‹ Histoire du Cardinal Pitra, bénédictin de la Congrégation de FranceChapitre 49 sur 91 · HISTOIRE DU CAKDINAL PITRA · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CAKDINAL PITRA

lui un monde inconnu et fermé dans lequel son ignorance de ces langues lui interdisait d'entrer. La Providence vint encore à son secours.

Il trouva à Moscou un excellent slavophile, catholique converti du protestantisme, qui depuis dix ans se livrait avec Tardeur d'un néophyte aux mêmes études que lui. (( Je passais les nuits avec lui, raconte dom Pitra, à comparer feuille par feuille, tantôt les livres canoniques, tantôt les livres liturgiques des deux Eglises grecque et russe. Un pope nous fournissait les imprimés grecs et une sacristie russe du voisinage les livres slaves. Toutes mes conclusions sur les phases et les variations de la discipline et de la liturgie schismatique, se trouvent vérifiées par un double contrôle et confirmées par deux séries parallèles de faits et de documents aussi nombreux qu'incontestables... » Ce sont ces études que dom Pitra appelait ses soirées de Moscou et qu'il aurait pu nommer plus justement ses nuits de Moscou. Le même slavophile se retrouva avec lui à Prague pour y continuer ce travail de comparaison (1). Dom Pitra eût désiré le poursuivre pour les documents de l'Eglise orientale, constater ce que les Arméniens, les Syriaques, les Coptes ont reçu des Grecs, du quatrième au huitième siècle, et ce qu'ils en ont conservé ; il comptait pour cette partie de son travail sur la collaboration des méchitaristes de Vienne et de son ami, le savant orientaliste Zingerlé; mais il dut renoncer à ce projet.

Sa merveilleuse santé lui était un auxiliaire précieux; «lie résistait à l'excès du travail et aux rigueurs d'un hiver hyperboréen. Il étonnait les Russes eux-mêmes « en bivouaquant, comme il le dit, de bibliothèque en bibliothèque, de traîneau en traîneau, la nuit comme le jour » (2). Arrivant à Saint-Pétersbourg au moment où le choléra y sévissait, il en avait subi les premières atteintes, mais il y

>hile est le docteur Hésen. Lettre à dom Guéranger,

écrite de Dresde.

îrron, de Dresde, 17 mars 48G0.

VOYAGE DE RUSSIE ET d'aUTRICHE 235

échappa au bout de quelques jours et ne voulut même pas pendant ce temps interrompre ses travaux.

Son voyage de Russie se termina ainsi heureusement au milieu de ces études de tout genre. Il avait parcouru des milliers de manuscrits, de chartes et de lettres et mené à bonne fin la plus vaste enquête qui eût jamais été entreprise sur l'histoire et les monuments du droit des Grecs. Il avait, selon ses propres expressions, « recueilli sur toutes les matières canoniques, liturgiques, historiques, touchant le monde slave et grec, antique et moderne, plus de quinze cents pages de notes » (1). Il se trouvait maintenant en mesure de préparer l'impression de son grand ouvrage sur l'histoire et les monuments du droit ecclésiastique des Grecs, dans lequel il a consigné le résultat de ses recherches et de ses découvertes. Nous l'étudierons bientôt en détail (2).

Dom Pitra quitta Saint-Pétersbourg, où il était revenu après son séjour à Moscou, à la fin de février de Tannée 1860, et fit route avec une caravane de jeunes et robustes Moscovites ; mais ils furent arrêtés bientôt par des neiges qui effrayèrent ses compagnons ; ceux-ci prirent la résolution de rebrousser chemin vers le nord et d'atteindre Berlin par un détour de cent cinquante lieues. Pour lui, il préféra se risquer à poursuivre sa route. Il se confia à deux paysans russes, monta sur un traîneau découvert avec ses précieuses notes et le voyage continua à la belle étoile par vingt degrés de froid à travers d'immenses forêts de sapins ou des steppes couvertes de neige à perte de vue. Une bise aiguë augmentait encore l'intensité du froid; la main gauche du voyageur, foulée par accident, menaça de geler ; néanmoins on arriva sans encombre à Varsovie (3).

Là, dom Pitra reçut l'hospitalité chez les bénédictines du Saint-Sacrement : il s'y trouvait en terre française et en terre monastique; le monastère a été fondé au dix-septième

(1) A dom Guéranger, 45 mai 1860.

(2) Juris ecclesiastici grœcorum historia et monumental 2 vol. in-folio, Rome 1865 et 1868.

(3) Lettre à dom Ferron, 17 mars 1860.

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