait comme il avait parlé. Tl n'avait point signalé un péril imaginaire, puisque le pilote de la barque divine déclarait aux sociétés que là était leur écueil. Il ne s'était point trompé d'heure, puisque l'avertissement du Pasteur
suprême suivait de si près celui qu'il avait donné (1). » Lui-même se déclara heureux de cette conformité. Précédemment il avait dit à ses prêtres rassemblés : « A l'heure présente, se séparer des interprètes vivants de la doctrine, et, comme disait saint Vincent de Paul, mépriser les conduites de l'EgUse contemporaine, c'est passer à l'ennemi. » Il leur disait maintenant : « Il vous sera permis comme à moi, mes bienaimés Frères, de remercier Notre-Seig-neur de cette consécration magistrale des doctrines souvent émises dans les allocutions pastorales que vous avez entendues ici. » On lui écrivait de Rome, du sein du sacré Collège : « L'Encyclique et le St/llabiis sont le meilleur accusé de réception qu'on put faire à la dernière synodale de Poitiers. La réflexion m'en a été faite par les cardinaux. »
^lais ces fruits ne devaient mûrir que dans l'orage. Au-dessus des hymnes des uns et des doléances des autres, le gouvernement de l'Empereur fit entendre sa voix : c'était une voix de violence. Le P*" janvier 1865, parut au Monitew une circulaire du ministre de la justice et des cultes à tous les évêques de France, leur interdisant la publication de cette pièce, comme « contenant des propositions contraires aux principes sur lesquels repose la Constitution de l'Empire ».
Dès le lendemain, le ministre reçut la réponse de Mgr Pie. L'Evêque y reclamait au nom de la raison et de l'équité naturelle. « Quoi ! après avoir laissé libre carrière aux accusateurs ignorants ou passionnés de la parole pontificale, l'interdit serait jeté à ses interprètes et défenseurs ! » Il niait que l'Encyclique fût contraire aux principes d'un gouvernement qui prétend être à la fois chrétien et libéral. Il alléguait l'exemple de TAngieterre, qui, bien que constituée
'Il M. Amédée de Margerie : le carpinal riE. Revue trimestrielle.
avec une Eglise établie, n'interdit pas à l'épiscopat catholique de publier les Constitutions pontificales contraires au protestantisme. Ni l'Encyclique, ni le Syllahus ne portent les Français à désobéir au pouvoir de leur pays. Est-ce ainsi que le gouvernement entend la fameuse maxime de l'Eglise libre dans l'Etat libre? « Maparole,je lésais trop, Monsieur le ministre, ne peut avoir la prétention d'être entendue comme une parole amie et bienveillante. Cependant, ma conscience me dit que mon langage est autant celui du loyal Français que de l'Évêque catholique, et je ne prévois aucun avantage, ni pour le pays, ni pour le gouvernement et la dynastie de l'Empereur, dans les conséquences de la mesure qui fait l'objet de ma légitime et respectueuse réclamation. Aussi n'hésité-je pas à vous prier de mettre cette lettre sous les yeux de Sa Majesté, avec l'expression de mon respect. »
Le 8 janvier, dimanche de la solennité de l'Epiphanie, l'Evêque monta en chaire, et donna lui-même lecture d'un mandement sur l'Encyclique. « Nous venons, nos très chers Frères, acquitter aujourd'hui une dette impérieuse de notre charge, une obligation pressante de notre conscience. Les mille voix de la presse ont f;iit connaître qu'une Encyclique avait été adressée aux Evêques par le Souverain Pontife... Vous attendiez et vous aviez le droit d'attendre de nous, que nous vous en présenterions le texte et l'interprétation. Il n'en sera pas ainsi. Ce droit nous est enlevé. Mais un droit qu'aucune prétention humaine ne peut prétendre nous ravir, c'est de condamner tout écrivain qiu porte atteinte à la religion dans notre diocèse. En conséquence, ayant pris connaissance des assertions émises dans plusieurs journaux, notamment la France^ le Constitutionnel^ la Patrie, le Pays, les Débats^ le Siècle^ l'Opinion nationale^ au sujet de l'Encyclique, nous les censurons, réprouvons et condamnons, etc.
« De plus, nous déclarons adhérer pleinement d'esprit et de cœur à toutes les sentences et affirmations énoncées par Notre Saint-Père le Pape Pie IX, depuis le commencement de son pontificat, et nous prononçons que c'est le devoir de tous les chrétiens orthodoxes de se soumettre à ces enseignements avec une humble soumission de leur intelligence et de leur volonté.
« Enfin, comme Pasteur de l'Eglise de Poitiers, étant établi juge de la foi et de la doctrine^, nous condamnons et proscrivons, avec le Chef de l'Eglise, après lui et au même sens que lui, toutes les erreurs condamnées et proscrites par lui... »
C'était un grand acte que cette adhésion et cette condamnation. C'était de plus un exemple pour l'épiscopat. Mgr Chigi, nonce apostolique, l'écrivit le 12 à Mgr Pie, pour l'en féliciter. « Ce mandement. Monseigneur, est admirable de fermeté et de courage épiscopal. Cela ne m'étonne nullement, et je m'y attendais. Plût au bon Dieu que tous les évêques de France eussent imité le bel exemple que vous leur avez donné ! 11 faut cependant espérer que ceux des prélats qui ne se sont pas encore prononcés suivront vos traces^ que le nombre en sera grand, et que la véritable gloire de l'Eglise de France resplendira sans ombre en cette mémorable occasion »
Les journaux dénoncés par le courageux Evoque poussèrent contre lui les cris de l'énergumène sous le coup de l'exorcisme. C'était, à leur insu, un hommage à sa vaillance que des aveux tels que ceux-ci de V Opinion nationale'. « Une seule chose nous étonne, c'est que l'Évêque de Poitiers se soit laissé devancer, lui qui, prenant le pas sur Pie IX lui-même, a publié l'année dernière une Instruction pastorale sur les principales erreurs de notre temps; mais avec l'Evêque de Poitiers nous ne perdrons rien à attendre. »
C'était vrai. Le 15 janvier, en la solennité de la fête
de saint Hilaire, l'Evêque remonta en chaire pour un second Mandement sur le même sujet. Il n'y faisait appel qu'à l'arme de la prière, mais de cette prière qui, autrefois victorieuse des Holopherne et des Assuérus, pouvait encore remporter sur de nouveaux oppresseurs une nouvelle victoire. « Quand deux partis sont en présence, disait-il, le parti des hommes qui prient est assuré du triomphe final. 11 n'appartient pas à la volonté humaine de faire la loi à Dieu et de notifier un ultimatum à sa Providence. Une vieille expérience a appris à Satan que, à défaut de la liberté de la parole, le passeport forcément accordé à la prière est pour lui l'arrêt déjà signé de sa défaite. En vain la Révolution, comme le roi de l'Asie, veut être adorée seule et ne laisser debout d'autre divinité qu'elle-même, Daniel, le prophète du Très-Haut, ne répond à cette injonction qu'en priant trois fois le jour le Dieu qui le délivrera de la fosse aux lions. En vain Aman est-il furieux de voir un seul genou ne pas plier devant lui : le Pape, comme Mardochée, ne plie le genou que devant Dieu; mais cet agenouillement assure son triomphe et le salut de son peuple. »
En effet, l'Encyclique était le grand coup d'aviron destiné à dégager la société des écueils sur lesquels l'avait poussée le naturalisme de toute nuance. Mais la secousse nécessaire donnée par cette manœuvre avait effrayé un certain nombre de catholiques, qui, moins confiants dans le pilote, crurent, à cet ébranlement, que la barque allait sombrer, et se mirent en devoir d'amortir le coup et de neutraliser le mouvement.
Mgr Pie avait eu le pressentiment de ces dispositions. Déjà sa Synodale s'était posé ces questions respectueuses et anxieuses : « Chez ces catholiques sincères, et si activement secourables aux épreuves du Saint-Siège, la docilité égale-t-elle l'amour? Eux catholiques mihtants ont-ils une idée sufiîsante de
l'inhabitation continuelle de l'Esprit-Saint dans l'Eglise de Jésus-Christ, du dogme de l'assistance journalière qu elle en reçoit, et de la présence perpétuelle de Celui quia dit : Ecce vohiscum sum omnibus diehus? ». — « Ainsi, disait-il ailleurs, l'Encyclique, parce qu'elle mettait le doigt sur le mal de la société actuelle, a été attaquée et par ceux qui, ennemis déclarés de l'Eglise, lui en voulaient de porter un tel coup à leurs erreurs et à leurs mauvais desseins ; et par ceux qui, soi-disant catholiques sincères et indépendants , s'imaginaient avoir fait quelques pas dans la mission qu'ils se sont donnée de créer un cathohcisme en harmonie avec le droit nouveau et les idées modernes. »
Au sein de l'agitation qui, depuis l'acte pontifical, régnait parmi les catholiques de l'école libérale , Mgr d'Orléans, voulant, comme il le croyait, servir l'Eghse et la société, publia sa brochure : La Convention du /5 septembre et VEncyclique du 8 décembre iSGâ. Considérant les dispositions d'un siècle infirme dans la foi, et efirayé du trouble qu'allait jeter dans le pays la condamnation d'idées qu'il avait trop aimées, il chercha dans l'Encyclique des atténuations qui la rendissent acceptable aux catholiques libéraux ; et, détournant le coup qui les avait visés, il tenta de la faire retomber uniquement sur la tête du libéralisme extrême et radical. Sans dire un mot préalable de la thèse catholique, il mit son zèle et son talent à faire voir ou laisser croire que l'acte pontifical ne condamnait pas l'état social qui, légalementneutre, fait de la liberté et de l'égalité des cultes un de ses principes constitutifs, mais qu'il condamnait seulement les exe es et les abus de la liberté, c'est-à-dire la hberté absolue et illimitée, réprouvée par le bon sens aussi bien que par la foi. « Point de Dieu, point d'âme, pas de vie future, point de distinction essentielle entre le bien et le mal ; indifférent isme en matière de religion,
LA DÉFE^'SE DU SYLLAEUS. 221
liberté illimitée des cultes, liberté illimitée de la presse, considérée comme l'idéal un. versel, absolu et obligatoire de tout siècle et de toute nation » : voilà uniquement, selon ses expressions , ce qui venait d'être frappé. Sa conclusion était : « Si l'on voit dans les dernières paroles du Pape autre chose que la légitime proclamation de la vérité immuable, que la nécessaire condamnation de la liberté illimitée , cela n'est pas juste ».
Après cette brochure, le Pape avait raison de féliciter l'auteur d'avoir vengé l'Encyclique des calomnieuses interprétations des ennemis de la foi ; mais il était en droit d'exprimer ensuite « la confiance que le Pasteur en donnerait à son peuple, avec d'autant plus de soin, le sens propre et naturel », selon les expressions d'un Bref célèbre et très discuté de Pie IX.
Les panégyristes malheureux qui, dans de récentes études de la Revue des Deux-Mondes, ont comparé Mgr d'Orléans à « un général qui, sur le champ de bataille, répare les fautes de son souverain et couvre une retraite devenue nécessaire », ont fait à sa mémoire comme à celle de Pie IX une injure que 1 illustre évêque eût repoussée de toute l'énergie de son âme. 11 est vrai de dire seulement qu'ayant pris le change sur le sens total de l'EncycHque, il le fit prendre facilement à l'opinion pubhque, sur laquelle il exerçait un véritable empire. « Alors, écrit un critique, que nous aimons à citer à cause de son esprit de sage modération, plus d'une conscience ébranlée par le texte même du document pontifical fut rassurée par le commentaire épiscopal; et à leurs illusions anciennes les catholiques libéraux en ajoutèrent une nouvelle : l'illusion que TEncyclique ne les regardait pas . Peu à peu on se remit d' une alarme si chaude . Le langage de 1866 ne ditféra pas beaucoup du langage de 1863; la confusion s'était refaite. L'Encyclique
alla perdant du terrain chaque jour (1). Les ennemis triomphaient ; et leurs journaux faisaient lire des lignes comme celles-ci , de Y Indépendance belge : « Cette malheureuse Encyclique, c'est le telum imbelle sine iciii. Voici qu'avec leurs évêques, tous les pieux laïques des cinq parties du monde prétendent, en limitant le sens de cette parole brutale du Vatican, rester catholiques et garder leur petit libéralisme. C est donc le Pape et le Monde (ce journal alors remplaçait Ylnivei's supprimé par l'Empire) qui sont les vaincus du 8 décembre. »
Mgr Pie ne souffrit pas qu'on émoussât ainsi la pointe du glaive sacré. La retraite pastorale lui permit de faire à ses prêtres, le 10 juillet 1865, un entretien destiné, à rendre leur aplomb aux paroles du Pape. Il fit porter d'abord, dans le Synode diocésain, un décret d'adhésion très explicite à la condamnation des doctrines libérales. Le décret témoignait la confiance que la docilité à l'enseignement pontifical allait « faire fteurir, sous la houlette du Pape, le suprême Pasteur, la vraie concorde des esprits et l'union pacifique des cœurs ». L'Enc3'clique, « rayon de la toute pure et tout aimante vérité, était comme l'étoile qui, dans la tempête des opinions humaines, permettait d'espérer que les sociétés allaient enfin aborder au salut ».
L'Evêque en donne ensuite l'explication à ses prêtres, dans le langage de la simple et calme vérité. 11 rend d'abord hommage à ceux de ses collègues qui ont défendu cet acte contre l'impiété. « Contre ces altérations et ces falsifications des impies, écrit-il, l'Encychque a été expUquée, défendue, ramenée à sa signification vraie et native. La justification par le corps épiscopal a été unanime, savante, énergique. Si tous ne se sont pas mis au
(1) M. A. de Margeiic, Le cardinal Pie (Revue trimestrielle).
même point de vue, l'ensemble de la discussion n'en a été que plus complet, plus unanime. L'Eglise a été justement fière d'entendre la voix de ses évoques si ferme, si imposante et si acceptée de tous les vrais fidèles. »
Mais , si l'unanimité existe contre les attaques calomnieuses du dehors, il y a partage au dedans sur le sens propre de cet acte, par suite de ce qu'il appelle équitablement une méprise. Il continue donc : « Parmi les rangs des catholiques, quelques-uns se sont mépris sur la portée des explications et des rectifications épiscopales qui tendaient à réfuter les fausses interprétations de l'acte apostolique Pour obvier à des suites qu'ils redoutaient, plusieurs se sont appliqués à établir qu'après l'Encyclique il n'y a pas plus de lumière qu'auparavant, et que toutes les mêmes opinions peuvent être aussi librement soutenues. Pour leur compte, la première émotion passée, ils ont cru pouvoir revenir sur leurs pas, et reprendre des thèses qu'ils avaient d'abord, par une louable soumission , formellement abandonnées ».
Mgr Pie s'en afilige. C'est maintenant le ton ferme de la vérité et de l'autorité. Il tient à établir que « l'Acte du 8 décembre, dirigé sans doute contre les adversaires du dehors, s'adresse encore plus, s'il est possible, à ceux de la maison ». Sans doute, l'Enc}^clique condamne les erreurs du libéralisme extrême : la liberté illimitée, la séparation de l'Eglise et de l'Etat , l'indiflerentisme religieux, enfin, selon les termes de Mgr d'Orléans, « les négations les plus audacieuses de toutes les vérités qui sont la base des sociétés humaines ». Mais était-ce là le seul point de mire de rEncycUque ? Etait-ce le point en litige ? Etait-ce là ce que le Pape avait tant de fois annoncé, en menaçant de condamnationles modernes erreurs sociales ? Non ; ce qu'il vise et ce qu'il atteint, c'est le système qui fait
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de l'indifférence civile en matière de religion, de la libre et pleine égalité des cultes, avec leurs conséquences, la base d'une société qui se prétend chrétienne, le droit des peuples adultes, le progrès, le bonlieui' et l'idéal social. Tout cela, dit l'Évêque, « c'est le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école de croyants sincères, mais qui se met en cela d'accord avec la société déchristianisée de ce siècle. Voilà l'erreur capitale que le Saint-Siège a voulu signaler, pour mettre fin à des divisions domestiques, pour régler la croyance et le langage des cathohques qui s'éloignaient de la doctrine et de l'esprit de l'Eglise ».
Une autre question qu'il traite est celle de l'opportunité de cette déclaration. Il dit donc à ses prêtres : « Singulière prétention pour des chrétiens, quel que soit leur rang dans la société, que de vouloir faire la leçon au Chef de TEglise sur le choix de l'heure où il doit parler et agir ! » Aussi bien Mgr Pie affirmet-il qu'aucune autre heure n'était plus opportune et mieux choisie que celle-là. « Les sociétés, les pouvoirs, les dynasties, rien ne tient, rien ne dure depuis un siècle. De nouvelles et plus effrayables crises sont imminentes. Dans cet état de choses, le Saint-Siège proclame la vérité sur les droits de Dieu, sur les devoirs des nations et de ceux qui les régissent. Entendue, sa voix peut sauver les sociétés, les pouvoirs, les dynasties ; méprisée, elle expliquera et justifiera leur chute, leur ruine. » Voilà l'opportunité.
L'Evêque afiirme en outre que «jamais en un autre temps cette déclaration ne pouvait être plus courageuse ». C'est un fier langage que celui de ces lignes : « La grandeur de l'Acte du 8 décembre, dit-il, c'est précisément que la vérité a été dite sur les doctrines de la Révolution, en face de la Révolution toute-puissante. Et si jamais une restauration sociale se fait en Europe, ce sera la gloire de l'Eglise d'avoir posé d'avance, au milieu de la tempête et de la nuit, le pro-
gramme du gouvernement chrétien tel qu'il est encore possible sur la terre, ce programme en dehors duquel il n'y a de salut pour personne : non est in alio aliquo salus. »
Cependant à cette nouvelle effusion de la lumière correspondait^ au sein de l'Église catholique, une excitation nouvelle à l'amour de Jésus-Christ, parlaglorifi-l cation solennelle de son Cœur. La béatification de la» Vénérable Marguerite-Marie, et le deuxième centenaire de la canonisation de saint François de Sales, furent célébrés par de grandes fêtes, durant le mois de juin 1865.1 L'Evêque- de Poitiers en prêcha la clôture, dans, le monastèrede la Visitation. Le Seigneur avait annoncé par son prophète que^ J dans les derniers temps, il répandrait son esprit sur ses enfants, et qu'alors les fils et les filles de son peuple auraient des visions et prophétiseraient en Israël». Ces temps étaient venus. % Ces révélations de la vierge de Paray, transmises au • Saint-Siège, qui ensuite les sanctionne de son autorité^ rappelaient à TEvêque la scène de l'Evangile où saint Jean, le disciple aimé, penché sur la poitrine de Jésus au Cénacle, transmet à saint Pierre, l'apôtre de la doctrine, les communications intimes de son Maître. Annuit huic Simon Petrus, et dixit ei : Quis est de quo dicit? « Ainsi en est-il, mes frères, du rôle de la révélation privée dans l'Eglise. Ce que Jésus a dit à l'oreille de Jean, dans l'intimité de ses communications, Jean le dit à Pierre, et Pierre le dit au monde. Dans tous les cas, c'est Dieu, c'est Jésus, Vérité première, dont la parole sera crue du peuple chrétien ; et c'est sur l'autorité de Pierre que sera crue cette parole de Jésus, lors même qu'elle sera arrivée à Pierre par les lèvres de Jean. »
D'autres fêtes célébrées pour une autre béatification, celle du Père Canisius, dans l'église des Jésuites,
à la un du njême mois , replacèrent TEvêque de Poitiers sur le courant de ses idées touchant les choses présentes. C'est à ce grand Religieux du xvi" siècle qu'il empruntait, par exemple, les fortes lignes que voici: « ^'ouloir dicter des lois à Rome, imposer des réformes au Pape et aux cardinaux, demander ides conférences particulières et des diètes nationales «pour discuter des questions théologiques, qu'est-ce autre chose que conspirer avec les ennemis de la foi? » Surtout il plaisait à l'Evêque que Canisius n'eût pas transig-é avec le xvi^ siècle sur le devoir des gouvernements envers la religion, pas plus que lui-même n'était tenté de transiger avec le xix*" ; et il disait comme lui : « Malheur à ceux qui ne comprennent pas la nature de la charité chrétienne et la fSl'ce qu'elle communique à un bon prince! Malheur à ceux qui ignorent ce que ,peut le zèle de la maison de Dieu dans le cœur des rois • qui marchent résolument sur les traces des Constantin, des Théodose, des Cliarlemagne, des Henri et de tant d'autres héros sacrés ! »
11 n'était pas besoin d'aller chercher si loin ni si haut dans le passé, des héros de la cause de Dieu. L'ordre militaire en fournissait comme l'ordre religieux .
Parmi ceux de notre époque, aucun n'était monté plus haut dans l'admiration du monde catholique que le général de La Moricière, le vainqueur de Cons tantine et le vaincu de Castelfidardo. Il mourut subitement le 11 septembre de cette année 1865, à Prouzel, dans le diocèse d'Amiens. Dès le lendemain Mgr Boudinet, évéqiie de cette ville, le faisait savoir, avec de touchants détails, à Mgr de Poitiers, au nom de M"'® de La Moricière et de ses filles, en jetant à la fin de sa lettre cette vive expression de leur désir et du sien : « Quelle oraison funèbre vous aurez à faire, Monseigneur! » En effet, le 16 seotem" re, une lettre pressante de l'évêque d'Angers,
Mgr Angebault, le suppliait, en son nom et au nom de la noble veuve, « de payer la dette de l'Eglise et celle du Saint-Père envers l'illustre défunt » en prononçant son éloge dans l'église du Louroux, au diocèse d'Angers, où le général avait son habitation.
M. le député Keller, l'ami et le futur historien du héros, joignit ses instances à celles de la famille. Mgr Pie accepta.
C'est alors que M"** de La Moricière, en lui exprimant sa vive reconnaissance, lui communiqua une lettre où levêque de Nantes l'informait que, cédant aux vœux de la Bretagne entière dont le général était la gloire, il avait résolu de faire célébrer pour lui le 9 octobre, dans sa cathédrale, un service solennel; qu'un éloge funèbre y serait prononcé, et que Mgr d'Orléans en serait l'orateur. Quant à Mgr Pie, il parlerait ensuite au Louroux ; et « ce sera un beau spectacle,, disait-il, de voir les deux évêques qui ont fait l'oraison funèbre des victimes de Castelfidardo faire aussi celle de leur général ». Mgr d'Orléans « n'y mettait qu'une condition, c'est que la famille de M. de La Moricière lui fît savoir, par écrit, qu'elle s'unissait à ce vœu ». L'écrit fut obtenu, et aussitôt publié.
l'Evêque de Poitiers fut dans cette circonstance d'une abnégation simple et digne . Considérant, par-dessus tout, comme il l'expliquait à M. Keller, que parler après Mgr d'Orléans pour dire la même chose serait inutile, et que parler pour donner une autre couleur aux sentiments et à la vie du général serait inconvenant, il recula à la pensée de produire devant le public l'apparence d'un antagonisme dans l'épiscopat. « Un tel procédé ne m'irait pas, répondit-il. Et puisque la Providence, par une situation contre laquelle M'"^ de La Moricière ne peut désormais rien, a livré la chose à Mgr l'Evêque d'Orléans, j'y dois voir un signal de désistement venu d'en haut. »
N'ayant plus dès lors qu'à se dégager auprès de l'évêque d'Angers, il le fit dans des termes remplis de sa déférence pour son illustre émule, et de l'oubli de lui-même. « Monseigneur, écrivit-il, tandis que, sur votre invitation et celle de M'°" de La Moricière, je me mettais à votre disposition, une autre invitation a été faite, et de plus elle est acceptée. Je trouve cela très bon. Je me réjouis de l'éclat que donnera à la solennité une parole comme celle de Mgr d'Orléans retentissant dans la cathédrale même de Nantes. Outre la supériorité de son talent et de sa renommée, il aura le mérite de parler à l'heure où les âmes seront encore plus ouvertes à l'émotion. Mais cela étant, n'apercevez -vous pas plus d'un inconvénient à ce que l'Évêque de Poitiers recommence, quatre semaines après, ce que Mgr d'Orléans aura si bien fait? N'y aura-t-il pas là matière à plus d'une interprétation qui doit être évitée '? Je viens donc vous demander, ainsi qu'à M™^ de La Moricière, de vouloir bien me dégager de ma parole donnée. J'espère que l'un et l'autre vous me connaissez assez pour ne pas vous méprendre sur les sentiments qui me guident. »
Nous avons hâte de dire que Mgr Dupanloup voulut se mettre en règle avec un collègue d'une délicatesse si rare. Il lui écrivit, à la date du 28, son regret de ce refus, sa prière de n'y point persister, sa crainte enfin que lui-même alors indisposé ne restât au-dessous de cette tâche : « Ne refusez donc pas. Je ne me croirais obligé à tenir ma promesse que si vous persistiez dans votre refus ». L'Évêque de Poitiers répondit le même jour : « Monseigneur, il n'est point possible que vous reveniez sur votre promesse faite à Mgr de Nantes, et que le public soit privé de votre discours, qui lui est annoncé, et que personne ne lira avec plus d'intérêt que moi. » Il terminait ainsi : « Il ne faut pas que
les petits incidents arrêtent les grandes choses. Vous parlerez donc, Monseigneur ».
Peu de jours après, Mgr Pie lisait le discours de Nantes, et, dans une de ses lettres, layant apprécié justement, il ajoutait : « En somme, après cela, l'œuvre n'eût guère été faisable pour personne, et pour moi moins que pour tout autre ».
Mais, dans cette œuvre brillante, il y avait une lacune. Ce que l'orateur n'avait pas dit, c'est que ce libéral de 1830 et de 1848, ce saint-simonien devenu chrétien, avait été finalement catholique jusqu'au bout, catholique jusqu'au Syllahus^ inclusivement et explicitement. C'était parla que cette conquête avait échappé au camp du libéralisme ; c'était ce qu'il fallait faire voir, pour lexemple du monde, et pour la plus grande gloire de ce vrai fils de l'Eglise. M. Keller, qui venait d'écrire sur l'Encyclique un ouvrage dont les doctrines avaient été fort applaudies du général, avait beaucoup insisté, auprès de Mgr Pie, pour « qu'il y eût sur ce sujet une parole autorisée, établissant clairement la vérité, et rendant au défenseur du Saint-Siège l'hommage qu'il avait réellement mérité ».
L'Evêque ne refusa pas à l'intérêt de la doctrine ce qu'il avait refusé à celui de l'amitié ; mais à la condition que, selon sa règle ordinaire, il parlerait chez lui et pour l'instruction de son peuple.
Ayant indiqué un service funèbre dans sa cathédrale, pour le 5 décembre, il monta en chaire. 11 ne venait point refaire l'éloge du général, il voulait seulement, dit-il, ajouter un post-scriptum au « récit d'une existence désormais rendue populaire par tant de beaux écrits et de panégyriques célèbres ». La Moricière n'a pas été seulement un grand chrétien, mais un chrétien complet. Sa foi n'a pas été seulement une foi active et militante, mais une foi docile et éclairée, une foi absolue, entière. Puis, rendant noblement
hommage à la parole de l'orateur de Nantes : « Les grands maîtres dans l'art déparier et d'écrire, dit- il, ayant traité toutes les autres parties du sujet, ma tâche unique sera d'éclairer d\m nouveau jour la dernière page de cette belle vie. »
11 fit ainsi. La Moriciêre, frappé de la stérilité des oeuvres de son siècle, avait appelé au secours les principes sociaux de l'Eglise ; et quand l'Église avait posé les lois des sociétés dans l'Encjxlique Quanta ciu^a et le SyUabus^ cet esprit avait tressailli d'allégresse. Là était son grand acte de foi catholique romaine. « Il serait par trop stérile, disait l'Evêque, de consacrer son épée, sa parole et sa plume à la défense de la cause temporelle de la Papauté, si, en abandonnant les principes du droit public chrétien, on enlevait à cette souveraineté son unique moyen comme sa principale raison d'être et de durée » .Ce que La Moriciêre avait trouvé dans la déclaration pontificale, c'était « la vraie vérité ». Il l'avait proclamée «souverainement efficace, bienfaisante, opportune ». Enfin, en même temps que son esprit montait dans la lumière, son cœur, comme le prouvaient ses paroles et ses lettres, son cœur aussi avait monté dans. la grâce et l'amour, et l'Evêque montrait ce cœur de soldat tout détrempé de charité et de piété, durant ses années chrétiennes.
Mais qui reprendra en main la cause défendue par le soldat de Dieu? C'est la question finale. « Au point où Dieu a permis que fussent amenées les choses, j'ose dire aujourd'hui que le sauveur de la Papauté, le restaurateur de la chrétienté, ce ne sera pas un homme, ce sera un peuple. » L'Evêque adjure donc la France de se donner à Dieu ; et il lui fait entendre la parole ^u chemin de Damas : Ego sum Jésus quem tu persequerns. Il la rappelle à Ihonneur de sa mission apostolique, car elle est, elle aussi, un vase d'élection ; elle aussi est prédestinée à porter le nom
de Jésus à tous les peuples et à tous les rois de la terre.
Ce petit discours additionnel donna aux catholiques une grande plénitude de satisfaction : « Quand vous venez après nous, vous nous devancez encore », lui écrivit spirituellement Mgr Angebault, qui venait de faire à Angers un discours semblable. Enfin Dom Guéranger se félicita d'avoir été de ceux qui l'avaient excité à prononcer ces quelques paroles : « Le Diicet quo iu non vis vous a réussi comme à saint Pierre, lui disait-il, et je ne voudrais pas pour beaucoup ne vous avoir pas tourmenté ».
L'éloge du défenseur des Etats pontificaux n'était pas de nature à détourner les regards de Mgr Pie de l'Italie catholique. Il saluait en elle la terre des saints comme des héros. Le 16 novembre de cette même année 1865, il fut appelé à glorifier, dans l'église du Carmel, trois nouvelles béatifiées de rOrdre de Sainte-Thérèse. L'une d'elles était Française : c'était cette bienheureuse Françoise d'Amboise, née à Thouars, dans son propre diocèse, où peu après l'Évêque inaugurait son culte dans une autre grande fête. Les deux autres étaient des enfants de l'Italie. La bienheureuse Marie des Anges était une Piémontaise, très vénérée jadis de la Maison de Savoie. Mais le Piémont c'est aujourd'hui le condottiere delà Révolution. Qu'elle intercède donc pour ce grand coupable ! « Ah ! Bienheureuse Mai'ie, lui disait l'orateur dans son hardi langage, jetez aujourd'hui les yeux sur cette cité de Turin devenue un sujet d'etFroi et de dégoût. Turin, naguère encore l'édification du monde chrétien par ta foi, par ta piété envers l'auguste Sacrement des autels, maintenant l'épouvante et le scandale de la terre, par tant de mauvaises paroles dites dans ton enceinte, par tant de projets sacrilèges, d'abominables complots tramés dans tes murailles ! ah ! qui donc te lavera jamaisde tes
hontes et de tes souillures ? Tout à l'heure nous demandions grâce pour les victin^es; mais les bourreaux sont plus à plaindre. Intercédez, ô fille de Piémont, pour les descendants ingrats et dégénérés de cette dynastie de Savoie qid a elle-même donné des Saints à nos autels.» Toute cette page est de la même vigueur, et la voix de l'Évêque ne se radoucissait qu'en faveur de ceux qui, « dans cette royale Maison, n'avaient pas abjuré l'amour de l'Église, et dont les prières, partant de cœurs purs et fidèles, pouvaient encore éveiller le remords dans les âmes coupables » .
L'autre Bienheureuse, Archangela Girlani, avait passé sa vie principalement à Parme. Or Parme venait de perdre sa souveraine, expirée le P*" février 1863. Depuis la visite qu'elle avait reçue de Mgr Pie, en 1856, chassée de Paris, réfugiée en Suisse, puis à Vienne, elle n'avait cessé d'entretenir avec lui, par elle ou par ses enfants, une correspondance d'une grandeur à la fois royale et chrétienne. Par exemple, parlant d'une croix que l'Evêque avait reçue de Mgr le comte de Chambord, à son retour des Lieux saints, les princesses lui écrivaient : « Votre croix à vous. Monseigneur, est bien celle des croisades, celle de Jérusalem, puisque c'est sur la brèche où vous défendez la cause du Vicaire de Jésus-Christ que vous l'avez trouvée. Et combien tout cela nous encourage, nous autres fidèles, de vous la voir porter si haut et avec une si glorieuse persévérance! » Comment un cœur comme celui de Mgr de Poitiers n'aurait-il pas gardé à cette femme illustre et infortunée un souvenir fidèle? Instruit, jour par jour, de la maladie de la duchesse, parles Filles de la Croix installées à son chevet, puis informé, par le saint M. l'abbé Trébuquet, de sa précieuse mort, il avait fait célébrer, le 5 février, un service funèbre pour le repos de cette grande âme, au monastère royal de Sainte- Croix. Il n'attendait qu'une occasion pour la louer pu-
bliquement. La Bienheureuse Archangela, en le ramenant à Parme, lui fournit ce discours : « Cette ville où s'est écoulée la plus grande partie de votre vie claustrale, ô Bienheureuse Archangèle, la voici dans l'infortune et dans le deuil. Dieu avait pris une fille de France, et la lui avait donnée pour duchesse et pour régente. Louise de Bourbon était la plus noble entre les têtes couronnées de ce siècle. Tous les dons se réunissaient en elle : noblesse du caractère, élévation de l'intelligence, bonté du cœur, distinction de l'esprit, charme de la parole. Aux qualités de la souveraine, elle joignait le recueillement de la fille du cloître. Elle était l'idole des gens de bien, la mère de ses sujets, la consolation et la gloire de sa race, l'admiration du monde. Or, les cohortes impies l'ont bannie de ses États ; puis la mort est venue étendre sur elle sa main glacée. Et maintenant, des orphelins , des orphelines gémissent dans l'exil. Ah ! à ces nobles âmes, à ces jeunes cœurs, dignes rejetons de ce que notre temps a produit de plus parfait, venez, ô ange tutélaire de la cité parmesane, et portez-leur l'espérance et la joie. Pour ces jeunes existences, justifiez votre nom, soyez la messagère des bonnes, des grandes annonces : Beata Archangela^ or a pro nobis. »
Sur ces entrefaites, Mgr Pie solennisa le seizième anniversaire de sa consécration épiscopale , le 25 novembre 1865. 11 s'excusa devant ses prêtres de les réunir pour célébrer une fête, en des jours où, disait-il, « des paroles de menace, des paroles d'insulie et de mépris sont proférées journellement contre notre père, le Pasteur universel des âmes, contre notre mère, la sainte Eglise de Rome ». Il s'éleva contre « certains discours abominables dont l'écho retentissait encore à ses oreilles ». C'étaient les blasphèmes délirants des étudiants anarchistes du Congrès de Liège. En conséquence, il demanda à son clergé trois choses qu'il
appelait le triple besoin de l'heure actuelle, à savoir la prière, la confiance et l'union. A la fin, remarquant que la seizième année était, chez les Romains, celle en laquelle l'adolescent prenait la robe virile, il s'encouragea lui-même, en cette seizième année de son épiscopat, à devenir encore plus homme par la plénitude delà vie sacerdotale : « Exioecia Dominum^ virilite?^ âge et confo7^teh(r cor tidim. Sache attendre le jour et l'heure du Seigneur ; jusque-là agis virilement et que ton cœur soit plein de force. »
Il n'y avait pas manqué. Après la science et la sagesse du docteur, il avait fait éclater la force du soldat.Maintenant ce sont d'autres vertus, celles du pasteur des âmes, qui vont nous apparaître dans le table au que nous allons faire de ses œuvres et de sa vie, durant cette autre phase de son épiscopat.