CHAPITRE YI
LE COURS SUPERIEUR DE THEOLOGIE. — LE P. SGHRADER. — NÉGOCIATIONS AVEC LA COMPAGNIE DE JÉSUS. — LA LOI POUR LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. — MÉMOIRE ET REQUÊTE A LA SACRÉE CONGRÉGATION DES ÉTUDES. ~ BREF PONTIFICAL DE L'INSTITUTION CANONIQUE. — LETTRE PAS- TORALE SUR CETTE FONDATION. — DE L'INSTITUTION CANO- NIQUE DES FACULTÉS DE THÉOLOGIE DE l'ÉTAT. — MÉMOIRE DE MGR PIE. — l'installation DE LA FACULTÉ DE SAINT-HILAIRE.
Parmi les prières que Mgr Pie avait coutume de déposer aux pieds de la statue de Marie, dans les circonstances graves, se trouve celle-ci en latin, à la date du P''mai 1875 : « Cette affaire, qui est la principale de ma vie, ô ma très sainte Mère , prenez-la sous votre maternelle protection, et faites-la aboutir à son heureux terme , vous et Joseph , votre diligent époux » (1). L'affaire qu'il plaçait ainsi à la tète des œuvres de sa vie épiscopale, c'était la fondation et l'Institution canonique d'une Faculté théologique à Poitiers.
(1) Et hanc rem vitœ iiieœ lircBcipuam, tua materna providentià ad debitum suumiinem duci procura, ô sanctissima Mater mea, providissimo tuo sponso Josepho adm'tente.
552 LE CAKLINAL PIE.
La première fois que Mgr Pie , à l'occasion de son jubilé éjùscopal, parla à son clergé de cette entreprise, ce fut dans des termes dont la solennité montrait assez l'importance qu'elle avait à ses yeux : « Nous ne saurions assez remercier et bénir la divine Providence de ce que le nouveau bail qu'elle nous a donné de recommencer auprès de vous, après un quart de siècle écoulé, s'inaugure par un acte capital, qui nous prépare pour tout le reste de notre carrière, avec beaucoup de travaux et de sollicitudes, des satisfactions et des consolations non moins nombreuses. »
L'Eglise de Poitiers, — son Evêque aimait aie rappeler, — avait eu autrefois, à la demande et avec le concours de Charles VII, son Université, Studium universale^'m^ûiMQQ^BX uneBulle du papeEugènelV. Cette ville semblait donc une terre prédestinée à la culture de la science ; et les noms d'Hilaire, de Fortunat, de Léger, de Fulbert de Chartres, grands docteurs ou grands écolâtres, la désignaient spécialement pour recevoir la culture de la science sacrée. Mgr Pie, ici encore, venait donc moins pour créer que pour restaurer, selon le programme et l'esprit de son épiscopat.
L'institution de la collation des grades théologiques, pour la Province de Bordeaux, décrétée par le concile provincial de 1850, sanctionnée par le Saint- Siège, stimulée par chacun des conciles subséquents, et' encouragée par le succès des candidats, avait préparé et appelé ce couronnement. Vingt-deux séances annuelles avaient vu décerner 354 diplômes de baccalauréat et 3 de licence en théologie; 98 de baccalauréat et 3 de licence en droit ecclésiastique. Plusieurs de ces gradués , ayant ambitionné la palme doctorale, étaient allés la demander à Rome , d'où quatorze lauréats du diocèse de Poitiers étaient revenus docteurs. Plusieurs avaient ensuite enseigné à Poitiers , et l'un d'eux,
Mgr Saivet , était monté sur le siège épiscopal de Mende.
C'était Poitiers qui, dès le premier jour, avait été et restait le siège ordinaire de ces sessions d'examens. Cette ville, désignée d'abord par ses souvenirs d'autrefois, l'était davantage encore par le nom de son Evêque d'aujourd'hui. Aux yeux de toute l'Eglise elle était devenue par lui et avec lui la ville de la doctrine catholique romaine. Cependant, pour qu'elle en fût un foyer permanent, un enseignement supérieur théologique était nécessaire. Nous avons déjà vu comment le P. Schrader avait été appelé à Poitiers par l'Evêque qui l'avait vu à l'œuvre dans la commission de la Doctrine et de la Foi. C était un vrai savant, auteur d'un traité De Unitate romanâ., qui avait marqué sa place parmi les plus solides défenseurs de la doctrine romaine. « 11 aimait tant l'Église, disait Mgr Pie à propos de ce livre, et il savait si bien que l'unité, dont le siège est à Rome, est la vie de cette Eglise, le fondement de sa catholicité, le principe de sa sainteté, la source de sa fécondité, le secret de ses incessants triomphes! Il aurait tant voulu persuader cela au monde, dont il suivait avec une angoisse d'autant plus poignante les défaillances, les égarements et les désastres, qu'il en connaissait mieux le remède unique et infaillible ! L'amour de l'Église et du Saint-Siège a été, je puis le dire, l'âme de l'enseignement du P. Clémicnt Schrader, l'âme de toutes ses conduites, l'âme aussi de toutes ses vertus, plus belles assurément que son intelligence, et, sans comparaison, plus grandes que son savoir. »
Mgr Pie s'était attaché ce trésor. Un autre jésuite, le P. Tedeschi, lui fut adjoint pour l'enseignement de la philosophie. On leur donna des élèves de choix. Dix furent désignés pour une quatrième, et dix autres pour une cinquième année de théologie. En outre, des étudiants prêtres étaient annoncés de diversdiocèses.Le bonPère
Schrader était un père autant qu'un maître. « Ses élèves étaient sa famille, dit encore l'Evêque. Il leur dévouait son temps, ses forces, son travail, et s'estimait plus que payé par leurs progrès. Pour modestes que fussent forcément les débuts de cette œuvre entreprise par nous, et qu'il nommait volontiers la Faculté de Théologie et mêmeTUniversité de Poitiers, il s'y était cordialement attaché, et il n'eût pas mieux demandé que d'y consacrer sa vie entière. »
On pensait déjà à s'agrandir par des constructions, quand, en 1874, la perspective d'une loi sur la liberté de l'enseignement supérieur vint offrir un terrain légal à un projet depuis longtemps mûri dans l'esprit del'Evêque. Il écrivit le 2 juin auR. P. Général de la Compagnie de Jésus : « Plus nous voyons et entendons ce qui se dit et se fait autour de nous, plus il apparaît que, non seulement pour suppléer aux Universités qui ne sont pas nées , mais plus encore peut-être pour obvier aux inconvénients multiples de celles qui pourraient naître, la Compagnie aura rendu un service de premier ordre à l'Eglise de France, en prenant les devants d'un haut enseignement théologique pleinement orthodoxe. »
Il ajoutait : « La présence de deux professeurs aussi distingués que le P. Schrader et le P. Tedeschi est déjà , dans l'opiniongénérale, une prise de possession et une force acquise. Je suis plein de gratitude pour ces deux excellents Pères, et je remercie Votre Révérence et son Conseil d'avoir agréé que les grades qui vont consacrer ces deux premières années de travail soient conférés au nom du Collège Romain, dont notre œuvre n'aspire qu'à être l'humble succursale. » La même lettre demandait un second professeur de théologie dogmatique venant soit de Rome, soit d'Insprtick : on n'en était qu'aux commencements de ce qui promettait de devenir une grande chose.
Mgr Pie l'avait mise sous ud haut patronage. Devançant l'acte pontifical par lequel Léon XIII a placé toutes les écoles sous le patronage de saint Thomas d'Aquin, l'Evêque proposa le saint Docteur à tous ses philosophes et théologiens comme un maître et un modèle. Tel fut le sujet et la division dune homélie prononcée, le 7 mars 1874, dans l'église des Pères Dominicains, en la solennité du sixième centenaire de la mort du Docteur angélique. « Oui, Messieurs, disait-il aux prêtres assemblés, saint Thomas a manqué à nos contemporains, y compris ceux-là même qui le nomment avec honneur, qui lui empruntent, au besoin, quelques textes détachés, mais qui ne l'ont pas assez fréquenté pour le connaître, et pour qui sa doctrine comme sa méthode demeurent un livre scellé. La philosophie, en particulier, n'a su que s'égarer depuis qu'elle ne l'a plus eu pour guide, et elle ne redeviendra digne d ellemême qu'en reprenant ses traces trop longtemps abandonnées. »
Cependant, l'œuvre naissante subit une rude épreuve par la mort du Père Schrader. « Dieu avait jugé que son serviteur, peu avancé en âge pourtant, avait fini sa tâche. » Mgr Pie fit connaître et admirer à son clergé la sainte mort qui avait couronné cette belle vie. Le P. Schrader avait dit, à sa dernière heure : « Les choses de la terre passent vite ». Quelques instants après et presque en expirant, il avait levé les yeux vers ceux qui l'entouraient et leur avait dit : « Ad Cœlumf... » C'était le 23 février 1875.
Le professeur de philosophie avait été semblablement enlevé, peu de temps auparavant. L'Evêque voyait donc tomber les premières colonnes de son édifice à peine commencé. Mais il avait écrit : « Les regrets sont permis, mais non point la défaillance. Le P. Schrader a posé chez nous un fondement ; d'autres viendront ou plutôt ils sont déjà venus qui continueront d'édifier
sur cette base. Ce n'est pas parce que sa racine a plongé deux fois déjà dans le Ciel que l'arbre poussera sur la terre des fruits moins bons et moins nombreux. Est-ce que la terre ne vit pas surtout des influences célestes? »
Gonflant dans ces influences, Mgr Pie se mit dès lors à l'œuvre longtemps désirée : la transformation de son cours supérieur en Faculté de théologie. Cela dépendait de Rome encore plus que de la France. Mais Rome l'encourageait. Le cardinal Capalti, alors préfet de la Congrégation àes Etudes, le Cardinal secrétaire d'Etat, puis le Cardinal préfet de la Congrégation du Concile, lui avaient dit ou écrit leiiis vœux pour son succès. Le 15 mars 1876, l'Evêque entama les négociations avec les Pères Jésuites pour s'assurer d'abord d'impersonnel enseignant. A l'origine, il avait conçu le projet généreux et grandiose de partagerJ'enseignement de sa Faculté entre les différents Ordres religieux dont il avait des couvents dans son diocèse, Dominicains, Jésuites, Augustins, Bénédictins. Il comprit bientôt que l'unité de la chose en souflrirait^ et ce fut aux Jésuites seuls qu'il demanda de faire à Poitiers ce qu'ils faisaient depuis trois siècles au Collège Romain. L'affaire d'abord traitée avec le R. P. Mourier, provincial de Paris, par le P. Argant, recteur du Collège de Poitiers, fut ensuite portée au R. P. Général de la Compagnie, dans un mémoire que Mgr Pie remit le 25 mars, fête de l'Annonciation, aux mains du P. Argant, avec ces lignes : « Vous n'ignorez pas. mon bien cher Père, et le R. P. Provincial a pu comprendre à quel point cette affaire m'occupe devant Dieu depuis longtemps. Je l'aurais cent fois abandonnée si le mouvement intérieur delà grâce ne me l'avait interdit ».
Le Mémoire ou Notes ^ comme Mgr Pie l'appelle, est un exposé succinct de ses motifs, partagé en trente
articles, d'où ressortent bien les vues de sagesse et de zèle avec lesquelles TEvêque de Poitiers conduisait ses entreprises. Il estime que celle-ci est nécessaire au temps présent. « Ce n'est pas assez de passer son temps à lutter contre les fausses doctrines, par les discours et les écrits. Nous avons trop tardé d'entrer dans l'action pratique, et de travailler à former une génération nourrie des fortes études, sans lesquelles ceux même qui croient réagir contre les mauvais courants y cèdent encore sur une infinité de points.
« L institution est surtout nécessaire au clergé. Tout ce qui s'est produit à l'occasion du Concile du Vatican démontre à quel degré les bases de la théologie, de la philosophie et du droit naturel et chrétien manquent à la génération ecclésiastique contemporaine.
« Un tel collège théologique sera la règle et la lumière des futures universités catholiques, dont le professorat, issu de provenances diverses et reflétant toutes les nuances, toutes les dissidences, et je dirai toutes les défaillances intellectuelles des hommes d'aujourd'hui, aura besoin qu'un enseignement sûr et solide ait pris les devants quelque part, pour assurer l'intégrité des doctrines, la pureté de la foi, et par suite le salut des âmes et de la société. »
L'Evêque s'appliquait ensuite à démontrer à la Compagnie de Jésus que telle était aujourd'hui sa mission principale ; qu'elle n'en avait ni de plus actuelle, ni déplus ancienne, ni de plus opportune, ni déplus utile que celle-là. Il étabhssait ensuite les conditions d'existence otfertesaux professeurs, et dressait le cadre du personnel enseignant nécessaire dès le début. Une maison et un grand jardin proches de son Séminaire allaient recevoir les constructions projetées. L'opinion était préparée à voir cette fondation s'accomplir à Poitiers, où la collation des grades, la présence d'éminents théologiens, le voisinage des Bénédic-
tins de Ligiigé, des Augiistins de Beauchêne, l'assentiment des premiers personnages de l'administration diocésaine, tout semblait inviter à se mettre à l'ouvrage. « Or, disait le mémoire, s'il y a, pour toute affaire ici-bas, un point de maturité à attendre, ce moment une fois venu ne peut pas plus être ajourné qu'on ne peut impunément, dans l'affaire du salut, négliger le quart d'heure opportun de la grâce. »
La conclusion était : « Après cet exposé, l'Evêque de Poitiers s'en remet à Dieu et au jugement du très révérend Père Général et de son Conseil. Il apprendra de là si ses efforts ont été conformes à la volonté divine. Très peu entreprenant par caractère, il reconnaît humblement qu'il n'est guère digne ni capable de mettre la main à de si hauts intérêts. Si donc, contrairement à ses désirs et à ses espérances, il arrive que l'œuvre, à l'élaboration et à l'enfantement de laquelle il a employé plus de vingt années de son épiscopat, ne doive pas aboutir, il fera alors des vœux pour que la Compagnie trouve, soit dans ses propres moyens d'action, soit dans le concours plus puissant et plus éclairé de quelque autre évêque, une occasion meilleure d'entreprendre et d'opérer un bien qui doit se faire et qui ne se fera pas sans elle.
« Mais, sachant combien la naissance d'une œuvre de ce genre est laborieuse, et combien il faut tenir compte de ce qui a déjà l'existence, l'Evêque a pleine confiance que Dieu veut la durée et l'accroissement de la chose, et il ne peut croire que la Compagnie abandonne ce qui est commencé. La Très Sainte Vierge Marie tant de fois invoquée et consultée dans la prière, après avoir favorisé les débuts, bénira et fécondera les développements. »
Le P"" mai, ces notes prirent la route de Rome, avec une lettre au R. P. Général de la Compagnie de Jésus qui se termine, comme les notes, parce religieux
espoir : « La Très Sainte Vierge Marie, qui voit à quel point nous ne nous proposons tous que le service de la vérité et le triomphe de la pure doctrine, nous donnera, en cadeau du mois de mai, la réponse affirmative que je sollicite pieusement. » Enfin, le même jour, l'Evêque partait pour Paris : il allait insister auprès du Père Provincial, et faire entrer dans les intérêts de sa cause l'Archevêque et le Nonce.
Le très révérend Père Beckx, Général de la Compagnie, répondit le 6 juin. En admirant la conception d'un projet « bien digne de l'Ange de l'Église de Poitiers », il y met des conditions et il y veut des délais. Il faut, avant tout, pourvoir à la permanence de l'unité et de la pureté de la doctrine dans la Faculté, en ne la faisant pas dépendre uniquement de la direction épiscopale qui est variable. « Or le moyen de parer à ce péril de l'avenir, c'est de laisser à la Compagnie la liberté de suivre son Ratio studiorum, à l'exemple du Collège Romain et de l'Université d'Inspriick, d'autant plus que les élèves continuant à être gradués de l'Université Grégorienne à Rome, il importe que leurs études suivent le même programme. » Enfin le même besoin d'assurer l'unité commande que les professeurs de sciences mathématiques et physiques relèvent du Recteur de l'Université, comme les autres. Quant à l'époque de la fondation, le Père Général, impuissant à y pourvoir pour octobre prochain, propose à l'Evêque de s'en tenir temporairement diW Statu quo, en profitant de cette année 1875- 1876 pour examiner mieux toute chose dans le Seigneur.
Mais les événements marchaient, et il fallait les suivre. Le vote de la loi sur renseignement supérieur était imminent. Mgr Pie insista auprès du Père Général. Aussi bien le Pape le pressait de lui présenter tout de suite une requête en forme, qui lui donnât l'avantage
du premier occupant, et permît au Saint-Siège d'évincer plusieurs autres demandes moins recevables que la sienne. Mgr Pie, d'ailleurs, accédait au désir du Supérieur Général. La future Faculté était assimilée à celle que la Compagnie dirigeait à Inspriick. « Sur un signal de Votre Révérence, disait-il, je mejoindrais à elle pour faireau Saint-Père l'exposé de l'affaire. Une première parole d'assentiment étant obtenue, je ferais, s'il en était besoin, le voyage d'Italie pour fournira S. E. le cardinal préfet des Etudes les éléments d'un Décret analogue à celui par lequel la Faculté théologique de Gênes et quelques autres Facultés italiennes ont été reconstituées par le Saint-Siège, en ces derniers temps, et pour conclure avec Votre Révérence le traité à soumettre à la ratification du Saint-Père. Dieu m'est témoin que je n'ai en vue que sa gloire et la pureté de la doctrine dans les rangs du clergé français. »
Durant cet échange de lettres, la loi sur l'enseignement supérieur avait été votée en première et seconde lecture. « Nous y applaudirons comme à un commencement de justice, disait-il dans ses entretiens de la retraite. Nous saurons gré aux hommes de foi, détalent et de courage qui nous l'auront value; et notre gratitude s'étendra même à quelques-uns de nos adversaires qui, sans nous ménager les accusations pénibles et les paroles dures, se sont pourtant montrés assez conséquents avec leurs principes de liberté pour ne pas nous en refuser le bénéfice. » Mais ici encore, comme naguère en présence de la loi de 1850, Mgr Pie, tout en réclamant comme minimum le bénéfice du droit commun, réservait, en principe, la prérogative souveraine delà vérité. Il avait été effrayé des concessions qu'avaient faites au libéralisme certains catholiques défenseurs de la loi : «Il(>st, disait-il, un prix auquel nous ne consentirions jamais à conquérir un avantage quel-
conque : ce serait l'abandon consenti de la moindre parcelle de vérité, du moindre atome des droits divins du christianisme. Des avantages obtenus au prix du droit de la vérité seraient justement qualifiés de dot de Tadultère. Cette dot, l'Eglise n'en veut pas, elle n'en voudra jamais. Elle est l'épouse, l'épouselégitime, l'épouse unique, elle restera l'épouse fidèle » .
Dans ce projet de loi, l'Etat se désintéressait des Facultés de théologie. Le rapporteur, M. Edouard Laboulaye, avait dit au nom de la Commission : « Qu'il se fonde des Facultés de théologie, sous la direction des. évêques, avec l'institution canonique, nous y applaudirons ». L'Evêque de Poitiers ne demandait rien de plus. «La déclaration du rapporteur restera et elle fera loi, expliquait-il à ses prêtres ; et les choses étant ainsi, je puis vous annoncer dès aujourd'hui sans témérité, Messieurs, que la Faculté de théologie de l'ancienne Université de Poitiers ne va pas tarder à revivre. »
Une ombre de crainte, il est vrai, assombrissait cette confiance. L'Evêque entendait déjà le radicalisme répéter que le jour était proche où il reprendrait sa revanche contre ces derniers actes de sénilité d'une Assemblée expirante. « Ah ! pourquoi l'Assemblée Constituante de 1871 n'avait-elle pas commencé par rendre à la France les institutions politiques, faute desquelles tout le reste est caduc et éphémère ? Pourquoi n'avait-elle commencé par constituer avant d'organiser? » C était toujours sa pliinte , et toujours sa crainte.
L'Evêque s'était rendu à Paris, fin de juillet, aussitôt la loi votée. Le secrétaire du Comité consultatif du Ministère de l'Instruction publique lui avait donné l'assurance formelle que « la théologie était absolument en dehors de l'économie de la loi actuelle ». Le même fonctionnaire n'avait donc vu aucune objection
à ce que l'Ecole de théologie de cette ville, qui conférait les deux grades inférieurs depuis vingt ans, prît le nom de Faculté.
Enfin, à Poitiers, le Recteur de l'Académie lui avait dit que, non seulement cette Faculté pouvait s'établir et être érigée sans conteste, mais que de plus il la verrait de bon œil, comme offrant plus d'un cours intéressant et utile à la jeunesse studieuse des Facultés de TEtat. C'était bien la pensée de Mgr Pie, qui , dans ce même temps , en écrivait ainsi à MgrFreppel : << Une Faculté complète et homogène où, comme à l'Université Grégorienne, on enseignerait la théologie avec toutes ses dépendances, le droit nature et le droit public chrétien et ecclésiastique, l'Ecriture sainte et les langues anciennes, l'histoire de l'EgHse, l'élude des Pères, telle qu'on a eu le bonheur de l'entendre de votre bouche, la philosophie scolastique avec les sciences naturelles, tout cela, greffé sur une bonne éducation littéraire , ne serait certes pas une institution sans efficacité, du moins sur l'élite de la jeunesse laïque. » Et il en motivait l'espoir.
Toutes les sûretés étant prises du côté de la France, lEvêque se tourna vers Rome. Il adressa au Saint-Siège un mémoire, où, reproduisant les arguments que nous savons, il montrait finalement dans cette Faculté de théologie la sauvegarde des Facultés catholiques laïques qu'on projetait de fonder : « Le quart d'heure est critique ; de ce qui va être fiiit par suite de cette loi peuvent naître les conséquences le plus graves. Et , comme le sacerdoce est le sel de la terre, s'il venait à se vicier et à s'affadir dans les nouvelles écoles ecclésiastiques, la France chrétienne ne trouverait qu'à perdre là où elle a juste espoir de gagner. La protection divine et la Providence de Notre Saint-Père le Pape et du Siège Al ostolique nous épargneront ce malheur. »
Ce mémoire est daté du 17 juillet. Le pieux évèque disait: « J'ai commencé, Mer, sous la protection de Notre-Dame duMont-Carmel, et je termine aujourd'hui samedi, sous le patronage de la Vierge immaculée, ces notes et cette lettre, conjurant la sainte Mère de Dieu de diriger toutes choses de manière à faire triompher les volontés de son divin Fils et les intérêts sacrés de son Eglise, y
Le mémoire, adressé à Mgr Mercurelli, fut remis par lui au nouveau secrétaire de la Congrégation des Études, Mgr Czacki, dont Mgr Mercurelli lui parlait de cette sorte : « Mgr Czacki est le ncTou de la princesse Odescalchi, que vous connaissez; c'est un homme aussi actif qu'intelligent. Comme je suis très lié avec lui, par les principes et pour les atîaires du Saint- Père, qui lui confie bien des choses, je crus opportun de lui communiquer vos observations. Lui, qui vous vénère autant que moi, les trouvant parfaitement correspondantes à ses idées, s'en est montré enchanté, et nous sommes convenus de la manière de présenter la chose au Saint-Père »
Alors s'ouvrit, en effet, entre l'Evêque de Poitiers et Mgr Czacki une volumineuse correspondance du caractère le plus amical comme le plus distingué, dans laquelle on voit passer, à l'occasion de cette affaire, toutes les affaires et tous les intérêts de l'enseignement dans l'Eglise de France. « Je veux, écrivait le Prélat dès le 31 juillet, je veux, en essayant de vous être utile, vous prouver les sentiments de la constante admiration et de la profonde vénération que vous m'inspirez depuis que je suis capable d'apprécier la pureté de la doctrine d'un véritable évêque, et le don que Dieu vous a fait de la mettre sans cesse au profit de la vérité chrétienne. »
Après avoir constaté l'identité de leurs vues sur la nouvelle loi, le Prélat demandait à l'Evêque de Poitiers
d'adresser au Pape une demande en règle, avec les pièces à l'appui. 11 s'était d'ailleurs assuré du bon vouloir du Saint -Père, et il pouvait ajouter : « Je vous confierai, en outre, que le Saint-Père a bien voulu m'autoriser à écrire un petit mot tout confidentiel au révérend Père Général pour lui dire que Sa Sainteté verrait avec la plus vive satisfaction qu'il vînt en aide à Votre Grandeur par lenvoi à Poitiers de quelques autres Pères de la Compagnie destinés à compléter votre future Faculté. »
Mgr Pie remercia. « Je savais d'avance, répondit-il le 5 août, ce que la sainte Eglise pouvait et devait attendre de vous, le jour où Notre Saint-Père vous honorerait de sa confiance. y> Il s'ouvrit donc au Prélat sur le but de son œuvre, destinée à propager le véritable enseignement de l'Eglise Romaine. Il liu en démontra les besoins, la nécessité, même pour ceux qui avaient fait leur soumission au Concile. « Hélas ! disait-il, chez les meilleurs des nôtres l'obéissance est dans la volonté et non dans Pintelligence. C'est une adhésion résignée ;ce n'est pas une adhésion éclairée. » Et il en déduisait en particulier la nécessité d'un cours de Droit naturel, selon les principes et les doctrines du Syllabus. »
A la même réponse, était jointe TEpître postulatoire au Saint-Pèie demandant officiellement, en quelques lignes latines, « que l'empêchement résultant de la loi civile française étant levé désormais, la Faculté théologique existante à Poitiers, selon le plan et la méthode de l'Université Grégorienne, fût sanctionnée par l'autorité pontificale et enrichie des droits et privilèges attachés à cette institution ».
Le cardinal de Bordeaux appuya cette demande. Le 7 août, il adressa à son sufiragant une lettre ostensible, où ayant d'abord célébré les services et les succès de Poitiers dans la collation des grades : ^< Ah ! Monsei-
çneur, ajoutait-il, laissez-moi vous dire combien j'aspire avec ardeur à rétablissement d'une Université catholique pour nos provinces du Sud-Ouest ! Il y a longtemps que cette question me préoccupe ; mais malheureusement mes forces trahiraient mon ardeur dans une pareille entreprise. C'est un autre, c'est vous qui devez la tenter, et je peux vous donner l'assurance que ni mes sulFragants ni moi ne vous marchanderons notre concours — » Les dernières lignes disaient : « L'heure est solennelle, Monseigneur. Pendant que Paris, Lille et Angers se mettent en mouvement, nous ne devons pas rester en arrière. Commençons, le reste viendra peu à peu. Il ne faut jamais douter de l'avenir, quand il s'agit de propager la vérité et défaire triompher l'Eglise. »
Du côté de Rome, « l'atfaire avançait à pleines voiles », selon l'expression de Mgr Czacki.LeR. Père Général, sur le désir de Pie IX, avait promis à Mgr Pie que le nombre des professeurs serait porté à sept poui octobre suivant, ce qui permettrait à la Faculté de marcher. — « Je sais, ajoutait le R. P. Beckx, que le Saint-Père est très satisfait des bases que vous lui avez proposées, et Sa Sainteté m'a fait exprimer soi? désir que je seconde efficacement la réalisation de votre projet. Ce vœu du Vicaire de Jésus-Christ est un ordre pour moi, et le gage de la bénédictioa divine. »
On allait donc pouvoir commencer l'année scolaire, et on n'attendait plus que l'expédition du Bref. Il fut signé le P^'' du même mois, et envoyé à Poitiers immédiatement. Ce Bref d'érection canonique est une très grande pièce, et véritablement monumentale. Pie IX y rappelle les gloires de l'Eglise d'Hilaire et de Fortunat, puis l'ancienne Université érigée par Eugène IV en 1431. Il glorifie la science et les travaux de son Evêque actuel, mentionne avec honneur
l'enseignement des professeurs du Collège Romain éraii^rés à Poitiers. « C'est pourquoi, conclut-il, tenant pour certain que, grâce à la diligence de notre vénérable Frère et de ses coopérateurs, ces écoles s'appliqueront, avec un zèle et un dévouement toujours croissants, à la propagation et à l'affirmation vaillante de la science et de la vraie religion, nous avons voulu exaucer ces vœux, autant que nous le pouvons dans le Seigneur, et par là non seulement rendre au saint Docteur Hilaire et aux autres patrons célestes de Poitiers Thonneur qui leur est dû, mais en outre donner à ce même Evêque Louis-Edouard un gage personnel et très particulier de notre bienveillance paternelle.
« Les choses étant ainsi, de notre autorité apostolique, nous érigeons, par la teneur des présentes, les Ecoles tliéologiques de Poitiers en propre et véritable Faculté de Théologie ; et nous leur concédons, outre le pouvoir de conférer les grades académiques inférieurs, le droit de conférer, suivant la méthode usitée
en cette ville de Rome, la palme de Docteur avec
les mêmes honneurs, privilèges, prérogatives dont usent et jouissent ceux qui ont été promus au même grade dans notre Ville. . .
« Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 1" jour d'octobre de l'année 1875, de notre Pontificat la trentième. »
En recevant ce diplôme le matin du 5 octobre, l'Evêque se mit aussitôt à genoux pour remercier Dieu et Marie: Gratiis statim Deo ac sa?ictissimœ Virgini Mariœ redduis, dit le Registre latin des actes épiscopaux. Ensuite il écrivit au Doyen du Chapitre pour lui demander d'en convoquer les membres : « Monsieur le Doyen, un Bref apostohque Ad jperpetuam rei memoriam érige canoniquement, à la date du P"" de es mois, la Faculté de Poitiers , investie désormais du
privilège de décerner le doctorat sacré. Cet événement considérable par lui-même, et de plus les termes dans lesquels le Saint-Père s'exprime concernant notre Eglise, me font un devoir de communiquer avant tout le document pontifical à mes vénérables frères du Chapitre cathédral.
« Mon intention est donc de me rendre à la salle capitulaire à l'issue des Vêpres ; et je saurai gré à M. le Doyen de faire à cet etFet une convocation générale de tous ceux qui ont rang dans le Chapitre. Je n'aurai guère de plus heureuse occasion de vous redire, Monsieur le Doyen , avec quels sentiments d'estime et de dévouement pour vous et pour vos dignes confrères, je suis vôtre en N.-S. » C'est avec ce respect affectueux que l'Évoque avait l'habitude de traiter le premier corps constitué de son Eglise.
Le même jour partit pour le Cardinal de Bordeaux une lettre qui lui portait la première nouvelle de cette institution. Elle concluait ainsi : « Nous continuerons à procéder sans bruit : le temps seul, joint à la bienveillance dont m'honorent un grand nombre de nos vénérés collègues, devant donner à notre œuvre son développement régulier. Voilà vingt ans et plus que, dans la question de collation des grades et d'établissement des études ecclésiastiques supérieures, nous avons voulu faire avant de dire. La réponse qui vient aujourd'hui nous encourage à ne pas changer de procédé, et à n'occuper de nous le public que dans les proportions nécessaires au succès de la chose. »
La consigne du silence était venue de Rome. Il y allait de l'intérêt soit de la chose elle-même, contre laquelle se fût ameutée la Chambre et la mauvaise presse, soit des Jésuites déjà trop en butte aux violences de l'ennemi. « Lorsque les passions se seront apaisées, écrivait à Poitiers Mgr Czacki, c'est alors quon pourra
entretenir plus larg-ement le public de tout ce qui s'est fait. » Quelques lignes empruntées au Courrier de la Vienne furent les seules que l'Évêque autorisa l' Univers à publier sur cet événement.
Le remerciement de Mgr Pie au Souverain Pontife, écrit, pour ainsi dire, près du lit d'agonie de Mgr Cousseau, donne la mesure de sa joie : « Cette grâce, venue du Ciel par le canal de votre autorité suprême, disait l'Evêque, sera la meilleure consolation de ce qui me reste de vie ; et la pensée de ^'otre Sainteté sera pour moi inséparable de tous les actes par lesquels nous aurons à faire sortir de cette institution les fruits que comportent le temps et les circonstances diffîciles que nous avons à traverser. En vue de ces crises vraisemblablement prochaines, nous persévérons ici dans nos halniudes de discrétion en ce qui est de la publicité. Mais les sympathies de beaucoup de mes collègues me font apercevoir déjà d'heureux résultats qui s'obtiendront sans bruit. »
Deux choses restaient à faire : d'abord assurer la fondation, et bientôt la défendre.
Une lettre pastorale du 25 novembre pressa les diocésains,, ecclésiastiques et laïques, de s'intéresser à une œuvre dont l'Evêque leur démontrait l'importance sociale. Il faisait appel à la générosité du Poitou et de la Vendée, pour la construction des bâtiments destinés à la Faculté, pour la bibliothèque, pour l'internat appelé à recevoir le Convictus des prêtres et des clercs étudiants, et pour l'entretien annuel du personnel enseignant. Il instituait un comité pour l'organisation temporelle de l'œuvre, et provoquait des souscriptions et des offrandes. Une quête annuelle était établie à cette fin, en la fête de saint Hilaire, qu'il donnait pour patron à sa Faculté.
Les ofîi'andes vinrent de divers côtés, et il y en eut de fort belles : c'est le secret d'une charité que nous
devons respecter. Disons seulement que Mgr Pie j contribua pour une part importante. Les Pères professeurs étant venus lui exposer leur besoin et leur désir touchant la formation d'une bibliothèque spéciale, l'Evêque tira tout de suite de son secrétaire vingt mille francs que son éditeur venait de lui apporter comme produit de ses ouvrages , et il les remit aux mains des Pères étonnés et reconnaissants. « Tel était- il en toute occasion, ajoute ici Mgr Gay. J'ai toujours constaté en lui cette magnanimité généreuse. On ne saurait allier, je crois, plus de sagesse pratique et de saine économie dans l'administration de l'argent avec un désintéressement plus vrai et plus libéral. »
Cependant, à la nouvelle de l'érection canonique de la Faculté de Poitiers, la Sorbonne s'était émue. Son doyen , Mgr Maret , était revenu avec plus de confiance à son idée d'obtenir la même sanction romaine pour les Facultés officielles de théologie. C'avait été le sujet d'une nouvelle brochure : Les Facultés de Théologie et les futu7^es Universités catholiques. M. Wallon, alors ministre des cultes et ancien professeur à la Sorbonne, fut gagné à cette idée. Une lettre de lui, à la date du 11 novembre, demanda à M. le duc Decazes, ministre des affaires étrangères, de « faire savoir à S. Em. le cardinal secrétaire d'État que le gouvernement était disposé à se prévaloir de la Bulle du 7 septembre 1857, légèrement modifiée », pour l'érection canonique des Facultés de l'Etat : « Je vous prie. Monsieur le Duc et cher collègue, disait cette lettre, de solliciter de la cour de Rome une nouvelle expédition en forme de cette Bulle, avec les changements consentis en 1858, et les quelques nouvelles modifications qui sont sans importance. »
On se souvient que Mgr Pie, en ces mêmes années
1857-1858, avait signalé à Rome le danger qu'il y aurait à sanctionner ainsi l'enseignement officiel de la théologie. Instruit de ces nouvelles négociations, et muni de toutes les pièces qui s'y rapportaient, il reproduisitaiiprès de laSacrée Congrégation desEtudes tous ses arguments d'alors, corroborés de ceux que lui avaient fournis, depuis ce temps-là, l'attitude de la Faculté de Paris et des |tlus marquants de ses membres, vis-à-vis du Syllabus et du Concile du Vatican. L'Évêque en fit l'objet dun mémoire dune trentaine de pages : nous n'en citerons rien. Ce n'est pas au lendemain du jour où ces Facultés viennent d'être supprimées par les ennemis de l'Eglise que nous irions reproduire, contre leurs tendances d'alors, des réclamations qui d'ailleurs, en somme, n'allaient qu'à leur vouloir plus d'indépendance vis-à-vis de cet Etat qui les écrase aujourd'hui. Bien plutôt avonsnous le besoin et le devoir de leur adresser nos hommages, avec nos regrets ; particulièrement à cette antique Sorbonne, qui, après avoir jeté tant d'éclat dans le passé, en a retrouvé parfois de beaux reflets dans le présent, et qui, si elle doit renaître un jour, ne pourra revivre que dans les conditions doctrinales et hiérarchiques voulues et demandées par l'Evêque de Poitiers.
La conclusion de Mgr Pie était que Rome gagnât du temps, avant de répondre au gouvernement. Or, c'est précisément le temps qui devait manquer à ce pouvoir bien intentionné, mais illusionné. 11 tomba avant d'avoir pu mener à fin une atîaire, dont l'échafaudage croula bientôt après, avec le frêle édifice sur lequel il s'appuyait.
Il importait d'autant plus que les Facultés de l'Eglise prissent de la consistance. Mgr Pie poursuivit son œuvre. Le R. P. Wilmers, illustré, lui aussi, par sa savante contribution aux travaux du Concile, remplaça
leR.P. Schrader, avec dix autres professeurs. Les constructions destinées à recevoir les étudiants reçurent, le 2 février 1876, fête de la Purification de la sainte Vierge, la bénédiction de leurs premiers fondements. Les règlements et statuts s'édifièrent en même temps, conformément à ceux des universités de la Compagnie de Jésus. L'Evêque écrivait, le 13 octobre, au Père Chambellan : « J'ai toujours travaillé à ce que vous eussiez la pleine indépendance et autonomie nécessaires. Ma formule accoutumée auprès de mes collègues dans l'épiscopat, c'est que la Faculté de Poitiers est une succursale du Collège Romain. Ce qui n'empêche pas que, vis-à-vis du pouvoir et du public^ il y a quelques ménagements de langage et de conduite à observer, pour que notre œuvre reste conciliable avec la législation et l'esprit du pays et du temps où nous vivons. Le Saint-Père, à distance, s'est merveilleusement rendu compte de cette situation, et j'ai reconnu l'assistance d'en haut dans la rédaction du Bref apostolique qui nous institue, rédaction dont les termes principaux ont été prescrits par Sa Sainteté elle-même.
« La légende d'un de mes saints patrons (saint Edouard) nous dit ce matin : Fuitque ingenio niitissimo, Clique ah omni dominandi cupiditate alieno. J'ai bien à cœur que vous me reconnaissiez quelque participation à cette qualité. Dans le cas présent, jen'ai aucun effort à faire sur moi-même pour vous dire que j'agrée ce qui sera fait conformément aux instructions du R. P. Provincial, et je demande àNotre-Seigneur ses plus abondantes bénédictions sur les travaux de nos excellents Pères , pendant le cours de cette nouvelle année scolaire. »
Une partie de l'Instruction de Mgr Pie sur l'institution canonique de sa Faculté avait été d'abord adressée au clergé de Poitiers, réuni au grand séminaire, le
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25noveral3re, pour célébrer le xxvi* anniversaire de la consécration de son évêqiie. Il leur rappela que saint Martin était mort danslaxxvf année de son épiscopat, àl'âge de 81 ans. « Nous ne demandons pas au Seigneur, dit-il, d'avoir à travailler jusqu'à un âge si avancé; nous lui demandons seulement et vous lui demanderez pour nous que sa grâce et lassistance de la bienbeiu^euse Vierge Marie, sa Mère, nous permettent de transporter à d'autres mains une œuvre assez avancée pour ne pas se trouver compromise. »
Deux mois après, la Faculté célébrait sa fête patronale, celle de saint Hilaire. L'Evêque termina son discours par ces mots : « La Nation cC Aq^uitaine^comxnQ on disait dans la langue des anciennes écoles, ne connut pas autrefois d'autre patron qu'Hilaire ; et c'était justice, car, dit notre vieil annaliste, « après qu'il s'en « fut allé à Rome, et de Rome en Grèce, et qu'il eut « étudié neuf ou dix ans ; rempli d'éloquence, de « lettres latines et grecques, et de tout bon et lotiable « savoir, Hilaire s'en retourna à Poitiers, où il tint « université, c'est-à-dire congrégation de jeunes « gens de tout le pays, qui venaient à lui pour appren- « dre la science humaine et évangélique ». Ce fut, en ce sens, la première institution de l'Université de Poitiers : foyer céleste où s'allume cette constellation de docteurs, qui, de siècle en siècle, n'acessé de briller au firmament de notre Eglise.
« Puissent ceux qui leur succéderont en faire briller au loin les reflets, et mériter de briller eux-mêmes comme des étoiles pendant toutes les éternités ! »