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CHAPITRE III

3.A BULLE d'excommunication A POITIERS. — INITIATIVE DU DENIER DE SAINT-PIERRE ET DES ENRÔLEMENTS. — LETTHE AU CARDINAL CORSI. — LE SENSUALISME ET l'ÉLOGE DUR, LABRE. — CASTELFIDARDO : ORAISON FUNÈRRE DES VICTIMES. — SIXIÈME CENTENAIRE DE NOTRE-DAME DE CHARTRES. — UNE GÉNÉREUSE ERREUR. — MARIE E F LA XII'' ANNÉE d'ÉPISOOPAT.

Sentant monter et gronder rhostilité des pouvoirs ennemis de l'Egiise , Mgr Pie appelait leur prompte répression, et ses conseils n'étaient pas, certes, des conseils timides. Les lettres du commencement de l'année 1860, dont nous venons de parler, demandaient auPape deux actes d'autorité : un acte d'autorité doctrinale, qui serait la définition des principes méconnus et outragés par la Révolution ; un acted autorité judiciaire, qui seraitl'excommunication des violateurs du domaine de Pierre. Cette lettre, adressée à Mgr Fioramonti, indiquait discrètement tout ce double plan de défense, en l'appuyant sur ces graves considérations : « Monseigneur, disait-elle, il j a des définitions doctrinales que le monde attend et dont la marche des choses amène la nécessité. Le principe gallican de la souveraine et quasi-divine indépendance des princes et des peu-

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pies à l'égard du pouvoir spirituel périra sur ce champ de bataille, et sera frappé des censures de l'Eglise, un jour ou l'autre.

« Le prélude de cela, ce sera, j'imagine, une bonne Bulle d'excommunication du Vicaire de Jésus-Christ lancée à son vicaire savoyard. 11 n'y aurait rien à gagner aux ménagements. J'espère donc que cet acte sera aussi solennel que les circonstances le comportent ; que ce ne sera pas une simple excommunication in gloho, mais, sinon nominale, du moins motivée, enfin entourée de toutes les formes qui peuvent faire une grande impressioa. Quoi qu'on fasse pour arrêter cette pièce aux frontières de certains pavs, la rapidité et la facilité des communications actuelles ne permettent plus l'étouffement d'un acte retentissant de sa nature, comme celui-ci. »

Il fut fait ainsi. Cette lettre, sans date précise, est des premières semaines de mars. Le 26 du même mois, était fulminée à Rome la Bulle pontificale Cùm catholica Ecclesia, dans laquelle, a^^ant d'abord rappelé les machinations du gouvernement piémontais contre le patrimoine de Pierre, le Pape déclarait que « tous ceux qui avaient pris part à la rébellion, à l'usurpation et à l'invasion criminelle de ce domaine, et de même leurs commettants, fauteurs, auxiliaires, conseillers, adhérents, participants aux mêmes actes, avaient encouru l'excommunication majeure. Et,aubesoin, il les excommuniait et anathématisait de nouveau, jusqu'à rétractation, révocation et annulation de tous leurs attentats contre le Saint-Siège et l'Eglise.... »

On connut en France l'existence de cette Bulle avant d'en connaître le texte. Ce fut pour la mauvaise presse une belle occasion de mentir, en fabriquant une pièce de fantaisie où l'acte pontifical recevait toutes sortes de travestissements. Le Siècle, le National, le Constitutionnel ^dXoYs, excellèrent, comme toujours,

dans la calomnie. Elle fit un chemin rapide, et d'autant plus commode qu'on lui épargna la peine d'avoir à combattre des contradicteurs. En effet, au moment où les journaux catholiques s'apprêtaient à répondre par la publication de la véritable Bulle, soudain, le 1^' avril, une note officielle insérée au Moniteur les rappela à l'observation de cet Article organique : « Aucune bullC;, bref, rescrit, décret, ni autre expédition de la cour de Rome, même ne concernant que les particuliers, ne pourront être reçus, publiés, imprimés, ni autrement mis en exécution, sans l'autorisation du gouvernement ».

Une conduite d'une partialité aussi révoltante ne fît qu'animer le courage de Mgr Pie. Le jour de Pâques, l'Evêque, revêtu de ses plus magnifiques habits pontificaux, avec la crosse et la mitre, monta dans la chaire de sa cathédrale, et là, devant un peuple immense, lut lui-même la lettre qu'il faisait lire en ce même jour dans chacune des églises de sa ville épiscopale. Il ne venait pas présentement, disaitil, promulguer l'acte du 26 mars. Mais cet acte, on le discute, on le commente, on le dénature dans des feuilles qui pénètrent dans son diocèse ; il a donc le droit et le devoir de ne pas garder le silence. La prétendue formule d'excommunication, empruntée par certains journaux à un romancier de leur camp, est une misérable invention de leur génie : c'est une indignité. C'est de plus une lâcheté, et Mgr Pie stigmatise les malhonnêtes gens qui se livrent aux fantaisies de la discussion libre dont ils ont le monopole, sur un document auquel est refusée la liberté de se produire. « Les théories les plus magistrales sur les rapports du droit ecclésiastique et du droit national n'infirmeront jamais certains devoirs de probité naturelle et d'honnêteté publique », proclame gravement l'Évêque, et il livre au jugement sévère de l'opinion, tels articles de

12 '.H CAIU)I.\AL l'IK.

M. (ir.'in^^Miillot,, f-ar exemple, qu'il dôclaro « contraires aux roules l(;s plus viil;,'-airos rlc rhoniioiir, do l;i. jiisti(;o, do la ndif^ion o(, du dn)if, dos ^'•ons ».

l/;iiMlil,oiro s'(';l,oiiii,-iil, (I un f).'u*'il l.'l^f,^ag■o : Etait- VA\ lauii siijof, fju'il r.()j)Vf'ii;ii(, (lot,r;i,i(,or on uiio paroillo fV;l,o ? "-''<Ali! s;uis don(,r, ropron.'iiL l'Mvf'-quo , il rii'<!ri(, ôl,'"' plus doux d(! no iiionl.oi'oii oliairo, JosninI, jour do l'Aipios, <|u<; |)OMr iiistiMiiro cl bf'uiir. » Mais il conriall, sou dovoir, (il, porsounc n'en est moilleur juge qiio lui. « haiis lotîtes les grandes conjonctures, dé- ,clare-t-il, les pasteurs se gouvernent par des lumières Bupôrieures ;\ colles df, la foule. Il leur suflit, pour riiourrî prôsouto, do s'a,p|)uyor sur lesontiniont intime de leur di'oil, ot do l(înr dovoii' , sur lo jii^^'-oniont do l(!ur |)i"opr'(î oousoionoc! ot (l<! la couscicuco do toutes les amos éclain'os : ils ont d(UTièro ou.v les exemples de leurs devanciers, ot dev.mt eux cet assentiment des siècles (|ui n';i, j;i.m;iis r;i,it dc'd'aut .aux netos do fermeté, de foi ot d(; justice. »

Mais un do ces insidlrnis de Tl^^liso ot du Pajio, M. Dupiu aine, le f;ic,étieiix jtu'ist,e, \u\ vonait-il pas, ti'ois jours aup;uav;iut , dans une séance du Sèn;it, de donnei' \\\)V(\ carrière à sa verve burlesque sui'le sujet des pfièi'os deni.iufjées p;u' les évoques? Il eu |)ortiM-alaIioute. « l^]n (puî^puî li<;u (pf elles s'étalent, reprend Mgrl'ie,cos mof|ueries couttd les [aièrossont d(; pauvresargiiriKMits : le sMus-ficon jovial vis-à-visde ri<]^lise est 1(! signe dos os[)fits vulgaires, si ce n'est auti-iî (diosc!. » I/I^]vé(iuo terminait son allocution par appeler le triomphe de Jésus-(-hrist glorieux, du Jésus- Christ de l*â(pi(>s, « sur cos scribes, et ces pharisiens qui faisaJeiit sctdhîr et garder sou tomlx^'iu j)ar les soldats d(! ('ésar ».

Après un t,(d discours, la l)ulle (îlait piouudguéc, sans(ju'on ou (mH l'ion cih'' ; do i)lus, (dlo ét.ait vengée.

(!'ét;iit bien do venger h.'s actes judiciaires du Pape;

mais l'assister c'était mieux. Dès l'année précédente 1859, des prêtres ayant consulté Mg-r Pie sur le choix d'une offrande à présenter à Pie IX, il avait répondu : « Envoyez-lui plutôt des troupes et de l'argent », L'Évèque fît davantage : il prit dès lors, vis-àvis de quelques-uns de ses collègues, l'initiative de ce qui devint l'Œuvre du Denier de Saint-Pierre et de l'enrôlement d'une arm,ée de volontaires au service du Pape.

Mais c'était là une chose encore trop 'insolite pour être comprise et acceptée immédiatement ; aussi les réponses des évéques ne furent-elles guère, à cette époque, que des objections. L'évêque d'x4miens « ne croit pas opportun de se presser. 11 est du reste très disposé à suivre en tout les vues et jusqu'aux moindres désirs du Saint-Père ». L'évêque de Blois « a accueilli cette proposition avec la plus grandejoie ; car il se disposait à publier un mandement sur ce sujet. Mais des doutes lui sont venus touchant l'opportunité de cette mesure : « Serons-nous compris? demande -t-il. Au lieu de ne voir dans notre appel à la charité des fidèles que le seul désir de subvenir à la détresse du Pape, n'y voudra-ton pas trouver la pensée d'agiter les populations et de les soulever contre le gouvernement ? Ne nous exposerons-nous pas à blesser ou irriter ceux qu'il ne faut pas tiatter, mais aussi qu'il ne faut pas provoquer ? N 'est-il pas à croire que ces réflexions seront faites par une partie de l'épiscopat français, et que l'Œuvre du Denier de Saint-Pierre n'ait pas cet ensemble sans lequel elle semblera une idée de parti?. . . Voilà les réflexions que je soumets à votre zèle admirable pour l'Eglise et [our la défense du Saint-Siège. »

A Nantes, môme réponse de Mgr Jacquemet, qui venait de transmettre à trois prélats de ses amis la proposition de l'Evêque de Poitiers. « Tous hésitent, répond-il ; ils estiment le moment inopportun ou

craignent un échec. Je dois dire que, même dans le bon pays que j'habite, on prévoit de grandes difficultés. On a réussi à répandre dans le peuple des villes et des campagnes une demi-persuasion qu'il ne s'agit, dans l'affaire de Rome, que d'intérêts temporels, et quec'est une question d'argent. Ma pensée serait donc d'attendre. Le mal, du reste, marche avec une (elle rapidité que bientôt peut-être, aux yeux de tous, il sera évident que le Denier de Saint-Pierre est devenu une nécessité, et alors nous agirons avec unanimité et certitude du succès. » En effet, le succès de l'œuvre fut l'ouvrage de tous ; mais l'initiative de l'œuvre fut la gloire particulière de Mgr Pie. Nous devions le mentionner.

Aprèscespremières démarches encore infructueuses, il se résigna à l'attente , mais ce ne fut pas une attente oisive. Il avait provoqué dans le Poitou et la Vendée la générosité des familles catholiques et l'élan de la jeune noblesse. Aussi, quand, à la fin de mars, le général de La Moricière, encouragé par lui, alla prendre le commandement des troupes de Pie IX, on en revint au premier dessein de Mgr Pie ; et le 11 avril, Mgr de Nantes, pressé par les événements, lui soumettait de nouveau les deux doutes suivants : « 1° La situation est-elle assez changée pour que nous puissions reprendre l'œuvre du Denier de Saint-Pierre, que nous avions cru devoir ajourner? Je dois dire que j'y incline peu, et que je redoute de peu réussir, même dans nos contrées, après beaucoup d'efforts. L'emprunt serait mieux accueilli. — 2" Etes-vous d'avis d'encourager nos jeunes gens à partir pour Rome, dans l'intention d'y prendre du service ? S'ils arrivent avant qu'on soit prêt à les recevoir, ne seront-ils pas un embarras? Ne seront-ils pas exposés eux-mêmes à bien des déceptions ? »

Mais l'élan était donné. Plusieurs évêques s'étaient

maintenant prononcés pour Faction. A Poitiers, Mgr Pie « avait déjà, disait-il, reçu des rangs les plus divers de la société, des dons plus ou moins importants, selon les facultés de ceux qui les offraient. Le clergé, malgré son extrême détresse, avait donné, comme toujours, le signal et l'exemple de la générosité. Le Pape avait reçu ces dons avec reconnaissance ».

Le 2Q juin, l'Évêque de Poitiers généralisa cet appel par une lettre aux prêtres de son diocèse. Une circulaire du ministre des cultes, du 5 mai, niait que « les offrandes faites ainsi au Saint-Père eussent un caractère et possédassent un mérite essentiellement religieux ». L'Evêque releva cette insinuation. Selon son habitude de considérer toute chose par le côté surnaturel, il démontra que cet acte ressortait directement delà vertu de religion. Puis, lançant ses prêtres dans le feu de l'action : « Allez donc, et ne craignez rien. Il ne s'agit plus de retenue. Il est une limite au delà de laquelle la retenue devient pusillanimité ». Même encouragement à provoquer l'enrôlement des volontaires pontificaux : « Plus cette noble détermination trouve de contradicteurs, plus la religion leur doit

d'applaudissements Il serait ambitieux et prématuré

peut-être de prononcer le mot de Croisade. Disons pourtant que l'expédition pour la délivrance de Rome n'a pas un but moins religieux que celle d'autrefois pour la délivrance de Jérusalem. Jérusalem, c'est notre histoire ; Rome, c'est notre vie. »

Déjà même, lui, Thomme de l'antiquité ecclésiastique, se demandait s'il n'y avait pas là, dans ce recrutement des volontaires de l'Eglise, le germe du rétabhssement des anciens Ordres militaires. Il j avait pensé ; il avait trouvé un nom pour cette milice du Pape: on l'appellerait la Chevalerie de Saint-Pierre. En attendant, c'était déjà de modernes croisés qu'il bénissait en eux. « Quant à nous, disait-il, fidèles

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aux traditions de nos devanciers, nous appelons chaque matin sur cette jeune armée toutes les bénédictions que l'Eglise implore par ses Pontifes, lorsqu'ils donnent la croix à ceux qui partent pour le secours et la défense de la foi chrétienne. » Le devoir de pourvoir à l'équipement de ces troupes, l'exhortation à souscrire l'emprunt pontifical terminaient cette lettre. A la résistance des Évêques de toute la chrétienté, le Piémont répondait en frappant de proscription les évêques italiens. Au mois de mai, Tarchevêque de Pise, l'illustre cardinal Corsi, ayant, du haut de la chaire, dénoncé le chemin couvert que la Révolution se frayait vers Rome, et défendu à son clergé de chanter le Te Deum pour l'anniversaire du statut d'annexion de la Toscane et de l'Emilie aux États piémontais, il fut enlevé de son palais et interné à Turin, avec défense de remettre le pied dans son diocèse. Le cœur de Mgr Pie ne résista pas au besoin de lui faire arriver son applaudissement. 11 le fit par l'intermédiaire d'un ancien ami, M. le baron de Villeneuve, dont les neveux, les frères Balbo, devaient trouver accès auprès du vénérable banni. « Je n'ose m 'aventurer à écrire directement à S. E. le cardinal archevêque de Pise, prisonnier à Turin. Mais si l'un de ces messieurs vos neveux peut pénétrer jusqu'à lui, il soulagerait mon cœur d'un grand besoin, en assurant à ce digne confesseur de l'Eglise, à cette noble victime du devoir et de l'honneur, que, nulle part plus qu'à Poitiers, Évêque, Chapitre, clergé et fidèles ne sont pénétrés d'admiration pour cette constance et cette fermeté épiscopale qui nous rappellent notre grand Hilaire. Nous conjurons le Seigneur qui vient d'enlever au Sacré Collège et à l'Eglise l'incomparable archevêque de Bologne, de nous conserver dans sa miséricorde son digne rival en science, en vertu et en noblesse d'âme, le cardinal Corsi... Nous ne nous dissimulons pas que c'est prin-

cipalement à ces deux grands évêques que l'Italie est redevable de la bonne attitude de la grande majorité de son clergé : leur exemple a réconforté les bons et fait rougir les faibles. »

Quand le comte Prosper Balbo et la comtesse Fella Balbo remirent cette lettre au proscrit, il y porta ses lèvres. Il pleura enla lisant. « Combien, dit-il, je m'estimerais heureux de recevoir directement quelques lignes de sa main ; car c'est l'Evêque que j'aime et que j'admire le plus ! » Mgr Pie s'empressa donc de lui adresser une lettre personnelle, où il disait : « L'Eglise n'attendait pas moins de Votre Eminence. Après avoir développé une si haute doctrine dans la mémorable lettre de l'an dernier, signée des métropolitains de la Toscane, il ne vous restait qu'à donner dans votre personne un grand exemple de fidélité pour la défense de ces principes sacrés. C'est ce que les méchants ont réussi à mettre en relief. L'univers chrétien sait désormais que, dans l'éminent archevêque de Pise, le confesseur est au niveau du docteur. De tels exemples ne seront pas perdus : le clergé de l'Italie et celui du monde entier en profiteront. »

La réponse du cardinal est d'une beauté antique : « Je n'ai fait, Monseigneur et vénérable Frère, qu'accomplir mon devoir. Si j'avais failli, c'eût été pour ma conscience un remords éternel. Comment aurais-je pu trouver un moment de repos dans ce vaste palais archiépiscopal, comment aurais-je pu accomplir les fonctions pontificales, dans cette auguste métropole que la piété des Pisans éleva à Dieu et à sa Mère immaculée? Ces murailles, ces voûtes ne m'auraient- elles pas accusé de félonie? Vous-même, Monseigneur, vous qui tenez un rang si illustre parmi les défenseurs de nos vérités catholiques, vous qui, par vos œuvres, par vos paroles, vos écrits, votre zèle, avez donné, en vrai successeur d'Hilaire, non seulement à la France,

mais à l'Eglise entière, des exemples d'une si admirable constance, jugez vous-même si je pouvais parler et faire d'autre sorte. Que Dieu nous fasse la grâce ut cita anticipent nos misericordiœ Dominil On dirait que le Seigneur prépare quelque chose de nouveau dans lavie des souverains, duclergé, des peuples.... On dirait que les fils des hommes travaillent comme autrefois à une tour de Babel dans la vallée de Sennaar. Ce même Dieu leur laissera-t-il bâtir l'édifice qu'ils prétendent élever contre sa toute-puissance ? Mais non : descendamus et confundamus ibi linguam eorum ! Quant à nous, Monseigneur et cher Frère, soyons étroitement unis au saint autel, sous l'abri de Jésus-Christ. »

Le clergé poitevin, lui aussi, se serrait autour de son vaillantchef, qui profita de la retraite ecclésiastique, juillet 1860, pour faire passer son âme dans celle de ses prêtres. Cette retraite était prêchée par M. l'abbé Mermillod^ alors recteur de Notre-Dame de Genève. «Ce sera, disait l'Evêque, un sujet de fierté pour le clergé poitevin d'avoir eu les prémices de son ministère de retraites pastorales. Ce ministère de sa parole sera désormais recherché de toutes parts, si de plus grands services à rendre à l'Eglise ne viennent pas y mettre un terme prématuré. » En effet, la couronne de l'épiscopat était visiblement suspendue sur la tête « du jeune et éloquent apôtre ».

Le prédicateur et l'Evêque avaient eu, pour cette retraite, un dessein principal : mettre dans le cœur des prêtres Tintelligence et l'amour de la sainte Eglise, comme étant le plus grand besoin de l'heure présente. « Notre éducation ecclésiastique, leur disait Mgr Pie, nous avait donné le sentiment de Jésus vivant dans l'Eucharistie et vivant dans les âmes ; mais peut-être le sentiment de l'Eglise, le sentiment de Jésus-Christ vivant dans l'Eghse et vivifiant le monde par l'Eglise, n'était-il pas aussi pleinement développé en nous. »

Il disait encore : « L'esprit de particularisme, de faux nationalisme a fait son temps dans le clergé de France. La force et la consolation de notre ministère local, c'est de nous sentir en communion avec l'œuvre universelle. Soyons pareils à cette sentinelle qui a été consignée sur un point éloigné du champ de bataille, et qui supporte avec abnégation son rôle modeste, parce qu elle sait qu'elle participe néanmoins aux opérations de toute l'armée. »

Ces opérations, quelles avaient-elles été dans la campagne courante? Il en rendit compte à ses troupes. II revint sur le discours facétieux, dans lequel M. Dupin avait nommé les prières faites par les catholiques en faveur du Pape, « des pétitions sur lesquelles la Providence a passé à l'ordre du jour, puisqu'elle a laissé accomplir des faits qui sans doute étaient dans ses desseins éternels ». — « Puisse, disait l'Évêque, la miséricorde divine ne jamais passer à l'ordre du jour sur les requêtes que nous ne cessons de lui présenter pour la conversion de ces tristes railleurs qui mettent leur esprit à provoquer les colères de Celui dont les arrêts ne sont pas sujets à cassation. » Le même plaisant avait trouvé agréable de dire cette parole cruelle : ^< Les Papes, ayant fait le serment de garder intact le domaine de Saint- Pierre, ont sans doute, en conséquence, fait aussi le serment de n'être jamais vaincus ». L'Evêque relève ce mot malheureux de serment, mal venu sur des lèvres qui en avaient prêté de si nombreux et de si divers; et le retournant contre l'auteur : « Quoi qu'en dise sa verve plaisante, un pareil serment, s'il m'est permis de le dire, n'est à l'usage que de ceux qui ont juréd'être toujours ducôtè des vainqueurs ; etla fidélité avec laquelle ils observent celui-ci explique peut-être la facilité avec laquelle ils se regardent comme dégagés de tous les autres. Mais si le Pape n'a point fait le serment de n'être pas vaincu, en retour le Dieu tout-puissant a

fait, lui, « un serment qu'ilne ré tractera poi at : Juravit Dominus el non j^oenitebil eum ». Ce qu'il a dit à son propre Fils, il l'a dit au Vicaire de son Fils : Tu es prêtre pour l'éternité : Tu es sacerdos in œternum. Et afin que ce sacerdoce suprême ne soit jamais renversé, « le Seigneur se tient à la droite de son Christ, et, au jour de sa colère, il brise les rois, il juge les nations, il emplit le monde de ruines, il renverse les couronnes, et il écrase sur la terie la tête de plusieurs: conquassabit capita in terra muHorum ». Ainsi le chantons-nous chaque dimanche à Vêpres. Cependant le Vicaire de Jésus- Christ, après avoir bu, comme son Maitre, l'eau du torrent, se relève de ses chutes et redresse la tête. Et nous chanterons encore, et nous chanterons toujours : « Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »

Du moins, ces dérisions, ces menaces, ces interdictions, ces vexations avaient achevé d'éclairer le clergé. « C'est un vrai bonheur, disait une lettre de l'Evêque, que la cause de la religion et du clergé soit enfin détachée de celle d'un pouvoir qui prépare des crises si formidables. Le gouvernement actuel a fait un tour de force que j'aurais cru impossible : il a su rendre regrettable le gouvernement tombé en 48. Jamais la situation n'a été plus grave. Le gouvernement provisoire n a pas laissé dire tout ce qui se dit. Nous sommes dévorés, en France, par les doctrines que nous émettons. »

A ces doctrines du naturalisme et du sensualisme, l'Evêque fut amené à o[)poser j/ubliquement un héroïque exemple. L'année précédente, Mgr Parisis, évêque d'Arras, lui avait écrit : « Monseigneur, Dieu vousa donné, dans un degré trèséminent, la vertu delà parole: Vox Domini in virluie ; et vous en répandez le bienfaitmême au delà des limites de votre diocèse...

Nous devons avoir, au mois de juillet prochain^, de grandes solennitéspourlaréceptiond'une relique insigne de notre vénérable Labre, dont la béatification doit être célébrée à Rome dans le mois de mai précédent. Je viens vous prier, Monseigneur, de vouloir bien nous donner le panégyrique de cet homme de Dieu. Assurément l'éloge d'un pauvre qui n'a su, en sa vie, que -prier et faire pénitence, n'est pas un sujet vulgaire dans un siècle qui n'apprécie que l'utilitaire et le confortable. Je compte donc sur vous. »

Mgr d'Arras lui demandait ce discours au nom « de sa profonde sympathie et de son affectueuse admiration ». Dom Guéranger insista sur le côté doctrinal: « De grâce, Monseigneur, attaquez le naturalisme par son nom, et montrez que les théories du Correspondant ne sont pas assez vastes pour que des existences comme celle du Bienheureux y puissent trouver leur place — »

Le discours prononcé, le 18 juillet 1860, dans la cathédrale d'Arras, fut un événement. C'était comme une session conciliaire que cette assemblée où siégeaient le cardinal archevêque de Besançon, les archevêques de Cambrai, de Sens, de Tyr in partibus, de Santiago, de Rouen, les évêques d'Arras, de Gand, de Beauvais, de Metz, de Laval, de Bruges^ de Saint-Dié, d'Angoulême, de Langres, de Chartres, de Liège, de Quimper,du Mans, de Nîmes, d'Amiens, de Saint-Claude, de Clifton en Angleterre et de Brisbane en Australie.

L'Evêque de Poitiers, à sa grande manière, prit les choses de haut. Nous sommes tous les mendiants de Dieu; Jésus-Christ s'est fait lui-même mendiant volontaire ici-bas, et la pauvreté est montrée dans l'Evangile comme le premier pas vers la royale béatitude descieux. Le bienheureux Benoît-Joseph l'a embrassée, dans l'exercice du pèlerinage, par tous les pays

de l'Europe, la France, l'Espagne, la Suisse, l'Allemagne, et surtout l'Italie, où il mourntà Rome qui nous rend ses re]iques. « Arras ! Arras ! quel spectacle tu nous donnes à cette heure ! Qu'ils prophétisent donc, nos lettrés sentencieux et nos beaux diseurs ! qu'ils proclament avec aplomb que la sainteté est un genre de poésie fini comme tant d'autres ; qu'il y aura encore des saints canonisés à Rome, mais qu'il n'y en aura plus de canonisés par le peuple. Nous sommes là, vous et moi, et quelques cent mille hommes avec nous, pour attester la canonisation populaire de Benoîi- Joseph. » C'est à l'œil droit de M. Renan que visaient ce trait et cette allusion.

La seconde partie du discours développait la grande thèse et donnait la grande leçon. Le tableau du naturalisme dans le monde moderne tracé par Mgr Pie est une maîtresse page. Or, à cette génération qui ne connaît, ne sert et n'adore que la nature, voici que la Providence oppose le phénomène d'un homme qui foule aux pieds tous les instincts de la nature pour ne plus vivre que d'une vie transfigurée par la grâce. Cet homme est un signe levé contre le siècle qui la porté et contre le siècle qui aujourd'hui le voit renaître et resplendir d'une gloire posthume.... En vain ce siècle s'irrite du défi que lui jette la glorification de cet homme de rien, de ce paysan sans culture, de ce vagabond, de ce mendiant : autant de qualifications que l'orateur retorque contre ces pauvres d'idées et de convictions, ces misérables de vertus, ces pèlerins de l'ambition, ces mendiants du plaisir, ces faméliques de la littérature abjecte, ces déguenillés de la philosophie, qui vraiment ont bonne grâce de reprocher à Benoît Labre de livrer son corps en pâture aux insectes. « Vermine pour vermine, dit l'Évèque, celle du corps est-elle plus honteuse que celle de l'esprit? » Et quand il a lait voir ces affamés de vérité

se repaissant de l'ignoble ou creuse pâture du journalisme, ces mendiants de gloire se drapant dans le manteau troué et souillé de boue et de sang des idées inodernes et des principes immortels de 89 : « Ah ! dans quel piteux équipage d'idées et de sentiments je vous vois, s'écriait l'orateur. Venez, ô mon Benoît- Joseph, et laissez-moi reposer sur vous mes yeux fatigués du dégoûtant spectacle de ces pauvres superbes ! »

On ne sera pas étonné d'apprendre qu'à cet endroit du discours, l'auditoire immense, transporté d'enthousiasme, faillit éclater en applaudissements.

Pie IX et ses douleurs étaient présents alors à la pensée de tous. Mgr Pie demanda au bienheureux Benoît de faire descendre du Ciel un sourire pour le Pontife qui l'avait glorifié. « Puisque les rois, puisque les puissants l'abandonnent et le trahissent, ô pauvre de Jésus-Christ, sauvez-le, et avec lui sauvez le monde. Sauvez-le, et avec ce Pontife-Roi, sauvez toutes les autres royautés qui périssent, sauvez le principe même de la souveraineté qui croulerait avec lui pour nous laisser en proie à une anarchie universelle. »

L'Evêque priait ensuite pour ces Etats romains qui avaient été la seconde patrie de Benoît: « Ah ! ces sanctuaires de l'Italie que vous avez tant aimés, tant fréquentés, ces lieux bénis, Lorette, Assise et tant d'autres, protégez-les de là-haut, et ne les laissez pas tomber aux mains des fils de Bélial. »

Deux mois après, on put voir ce que les fils de Bélial faisaient de ces champs vénérés, changés en champs de carnage.

Une lettre de Mgr Pie replace devant nos yeux le tableau de cette solennité et de cette prédication. Elle est écrite d'Arras, le 18 juillet. « Nous avons eu ici, trois jours durant, des solennités sans exemple. Jamais roi n'a été fêté comme ce pauvre volontaire. Le pays

légal s'est abstenu, s'est montré de mauvaise humeur : il y a gagné de se rendre encore plus impopulaire et de constater que les masses étaient avec nous et non avec lui. Vingt-cinq évèques, quinze cents prêtres au moins, et des foules innombrables ! Tout s'est passé dans un ordre parfait. J'ai été chargé du bouquet ; on m'avait dévolu le panégyrique du Bienhem^eux pour le dernier jour du Triduum. Mgr de Nîmes avait prêché la veille : il est beaucoup plus du métier que je ne le suis, r.ependant je m'en suis tiré avec les honneurs de la guerre. 11 m'est survenu en chaire une facilité inattendue de descendre au ton convenable pour maîtriser une foule de huit à dix mille hommes et femmes entassés ; j'ai quitté le littéraire pour le populaire, et ce dernier genre était le seul possible en face de telles masses. Je sens du reste tout ce qui manquait à cette conversation oratoire, qui a duré plus d'une heure et demie. Mais ses défauts même en ont fait le succès, et il a été aussi éclatant qu'il pouvait être désiré. »

Ce fut une raison pour que le discours déplût au gouvernement. « On a notifié à l'imprimeur d'Arras, écrit Mgr Pie àMgrCousseau,qu'il faudra déposer les discours épiscopaux au parquet, vingt-quatre heures avant la mise en vente. » L'évêque d'Angoulême répondit : « Pour deux ou trois traits seulement caî?^ can^m : vous verrez bien ce qui peut se dire sans risque d'être mordu légalement ». Un vicaire général d'Arras, M. l'abbé des Billiers, négocia pour obtenir du prédicateur certains retranchements graves. Mgr Pie s'y refusa : « J'imprimerai mon discours séparément des autres, et à mes risques et périls, plutôt que da laisser se perdre une seule miette de ce que je crois être le pain de la vérité » .

11 fallait redoubler de vigueur, en même temps que les pouvoirs redoublaient de malice. La prière était toujours la première force de l'Evêque. Il s'adressa à

LA DÉb'ENSlO DU PAPE-ROI. 85

Marie. Le jour de TAssomption, l'homélie qu'il fit dans sa cathédrale fut un cri de détresse vers Celle que l'Eglise, pressée par les barbares, avait autrefois invoquée sous le nom de Secours des chrétiens. Paraphrasant l'antienne liturgique de son office : Sancta Maria, succurre miseris : « Les malheureux à secourir, où ne sont-ils pas ? demandait-il. L'Orient, l'Occident, le Midi, le Nord en regorgent. Entendez l'immense gémissement de l'Italie sous le joug de l'impiété. Al'écrasement de l'Irlande et de la Pologne catholiques viennent se joindre les égorge raents de la Cochinchine et de la Syrie. Persécutions par les infidèles, persécutions par les puissances hérétiques et schismatiques, persécutions au sein des nations catholiques : succurre miseris!... »

L'homélie venait de rappeler les récents désastres des catholiques d'Orient. D'horribles massacres avaient ensanglanté Deir-el-Kamar, près de Damas. C'était à la fin de mai. Trois mois après seulement, le 3 août, la France se décida à envoyer une brigade de 7,000 hommes au secours de nos malheureux alliés de six cents ans. Mais la charité de l'Eglise avait devancé les démarches de la diplomatie : Pie IX avait parlé. Après lui, rEvê(|ue de Poitiers écrivit, le 29 août, en faveur de ces frères laissés sans défense sous le sabre du musulman, cinq ans après que nous avions fait l'expédition de Crimée pour relever en Orient l'antique protectorat de la France ! La première parole du Mandement de Mgr Pie fut pour secouer ses pieds sur cette politique stérile ou dérisoire de laquelle il disait : « L'heure viendra pour l'histoire d'adjuger à chacun sa part de responsabilité dans ces massacres et ces infamies de tout genre. La politique contemporaine, panégyriste si imperturbable de ses propres faits et ;gestes, aura ses comptes à rendre devant le tribunal sévère de la postérité. Heureuses les puissances qui

pourront se laver les mains du sang de ce peuple innocent, et qui n'auront point trempé dans les crimes de toute nature qui déshonorent le monde et le menacent de sa ruine ! Qu'il nous suffise à nous, pour la décharge de l'Eglise, de prendre acte ici d'une parole prononcée durant le congrès de 1856, et répétée hier encore : « Les gouvernements sont laïques, et les con- « seilsde l'Europe ont été sécularisés ». Cette déclaration nous est précieuse ; elle place le sacerdoce en dehors de toute solidarité et de toute complicité dans les tristes choses de ce temps. »

L'Evêque demandait laumône « en faveur de ces nobles chrétiensduLibanplusfermes dansleurfoi, depuis une longue suite de siècles, que les cèdres qui les ombragent ne sont solidement enracinés sur leurs montagnes». Il demandaitdes prières pour la flotte française faisant voile pour la Syrie. Il en demandait encore, il en demandait surtout pour une autre armée, celle-là toute volontaire, la jeune armée du Pape. « Daigne le Seign eur accorder le succès à ces généreux soldats de la plussainte des causes. Que Marie, Mère deDieu, couvre de samaternelle protection tantde noblesjeunes hommes que leurs mères ont engagés dans les hasards des combats qui vont être livrés pour le triomphe de l'Evangile et l'indépendance de notre sainte Mère l'Eglise. Que les anges gardiens veillent sur des existences si chères, et qu'ils nous ramènent ces jeunes guerriers avec une ample moisson de lauriers, palmes bénies de l'Eglise ici-bas, et qui s'entrelaceront à celles de l'immortalité bienheureuse!... »

Ils étaient donc partis à la voix de l'Evêque: il les en remerciait. Les provinces de l'Ouest s'étaient montrées ce qu'elles devaient être. L'intrépide général de La Moricière, sorti lui-même de ces contrées, n'avait pas à se plaindre d'être délaissé par ses compatriotes. C'était tout le plus noble sang de la Bretagne, du

Poitou, de la Vendée qui s'était offert pour «la défense de ce gouvernement dont la flère attitude devant la Révolution n'intéressait pas moins le maintien du droit monarchique en Europe que le salut de la religion et la liberté des âmes ». L'Évêque en concevait de l'espoir, fondé sur cette parole empruntée à saint Hilaire et citée par Pie IX dans uue récente Allocution : « C'est le propre de l'Eglise de vaincre quand elle est blessée: hoc est proprium Ecdesiae ut tune vincat ciim lœclitur ; d'être mieux comprise quand elle est accusée: tune intelligatur eîini arguituî^ ; de tout gagner quand elle est abandonnée : tune obtineat eùm deseriiur ».

C'est toujours vrai pour l'Eglise; mais ce ne devait pas l'être pour ses défenseurs; et les palmes de la victoire que Mgr Pie souhaitait à ces jeunes guerriers allaient se changer pour eux en palmes du martyre. Le 1 0 septembre, vingt-cinq mille Piémontais envahirent les Marches et l'Ombrie, marchant à 1 écrasement de quatre mille six cents jeunes volontaires qu'un Cialdini, dans de lâches proclamations, traitait de « misérables sicairesetd'aventuriers étrangers, conduits dans ce pays parla soif de l'or» !

Le gouvernement français regardait, laissait faire, déclinait diplomatiquement toute responsabilité avec ces attentats, qu il favorisait sous main. Chose remarquable et douloureuse! En ces mêmes jours, 23 septembre, Mgr Pie rassembla, dans l'église de Montierneuf, en la fête de saint Maurice, les officiers et soldats de la garnison de Poitiers pour la bénédiction de la statue de leur patron, et il leur adressa des paroles quidu moins dégageaient l'honneur militaire de la honte assumée par notre politique. Il leur disait, par exemple : « L'armée française est la première armée du monde. La postérité pourra soulever de graves questions à propos des faits d'armes accomplis de nos

jours ; mais ce quelle ne discutera jamais, c'est le courage intrépide dont nos soldats ont fait preuve ». 11 mettait plus haut encore le sentiment chrétien dont cette armée avait témoigné en Crimée et en Italie. Il vantait les A'ertus religieuses des officiers, qui au courage militaire savaient joindre le courage moral; et à Poitiers il en fallait, même pour faire visite à un Evêque si mal vu de l'administration. II remerciait leur colonel d'une bonne et belle parole: « Un régiment, c'est une famille ». II félicitait les soldats de ne pas connaître entre eux la dénonciation et la calomnie. « L'armée française, leur disait-il non sans intention, laisse ce métier à d'autres... Si parfois elle est victime d'un certain genre de police, elle n'en est jamais l'agent. » Puis il citait Texemple de Maurice et de sa légion répondant à l'empereur: «Nous sommes vos soldats, Empereur, mais nous sommes avant tout serviteurs de Dieu ». Enfin il ûiisait le vœu que l'alternative entre la conscience et la fo-i ne se posât jamais devant les soldats français; mais il était sûr que la réponse serait celle de Maurice et de ses légionnaires.

C'est pendant ce temps-là qu'on recevait les premières nouvelles d'un guet-apens dans lequel la France laissait tomber les meilleurs de ses enfants, les soldats de l'Eglise. Aux environs de Lorettese préparait une rencontre qui devait rester l'éternel honneur des vaincus et l'inelfaçable honte des vainqueius.

L' Evêque fit redoubler de prières, à partir du I" octobre, lête desaint Remy,consécrateur du premier roi chrétien. Un Triduum fut présidé par Mgr Pie à Sainte- Radégonde. « Je viens, dit une de ses lettres, d'ouvrir solennellement notre Triduum. L'ennemi esta nos portes; un coup demain sera tenté un de ces jours contre l'Etat pontifical. » La lettre circulaire qui demande ces prières dans tout le diocèse, est datée du 29 septenibre, fête de l'archange saint Michel, patron du

royaume de France. 11 y disait en conséquence : « La page des Livres saints que la fête de ce jour nous faisait lire ce matin, le récit du combat de Michel et des siens contre Lucifer et ses légions rebelles, c'est

l'histoire de la lutte engagée à cette heure Cette

heure est donc solennelle, elle occupera une place incomparable dans les annales de l'Eghse et dans les fastes du monde. »

Mais cette fois, ce fut la Bête, comme s'exprime l'Ecriture, qui prévalut dans le combat contre les saints de Dieu. Le désastre de Castelfîdardo jeta l'Eglise dans la stupeur. « Ils étaient tombés, ces braves, disait Mgr Pie , en amassant autour de leur nom autant de gloire que d'autres avaient amassé^ autour du leur, de mépris et d'exécration. y> Et il sa- Uiait en eux « les immortelles victimes d'une cause qui ne mourra ici-bas qu'avec le monde ». L'armée vaincue s'était jetée dans la place d'Ancône, où elle tenait contre des forces supérieures. « Plusieurs combattent encore, écrivit l'Évêque à son peuple. Ils défendent contre les cohortes de la Révolution le dernier rempart de la royauté pontificale, la dernière garantie humaine de la dignité et de l'indépendance de toutes les consciences chrétiennes, le dernier honneur des monarchies européennes. Que nos prières, nos vœux, nos soupirs, à toute heure du jour et de la nuit, montent vers le trône de Dieu dans les cieux et vers le tabernacle de Jésus- Christ sur la terre. Espérons encore, espérons contre toute espérance. Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. »

Un événement extraordinaire, survenant l'avantveille de l'ouverture de ces prières, ce même 29 septembre, fête de saint Michel, avait redoublé la confiance. C'était une guérison instantanée obtenue près du tombeau de sainte Radégonde. La ville entière était dans l'émotion de cette nouvelle, et l'Évêque venait

de nommer une commission d'enquête pour l'examen de ce fait réputé miraculeux. On lit dans le registre latin de ses actes épiscopaux : « Après la messe nous sommes descendus dans la crypte, et, là, nous avons prié de tout notre cœur, soit pour rendre grâces de la merveilleuse guèrison qui venait d'avoir lieu, soit pour recommander à la très sainte Reine les soldats enrôlés dans l'armée pontificale », etc. Une note de son Ordo complète cet énoncé de ses intentions par cette parenthèse : « Visite à la crypte, au nom du roi et de la reine. »

Le 4 octobre, fête de saint François d'Assise, patron de cette Ombrie, devenue le théâtre d'une guerre sacrilège, Mgr Pie lit recommencer et présida luimême, àNotre-Dame-la-Grande, un second Tridumn de prières qui devait se clore en la solennité de Notre- Dame du Rosaire. 11 rappelait que cette fête avait été instituée en mémoire de la victoire des armées catholiques et pontiticales à Lépante.

Le dimanche, 7 octobre, l'Évêque adressa au peuple une courte allocution dont il ne reste par écrit que quelques textes de l'Ecriture. Il dit avec saint Paul: « Depuis trois ans, jour et nuit, je n'ai cessé de vous avertir avec larmes. Et maintenant je vous confie à Dieu et à sa grâce qui n'a qu'à dire un mot pour tout reconstruire et rendre l'héritage qui appartient à ses saints ». Avec l'Apocalypse, il stigmatise la guerre infernale déclarée à l'Eglise : « Je vis alors le serpent qui, ayant été jeté sur la terre, persécuta la femme qui avait mis un fils au monde. Voulant dévorer ce fils, le Dragon fut livrer bataille aux débris de la race de ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus-Christ ». L'Evêque pousse encore ce cri tiré du même livre : « Malheur à la terre et à la mer, car le diable est descendu vers vous, avec une grande colère, sachant que son heure est venue ».

Le dernier espoir de Mgr Pie était dans Celle qui est « terrible comme une armée rangée en bataille », et qui, selon la sainte liturgie, « a tué les hérésies dans l'univers entier ».

Cet espoir vit ajourner cette fois encore son accomplissement. A cette date, déjà les défenseurs d'Ancone avaient dû capituler, après un bombardement de dix jours et de dix nuits, sans que la France, spectatrice et complice de ce brigandage, fit paraître une seule voile et tirât un seul coup de canon pour la défense de l'Eglise et la protection du plus pur sang de la patrie.

Il faudrait maintenant citer les cris d'inquiétude d'abord, puis de déchirante douleur que poussaient vers Mgr Pie les pères et les mères de ces généreux vaincus, ses jeunes diocésains, dont plusieurs étaient tombés sur le champ de bataille. L'Evêque pleura avec eux. Il voulut faire davantage. Il se demandait à lui-même de quelle manière il pourrait offrir à ces nobles victimes l'hommage public de son inconsolable admiration, quand, le 25 septembre, une lettre de M. de Falloux vint entrer dans sa pensée, en la provoquant à se produire.

Après avoir renouvelé des plaintes fort émues contre l'attitude d'un certain nombre d'évêques et de publicistes vis-à-vis du pouvoir et de sa politique , cette lettre disait : « Si Tépiscôpat français, dans sa généralité, semble s'être appliqué à lui-même cette parole des psaumes ; noluitintelligere ut benè agey^et, nevoudra-t-ilpasdumoins, avec le courage du remords, honorer les derniers Machabées et prier solennellement pour eux? Et. vous, particulièrement, Monseigneur, pasteur de ces contrées de l'Ouest qui ont fourni le plus de volontaires, vous, orateur en même temps que pontife, ne voudrez -vous pas convoquer et consoler ceux qui pleurent les morts, par des obsèques

publiques, et, du haut de la chaire de votre cathédrale, faire entendre une parole qui relève lésâmes, qui dirige les intelligences, qui empêche la prescription de s'établir contre le dévouement chrétien?

« Ce n'est pas à vous, Monseigneur, que j'essaierai de dissimuler le fond de ma pensée. Je crois volontiers que le deuil de ces héroïques défenseurs, franchement porté par l'Eglise, blessera ceux qui les ont laissé égorger, à deux pas d'une garnison française, et qu'il en pourra naître quelques ennuis pour le petit nombre d'évêques qui rempliront ce devoir sacré. Mais j'ose vous demander aussi : de quel droit le clergé parlera-t-il désormais au monde d'abnégation et de sacrifice, s'il abdique, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, le droit d'en donner l'exemple? »

Mgr Pie répondit, en datant sa lettre du 28 septembre 1860 : c'était « le onzième anniversaire d'une préconisation épiscopale dont M. le comte de Falloux est coupable », rappelait-il avec une attention reconnaissante. Après avoir déploré le langage regrettable de quelques évêques, et l'avoir expliqué, sans le justifier, par certains courantsde doctrines débihtantes qui énervent les caractères en affaiblissant les principes, Mgr Pie se défend de réveiller des dissentiments qu'il vaut mieux, à une telle heure, laisser endormis dans la tristesse commune. Nous ferons comme lui.

Quant à la proposition d'honorer les victimes, elle lui était entrée à lui-même dans le cœur, dès la première nouvelle de la mort de M. le marquis de Pimodan. Puis, ayant vu l'annonce d'un grand service funèbre à Saint-Thomas-d'Aquin, où Mgr d'Orléans serait appelé à faire entendre solennellement sa parole il avait cru que « cette oraison funèbre revenait de droit à un prélat qui était en possession des chaires de Paris, pour lesquelles lui-même avait moins d'iuclina-

tion, outre que le caractère insolite de son apparition dans cette circonstance effaroucherait davantage et l'Archevêque et le pouvoir ». Il ajoutait aussitôt : « Reste un devoir à rempli, mais à remplir chez moi. La fleur de notre école de Droit a été expédiée par moi à l'armée de La Moricière. De premières^nouvelles nous arrivent : E. de Sabran est prisonnier. Th. de Chabot est blessé à la main. L. de la Rochethulon est sauf, etc., etc. Mais voici qu'un jeune de Fautereau est blessé grièvement. Son père va le chercher et veut le ramener vif ou mort. J'attendrai, et j'étudierai les conjonctures. »

. S'il hésite, c'est qu'il abhorre de se mettre en avant : << Le corps auquel j'appartiens n'apprécie pas les initiatives dont il ne voit pas la raison patente et personnelle. Croyez bien que je sais affronter cette susceptibilité, mais il n'est pas défendu de la ménager lorsqu'on le peut. Quant aux colères du pouvoir, j'y suis accoutumé »

Finalement, un bel article de M. de Falloux, dans le Correspondant, sur la question romaine : Antécédents et conséquences de la situation actuelle , arrivant à l'instant même, fournit à Mgr Pie l'occasion de terminer par « l'hommage de sa vive et reconnaissante admiration pour tout ce qu'il y a de grand, vrai, sensé, éloquent, honnête, courageux et chrétien dans cet écrit politique, malgré certaines nuances assez tranchées que ne peut accepter sa pauvre raison enchaînée à la tradition de l'Eglise ».

M. de Falloux insista, fort obligeamment. « Ce sera la chaire d'Orléans que Mgr Dupanloup fera retentir bientôtd'une parole profondémentinspirée. Ilenserade même de celle de Poitiers, car le premier mouvement qui était venu à l'âme paternelle de Mgr Pie ne peut, hélas ! manquer d'être cruellement mis en demeure de se produire. » — « Gardez-vous de croire alors que

VOS paroles auront moins de puissance que si elles étaient prononcées à Paris. Le silence est si profond et Tavidité de vous entendre si excitée par ce silence même, chez les hommes demeurés fidèles, que n'importe où votre voix s'élève, tous les échos encore subsistants se hâteront de la répéter. »

Mgr Pie était prêt. Le 11 octobre, le service funèbre fut célébré dans la cathédrale remplie de fidèles en deuil. Une lettre circulaire Tavait annoncé par tout le diocèse. A l'issue de la messe, l'Evêque monta en chaire pour l'Eloge funèbre des volontaires catholiques. « Mes très chers Frères, c'est une grande science et c'est une science trop désapprise que desavoir mourir! C'est surtout une grâce incomparable que d'être admis à mourir pour une grande cause. » C'est ainsi quil débuta. Par une responsabilité quil ne décline point, l'Evêque a encouragé et béni le départ de plusieurs de ces jeunes volontaires. « Ils sont morts pour la cause de Dieu, de l'Eglise et du Saint-Siège. » C'est la parole du Pape : ils sont donc morts martyrs. C'est la fleur de la terre, la fleur de l'humanité qui a été prélevée pour être ainsi offerte à Dieu et à l'Agneau : Hi sunt qui emjoti sunt de terra ex hominibus^ primitiœ Deo et Agno.

L'Evêque rappelait la mission de la Fille aînée de l'Eglise : « Puisque Rome est menacée, puisque Astolphe et Didier ont reparu, debout la grande ombre de Pépin et de Charlemagne ! Mais si, par des mystères que nous ne voulons pas sonder, lepéede Pépin et de Charlemagne demeure consignée au fourreau ; si les bataillons français ne peuvent franchir les monts et les mers que pour assister passifs et immobiles à l'invasion sacrilège des nouveaux Lombards ; s'ils sont là comme témoins d'un duel, comme spectateurs d'une lutte, et non comme les tuteurs armés de l'opprimé, partez, généreux volontaires ; partez des quatre vents du ciel

et du sein de toutes les races catholiques! Non, quoique ce titre puisse parfois être accepté sans honte, vous ne formerez point une légion étrangère. On est toujours au service de sa patrie quand on est au service de son père. Et si je ne sais quel patriotisme mal né s'avisait de vous renier, dites que votre roi s'appelle Pépin et votre empereur Charlemagne ; dites que votre bannière c'est l'oritiamme de Saint-Denjs, dites qu'un soldat français, au lieu de perdre ses titres de nationalité, les reconquerrait bien plutôt en faisant les œuvres de la France très chrétienne, en acquittant les dettes de la Fille aînée de l'Eglise. »

Qu'on ne dise pas de ces braves qu'ils ont été vaincus. « Vaincus ? Entendez ce bulletin laconique de leur général: « L'arméepontificale n'a pas été vaincue, elle « a été trahie et assassinée ». Castelfidardo, Ancône ! L'Eglise gardera vos noms comme elle garde ceux de Damiette, de la Massoura et de Carthage. Là aussi il y eut des défaites, mais ces défaites furent des avantages en même temps que des gloires... Leur cause n'est pas vaincue, mais elle vient d'être baptisée

dans le baptême du sang Et, quant k eux, vivants

ou morts, ils n'ont moissonné que de l'honneur. Gardez pour d'autres votre pitié ; gardez-la pour ceux qui ont triomphé ou qui sont morts tenant en main les armes parricides d'un fils dégénéré, parricidialibus degeneris filii a^^mis. » C'était l'expression de Pie IX. La Moricière sans doute a perdu la bataille. « Oui, mais comme l'avait perdue ce grand Machabée qui, après trente victoires glorieuses, fut un jour écrasé par des forces brutales. Le nom de Judas Machabée n'en resplendit pas moins aujourd'hui encore dans le monde entier. Mais qui connaît les noms de Bacchide et d'Alcime, tristes capitaines d'un plus triste roi ? »

Une place à part était donnée, dans ce discours, à ces étudiants en droit de la Faculté de Poitiers à qui

rÉvêque avait dit : «Le droit, messieurs, c'est bien d'en étudier les éléments, c'est mieux d'en défendre la chose ! » Et il les avait ainsi lancés contre l'ennemi. Maintenant, il les glorifiait dans la personne de lun d'eux, un doux et délicat adolescent de dix-neuf ans, Georges d'Héliand , l'héritier d'un des plus beaux noms militaires de l'Anjou, fils unique d'une veuve dont l'Evêque citait des paroles dignes des mères des premiers martyrs. Il glorifiait par-dessus les autres le général de Pimodan, mort de la mort des saints, au sortir de cette Basilique de Lorette où le matin même il avait reçu Jésus-Christ : «0 sainte Eglise de Dieu, s'écriait l'orateur, tes morts revivront, et tes décapités relèveront la tête : vivent mortui tui, interfecti tuiresurgent. Ou plutôt tes tués n'ont pas été tués : interfecti tui non interfecti. Ils n'ont pas donné leur vie pour une cause humaine, mais pour une cause divine. Voilà pourquoi, Seigneur, des dévouements si magnanimes ne seront pas perdus. J'en jure par cette sainte maison où votre Verbe s'est fait chair : le sang chrétien, versé en abondance tout près de ses murs, sera une semence de nouveaux héros. »

L'Evêque consacrait le reste du discours à souffler dans les âmes une flamme qui avait des jets tels que ceux-ci: « Soyez fermes dans la foi, et inébranlables dans vos convictions. Que le bien soit toujours pour vous le bien, et le mal toujours le mal. Le chrétien a des haines énergiques comme ses amours ; il exècre l'enfer et tout ce qui est de l'enfer. Le succès ne justifie rien, la force ne constitue pas le droit. Dieu est patient parce qu'il est éternel, et la félonie est un mauvais appui pour un trône. »

Enfin, la grande voix d'Hilaire retrouvait ses antiques accents pour fulminer contre la sacrilège coaUtion du Piémont, de la France et de l'Angleterre. « Qu'importe qu'aujourd'hui Constance ne soit pas un homme,

mais un triumvirat , et qu'il s'appelle légion. 11 suffit que l'esprit de Constance ait reparu sur la terre ! »

On devine quels frémissements et quels attendrissements ces paroles faisaient courir dans l'assemblée en deuil. C'était bien la voix de 1 Eglise : la voix de colère des prophètes, la voix de douleur de Rachel pleurant en Rama ses fils qui ne sont plus. On ne s'étonnera pas que M. de Falloux, si bon juge en éloquence, ait été des premiers à y applaudir. « Monseigneur, écrivit -il dès le 17, la parole a valu l'épée, et vous aussi vous vous serez fait un nom bien glorieux parmi les intrépides et les Macchabées de notre temps. Vous devez être importuné d'admiration : aussi ne veux-je pas donner à la mienne toute l'expansion qu'elle aimerait à prendre. Permettez-moi seiûement de m'inscrire à votre porte, comme si j'avais l'honneur d'être votre diocésain, en joignant le remerciement le plus vif et le plus ému à l'hommage de mes remerciements les plus respectueux. »

Un autre grand juge, lui aussi, avait pris d'un jour les devants sur M. de Falloux. C était Montalembert, dont l'Evêque de Poitiers avait nommé les ancêtres, parmi les plus vaillants preux des antiques croisades. « L'insigne honneur que vous avez fait au nom que je porte, en le citant dans un discours immortel, semble me donner le droit de vous en adresser mes humbles félicitations. Je vous remercie des larmes d'admiration et de sympathie que vous m'avez fait verser, pendant que je lisais à ma famille assemblée cette magnifique oraison funèbre de nos martyrs de Castelfidardo. Dieu nous a donné cette gloire pour nous consoler de vivre dans un siècle si fertile en ignominies. Vous avez été à la hauteur d'un tel sujet : c'est le plus bel éloge qu'on puisse mériter dans la chaire chrétienne. Votre parole fera tressaillir

tous ceux qui vous liront, depuis le Père commun des fidèles jusqu'au dernier de ses enfants. » • La fin de la lettre était d'un autre ton. Montalembert, lui aussi, lui pourtant si chevaleresque, oubliant l'ennemi commun, s'en prenait rudement à d'anciens compagnons d armes, aujourd'hui, hélas! ses compagnons de défaite, qui, frappés au premier rang et à la première heure pour la cause du Pape, gisaient présentement sur le champ de bataille. Il ne s'adoucissait, à la fin, que pour dire à l'orateur, qu'il admirait : « Votre grande âme, votre haute intelligence, votre rare éloquence auraient dû à jamais vous préserver d'une pareille clientèle et d'un pareil système. Vous êtes né pour planer dans la pleine lumière de la liberté et de Ihonneur !

L'Evêque remercia d" abord d'un si précieux suffrage. Puis, écartant le coup qui lid était porté, à lui et à ses amis, il baissait la lance, et courtoisement il disait: « Trouvez bon. Monsieur le Comte, que je m'abstienne d'entrer dans l'ordre d'idées qui occupe la seconde partie de votre lettre. Je veux vous dire seulement que, malgré des divergences très profondes et très réfléchies dans la manière d'apprécier et de sentir diverses choses de ce temps, notamment en ce qui est du vrai et du faux honneur, de la vraie et de la fausse hberté, je n'aurai jamais l'injustice ni l'ingratitude d'oublier une seule minute les immenses services que vous avez rendus à la cause religieuse, non plus que le mauvais goût de méconnaître aucun des rares dons que vous avez reçus de Dieu et que vous avez si bien su lui consacrer. »

Après deux lettres signées de noms si autorisés et si peu suspects de flatterie, il devient superflu et d'ailleurs impossible de citer toutes celles qui vinrent des familles des victimes. Disons seulement que tous parlèrent. Les mères parlèrent. La comtesse d'Héliand n" a que deux

consolations : « celle de voir son cher Georges parmi les martyrs au ciel ; celle de relire sur la terre les paroles de l'Évéque qui a fortifié sa foi et mis le baume sur son cœur ». M'^Me Rohan-Chabot passe, dans ses lettres, du transport de la douleur à celui de la joie, quand elle apprend que son lils Thibault, qu on lui avait dit mort^ est vivant et guéri. « Il y a six jours que mon mari et moi nous montions la montagne du sacrifice : nous offrions notre Isaac ; une main de miséricorde a détourné le glaive. Nous sommes abîmés dans la reconnaissance. » Le père écrivait : <^ Je suisjaloux de mon cher enfant. Priez Dieu qu'il me permette de combattre aussi pour sa gloire ! » Surtout les lettres de M""^' de La Moricière et de Pimodan respirent le courage et la décision du service de Dieu par-dessus toutes choses. Quelques évêques s'unirent à ce concert des familles. Mgr de Nantes regrettait seulement quils fussent trop peu nombreux. « Mon cher Seigneur, je prends et je serre avec tendresse cette main que vous m'offrez du haut de cette chaire d'où partent ces accents éloquents qui triplent nos courages... Enfin, voilà donc quelques vengeurs armés pour la défense de la cause de Dieu, et le droit ne sera pas étouffé sans protestation. Mais hélas ! que de voix silencieuses! Pourquoi tous les archevêques et évêques se taisent-ils ? Est-ce l'heure de se réserver ? Et doivent-ils nous laisser écraser par une certaine opinion publique, comme unie poignée d' évêques mécontents au milieu de l'épiscopat satisfait et confiant ? »

Tandis que ces lettres commençaient d'arriver à Poitiers, Mgr Pie était allé décharger aux pieds de Notre-Dame de Chartres son âme accablée du poids de ces tristesses publiques. Nous avons pu remarquer qu'il n'était pas d'année où il ne fût porter sa prière et sa parole à quelque sanctuaire de la Mère de Dieu.

Cette fois il s'agissait de solenniser le sixième centenaire de la consécration de la Cathédrale. C'était reporter les esprits au 17 octobre 1270, et les faire remonter du règne de Napoléon III au règne de saint Louis ; du pontificat de Pie IX à celui d'Alexandre IV. Saint Louis en personne, sa famille, sa cour, ses compagnons des croisades avaient jadis assisté à cette solennité et « du haut du jubé, qui semblait un trône de fleurs », raconte la chronique, le roi de France, à l'exemple du roi Salomon, avait fait au Roi du ciel la prière qu'il bénît le royaume des Francs, pour la gloire de son nom, et par lintercession de la Merge de Chartres.

A défaut de ces splendeurs royales d'un autre âge,. Mgrlévêque de Chartres avait réuni, dans cette solennité, l'r.rchevêque de Rouen, les évêques de Beauvais, d'Angers, de Séez, de Laval, deBlois, de Versailles, de Grenoble, de Quimper, d'Evreux, et Mgr de Charbonnel, ancien évêque de Toronto, au Canada. Cétait en cette même fête que l'on devait solenniser la restauration com23lète de la crypte, et le relèvement de ses autels, dont chacun fut consacré par un des évêques présents. On réserva à Mgr Pie celle de l'autel de Saint-Fulbert. Elle lui revenait de droit, au titre de la reconnaissance. C'était lui en effet qui , après de longues instances, avait obtenu de Rome le rétablissement du culte de cet homme de Dieu et la célébralion de son office à Poitiers, en vertu d'un décret dont l'effet s'était étendu au diocèse de Chartres.

Le discours qu'il prononça dans la chaire de Notre- Dame ressuscita devant les yeux l'admirable spectacle de la dédicace de ce temple, avec une précision de détails historiques qui ne laissait rien à l'imagination de ce qu'il pouvait lui ravir par la science des faits.

Mais pouvait-il oublier qu'il parlait devant desévèques, et desévèques mêlés aux luttes du dix-neuvième siècle?

îl ne se fût pas permis de leur faire la leçon ; mais le portrait de deux pontifes savants et militants, de huit •siècles au delà, lui prêta un double modèle pour ceux de 1 âge présent: « N'avons-nous rien oublié? Oui, certes, -car il nous reste encore à célébrer deux grandes gloires: •saint Fulbert et saint Yves : Tun qui fut l'architecte ■de cette crypte même où nous lui donnons aujourd'hui une place, serviteur illustre et hymnographe de Marie, lumière de son siècle, précepteur des évèques, protecteur de l'ordre monastique, vengeur des affronts de la tribu sainte humiliée par les puissants du siècle ; l'autre qui étonna le monde , plus encore comme homme d'action que comme homme de savoir, esprit courageux à la fois et modéré, terrible lutteur et sage pacificateur ; l'effroi et les délices des rois ; fléau de la simonie; arbitre et juge en dernier ressort de la grande •querelle des Investitures. Tous deux également bons, également dignes d'être connus, étudiés, aimés de ceux à qui sont chères nos grandeurs nationales et nos illustrations ecclésiastiques, tous deux également dignes de servir de modèles à quiconque est mêlé aux luttes modernes de la société et de l'Eglise ».

Et qui donc, en cette journée-là, aux pieds de Marie, au lendemain du brigandage de Castelfidardo, eût pu soustraire sa pensée et surtout sa prière au souvenir de Rome ? C'est ce souvenir qu'on sent frémir dans cette grandiose invocation de la dernière page :

« Les saints Livres nous apprennent que Noé venait ■d'entrer dans sa six-centième année, quand les eaux du grand abîme brisèrent leurs barrières et les cataractes du ciel se rompirent. 0 vous, édifice sacré, qid avez vu si souvent croître la malice des hommes, vous qui avez vu passer à vos pieds plus d'une race de géants révoltés contre le ciel, est-ce que vous seriez destiné, en -cette six-centième année, à voir éclater un déluge de calamités plus grandes, un cataclysme plus effroyable

que tous ceux dont nous avons été témoins?.... Des empires croulants, des dynasties renversées, cette vieille basilique avait vu cela plus d'une fois: elle n'en serait pas trop émue. Des papes assaillis par les factions, exilés par le caractère inquiet et mécontent des Romains, celane serait pas nouveau pour elle: n'a-t-eile pas eu l'honneur de voir un pontife romain se réfugier à l'ombre de son sanctuaire? Mais le mal érigé en bien, mais les ténèbres appelées lumière, mais la malice perfide et la séduction hypocrite de l'antechrist faisant leur apparition sur la terre ; mais la persécution prenant le masque de la protection; en un mot, tout ce qui s'accomplit à cette heure, n'est-ce pas l'annonce d'un déluge de maux sans exemple qui va signaler cette six-centième année : Eratque sexcentorum annormji quandô diluvii aquce inundaveruntl »

La vue du mal présent, comparé aux douleurs du passé, lui faisait dire, après un vigoureux tableau : « Je sens que l'on peut et que l'on doit tout craindre. Toutefois, j'aime mieux croire que la Vierge Marie, du fond de ce sanctuaire, où elle s'est montrée si souvent la patronne de notre monarchie, ou, comme on parlait au mo3^en âge, Notre-Dame de l'Occident, interviendra auprès de Dieu par une prière toute-puissante. Et alors, au lieu de m'appesantir sur de trop justes sujets d'alarmes, je tourne le feuillet et je me plais à y lire que dans la six-cent-unième année, les eaux s'étant retirées peu à peu, la terre se raffermit entièrement: sexcentesimo primo anno^ imminutœ

sunt aqiiœ , etexsiccata est faciès terrœ ; et que

la colombe ne tarda pas à venir, apportant la branche d'olivier au patriarche sexcenténaire qui poursuivit encore une carrière de plus de trois siècles. »

Il n'est pas donné à tous de placer la politique dans ces hauteurs sereines. Un sourd orage grondait autour de la personne de l'Évêque de Poitiers. Les haines de

parti se coalisaient avec les haines de commande et les haines d'intérêt, pour faire la garde autour de chacmie de ses paroles, comme à chaque porte de son palais afin d'épier tout ce qui y entrait et de dénoncer tout ce qui en sortait. On cherchait un moyen de le discréditer, ne pouvant le faire taire. Une occasion se présenta de le livrer au ridicule, en grossissant outre mesure une méprise honorable ; et ce fut le zèle généreux, mais cette fois mal informé, de Mgr Pie pour les défenseurs du Pape, qui leur fournit cette joie.

L' Évèque 1 ui-même a raconté cet incident à ses prêtres dans les termes suivants : « A l'heure où s'etfectuaient des départs nombreux et presque quotidiens des volontaires catholiques, de nos contrées de l'Ouest, un jeune ouvrier breton, récemment arrivé à Poitiers, sollicita la faveur d'être admis dans les cadres de l'armée pontificale. Après plusieurs renseignements demandés et en partie obtenus^, les hommes honorables qui prêtaient leur concours à cette expédition lui procurèrent les moyens de se rendre à Rome. Au moment de quitter notre ville, il nous fut présenté, comme tous les autres, et nous lui donnâmes notre bénédiction. Nous ne l'avons jamais vu que cette fois et durant deux minutes environ. Or, plus d'un mois après le glorieux désastre de Castelfidardo, tandis que nous étions absent pour la célébration du sixième anniversaire séculaire de la dédicace de la Cathédrale de Chartres, les journaux de Paris, reproduisant ceux du Poitou et de la Bretagne, annoncèrent la mort du jeune soldat breton, dont ils publiaient une lettre empreinte des plus beaux sentiments. Nous ne pouvions être indifférent à ce fait. Rentré dans notre ville épiscopale à la fin d'octobre, nous y trouvâmes la persuasion universelle que ce jeune homme avait succombé. Nous nous fîmes représenter la lettre qui avait excité une juste admiration : nous constatâmes de nos yeux l'exactitude du texte

qui avait été publié. De si nobles accents émanés d'un enfant du peuple méritaient de n'être pas méconnus. Nous avions payé dans notre cathédrale un hommage public à la mémoire des illustres victimes du guet-apens du 18 septembre ; on commençait à s'étonner autour de nous que l'humble ouvrier demeurât plus longtemps négligé. Obéissant à l'élan de notre cœur autant qu'à l'opinion, nous assistâmes au service religieux célébré pour le repos de l'âme de l'humble ouvrier, comme nous l'avions fait pour de plus illustres victimes, dans l'église de la paroisse qu'il avait habitée, et nous prononçâmes une courte allocution avant la conclusion de l'office. Tout le contenu de notre discours trouve son explication dans la teneur de la lettre, dont il était le commentaire. »

Le jeune Breton dont il s'agit, ouvrier menuisier, était natif de Guingamp. Il s'appelait Louis Gicquel. La lettre qu'il avait écrite à un vicaire de Sainte-RadegondC; le 29 septembre, racontait qu'après un combat heureux livré à Ponte Corvo, il avait été transporté gravement malade à Tivoli. Sa lettre était arrivée en France, cachetée en noir, et portant sur le revers de l'adresse ce simple mot : mort ! On le crut d'autant mieux que cette lettre était le testament d'un mourant donnant à ses amis rendez-vous dans le cieL Dans l'allocution prononcée au service funèbre qiù fut célébré, le 30 octobre, dans l'église de Sainte-Radegonde, l'Évêque faisait bien remarquer qu'il s'agissait d'un humble enfant du peuple, adolescentulus siim ego et conlemptus, afin de mieux faire ressortir en lui le défenseur des justices divines \jusiificationes tuas non sum ohJiius. 11 demandait finalement pour ce jeune chrétien « des prières, des larmes, et un tombeau modeste élevé par la souscription des volontaires catholiques partis comme lui de Poitiers ».

Mais écoutons la suite du récit de l'Évéque. « Cepen-

dant, dès le sutiendemain nous apprîmes que le jeune soldat n'avait pas péri. De pareilles erreurs sont assez ordinaires à la suite des guerres. Notre allocution, reproduite par le journal de la localité, n'avait reçu qu'une publicité très restreinte ; des mesures prises aussitôt empêchèrent qu'elle ne fût insérée dans les journaux de la capitale. Mais on ne put l'ignorer ; et quel sujet de joie, de plaisanteries, d'insolences pour les feuilles hostiles ! Ce fut parmi eux un rire inextinguible, et le ressentiment du Constitutionnel, par la plume de M. Granguillot, se complut, le 19 novembre, à des sarcasmes triomphants sur « la palme du martyre décernée un peu au hasard et beaucoup à la légère à l'ouvrier Gicquel. nouveau et très modeste Charles-Quint, qui a assisté à ses propres funérailles, et est allé ensuite remercier l'Évèquede Poitiers de l'oraison funèbre dont il l'avait gratifié de son vivant ! »

On n'était pas au bout du rire de ces beaux esprits. Et quand, un an après, on sut ce qu'il fallait croire du héros et de sa lettre, TEvêque dut payer cher, comme nous le raconterons, une erreur matérielle dont il avait été la première et trop généreuse victime.

Mais son âme se consolait en grande compagnie. 11 était remonté à l'ambon, dans la société du roi David et d'Hilaire, pour le commentaire des Psaumes. Le jour de la Toussaint, puis de l'Immaculée Conception, il donna l'explication du psaume xvi^ : « Seigneur, qu'est-ce qui habitera sous votre tente et qui se reposera sur votre sainte montagne ? » 11 appliqua la réponse à Marie : « C'est celui qui marche constamment sans tache, et qui opère la justice ». Pureté de Marie dans sa conception, dès son entrée dans ce monde : qui ingreditur sine macula. Justice parfaite de Marie dans toutes les œuvres de sa vie : qui operatur justitiam ; Marie elle-même, cette tente où le Seigneur s'est reposé: quicreavitme requievit in

tahernaculo raeo. Marie elle-même, cette montagne où Dieu s'est plu à habiter : Mons in quo beneplaciium est Deo hahitare in eo. » Qui ne voit les torrents de lumière que l'éloquence théologique de Mgr Pie dut faire jaillir de ces sources?

Encore une fois, il conjura la femme couronnée d'étoiles de mettre le pied sur le serpent de la Révolution. C'était dans sa chère église de Notre-Dame-la- Grande quil faisait ce discours. Il lui disait en finissant : « 0 Marie, c'est la douzième fois que je viens ici vous invoquer aujourd'hui. Quand je parus dans ce temple, il y a aujourd'hui onze ans écoulés, quand je m'agenouillai devant votre image, il me sembla que Jésus vous disait : « Femme, voilà votre fils » ; je l'entendis qui me disait à moi-même: « Enfant, voilà votre mère ». -Depuis ce jour- là, vous vous êtes bien fait connaître pour ma mère. Et aujourd'hui, et pendant cette douzième année qui s'ouvre présentement, et pendant tout le reste de mon épiscopat, continuez-moi, ô Marie, vos bontés maternelles. Mais vous ne vous montrerez pleinement ma mère qu'autant que vous vous montrerez celle de tout ce troupeau, de tous ces enfants que vous m'avez donnés. Accordez-nous à tous, au pasteur et aux brebis, à l'évêque et au peuple, decontinuer notre chemin ici-bas sans péché et d'opérer les œuvres de la justice, afin qu après avoir habité sousla tente du Seigneur tous les jours de notre pèlerinage mortel, nous nous reposions éternellement avec lui et avec vous sur la montagne sainte. »

En tête des notes qui sont les jalons de ce discours, et après les initiales sacrées qui le dédiaient, comme tous ses écrits, au cœur de la Mère de douleurs, l'Évêque a placé cette fois cette prière en latin : « ô Marie, Vierge immaculée, assistez celui qui consacre à yous et à la sainte Eglise, Épouse de votre Fils, sa plume et sa parole : Immaculata Virgo Maria,

adjuva me^ de te et de sanciâ Ecclesiâ sponsâ Filii tui scrihentem et loquentem. » Les périls de l'heure présente avaient redoublé sa dévotion envers la Reine des confesseurs et des martyrs.

Le dernier acte de cette année 1860 fut rétablissement de l'œuvre du Denier de Saint-Pierre dans le diocèse de Poitiers, par mandement et ordonnance du 31 décembre. L'Evêque ne pouvait mieux couronner une année où tout ce qu'il avait d'éloquence, d'influence, de prières et de larmes avait été consacré à la cause du Pape. Ladoctrine du Pape, l'autorité du Pape, la souveraineté du Pape : quel évêque eut, plus que cet évêque, l'intellig-ence, le zèle et la sainte jalousie de toutes ces grandes choses?

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