‹ Histoire du Cardinal Pitra, bénédictin de la Congrégation de FranceChapitre 43 sur 91 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le parti catholique et la loi sur renseiguement. — OrigÎDes du parti catholique libéral. — Question des classiques païens, l'abbé Gaume. — Les éditions critiques des Pères. — Affaires de l'Univers. — Suite des affaires du prieuré de Paris, nouvelles épreuves. — Le séminaire du Saint-Esprit. — Le P. Gaultier et le gallicanisme. — La vie du P, Libermann et la Congrégation du Saint-Esprit (1849-1853).

Pendant que dom Pitra parcourait les bibliothèques d'Angleterre, de graves événements s'accomplissaient en France. Le parti catholique fortement constitué avait marché à Tassaut du monopole universitaire et, après une rude campagne, la liberté de l'enseignement secondaire avait été conquise ; mais la victoire était moins complète qu'on n'aurait pu Tespérer, et de plus elle avait eu ce funeste effet de mettre la division parmi les catholiques, ou du moins de faire éclater une scission dont les causes étaient latentes. Les origines du catholicisme libéral ont été si souvent étudiées qu'il peut paraître superflu au premier abord de revenir sur ce point. Néanmoins dans une question aussi importante, il ne faut négliger aucune source d'information, et nous croyons que les documents fournis par la correspondance de dom Pitra nous permettront de rectifier certaines erreurs et de mieux apprécier le caractère de cette scission malheureuse.

C'est à M. de Falloux, nous l'avons dit, que dom Pitra

devait sa mission en Angleterre. Des relations très cordiales existaient encore à cette époque entre le ministre et le P. Abbé de Solesmes. Dom Pitra écrivait à ce dernier : « J'oubliais de vous dire que M. de Falloux vous sait bien bon gré d'avoir désigné à son choix Mgr Pie comme évêque de Poitiers et vous en renvoie bien joyeusement la responsabilité (1). » Mais quels que fussent ses sentiments pour M. de Falloux, dom Pitra, même à cette époque, ne pouvait s'empêcher de voir, avec beaucoup de bons esprits, ce que le projet de loi avait d'incomplet et la sujétion dans laquelle il laissait l'enseignement chrétien. « Mgr de Langres, écrit-il, est mécontent du projet de loi sur l'enseignement, et le P. de Ravignan que j'ai vu aujourd'hui est encore moins satisfait (2)... Je tiens d'autant plus à insister que vous pouvez avoir une part importante par vos communications avec M. de Montalembert. Vous êtes à peu près le seul homme qui ayez libre accès pour tout lui dire et il est important, urgent, qu'il n'aille pas plus loin... L'opposition contre ]e projet de loi sur la liberté d'enseignement devient formidable et s'étend parmi les catholiques : ['Univers, le Correspondant^ la Voix de la vérité^ presque toute la presse de province est unanime; Mgr Parisis devient le centre de la résistance ; il y a près de cent représentants qui se sont déjà ralliés à lui... M. de Falloux succombera s'il en fait une question de portefeuille; et si le prince président, qui tient beaucoup à lui, en fait une question personnelle, ce sera une nouvelle lutte entre la Chambre et le Gouvernement. Cela peut aller loin. Voilà les faits » (3).

(1) Lettre à dom Guéranger, 24 juin 1849. Cf. Histoire du cardinal "Pie par Mgr Baunard, t. I, p. 208, 2e édition.

(2) Même lettre. Nous citons ce témoignage très formel du cardinal Pitra, quoiqu'il soit en contradiction avec l'histoire du P. de Ravignan et avec M. Leroy-Beaulieu, qui l'un et Tautre présentent le P. de Ravignan comme ayant toujours été sur ce point d'accord avec Mgr Dupanloup. Vie du P. de Ravignan parle P. de Ponlevoy, II, xx ; Les catholiques libéraux, par M. Anatole Leroy-Beaulieu, p. 151.

(3) Lettre à dom Guéranger, 2 juillet 1849.

unes de ces vies sont moins de sérieuses biographies que des romans historiques, dans lesquels la fantaisie s'est donnée carrière. Dom Pitra, dans un de ses ouvrages, citait comme exemple de ce genre la vie des saints Barlaam et Josaphat (1), et lui-même a édité dans son Spicilège une Histoire des Mages qui donne lieu aux mêmes observations. La difficulté, quand on traite ces délicates questions d'hagiographie, c'est de ne pas faire entrer arbitrairement dans cette catégorie, des actes qui méritaient plus de considération, comme il est arrivé pour ceux de saint Abercius. Ils résument ainsi la vie du saint évêque (2).

Vers le milieu du deuxième siècle de notre ère, Marc Aurèle et Lucius Verus, empereurs romains, ordonnent que dans toute l'étendue de leur empire, on oflFre des sacrifices aux dieux. Cet ordre fut exécuté, et Ton vit par toutes les provinces les magistrats romains et la foule courir aux temples des idoles. Il y avait alors à Hiéropolis (3), en Phrygie, un saint évêque du nom d' Abercius qui, voyant les âmes aller ainsi à la perdition, résolut d'employer tout son zèle à les arrêter dans cette voie. Dirigé par une vision céleste, il se rend au temple vers le milieu de la nuit. Il n'est porte ni verrou qui lui résiste, et bientôt il se trouve au milieu du sanctuaire ; armé d*un bâton, il brise la statue d'Apollon et celles de plusieurs autres dieux. Le peuple ameuté par les prêtres des faux dieux se soulève et peu s'en faut qu'il ne se porte aux dernières violences envers l'évêque. Mais un miracle éclatant arrête la fureur populaire. Suit le récit de conversions, de guérisons et autres prodiges qui étendent au loin la renom-

(1) Troisième ra-pport sur la Mission d'Angleterre, p. 5, note 3. On peut voir sur ce point un article de la Revue des Questions historiques j par M. Emm. Gosquin, t. XXVIII, p. 579.

(2) Cf. Acta sanctorum, au 22 octobre, t. IX. p. 491, 516.

(3) M. Duchesne a démontré après M. de Rossî qu'il fallait lire Hiéropolis de Synnade et non Hierapolis ad Lycum, Revue des Questions historiques, t. XXXIV, p. 18. Inscriptiones Christianœ U. R., t. II, p. XIV. Cf. aussi Krûger : Abercius von Hierapolis nicht Hieropolis, Theol. Literaturz., n. 4, 26 février 1887.

mée du thaumaturge : elle parvient jusqu'aux oreilles de l'empereur Marc-Aurèle qui fait mander Tévêque d'Hiéropolis par Euxenianus Poplion, le premier magistrat de la cité. L'évêque part pour Rome, semant sur sa route les miracles, et, arrivé dans la ville, il guérit Lucilla, fille de Marc-Aurèle et épouse de Lucius Verus, laquelle était possédée du démon. Puis le saint retourne en Orient, va évangéliser la Syrie, la Mésopotamie, et revient enfin à Hiéropolis. Avant de mourir, nous disent ses actes, saint Abercius composa lui-même son épitaphe, conçue en ces termes (1) :

« Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monument » de mon vivant, afin d'y avoir un jour une place pour » mon corps. Mon nom est Abercius ; je suis disciple d'un » saint pasteur qui fait paître ses brebis sur les montagnes » et dans les plaines, qui a de grands yeux dont le regard » atteint partout. C'est lui qui m'a enseigné les écritures » fidèles...; c'est lui qui m'a envoyé à Rome contempler » la majesté souveraine et voir une princesse aux vète- » ments et aux chaussures dorées. J'ai vu là un peuple qui » porte un sceau brillant. J'ai vu aussi... la plaine de » Syrie et toutes les villes, Nisibe au delà de l'Euphrate. » Partout j'ai trouvé des confrères... La foi m'a conduit » partout; partout elle m'a présenté en nourriture un pois- » son de source très grand et pur, œuvre d'une vierge » sainte qui l'a donné et le donne sans cesse à manger à )) ses amis; elle possède un vin délicieux qu'elle leur mé- » lange et leur donne avec le pain. J'ai fait écrire ici ces » choses, moi Abercius, de mon vivant, à l'âge de soixante- » douze ans. Que le confrère qui entend ces paroles prie » pour Abercius. On ne doit pas mettre un autre tombeau » au-dessus du mien, sous peine d'amende; deux mille » pièces d'or pour le fisc romain, mille pour ma chère )) patrie Hiéropolis. »

(1) Nous donnons la traduction de M. l'abbé Duchesne dans son savant article de la Revue des Questions historiques j t. XXXIV, p. 9.

Il faut entendre les critiques du dix-septième et du dixhuitième siècle récriminer contre les actes de saint Abercius. Tillemont les proclame faux d'un bout à l'autre et accorde tout au plus qu'il a pu exister au second ou au troisième siècle un évéque du nomd'Abercius (1).

Ce qu'il y a de piquant en tout ceci, c*est que les critiques de cette époque s'élèvent surtout contre Tépitaphe qui termine les actes de saint Abercius. Dom Ceillier dit qu'elle donnerait, si elle était authentique, la plus défavorable idée du personnage; Baronius lui-même la rejette sans regret. Quant à Tillemont il s'étonne qu' « un saint évêque âgé de soixante-douze ans et près de mourir, qu'on nous dépeint comme un homme tout apostolique, ordonne de graver sur son tombeau qu'il a été envoyé à Rome pour y voir des palais et une impératrice toute couverte d'or jusqu'à ses souliers et un peuple orné de bagues magnifiques... » Autant d'indices pour lui que le document est apocryphe.

Il ne comprend pas davantage que le saint, en quittant Rome, au lieu de revenir directement dans son église d'Hiéropolis, sentît le besoin d'aller visiter celles de la Syrie « qui, dit notre critique, assurément ne manquaient pas alors de bons évoques, et même celles de la Mésopotamie jusqu'à Nisibe. » Tout cela étonne Tillemont.

Mais son principal grief contre Abercius, ce sont précisément les dernières recommandations de l'épitaphe. <( Qu'un saint évêque, dit-il, défende d'enterrer personne au-dessus de lui et qu'il ordonne que qui le fera payera deux mille pièces d'or au trésor impérial et mille à la ville d'Hiéropolis, ce ne sont pas là les pensées ordinaires des saints quand ils se préparent à la mort » (2).

(d) Tillemont. Mémoires sur V Histoire ecclés,, t. II, pp. 299 et 621. Cf. Tarticle de M. l'abbé Duchesne, Revue des Questions histo^ riqueSi 1. c.

(2) Ces diverses prescriptioDs^ dont quelques-unes paraissent singulières au premier aspect, s'expliquent par la législation ancienne ; c'étaient des formules courantes pour protéger les tombes contre la

Si nous avons cru devoir reproduire en détail les objections de Tillemont, c'est pour montrer ce qui manquait comme intelligence historique de Tantiquité chrétienne à la critique du dix-septième siècle, critique en général judicieuse et sévère, mais sujette par excès de rigueur à se fourvoyer lourdement dans certains cas. Les scrupules de Tillemont font sourire aujourd'hui quiconque a pratiqué si peu que ce soit Tantiquité ecclésiastique.

Ces fins de non-recevoir ne pouvaient arrêter longtemps dom Pitra. Le sens du symbolisme chrétien qu'il possède à un si haut degré et la connaissance des premiers monuments de rhistoire ecclésiastique, lui firent comprendre qu'il y avait dans cette épitaphe un écrit d'un christianisme excellent et de la plus haute antiquité. A l'inverse de Tillemont, il s'appuya sur les termes mêmes de l'épitaphe pour en prouver la vérité et Taulorité (1). En helléniste consommé, il reconnut dans le texte mutilé un style lapidaire métrique, rétablit Tinscription sur ses pieds et l'éclaira par le rapprochement de plusieurs textes symboliques anciens.

On voit après cela ce que deviennent les objections du critique. La majesté souveraine que saint Abercius va visiter à Rome, la princesse aux vêtements et aux chaussures dorées, c'est l'Eglise de Rome, représentée, comme nous le voyons dans plusieurs documents anciens, sous la figure d'une femme. Cette femme est revêtue des insignes de la souveraineté pour marquer la suprématie de l'Eglise romaine au milieu des autres Eglises. C'est Jësus-Christ lui-même « ce pasteur dont le regard atteint partout », qui a voulu que son évêque fidèle vînt visiter l'Eglise de Rome. Comme Hégésippe, comme saint Polycarpe, ses contemporains, et tant d'autres, Abercius est donc venu à son tour contempler le peuple « qui porte un sceau brillant »,

violation. Cf. la thèse de M. Vidal-Lablache, Commentatio de titulis funebribus grœcîs in Asia Minore. In-8, Paris, 4872. (1) Spicil. Solesm., t. III, p. 533. T. IV, p. 483.

héritier dans Tordre spirituel des grandeurs de l'ancienne Rome :

Tu regere iînperio populos^ Romane^ mémento.,.

Au lieu de revenir directement en Phrygie, comme Tillemont le lui eût conseillé, il s'est détourné vers la Syrie, il en a visité les villes ; il a poussé jusqu'en Mésopotamie et il a vu Nisibe. Partout il a trouvé des frères, partout les mêmes croyances, les mêmes rites, les mêmes symboles, Teucharistie, le <c poisson céleste » que la Vierge sainte donne chaque jour à ses amis (1). La prescription de ne poser aucun autre corps dans son tombeau n'étonne plus personne aujourd'hui, grâce aux progrès de l'archéologie. Elle tient à tout un ensemble d'idées sur la résurrection de la chair, familières aux premiers chrétiens.

Le savant bénédictin venait donc de découvrir un document nouveau, ou du moins il restituait sa valeur à ce document, et montrait qu'il est digne de prendre place à côté de rinscription de Pectorius, parmi les textes les plus remarquables de l'antiquité chrétienne.

Malgré la haute vraisemblance de ces conclusions, il leur manquait encore une confirmation, la découverte de l'inscription lapidaire dont la légende de saint Abercius ne nous a conservé qu'une copie fautive. Cette découverte que dom Pitra appelait de ses vœux dans son troisième volume du Spicilège, a été réahsée en ces derniers temps. Un voyageur anglais, connu par ses belles recherches archéologiques, M. Wiliam Ramsay, a trouvé en Phrygie une inscription qui n'est pas, à la vérité, celle d'Abercius, mais qui contient une partie de celle-ci. En voici les termes :

« Citoyen d^une ville distinguée, j'ai fait ce monument de mon vivant afin d'y avoir... une place pour mon corps. Mon nom est Alexandre, fils d'Antoine, disciple d'un saint pasteur. On ne doit pas mettre un autre tombeau au-dessus

(1) Cette vierge, d'après quelques-uns, est l'Eglise ou la foi.

du mien sous peine d'amende : deux mille pièces d'or pour le fisc romain, mille pour ma chère patrie Hiéropolis : — écrit Tan 300, le sixième mois, de mon vivant. Paix aux passants qui se souviennent do moi » (1).

Cette épitaphe est de Tan 215 ou 216 de notre ère, date qui correspond au chiffre 300 de l'inscription, lequel est celui de Tère usitée en Phrygie. Chacun peut voir au premier coup d'oeil qu'elle présente une grande analogie avec le texte de l'épitaphe d'Abercius ; c'était déjà une preuve très sérieuse en faveur de l'antiquité et de l'authenticité de cette dernière.

Mais il était réservé à M. Ramsay de faire une découverte plus précieuse encore, la stèle même sur laquelle était gravée l'inscription d'Abercius et qui date de la fin du second siècle (2).

(1) Voici le texle d'après la restitution de M. de Rossi :

( 'Ex)XsxT^; 7Co(X)£co$ ô 7:oXef(T7j$) tout' sjro^7î(aa) Zûv îv* ïynbi 9av£p(c5;?) atop-aTo; è'vOa Oc'aiv. O0vo[jLa 'AXsÇavopo; 'Avtcjviou aaOTjTTj; 7;o:(x£vo$ àvvoj. O'j [jLSVTOt tu{jl6w Tiç e(JL(o ÉTepov Ttva 6r[a£i. E'$' oùv, 'Pci)fjLa{(i)v Ta((jL)£{(i) Or[a£(i) hiayjCkia. i^)puaa. Kai (yJpTjaTT] 7Z0LXpiB{i) *j£p07:dX£t y£i)aa /^pucra.

'Eypa^TJ £T£l t' fXTJVl ç' ÇOVTOÇ.

ElprjvT) TiapocYOuaiv xal (jLvr^a/.opLEVoiç Trspi 7)(jl(ov.

Inscriptiones Chrisiionas TJrbis Romœ, t. II, p. xin.

(2) L'iuscription était fragmentaire; nous en donnons la restitution d'après M. de Rossi :

'E/.X£y.T^; Tzokztxii; 6 TzokdzTiç tout' Ijco^rjaa Çaiv Tv' é)(j^ xaipo) (?) ao5(JLaT0ç à'vOa 6£atv. ouvo[jl' 'A6£pxio; (îiv, ô [jiaOr,Trjç 7:ol(x£voç àyvou, o; PoV/.£i TUpojBotTCJV àysAa; opsaiv Tzz^ioi^ T£ ooOaXyioùç o; ïyji (JL£yocXou; ~avTrj xaOopwvTa;. ouTOç yàp (JL^ £8^8aÇ£ (Ta Çw^ç ?) ypa|jL{j.aTa TUiaTot* £t; Tto^rjV. o; £r£[JL<J/£v £(JL£v paaDwr,av àOp^aai xal paaOwtaaav iSeÎv y(^puao'(JToXov ^^^puaoTUEÔiXov Xaôv 8' £i$ov £X£Î XapLTTpàv GcppayEtSav è'yovTa. xal Sup^rjç Tus'ôov £i8a xal à'aTsa TzavTa, JVfaij3'.v, Eù^paTrjv 8iapaç* tiocvtt) 8' Ëa/ov auvo((JL^Xouç)* IlauXov i'/^wv §7:0...., 7:iaTtç tuocvtt) 8a 7:po^y£,

Les principaux traits de la vie d'Abercius sont donc maintenant garantis par le plus irrécusable des documents, une inscription contemporaine. Dom Pitra ne pouvait espérer une conGrmation plus éclatante de ses inductions.

Nous n'avons pas à examiner ici dans quelle mesure l'authenticité de cette épitaphe garantit celle des Actes. Faut-il ne voir dans ceux-ci qu'une légende qui se serait formée .autour d'un document authentique comme il est arrivé quelquefois? C'est la thèse que certains critiques ont défendue, mais ce n'était pas celle du cardinal Pitra (1). Sans se porter garant de la véracité de tous les traits de cette vie, il accepta pourtant le témoignage des Actes dans leur ensemble. Plus tard, dans ses Analecta^ il revint sur cette question et il chercha à confirmer la valeur des Actes de saint Abercius par les témoignages liturgiques, qui jusqu'alors avaient été négligés, même par les BoUandistes (2). Sans nous arrêter plus longuement à discuter ce point, il nous semble ressortir de tout ce qui précède que la condamnation en masse des légendes des saints par une certaine école critique du dix-septième siècle, n'est pas jsans appel. La révision de cette sentence commencée sur

-/.ai ;uap£0rjX£ rpo^Tjv Tzàvir) î/^Oùv a;ûO ~rj-yfJ5

ravaeyiOr], xaOapov, ov eopàÇaTO TrapOsvo; à^vr},

xai ToijTov £7C£oa)/£ (pOwOt; etOeiv Sti 7:avTo';,

o(vov yoTjaTOv è'y^ouaa, x^paafxa oiôouaa [jlet* àpTOu,

TaûTa rap£aT(ijç £i7:ov *A6£pxio; oiÔE Ypaipf^vai*

ipôojjLTJxoaTOV £To; xal 0£ur£pov tjyov àXTjOû;.

TaûO' ô voûv £'jÇaiTO hrào 'Ap£pxiou ra; ô auvq)Oo;*

O'J [JL£VTOt TU(JLpO) Ti; £'|JL03 iTEpOV T'.Va ÔTÎaEl*

eI 8' oJv, 'Pfojja^wv TajjLE^o) OTJaEi hiTfJXio. y^puaa, xat /^p7)<TT^ TiaTp^ôi *lEporoXEi X''^'* 'L9^^^'

Inscriptiones Christianœy t. H, p, xvii.

(1) Cf. Les arguments en faveur de cette thèse dans Tabbé Duchesne, 1. c, et la Civiltà cattolica^ 1890, p. 216.

(2) Annlecta sacra, t. Il, p. xxvi et 162. Le Month, H. Thurston, The Tomb of st. Abercius, mai 1890, p. 38-56 et juillet p. 339-359, The story of st Abercius : a Byzantine Foryery? Cf. aussi Analecta Bollan diana, t. X, p. 65.

leg Actes des martyrs a conduit un archéologue éminent, M. Le Blant, à un jugement moins sévère sur ces sortes d'ouvrages. M. de Rossi était déjà parvenu aux mêmes résultats pour plusieurs de ces pièces. On semble comprendre enfin que la critique purement négative doit faire place à une méthode moins exclusive qui, tout en restant dans une sage réserve, s'attache à découvrir la part de vérité que contiennent les documents en apparence les plus fautifs (1). A ce point de vue, dom Pitra dans son travail sur saint Abercius donnait un exemple mémorable que nous ne pouvions passer sous silence et qui, nous l'espérons, suscitera des imitateurs (2).

(1) Cf. à ce sujet les réflexions du P. de Smedt, bollandiste, Introductio ad historiam ecclesiasticam, tractatus I, de prœcipuis regulU artis crilicœ, et l'ouvrage français du même auteur : Principes de critique historique, 1 vol. in-12, 1864.

(2) Parmi Jes travaux qui ont été publiés sur ces découvertes épigraphiques, nous citerons Ramsay, Bulletin de corresp. hellénique, t. VI, p. 518, juillet 1882; du même, The Taie of Abercius, dans Journal of Hellenic studies octobre 1882, et 1883, p. 474 et suiv. ; de Rossi, BuUettino di archeol. cristiana, 1882, p. 77 ; Inscriptiones christianœ, t. II, p. XII et suiv. ; Duchesne, Bulletin critique, t. III, p. 135 et Revue des questions historiques, t. XXXIV, p. 5 et suiv.; Allard, La science catholique^ 1889, p. 362; Wilpert, Principienfragen, etc., p. 50; Caspari, Quellen zur Gesch, des Taufssymbots, III, 354; Lightfoot, The apostolic fathers, P. Il, vol. l. Lond. 1885; Bayet, De titulis Atticae christianis antiquissimis, p. 53.

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