‹ Histoire du Cardinal Pie, évêque de PoitiersChapitre 13 sur 45 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PROJET D UN CONCILE OECUMENIQUE. — REPONSES DE MGR PIE. — VOYAGE A ROME. — CONFÉRENCES SECRÈTES. — LA GUERRE AUSTRO-PRUSSIENNE. — MANDEMENT POUR LE PAPE ET ROME. — AUTRE VOYAGE A ROME. — LE XVIII'= CENTENAIRE DE SAINT PIERRE. — l'annonce DU CONCILE. — EXPLICATIONS AU CLERGÉ. — MENTANA. — BERNARD DE QUATREBARBES. — LF JAMAIS DE LA FRANCE. — M. THIERS. — VISITE A L'EMPEREUR.

Nous sommes dans l'année 1864. Le 6 décembre, le Souverain Pontife Pie IX, présidant la Sacrée Congrégation des Rites, avait fait éloigner pour quelques moments les officiers de service, afin de s'entretenir avec les seuls cardinaux d'une alFaire importante. Depuis longtemps il pensait que la convocation d'un concile général serait, dans les temps présents, un immense bienfait pour la chrétienté. 11 leur communiqua son projet à cet égard : chacun d'eux aurait ensuite à lui donner son sentiment par écrit, le tout sous le sceau du secret.

Les conseillers, au bout de deux mois, donnèrent leurs notes motivées. Elles étaient presque toutes favorables à l'entreprise. Le Saint-Père attendit aux premiers jours de mars 1865 pour nommer une com-

mission chargée d'examiner et de préparer l'affaire. Elle était composée des cardinaux Patrizi, de Revsach^ Panebianco, Bizzarri et Caterini, qui ouvrirent leurs réunions, le 9 mars, chez le Cardinal Vicaire. Presque en même temps le Pape donna l'ordre qu'une lettre fût adressée en son nom à un certain nombre d'évêques choisis dans toutes les parties de la cathohcité, pour avoir leurs pensées sur ce grave objet. Trente-six seulement eurent l'honneur d'être ainsi consultés. Mgr Pie fut du nombre. La lettre à lui adressée parle cardinal Caterini est du 20 avril. Elle lui demandait ainsi qu'à l'élite de Tépiscopat, cum nonnullis aliis selectis e][jiscopis^ et toujours en secret, de lui faire connaître ce qu'il estimait devoir être soumis au Concile, relativement aux erreurs de son pays, aux abus du temps présent et aux besoins des peuples. «C'était, lui disait-on, à sa science, à sa probité, à sa sagesse, que le Pape faisait appel dans cette très grave circonstance. »

Mgr Pie n'était pas pris au dépourvu. Ce zélé promoteur des conciles provinciaux et des assemblées sjaiodales avait depuis longtemps des vues plus vastes encore. Depuis bientôt vingt ans, le désir d'un Concile général s'était fait jour plusieurs fois dans sa correspondance. Il répondit au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation du Concile, en lui faisant savoir, par unelettre latine, « combien il admirait l'inspiration de Dieu dans cette initiative du Souverain Pontife. L'honneur d'en dire sa pensée lui était d'un prix extrême ; et il allait envoyer les réponses demandées ».

Les matières que sa réponse propose de mettreau programme de la grande assemblée embrassent une vaste synthèse. C'est, dans l'ordredogmatique, l'exposition de la doctrine cathohque sur Dieu, Jésus- Christ, la grâce, le surnaturel, l'Eglise. C'est, dans l'ordre moral, des décrets relatifs au mariage, au

repos du dimanche, à la spéculation financière, au luxe. C'est, dans l'ordre disciplinaire, la sanctification du clergé par les retraites, les synodes diocésains, les conciles provinciaux célébrés tous les cinq ans, les règles de l'abstinence, les règles de l'Index. C'est enfin, quant aux rapports de l'Eglise et de l'Etat, l'affirmation de l'indépendance et de l'autonomie de l'autorité ecclésiastique, la revendication de la juridiction totale de TEglise, de son droit d'enseigner, de son droit de posséder, de son immunité; le principe d'un christianisme d'Etat, le devoir des princes envers l'Eglise, la puissance temporelle du Pape, etc.

On remarquera que la question de l'infaillibilité pontificale n'entre point, à titre spécial, dans ce premier programme de Mgr Pie. Elle prendra son rang logiquement dans les questions relatives à l'Eglise, s'il y a lieu. Et si elle anticipe sur cet ordre logique, c'est qu'elle devra surgir, comme une nécessité, de l'opposition même à sa définition, ainsi que nous le verrons.

L'attention de l'Évêque se porta finalement sur un autre et grave objet: la nomination desEvêques. Ses lettres d'alors sont remplies de l'inquiétude que lui donnaient à cet égard les dispositions du gouvernement ; et, quoi que Rome pût faire et eût fait à rencontre, il ne se cachait pas du péril qu'elles faisaient courir à TEglise de France. Il répond en conséquence : « Sans infirmer positivement la teneur des concordats existants, le Concile devra demander que des règles d'information canoniques très sérieuses soient établies, et que le Saint-Siège soit juge irrécusable de la dignité et de l'aptitude des candidats, de telle sorte que les gouvernements ne puissent se croire le droit de faire arriver à la tête des diocèses des hommes dont le principal titre à cette faveur serait de n'être que peu ou point sympathiques aux gens de bien et aux vrais catholiques. >^

Cependant, vers le milieu de juin, le projet d'une grande assemblée de l'Eglise commençait à s'ébruiter. On savait qu'au 29 juin 1867 , dixhuitième anniversaire du martyre de saint Pierre, le Pape voulait convoquer les évêques à Rome pour une réunion dont on attendait de grandes .choses. « 11 nous faudra plus d'un orateur, écrivait un membre du Sacré-Collège à Mgr de Poitiers; et j'espère qu'il restera assez de santé et de force à notre Hilaire pour qu'il soit entendu, sinon au Colisée, du moins dans les basiliques romaines. »

Mais, avant cette réunion, voulant prendre le mot d'ordre où Jésus-Christ Ta mis, Mgr Pie estima qu'un premier voyage à Rome était nécessaire. Aussi bien Pie XI avait-il témoigné le désir de le voir. Il préluda à son départ en faisant son mandement pour le Carême de cette année 1865 sur le Denier de Saint-Pierre. C'est unetrès grande pièce, où il examine les conditions successives de la subsistance temporelle de l'Eglise dans les âgespassés et dans le temps présent. «Non, disaitil en finissant, nous n'aurons pas la honte et le malheur d'avoir délaissé notre Père dans ses angoisses. L'Esprit-Saint a dit: Quàm malœ famœ est qui derelinquit i^atrem : Que celui-là est tristement famé qui abandonne son père ! Nous ne voudrons point mériter cette triste note ; et notre génération rendra de sa main droite au Vicaire de Jésus-Christ ce que sa main gauche lui a sacrilègement soustrait. »

Mgr de Moulins, alors à Rome, pressait l'arrivée de son ami : « On sait ici votre prochaine arrivée, on vous y attend à cœur ouvert, et peu s'en faut qu'on ne m'ait grondé d'avoir pris la liberté de vous devancer. » Cette instance était du 29 avril. Le 9 mai, Mgr Pie partit de Poitiers, en commençant par aller prendre, comme toujours, la bénédiction de Notre- Dame-la-Grande. Des bruits de guerre entre la Prusse

et l'Autriche rendaient cette heure pleine d'inquiétude. L'ItaUe s'agitait et s'armait, à Tombre de la protection prussienne, pour la revendication delà Vénétie. Embarqué à Marseille sur le Pauùlijjpe, Mgr Pie eut à peine fait escale à Livourne, que l'image d'une guerre prochaine se présenta à ses yeux. C étaient, sur tout le littoral , des bandes de recrues. « L'aspect n'en est guère satisfaisant, écrivait-il; ce n'est pas une armée, c'est un troupeau ; et si, comme le journal la France le déclare, lltalie doit être laissée à elle-même dans son agression contre l'Autriche, il semble que tout ce personnel patriote ne doive guère tenir contre des troupes exercées. Du reste, une partie de ces volontaires ne demande qu'un échec ou tout autre prétexte pour se débander. Les honnêtes gens du pays taxent de folie tout ce qui se prépare, et tous croient à des dénouements honteux, hélas ! et à une révolution sanglante ».

Reçu à la gare de Rome par Mgr de Moulins, Mgr Pie prit son séjour kSan Carlo in Catenari^ auprès de deux vénérables Sulpiciens, MM. Faillon et de Champgrand. Il avait emmené, pour l'accompagner, un digne prêtre chartrain , M. Brou, fils de son ancien maître, qu'à peine évêque il avait fait chanoine honoraire de Poitiers. Tout genre de reconnaissance était assuré de trouver sa place dans ce cœur fidèle.

Ce voyage devait être court. L'Evêque avait écrit : « Je n'emploierai ces deux ou trois semaines qu'en affaires, sans rien accorder à la curiosité ». La seule curiosité qu'il s'accorda fut la visite des lieux qui l'avaient le plus ému en 1856 : les Catacombes, Saint- Grégoire-le-Grand au mont Cœlius, le couvent de Sainte-Sabine, où il avait fait jadis une retraite spirituelle ; les nouvelles fouilles du Palatin ; Saint -Clément, dont on exhumait alors la si curieuse éghse du

IV® siècle; Sainte-Croix de Jérusalem^ dont il voulut vénérer les reliques insignes. On retrouve toute son âme dans les lignes suivantes : « Là mon impression a été plus vive encore que la première fois, en lisant d'une façon si nette le mot REX, écrit sur ce bois de la Croix par l'ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit était bien écrit et restera écrit : Quod scripsi, scripsi. Le Roi Jésus, dans la personne de ses vicaires-rois, a survécu à tous les empereurs et à toutes les puissances qui ont voulu effacer son titre de Roi. »

Il visita le roi et la reine de Naples, vit l'ambassadeur, M. de Sartiges, et quelques personnages français de distinction ; mais, hors de là, ses relations furent exclusivement ecclésiastiques. Surtout les cardinaux de la commission du futur Concile eurent avec lui de fréquents et longs entretiens. Mais, sur ce sujet, ses lettres sont absolument muettes : le secret était de rigueur. Seulement, des phrases comme celles-ci laissent deviner les choses qu'elles ne disent pas : « Le soir, vers huit heures, après ma collation, Mgr le Secrétaire de la Congrégation du Concile est venu reprendre avec moi une conversation qui s'était déjà beaucoup prolongée le matin. Dans ces deux séances, ont été traitées assez à fond les questions qu'il nvimportait le plus de vider ; et nous avons établi des points qui, étant données certaines éventualités, auront été utilement concertés d'avance. »

Le même secret recouvre, pour les mêmes raisons, les trois audiences fort prolongées que le Pape lui donna le 22 mai, le 15 juin et le 5 juillet. « Je sors de chez le Pape, ma bien chère Mère, dit une de ses lettres ; il m"a parlé de choses se rattachant à des questions trop exclusivement ecclésiastiques pour que cela vous intéresse. 11 m'a dit : Vous resterez jusqu'à la Saint- Pierre. » Mgr Pie obéit.

A part cette réserve discrête commandée par le devoir, les lettres de l'Évêque à sa mère sont d'un abandon et d'une tendresse filiale qui rappellent l'ancien petit enfant de Pontgouin. Ce sont des détails minutieux sur sa vie personnelle à Rome, puis des questions infinies sur l'ordinaire de la vie de cette mère vénérée, sa santé, son ménage, son milieu, ses œuvres ; ce sont enfin des regrets renouvelés d'être si éloigné d'elle, et des vœux ardents de la revoir au plus tôt. Avec les autres l'Evêque est grand, avec sa mère il se fait petit ; mais c'est encore une grandeur que celle-là.

A Rome, Pie IX avait toute son admiration. « Tous ceux qui approchent ce bon Pape s'en retirent embaumés, écrivait-ille 7 juin. Des gens qui ont fait la traversée avec moi, et à qui j'ai procuré l'audience pontificale, m'en témoignent une gratitude sans bornes. »

Par-dessus tout, Mgr Pie se donnait à Jésus-Christ, rendu plus sensible à l'amour comme à la foi, à ce foyer de son Eglise. Une lettre de lui nous révèle l'impression de piété pénétrante qu'il reçut, dans la. Basilique de Saint-Pierre, après la procession du Corpus ChîHsti, au dernier jour de l'Octave du Très- Saint- Sacrement. « Après la cérémonie finie, écrit-il, etles Compiles chantées par le Chapitre de Saint-Pierre, quand tout le monde se fut écoulé, j'ai voulu rester jusqu'au bout, et voir reporter sans pompe le Saint - Sacrement du grand autel de la Confession à l'autel de la Réserve. Il n'y avait qu'un prêtre, un clerc tenant l'ombellino, deux enfants de chœur avec des torches, cinq ou six bonnes âmes, Mgr de Mouhns et moi avec nos Messieurs et Mgr de Mérode, qui suivions le bon Dieu rentrant dans ce que j'appellerai ses appartements privés. Ce silence de la solitude, cette modestied'appareil, là où se déployaient tout à l'heure les pompes les plus magnifiques au milieu d'une foule immense,.

cela m'impressionna très profondément. Il était bientôt huit heures du soir : jamais je n'avais vu l'église de Saint-Pierre si belle, si grande, si recueillie. Ce sont là des quarts d'heure dont on se souvient toute la vie, des fins du jour qu'on aimera à se rappeler à la fin de cette journée qui doit nous introduire dans le grand temple de l'Eternité. »

Celui qui aimait ainsi la solitude avec Dieu était alors, plus que jamais, recherché dans le monde. Il était manifeste que, depuis son dernier voyage à Rome, sa position avait grandi dans cette ville, où on lui présageait de hautes destinées. Parlant des réceptions d'un nouveau cardinal, il écrivait à sa mère : « Bien entendu que, dans cette soirée, chacun m'adressait des prédictions de dignité future. Le spectacle que j'avais sous les yeux me rendait le compliment assez maussade et la perspective peu riante. Je ne souhaite, ma chère Mère, ni à vous ni à moi, que cette prophétie s'accomplisse. Elle s'achète, ici, au prix de huit ou dix jours d'accablement. Soyons donc reconnaissants à l' Empereur, qui donnera longtemps encore ses faveurs à d'autres. »

On ne s'entretenait partout que d'une guerre prochaine. Le 13 juin, Mgr Pie écrivait encore, à la suite d'une page sur la politique de l'Autriche : « On regarde donc chaque matin avec curiosité de quel côté va partir l'étincelle qui allumera l'incendie ; et l'on persiste à croire que la tranquillité se prolongera plus à Rome qu'ailleurs. »

Quatre jours après, 17, le roi Guillaume de Prusse faisait à l'Autriche une déclaration de guerre, à laquelle tout aussitôt s'associait le roi Victor-Emmanuel. Ce jour-là même, Mgr Pie^ accompagné parle commandant Athanase de Charette, s'était rendu à Velletri, où étaient réunis environ sept cents zouaves auxquels il adressa, dans la cathédrale, un dis-

cours qui empruntait un nouvel intérêt • à ces événements. A ces défenseurs du Pape il expliqua cette parole tirée du livre des Proverbes : « Celui qui est le gardien de son Maître sera giorifié. — Jésus a dit à Pierre qu'il serait preneur d'hommes. Vous êtes pris par Pierre dans les filets du dévouement, et vous êtes venus vous otfrir au Pêcheur apostolique pour un service qui va jusqu'au don de la vie. Tenez- vous bien, Messieurs : vous êtes les gardiens delà plus sainte des causes, et vous devez avoir à cœur de la servir saintement. Dans la cérémonie de l'armure d'un chevalier, le Pontifical romain a des paroles admirables pour lui rappeler qu'il est le soldat de Jésus-Christ, et comment il doit l'être : ces paroles, méditez-les... Il vous faudra du courage, à vous si jeunes encore, pour vaincre le Philistin modei-ne. C'est le géant Goliath, mais il fut tué par David, et David alors était presque un enfant. L'heure présente estpleine d'angoisses ; mais souvenezvous de la parole du commencement du Symbole et de la parole de la fin. La première est : Je crois, et la à^vnière : J' attends : Credo et Expecto. Ayez foi, et sachez attendre. Votre heure viendra. »

Quel contraste lui présentaient ces joiu's et ces contrées ! Dans ses lettres à sa mère, lÉvêque décrivait cette campagne romaine qu'il venait de traverser : froment, figuiers, vignes, oliviers, herbages, lui avaient offert partout l'image de l'abondance et de la joie. En ce même dimanche, il avait vu des troupes de moissonneurs à genoux , entendant la messe, dès deux heures du matin, autour d'un autel rustique porté sur des chariots. Le soir, quand il rentrait, c'était pour un grand dîner chez le baron de Hûbner, ambassadeur d'Autriche, et là tous les esprits, tous les entretiens étaient à la politique, aux armements, à la guerre. On se redisait les hostilités commencées, les villes évacuées, les marches victorieuses de la

Prusse sur LeipsigetDresde, l'imminence d'unegrande bataille ; et, au sein de ce tumulte des esprits et des armes, on admirait le Pape tranquille et confiant entre la terre et \e ciel.

Le 24 juin, l'Évêque alla exhorter une milice d'un autre genre à un autre combat. Invité à célébrer et à prêcher au Séminaire français, en cette fête de saint Jean-Baptiste, il prit pour texte les paroles du Cantique de Zacharie sur le Précurseur: « Et tu^ jnier^ propheta AHissimi vocabet^is^ Et toi, tu seras appelé le prophète du Très-Haut. » Il rapprocha de ce Cantique les paroles du même chapitre où il est dit que « l'Enfant croissait, et que son esprit se fortifiait, et quil était dans la solitude jusqu'au jour de sa manifestation en Israël ». Toute l'instruction sortit de là. L'Évêque félicita ces jeunes clercs de deux choses : en premier lieu, du courage qu'ils avaient eu d'embrasser le sacerdoce dans un temps dont le caractère distinctif était d'être contraire au prêtre : Populus tuus sicut hi qui contradicunt sacerdoti j et, en second lieu, du bonheur qu'ils avaient de faire leur Séminaire, à Rome, dans la citadelle bâtie sur le roc apostolique, in ipsa aposiolicœ peirœ arce fundati, comme s'exprime saint Léon.

Mgr de Poitiers se montra charmé de toute cette jeunesse ecclésiastique. « C'est une excellente maison, disait sa lettre du lendemain, et où l'esprit à la fois romain et français prépare de bons sujets pour l'enseignement des séminaires. »

La fête de saint Pierre, survenant au sein de l'embrasement de l'Europe, avait pour Mgr Pie une particulière signification. Dans une lettre à sa mère, après avoir décrit les solennités romaines de ce centenaire, il ajoute : « Le vendredi, après la messe solennelle, le Pape, sur la sedia, au milieu de Saint -Pierre, a renouvelé son excommunication contre le roi de

Sardaigne et consorts, exprimant le vœu qu'ils fussent ramenés à résipiscence, instruits qu'ils seraient non plus seulement par la voix des représentants de Dieu sur la terre, mais parla voix de son tonnerre qui a éclaté en ces derniers temps. Le caractère nominal de cette excommunication, ratifiée, a dit le Pape, par l'assentiment de tous les évêques du monde catholique, l'allusion aux défaites dont la nouvelle venait d'arriver, ont naturellement donné une grande autorité à la parole du Saint-Père, et profondément ému tous ceux de l'assistance qui comprenaient le latin. •>>

Sa lettre décrivait aussi l'attitude de ce peuple romain, pacifique et heureux au sein de la conflagration de l'Allemagne ; cette ville en fête, ces trente mille personnes battant des mains et criant : Vive le Saint- Père ! ces illuminations et ces feux d'artifice de la place du peuple : « Ces innocentes détonations et ces charmants effets de lumière, écrivait-il, font avec le bronze des batailles et le feu meurtrier des combats un singulier contraste ! »

Parti de Rome le 5 juillet, Mgr Pie était le 11 à Paris, où une de ses premières visites fut pour l'archevêque, Mgr Darboj. « Sa Grandeur, écrivait-il, a une foi admirable dans les vues de haute sagesse de l'Empereur. L'intérêt seul empêcherait l'Empereur de permettre ceci ou cela, etc. Je me suis permis de lui dire que, depuis douze ans, rien n'avait pu empêcher l'Empereur de faire finalement ce que voulait la Révolution, particulièrement ce que voulaient les conspirateurs italiens ; et qu'il me paraissait qu'à l'heure présente il en était encore de même. Il regarde cela comme une exagération : c'est l'optimisme suprême. »

Rappelons, pour mémoire, qu'en sortant de l'archevêché, Mgr Pie s'en fut à la maison-mère des Dames du Sacré-Cœur, pour une mission qu'il lui fut consolant de remplir. Le Saint-Père l'avait chargé de

faire savoir à la Supérieure générale son désir que la digne fille du comte de Montalembert, religieuse à Contlans, fût exceptionnellement autorisée à aller de temps en temps voir son père, pendant la maladie qui devait l'emporter. Mgr Pie devait voir le soir même M"'^ la comtesse de Montalembert, laquelle lui témoigna sa vive reconnaissance d'une « initiative dont le mérite se partageait entre le Pape et lui». Ce sont ses expressions. Elles suffisent à dire la sollicitude de Mgr de Poitiers pour le bien du grand homme qu'il n'avait pas cessé d'admirer et d'aimer, même en cessant de penser entièrement comme lui.

Le clergé de Poitiers attendait de son Evêque des révélations sur Tobjet de son voyage à Rome. La retraite pastorale, célébrée du 9 au 14 août 1865, lui en offrait l'occasion. 11 eut soin au contraire d'éluder les questions brûlantes. 11 parla seulement du Pape, de sa vaillance d'âme et de corps, de son calme imperturbable fondé sur la force de l'Eglise. « Mais si la France, retirant ses troupes de Rome, laisse le Pape seul en face de la Révolution : qu'arrivera-t-il ? » C'était la question de tout le monde. — « Je l'ignore, répond Mgr Pie à ses prêtres ; mais ce que l'on peut dire, c'est que le Pape ne reculera devant aucune détermination nécessaire ; c'est qu'il restera à Rome tant qu'il y pourra et qu'il y devra rester ; c'est qu'il saurait prendre encore le chemin de l'exil, si l'exil devenait la seule protection possible et efficace de sa liberté comme de son droit royal. Et enfin, si vous me demandez où il pourrait aller, dans l'état actuel de l'Europe, je vous répondrai ce qu'il disait un jour :

« Monsieur l'Ambassadeur, la terre est grande.

et surtout Dieu est grand. »

Cependant, l'Italie marchait à d'autres destinées. Le 5 juillet, l'Empereur d'Autriche, vaincu à Sadowa, avait cédé la Yénétie à l'Empereur des Français, qui

l'avait, au mois d'octobre, rétrocédée à l'Italie. C'était le triomphe des politiques de Vltalia una ; et M. Eugène Rendu, s'appuyant sur les lettres récemment publiées de Massimo d'Azeglio, demandait à Mgr Pie si la marche des événements ne lui donnait pas quelque regret sur les opiniâtretés de la politique romaine. « Nullement, répondit l'Evêque. Les faits suivent en Italie la marche très naturelle et très logique que nous avions prévue. Nous attendons la solution prochaine sans inquiétude, et à mesure que les hontes de nos adversaires se cumulent avec leurs succès, notre fierté grandit avec nos revers. L'heure où l'exil deviendra une nécessité nous apportera un soulagement, et le châtiment de l'Italie commencera avecl'émigration de la Papauté. Quant à la France, sapopulation actuelle commence à sentir au prix de quels abaissements on l'a fait travailler à l'œuvre la plus contraire à ses intérêts comme à sa mission. Attendez, et vous verrez quelle estime elle fait de ceux qui l'ont employée à un tel ministère. Jamais ce pays n'a été plus honteux de lui-même qu'il ne l'est à cette heure, et tous les efforts réunis du gouvernement et de l'opposition révolutionnaire ne parviendront pas à fausser ce qui reste d'honnêteté publique et de sentiment national. De grandes violences populaires contre nous sont possibles; on les attire et on les prépare, mais de pareils excès ne sauvent point leurs auteurs. »

La conclusion était « qu'il manquerait toujours aux ennemis de la Papauté le seul succès qu'ils pussent envier : celui de la rendre leur complice par aucune défaillance ».

On était donc alors à la veille de Texécution de la fatale Convention du 15 septembre 1864. En vertu de ce pacte, la France s'était obligée à retirer ses troupes de l'Etat pontifical , dans l'espace de deux années, et l'Italie s'engageait à ne pas porter atteinte

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à ce même territoire, que de plus elle défendrait contre les attentats du dehors. En effet, le drapeau français, flottant au château Saint- Ange depuis le 3 juillet 1849, en disparut le 11 décembre 1866. En vain le général comte de Montebello^ en prenant congé de Pie IX avec l'Etat-major et tous les officiers, l'assura-t-il que du moins il lui restait encore l'appui moral de la France : « Monsieur le général, lui répondit le Pape, je l'ai déjà annoncé à vos compagnons d'armes, la Révolution l'a dit : elle viendra jusqu'ici, et vous le savez bien ! » L'Evêque éleva la voix. Sa plainte sur le retrait de nos dernières troupes s'exhala dans un Mandement du 29 novembre 1866, ordonnant une quarantaine de prières pour le Pape. Sa douleur est immense, mais contenue, tranquille et maîtresse d'ellemême. 11 y avait si longtemps qu'il sentait venir ce coup ! — « C'en est donc fait : on l'avoue, la France n'aura été dix-huit ans à Rome que pour laisser à l'Italie le temps de s'agrandir et de se fortifier assez pour que notre départ lui livrât cette proie. Dans l'état où nous la quittons, la motte de terre, réduite presque à rien par l'insurrection, ne sera-t-elle pas emportée par le premier choc du flot révolutionnaire ? Tout est à craindre ; et tout est bien près d'être perdu, sauf une chose, l'honneur, et plus que l'honneur, le droit. Or, quand le 'pynncipe reste, le 'prince n'est jamais définitivement détrôné. L'adversité peut venir : elle n'abattra pas Pie IX. On a cité souvent cette parole antique : Il faut qu'un empereur meure debout : Imperatorem stantem mori oportet. Ce qu'un César païen avait dit, un Pape saura le faire. Or mourir debout, c'est léguer à l'institution qu'on représente un gage de vie et des arrhesd'avenir. » Un triste railleur de l' Opinion nationale avait trouvé plaisant de se faire de notre deuil un thème à parodie. — « Sans doute, écrivait-il, lesEvêques allaient fabriquer

sur l'abandon de Rome une bonne légende, bien tragique, bien attendrissante, àl'usage des femmes nerveuses, auxquelles on ne manquera pas de dire sentimentalement : Voyez ce pauvre Pape, il pleure!» — Sur ce mot cruel, l'Evêque se redresse indigné , et fièrement : « Non, dit-il, non, personne nale droit de parler ainsi de ce cœur magnanime. C'est l'injurier gratuitement que de le supposer ému de sa propre infortune ; et à ceux qui pleureraient sur son sort et sur celui de la papauté, Pie IX, entré dans la voie du Calvaire, pourrait répondre, comme le Sauveur aux filles de Jérusalem : Ne pleurez pas sur moi, mais gardez vos larmes pourpleurer sur vous-mêmes et sur vos fils. L'abaissement de l'Europe, l'abandon de la dignité de la France, les hontes présentes et les calamités futures des nations apostates, voilà ce que pleure Pie IX »,

Ayant demandé qu'on pleurât pareillement avec lui, l'Evêque reprenait et disait: « Ce pauvre Pape, il pleure ! — Oui, comme Jésus a pleuré sur Lazare enfermé depuis quatre jours au tombeau ; et il y a un peuple lié de bandelettes comme Lazare, et qui attend toujours le moment où Jésus viendra le délier. — Oui, il pleure comme Jésus a pleuré sur la ville infidèle, qui n'avait pas connu le jour de sa visite, et à qui il annonçait la venue des jours lugubres. — Enfin, nous savons de saint Paul qu'à la veille de son immolation, Jésus, étendu la face contre terre, a crié vers son Père avec larmes; et nous ne nous étonnerions point qu'épouvanté, lui aussi, des crimes de l'heure présente. Pie IX, prosterné devant son Crucifix, ne se fût relevé plus d'une fois la face baignée de larmes. »

On aime à apprendre que Pie IX, en recevant ce Mandement, fut le premier à s'écrier : « Oh! qu'il est donc hrave^ l'Evêque de Poitiers ! » On aime aussi à souscrire à cette conclusion d'une lettre de remerciement de Mgr Guibert, archevêque de Tours : « Nous

sommes maintenant, Monseigneur, entre les mains de Dieu, mais l'honneur de notre Église de France sera sauvé. Cette manifestation universelle... est digne de 1 episcopat. »

Cette unité d'esprit allait faciliter la réunion des évêques auprès de leur commun Chef. Le 8 décembre 1866, uneLettre de PielXlesinvitaàserendreà Rome, dans le courant de juin suivant, afin d'y assister à la béatification de vingt-quatre vénérables serviteurs ou servantes de Dieu, et aux solennités du dix -huitième centenaire du martyre de saint Pierre. Mais était-ce là l'unique but de cette convocation? La réunion annoncée n'allait-elle pas se transformer, et devenir soudainement ce concile œcuménique dont on parlait de toutes parts? Mgr Pie détrompa ses prêtres à cet égard, mais sans repousser toutefois la probabilité d'une prochaine assemblée générale de l'Eglise. « Reste à savoir, ajoutait-il, si ceux dont le libéralisme plaide aujourd'hui pour la réunion du Concile n'en seront pas alors les adversaires acharnés. »

Un regret de Mgr Pie devait être de ne plus retrouver à Rome, un vénérable cardinal français, Mgr Villecourt, si dévoué à sa personne comme à ses idées. Le bon et saint vieillard venait d'expirer, le ITjanvier, après une longue maladie. Une de ses dernières lettres disait à son ami : « Personne ne prend plus que moi une vive part à tout ce qui vous concerne. Tout m'intéresse par rapport à vous : vos peines, vos écrits, votre santé. Je ne cesse de prier que vous ayez la consolation que vous méritez et que demandent pour vous tous les vrais chrétiens. Notre Saini-Père le Pape prend toujotirs un vif intérêt à tout ce qui vient de vous. Ah 1 si tout l'Episcopat, sans exception, partageait vos sentiments et votre courage, quelle joie son cœur en recevrait! » Ses derniers mots étaient : « .Te ne suis plus jeune : mes soixante-dix-huit ans

me font souvent penser au compte que je dois rendre au Seigneur. Je me recommande à vos prières ; vous êtes toujours dans les miennes. »

Embarqué le 6 juin 1867 à Marseille, après un pèlerinage à Notre-Damede la Garde; arrivé à Rome le 8, Mgr Pie reçut, le! 1, une première audience de Pie IX, aux pieds duquel il déposa 45,000 francs pour le Denier de Saint-Pierre. Une lettre de lui nous apprend qu'en outre il étaitporteur, pour le ministre des armes, d'une somme considérable destinée à l'entretien de vingt-six zouaves pontificaux, ainsi quede 40.000 francs affectés à l'achat de fusils à aiguille. Le Pape reçut dans ses bras le cher fils qu'il combla de bénédictions. Environ trente prêtres de son diocèse avaient été, le même jour, présentés au Saint-Père par leurÉvêque.

Cependant des bruits divers se répandaient sur cette réunion, que les politiques assimilaient trop à leurs assemblées parlementaires. On avançait que plusieurs évêques concevaient l'idée et l'espoir de faire revenir le Pape sur l'Encyclique et le Syllahus. L'Evêque de Poitiers se refuse aie croire. On lit dans une lettre de sa correspondance : « Ne serait-ilpas insensé d'espérer que Pie IX se déjugeât? Cela se comprend chez les politiques qui n'ont point la foi, et qui ne savent pas ce que c'est que l'Eglise. Mais comment des évêques, et même des prêtres, peuvent-ils penser qu'il couvrira d'un voile ce qu'il a si vaillamment et si saintement mis en lumière ? N'est-ce pas surtout pour rendre à la vérité ce témoignage spécial et pour donner aux esprits malades de notre temps ce remède opportun qu'il a été suscité de Dieu ?... »

Mgr Pie ne permet pas davantage qu'on dise que certains de nos évêques sont venus là comme émissaires et comme agents de la politique de l'Empereur, en face de celle du Pape. Cette idée seule l'indigne ; et, peu de temps après, écrivant à ses prêtres : « Non, Messieurs,

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leur dit-il, je ne puis me résigner à croire que personne accepte jamais la mission d'être l'affidé ou même le confident, encore moins l'agent de la puissance séculière au sein des assemblées de l'épiscopat. Laissons aux sectes photiennes leurs menées et leurs coteries. Nous sommes la grande Eglise, libre, autonome, qui a sa vie propre, son organisation, ses lois, ses chefs, ses assemblées, son conducteur suprême ; et cette grande EgHse ne relève que de Jésus-Christ qui l'a fondée, et de l'Esprit-Saint qui l'assiste. Tout mot d'ordre pris en dehors d'ellemême serait indigne de l'Epouse du Christ, et il deviendrait infamant pour quiconque le recevrait. Les catholiques entendent bien être les fils de la femme libre et non pas de la servante. Qu'on le sache une fois pour toutes : les mœurs ecclésiastiques de Bjzance ne s'acclimateront jamais dans nos rangs. x>

Telle était bien la pensée de Timmense majorité de lepiscopat, et une Adresse au Pape allait en devenir la manifestation. 11 y avait plus d'un an, dès avant son premier voyage, que la correspondance de Mgr Pie avec Rome témoignait de son ardeur à faire en sorte que cette Adresse, prévue et préparée, fût cette fois absolument et nettement affirmative des droits de la vérité, selon la doctrine de l'infaillibilité et le sens littéral des derniers actes pontificaux. Un certain nombre de prélats choisis dans chaque nation avaient été engagés à entrer dans ce concert. « Après comme avant l'Encyclique, écrivait -on du sein même du Sacré-Collège, la stratégie divergente persiste sur plusieurs points... Il faut donc nous serrer pour dissiper ces ligues intérieures qui nous divisent et forment toujours les mêmes camps isolés, à Paris, à Louvain, à Munich, etc. » Le mot d'ordre commun était la fidélité aux doctrines de l'Encyclique, et l'affaire importante était d'y faire donner

une éclatante adhésion par l'assemblée des évêques. Mgr Pie n'épargna rien pour arriver à ce but doucement et fortement, durant son séjour à Rome. Il n'}^ eut pas de prélat important qu'il ne vît, de sages raisons qu'il ne fît valoir, j'ajouterai de supplications qu'il ne portât aux divers sanctuaires où nous le voyons se rendre fidèlement chaque jour. Elles triomphèrent finalement. Il avait vu beaucoup Mgr Manning, archevêque de Westminster, qui faisait partie de la commission pour la rédaction de l'Adresse, où il avait porté les idées toutes romaines que l'on retrouvera bientôt dans son Instruction pastorale sm' Le centenaire de saint Pien^e et le Concile général. C'était un des amis de Mgr de Poitiers, qui l'avait reçu chez lui un an auparavant. L'évêque anglais voulut l'associera son travail. Il vint en conférer plusieurs fois chez lui, et ils traitèrent ensemble particulièrement « du paragraphe de la réponse qui devait formuler l'adhésion à l'Encyclique >>, comme le témoigne une note rapide de Mgr Pie. Ainsi rédigé, le projetde Mgr Manning, mis en présence de celui de plusieurs illustres prélats, obtint finalement ce qu'il avait demandé. Dieu avait fait malgré tout son œuvre de vérité. Un passage doctrinal sur le magistère du Pape, inséré dans le texte, impliquait la reconnaissance de l'infaillibilité. Quelques amendements restrictifs ou explicatifs n'allèrent pas à modifier le fond de la doctrine, qui venait défaire un nouveau pas vers sa définition. Quant à la confirmation des actes pontificaux, l'Adresse des cinq cents disait: «Convaincus, Très Saint-Père, que Pierre a parlé par la bouche de Pie, tout ce que vous avez dit, confirmé, publié, pour maintenir l'intégrité du dépôt divin, nous le disons, nous le confirmons, nous le publions ;et nos voix comme nos esprits sont unanimes pour rejeter tout ce que vous avez jugé devoir être réprouvé et répudié comme contraire à la foi révélée, au

salut des âmes et au bien des sociétés humaines. »

Après cette victoire, Mgr Pie pouvait donc écrire, comme il fit : « Due à deux ou trois plumes, italienne, anglaise et allemande, l'Adresse des évêques a été très bonne ; elle affirme nettement tout ce qu'il fallait affirmer. Le Concile fera le reste. »

Ce Concile, Pie IX l'annonça cette fois publiquement, le 26 juin, dans son allocution aux évêques réunis à la chapelle Sixtine. Les applaudissements de la grave assemblée lui redirent qu'il remplissait le vœu de l'Eglise entière.

« Un nouvel ordre de choses va donc s'ouvrir, écrivait alors Mgr Pie. Les deux ans ou deux ans et demi qtii s'écouleront entre l'annonce et la réahsation seront employés à préparer les matières, et l'esprit public ne cessera point d'être préoccupé de cette grande éventuahté. » Il disait dans une autre lettre : « 11 faut surtout prier, et ne rien négliger pour se tenir prêt. Le Concile sera ce que les hommes mériteront qu'il soit. »

Le 3 juillet, Mgr Pie reprenait la mer pour retourner en France. Ce séjour à Rome n'avait été que de vingtcinq jours. Ce qu'il y avait vu de plus grand, c'était le Pape : « 0 Roi de la Cité sainte, disait-il ensuite à ses prêtres, je ne sais pas où pourront vous conduire et vous jeter les orages de demain ; mais je sais qu'hier vous contempliez autour de votre trône cinq cents têtes coiu^onnées, au-dessus desquelles jjlanait votre tête

ceinte du triple diadème Et quand ensuite j'ai

regardé au visage les autres grandeurs de la terre, je me suis senti le droit et la satisfaction de pouvoir vous dire : Vous êtes beau par-dessus tous les enfants des hommes ; votre Siège a pour lui les siècles ; le sceptre de votre règne est le sceptre de la droiture. 0 Roi très puissant, ceignez votre épée, et, avec cette beauté qui u'est qu'à vous, reprenez votre marche et

régnez : Specie tua el pulchritudine luâ inlende, 'prospéré procède^ et régna. »

Ces autres grandeurs de la terre qu'il regardait au visage, et qu'il trouvait abaissées, s'entouraient cependant alors d'un faste prestigieux. En dépit du « point noir » dont Sadowa assombrissait sa politique extérieure, Napoléon voyait graviter autour de lui toutes les puissances européennes qu'attiraient à Paris les merveilles de l'Exposition universelle. En quelques mois, cinquante-huit personnages du rang suprême, à savoir quarante-cinq souverains et princes, trois reines et dix princesses, toutes les maisons régnantes avaient été reçues aux. Tuileries. Mais un nuage funèbre avait passé sur ces beaux jours, et ces princes s'en retournaient pensifs à leurs palais, en se rappelant lavertissement que leur avait donné l'attentat de Berezowski sur le czar Alexandre II , et en méditant sur la fin tragique de Maximilien d'Autriche, fusillé, le 19 juin, au sein du précaire Empire que nous lui avions donné.

La Retraite des prêtres, célébrée du 16au 22 juillet, permit à l'Évêque de placer son clergé à la hauteur de ces vues sur les choses de l'Église et sur celles de rÉtat. Il y mit cet abandon qu'il appelait évangélique, car le Seigneur lui en avait donné le premier l'exemple. « C'est mon habitude, Messieurs, depuis bien des années déjà, de n'avoir rien de caché pour vous dans ces entretiens synodaux qui sont de véritables conversations de famille, et je me persuade qu'il est désormais démontré pour vous qu'il y a eu autre chose que la récitation d'une simple formule, quand je vous ai dit, au jour de votre ordination, à l'exemple du divin Maître : Vous n'êtes point mes serviteurs, vous êtes mes amis, et la preuve c'est que vous ne serez tenus en dehors d'aucune des choses que j'aurai accomplies au milieu de vous : Quia omnia cognovistis quœ operatus sum in medio vestri. Ma vie et mes actes n'ont

point et n'auront jamais de mystères pour vous. » Il leur parla du Concile. D'abord qui en avait eu la conception première"? Etait-ce tel évêque, étaitce tel autre ? Mgr Pie considère ces prétentions des partis comme outrageantes pour le Pape. << En vérité, dit-il, il est des esprits singulièrement préoccupés de ravir au Mcairede Jésus- Christ et à l'Esprit-Saint Tinitiative des choses qui relèvent le plus directement et le plus immédiatement de l'Esprit-Saint et du Vicaire de Jésus-Christ. Etranges amis ou ennemis ceux qui inventent déjà d'effacer le Pape et de confisquer le concile, en les absorbant d'avance dans quelques individualités de leur choix ! » La vérité était que, dans l'initiative de cette assemblée, tout était du Pape, et du Pape tout seul.

Autre question. Ne disait-on pas que la réunion de juin avait failli proclamer l'infaillibilité pontificale, et qu'elle l'eût fait d'emblée sans Tintervention patriotique et prudente de tels évêques mieux éclairés sur l'état des esprits et vsurles besoins de leur siècle? «Non, répond Mgr Pie. La vérité est que la croyance à l'infaillibilité doctrinale du Pape, familière aux plus anciennes écoles Ccitholiques, est de plus en plus généralisée parmi nous, et que jamais le Siège apostolique n'a vu sa suprême autorité enseignante plus unanimement reconnue. Mais la Papauté, qui a la conscience de cette infaillibilité qu elle tient de Jésus- Christ, n'en veut pas moins donner un grand témoignage de confiance à l'épiscopat, en le convoquant à un Concile où il se prononcera. Voilà comment le Siège de Pierre sait allier la sagesse et la modération à la fermeté, dans le maintien et la défense de ses attributions les plus essentielles. »

Mais enfin, ce Concile lui-même quelle en serait le résultat ? N'allait-il susciter de terribles orages au dedans et au dehors ? — « Ah ! sans doute,

répond l'Evêque, la part de l'intervention humaine et le rôle de la liberté subsistent ici... N'avons-nous rien à redouter, n aurons-nous rien à souffrir des collisions de la fausse liberté avec l'ingérence césarienne et l'intrigue politique ? Mais, sans nous dissimuler les obstacles que ce Concile, comme tous les grands conciles dupasse, rencontrera dans sa marche, nous sommes néanmoins tranquille sur son issue. Les principes immuables de la vérité ne s'assujettiront point aux caprices de ce qu'on appelle les idées modernes. Celui qui a promis d'être au milieu de ses disciples assemblés en son nom ne souffrira pas qu'aucune force irrégulière, qu'aucune action usurpée y prévale contre sa présence et son action divine. »

Cet entretien, d'une vue si nette et si pénétrante, était déjà l'historique de la campagne conciliaire, tracé plus de quatre ans d'avance. La sentinelle sacrée s'était placée si haut et sa vue portait si loin qu'il ne devait plus y avoir de surprise pour elle.

Cependant, « contrairement à toutes les prévisions, le retrait de nos troupes avait laissé Rome et son territoire dans un état au moins temporaire de tranquilhté ». Elle ne devait pas être longue. Garibaldi, envahissant les Etats pontificaux, ne tarda pas à pousser ses bandes sacrilèges à Acquapendente, à Bagnorea, à Subiaco, à Monte Libretti. Rome était terrifiée par l'explosion criminelle de la caserne des zouaves ; la France temporisait, le Piémont s'enhardissait, Garibaldi triomphait. Une nouvelle agression se préparait contre la Ville sainte. MgrPie^un despremiers, poussale cri d'alarme : ses lettres seprécipitent, brèves, rapides, pressantescomme des cris de détresse. La première, du 13 octobre, demande, pour le Pape, des hommes, de l'argent, des prières. Il fautàces jeunes braves, « dont plusieurs sont du Poitou et de la Vendée, des armes qui ne soient pas

inférieures à celles de l'ennemi ». Le 31, après l'affaire de Monte-Rotondo, il communique à ses curés l'Encyclique du 17, « une encyclique qui rappelle celles que les anciens Papes ont plus d'une fois écrites du fond des cachots et de l'exil ». Il faut qu'on aide le Saint-Père : « Les moments sont comptés ; c'est l'heure ou jamais de livrer assaut au Ciel et de lui faire violence ». Le 8 novembre, il a appris la victoire de Montana. C'est le moment de « bénir le Seigneur quia fait tomber enfin sur ces nouveaux Machabées les premières gouttes de sa miséricorde : misericordiœ initiwn stillans in eos. C'est aussi le moment de se souvenir devant Dieu de la blanche armée des martyrs qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau ».

Hélas ! parmi ces victimes, il en était une que l'Évêque pleura en père. Bernard de Quatrebarbes, un des enfants du séminaire de Montmorillon, jeune homme de vingt-sept ans, l'aîné de quatre frères, belle intelligence, grand cœur, caractère ouvert, physionomie de héros, âme de saint, avait été blessé sur ses canons à Monte-Rotondo, et il avait succombé, peu de jours après, dans la ville de Rome, entre les bras de son père. Mgr Pie avait déjà célébré précédemment la mort de son cousin Georges d'Héliand, martyr de Castelfidardo. Il était l'ami de son oncle, M. Théodore de Quatrebarbes, le défenseur d' Ancône. Bernard eut son oraison funèbre à Montmorillon. L'Evêque assigna au jeune lieutenant d'artillerie une place d'honneur dans cette lignée domestique des croisés d'autrefois et des croisés d'aujourd'hui, dont la devise héréditaire résumait toute l'histoire : In altis non deficio. Mgr Pie adressait au jeune martyr l'adieu que saint Louis donnait à ses compagnons d'armes, €t il ensevelissait le héros dans l'oriflamme àPombre de laquelle s'étaient battus ses pères.

La France, qui venait de prêter à la victoire de Mentana l'appui brillant de ses armes, allait-elle enfin entrer dans une politique décidée de résistance à l'invasion piémontaise et garibaldienne ? On dut le croire quand, le 4 décembre^ interpellé, d'abord par M. Tliiers,puis par M. Berryer, M. Rouher affirma, au nom du gouvernement, « qu'on défendrait le Pape contre l'Italie, et i[\\Q jamais^ jamais^ la France n'abandonnerait Rome ; et non seulement Rome, mais le territoire actuel de l'État pontifical dans son intégrité ». La volonté delà France, exprimée parla Chambre, venait enfin de s'imposer à son Souverain, quoique trop tard, hélas ! et pour elle et pour lui.

La reconnaissance de Mgr Pie ne resta pas en retard envers un acte qui désormais permettait la réunion du Concile général. Le 7 décembre, il écrivit à M. Baroche, ministre de la Justice et des Cultes, cette lettre de félicitation et de remerciement. On remarquera qu'il a soin d'y réserver encore le droit entier du Pape, et l'espérance de l'y voir rentrer sans restriction : « Monsieur le Ministre, j'obéis avec empressement au mouvement de mon âme, et je me fais un devoir de féliciter et de remercier le gouvernement de l'Empereur des assurances si éloquemment et si explicitement données au pays par M. le ministre d'Etat, dans un discours qu'enregistreront les annales de l'Eglise et de la France. Après de telles déclarations et moyennant une résolution si énergiquement affirmée, le Saint-Siège esta l'abri des malheurs extrêmes qu'on a pu redouter ; et l'assistance des catholiques lui permettra d'attendre du temps et de la protection divine le retour à des conditions de vie propre et indépendante qui sont dans la réalité des choses et dans le vœu de tous.

« Si je ne craignais de paraître m' attribuer une importance qui ne m'appartient pas, je prierais Votre

Excellence d'offrir mes humbles félicitations à M. le Ministre d'Etat, et de déposer au pied du Trône l'hommage de mon respect reconnaissant. »

On ne désarma pas pour cela contre Mgr Pie. Mais on avait pu comprendre, par cette démarche généreuse, que son opposition au gouvernement n'avait duré qu'autant que celui-ci avait été lui-même opposé à l'Eglise ; et que dans cette longue lutte il n'avait été qu'Evêque : tout cela et rien que cela.

Une de ses lettres d'alors déclare « qu'il savait gré à M. Thiers de son discours du 4, et qu'il le tenait en somme pour un grand service rendu à la bonne cause, bien qu'il eût déraillé sur un ou deux points ». Ce fiit entre ces deux hommes l'occasion de relations dont il faut dire l'origine et les circonstances.

M. Thiers, par son esprit sceptique et révolutionnaire, était aux antipodes de l'Evêquede Poitiers. Le naturalisme déiste et le libéralisme rationaliste, tant combattus par l'Evêque, semblaient s'être incarnés dans cet homme dont le talent facile et séduisant façonnait à son image l'histoire aussi bien que les destinées de son pays. Précédemment, en 1862, une lettre de Mgr Pie à Mgr de Grenoble témoignait de la douleur que lui avait causée la lecture du dernier volume de Y Histoire du Consulat et de l'Empire^ dans lequel l'historien avait affecté, malgré les documents les plus irrécusables, de garder le silence sur les sentiments et les actes religieux des derniersjours du grand exilé de Sainte- Hélène : « Ce livre, écrit ^Mgr Pie, est une mauvaise action, mauvaise par rapport à celui qui en est le héros, mauvaise par rapport aux lecteurs, mauvaise par rapport à Fauteur. . . La conclusion de cette histoire serait que Bonaparte est un damné. L'histoire de nos grands personnages chrétiens se termine souvent par le procès de leur béatification ; celui-ci se clôt par un arrêt de mort éternelle. Heureusement

M. Thiers est très faillible, et il a contre lui des documents quil a criminellement dissimulés. De là, comme vous le dites si bien, Monseigneur, un dommage incalculable pour ces milliers d'admirateurs aveugles de Napoléon et ces milliers de lecteurs de M. Thiers, déjà si enclins à se figurer un autre monde accessible aux conditions que le héros et son historien leur indiquent ici. Ces dernières cent pages du volume seront une cause très féconde et très efficace d'impénitences finales. Puisse l'écrivain n'avoir pas prêté à son personnage la somme des sentiments religieux à laquelle il est lui-même résolu de s'en tenir, et n avoir pas exprimé, par rapport aux religions positives, un jugement qui est encore plus le sien que celui du grand homme mourant ! Puisse-t-il n'avoir pas dépeint cette mort telle qu'il prépare la sienne ! » Cependant la reconnaissance faisait un devoir à l'Evêque de ne pas méconnaître les services rendus, jadis et aujourd'hui, par cet homme politique à la cause romaine. Ce fut par là qu'ils se connurent. Un jour, dans le mois de mai 1865, après un remarquable discours de M. Thiers en faveur du pouvoir temporel du Pape, Mgr Pie, se trouvant à Paris, crut convenable de lui en faire savoir sa gratitude, en déposant simplement une carte à sa porte. 11 n'eût pas jugé bonde faire davantage, sattendant bien d'ailleurs à ce qu'on se contenterait de lui rendre la pareille. Il n'en fut point ainsi : dès le lendemain matin, une voiture s'arrêtait devant l'humble porte des Filles de la Croix, rue deSèvres, résidence ordinaire de l'Evêque à Paris. Un homme de petite taille en descendit, qui, sans donner son nom, demanda Mgr de Poitiers, et se fit conduire par le très petit, très étroit et très raide escalier qui menait à l'entresol où l'Evêque avait sa modeste demeure. Mgr Pie y récitait son office dans sa chambre, où il marchait de long en large,

allant et revenant dans les cinq ou six pas que permettait l'exiguïté du lieu. 11 continua de prier, et, faisant signe à l'inconnu d'entrer et de l'attendre, il ne se pressa pas autrement de le recevoir, car à la porte on l'avait pris et annoncé pour un certain fournisseur de bas élastiques mandé pour ce jour-là. Son office terminé, l'Evêque s'approcha de l'homme introduit, qui alors se nomma : « M. Thiers! » dit-il en saluant le prélat qui déjà s'apprêtait à user de ses services. « Monseigneur, ajouta-t-il, j'ai été on ne peut plus touché de votre démarche, et j'ai tenu à venir vous en remercier moi-même et sans retard. » L'Evêque se remit bien vite de sa première surprise. L'entretien fut très cordial et dura trois quarts d'heure. Nous en ignorons les détails, mais nous savons que Thomme d'Etat en témoigna la plus vive satisfaction. Quand le visiteur se leva, l'Evêque s'excusa de l'avoir reçu dans un si modeste local : « J'espère, lui dit-il, que vous ne me dénoncerez pas à Rome pour la magniticence de mon appartement. » — « Pardon, répondit le spirituel interlocuteur, je ne manquerai pas d'écrire au Pape que vous occupez ici un vrai Parais ajjostoliqiie. » — Puis, comme il fallait descendre l'étroit escalier : « Prenez garde, dit l'Evêque au rusé politique, avec une pointe de malice, prenez garde. Monsieur Thiers : ici forcément il faut marcher devant soi, et sans incliner ni à droite, ni à gauche. »

Ces deux hommes se revirent, ainsi que nous le dirons. Ils avaient l'un pour l'autre une ambition diverse. Celle de M. Thiers était de faire entrer à l'Académie française l'Evêque de Poitiers, qui n'y prétendit jamais, le considérant comme un rare écrivain doué éminemment de cette clarté française dont il était lui-même un si parfait modèle. L'ambition de Mgr Pie à l'endroit de M. Thiers était d'un ordre plus élevé. C'était, comme il disait, « de faire tomber sur celte âme une goutte du

sang de Jésus-Christ », et de lui préparer, pour un meilleur monde, l'entrée d'une autre compagnie et l'honneur d'une plus réelle immortalité.

Enfin, à deux mois de là, le26 février 1868, Mgr Pie recevait de l'Empereur une audience sollicitée dans l'unique intérêt des afîaires 'de son diocèse : il venait demander au gouvernement une subvention indispensable pour Tachèvement de l'église de Saint- Hilaire de Poitiers. Lui qui précédemment s'était refusé à toute démarche semblable n'y répugnait plus aujourd'hui que le fameux jamais avait été prononcé. Il voulut quesa visite, comme les précédentes, apportât au Chef de l'Etat de salutaires leçons. Quelques lignes jetées par lui au dos d'une carte de visite, après cet entretien, nous apprennent qu'il commença par remercierle Souverain des assurances données à la Chambre, le 5 décembre, par son gouvernement, sur l'Etat pontifical. Il lui redit que la mission de la France consistait à protéger tous les intérêts religieux du dehors et du dedans, et que de là dépendait la force de son Empire. Il fut amené ensuite à dire un mot du nouveau régime libéral qu'il ménageait à la France, et de ce qu'on avait appelé le couronnement de l'édifice. En le félicitant de l'octroi d'une sage et nécessaire liberté, il le mit en garde contre le radicalisme qui s'en ferait une arme pour saper son trône : «Ne perdez pas de vue, Sire, que, pourtoutce parti, la libertédemandéec'est celle de vous renverser.» Son dernier mot fut un avertissement : « Les races qui sont montées sur le trône y sontrestées tant qu'elles furent fidèles à Jésus- Christ. » Nous ne savons rien de plus sur cette audience intime.

Le mystère qui la couvrit fut cause que certains esprits défiants en conçurent des soupçons, comme le témoigne cette lettre du 14 avril à M. de l'Estoile : « Comprenez-vous qu'un Evêque ait eu l'audace d'aller

parler au Souverain de son pays, sans avoir soumis son projet et le détail de son entretien à messieurs les libéraux? Et que peut avoir dit et fait cet évéque, sinon de trahir ceux de ces messieurs qui éprouvent le besoin de sauver le pays ? Mais vous, mon cher ami, vous avez pu soupçonner quelques-unes des raisons majeures de ma démarche ; la Providence m'en a révélé à moi-même de plus hautes que celles qui m'ont guidé. Que Dieu et sa sainte Mère nous assistent ! » La fin de cette lettre disait : « Qu'on ne désespère point de Rome et du Concile. Malgré ce qu'on tentera pour faire avorter ce grand Synode œcuménique, le Saint-Esprit nous réserve plus d'une consolation. »

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