‹ Histoire du Cardinal Pitra, bénédictin de la Congrégation de FranceChapitre 50 sur 91 · HISTOIKE DU CARDINAL PITRA · texte numérisé non relu

HISTOIKE DU CARDINAL PITRA

siè'cle par une Lorraine, Marie d'Arquien, femme de Jean Sobieski et reine de Pologne ; c'est là aussi que fit profession, au commencement de notre siècle, la princesse de Condé, fondatrice des Bénédictines du Temple (1).

Quelques jours après, dom Pitra franchissait la frontière; ses papiers et ses livres passèrent en franchise avec le sceau de l'ambassadeur de France.

Ce voyage de Russie, accompli dans des conditions si extraordinaires, laissa à notre savant de profonds souvenirs. Contrairement à ses prévisions, il avait reçu partout le plus bienveillant accueil, et il aimait plus tard à rendre témoignage de la large hospitalité qu'on lui avait offerte ; il célébrait volontiers aussi les vertus patriarcales du peuple russe et ses autres qualités ; il admirait sa dévotion à la Vierge et aux saintes ico7ies, et les magnifiques traditions des anciennes liturgies grecques qu'il conserve dans son culte ; il n'en déplorait que plus amèrement le schisme qui a tenu depuis tant de siècles les Russes éloignés de l'Église romaine et les a empêchés de venir puiser à cette source vivifiante. Aussi aimait-il à nourrir, avec quelques amis de ce peuple, les espérances d'un retour au catholicisme dont les Russes conservent tant de souvenirs et de traditions.

En quittant Varsovie, dom Pitra s'était dirigé sur Prague, passant par Breslau et Dresde. Il arriva dans la capitale de la Bohême le 20 mars, et put célébrer le lendemain la fête de saint Benoît, dans une abbaye de son ordre, « nôtre pauvre et désolée abbaye d'Emmaiis », écrit-il, occupée alors par quelques bénédictins autrichiens, et qui, depuis, a été restaurée par des bénédictins allemands de la congrégation de Beuron et a repris une vie nouvelle (2).

(1) Cf. Dom Rabory, la Vie de Louise de Bourbon, princesse de Condé, Solesmes, in-8, 1888, p. 308.

(2) Lettre du 2 avril 1860 à dom Guéranger, et du 10 juin à dom Perron . Notre-Dame de Montserrat d'Emmaûs, antique abbaye bénédictine tcbèque, était sur le point de périr. Déjà des pourparlers étaient en-

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De Prague il vint à Vienne, et croyait rentrer directement en France après quelques jours consacrés à ses recherches dans les bibliothèques; mais il fut arrêté plus longtemps qu'il ne pensait, et se vit peu à peu engagé dans des affaires et des travaux d'un nouveau genre. ,

A Vienne, il rencontra le savant bénédictin Diidik, qui s'était occupé, lui aussi, de» questions orientales, et avec lequel il put conférer longuement. Mais une rencontre qui devait lui être d'une plus grande utilité encore, l'attendait chez les Méchitaristes où il avait reçu l'hospitalité ; c'était celle d'un pope converti qui avait préparé son abjuration par vingt années d'études sur l'histoire de l'Église grecque, de sa liturgie et de son droit. Dom Pitra fit avec lui de nouvelles et importantes découvertes (1).

Il se vit alors en mesure de composer deux mémoires qu'il envoya au cardinal AntonelH, et dans lesquels il résumait les principaux résultats de son voyage.

En même temps, il était chargé pour le compte de la nonciature de Vienne d'étudier certaines questions concernant les Églises slaves et orientales, en particulier la question des BasiUens de Galicie et d'Autriche. On donne ce nom de Basiliens à tous les moines grecs et orientaux qui suivent la règle de saint Basile. Or, ce code de vie reli-

gagés entre les autorités ecclésiastiques et civiles pour donner aux b&timents de l'abbaye une nouvelle destination, lorsque le prince de Schwarzenberg, archevêque de Prague, appela dom Wolter, abbé de Beuron, et lui offrit Tabbaje. Celui-ci en prit possession le 19 mars 1880, et Toffice canonique commença d'y être célébré. Depuis cette époque, l'abbaye d'Emmaûs a pris de magnifiques développements. Cf. Dom G. van Caloen : Dom Maur Wolter et les origines de la congrégation bénédictine de Beuron^ 4891, in-16; Bruges, pp. 77-79.

(i) Il signale en particulier dans ses Lettres « deux volumes in-folio, venus de Constantinople, et renfermant, jour par jour, toutes les affaires traitées au patriarcat de Constantinople, avec le dossier complet des pièces, depuis 1315 Jusqu'en 1420. La plupart des pièces sont originales, avec signatures authentiques des patriarches, assesseurs ou ayants-cause. » Lettres du 15 mai à dom Guéranger, et du 10 juin à dom Perron.

gieuse a été pour rOrient ce que la règle de saint Benoît a été pour TOccident pendant de longs siècles. Mais tandis que dans nos pays des règles nouvelles, inspirées par un autre esprit, sont venues, sinon combattre, au moins restreindre l'influence de celle de saint Benoît, en Orient la règle de saint Basile a gardé toute sa place. Ces pays n*ont guère connu d'autre forme de la vie religieuse que la forme monastique ; tous les religieux y ont été moines, attachés à un monastère, séparés du monde, astreints à la célébration publique et solennelle de l'office divin. Les Basiliens se sont répandus dans les pays slaves par Constantinople et le Mont^Athos. Cet ordre, réformé au seizième siècle par saint Josaphat qui peut en être considéré comme le second fondateur, est retombé peu à peu dans le relâchement et a perdu une partie des forces que le saint archevêque de Polock lui avaient rendues (i).

Le nonce de Vienne, d'accord avec le ministre des cultes, le comte de Thun, qui se préoccupaient de la réforme et de la restauration de cet ordre, résolurent de faire étudier la question par le bénédictin français. Celui-ci se sentait déjà porté par ses sympathies vers les moines basiliens en qui il reconnaissait des frères. Il croyait que l'union entre l'Église latine et l'Église orientale ne pouvait être mieux préparée que par la réforme de la vie monastique, qui reste si profondément liée dans l'esprit des Grecs et des Orientaux à la notion de la vie chrétienne, et qui a pris chez eux un si grand essor. Le monastère est un centre stable dont l'influence se répand peu à peu et entraîne dans son orbite les populations qui l'entourent, quand elles ont conservé l'esprit religieux comme en Orient. Par sa liturgie, par les formes solennelles et antiques de ses rites, il exerce une puissante attraction autour de lui.

(1) Cette question de la réforme et de la restauration de Tordre basilien a été traitée avec autant de science que de tedent par un des confrères les plus aimés de dom Pitra, le R. P. dom Guépin, dans son beau livre : Saint Josaphat et l'Église grecque unie, 2 vol. in-8. Poitiers, 4874.

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En pays grec, l'existence d'un monastère conservant les rites antiques de la liturgie, serait une démonstration vivante et pratique de cette vérité que TÉglise romaine ne prétend pas détruire les coutumes et les traditions légitimes de cette vénérable liturgie, pour laquelle les chrétiens grecs professent un si profond et légitime attachement.

Pour répondre au désir du nonce et du ministre, dom Piira fouilla les archives de la nonciature et retrouva les règles, les constitutions, les procès- verbaux des chapitres généraux, le buUaire des basiliens, la statistique des provinces de Pologne et de Lithuanie, « immenses et curieuses archives d'une puissante confédération de cent trente monastères réguliers et savants, que la Providence avait placée aux frontières de l'Église comme rempart contre le schisme. Tout a été démoli, ajoute dom Pitra, sauf quelques débris isolés... Si Ton veut y regarder de plus près, on finira par comprendre que sans moines basiliens on ne fera rien avec les Slaves » (1). *

Plus tard on adjoignit au bénédictin français un de ses confrères, le s*avant P. Dûdik, pour étudier la question et il fut officiellement chargé de faire la visite des vingt monastères basiliens de Galicie (2). Il revint de cette mission plus persuadé que jamais de la nécessité d'une réforme, mais en somme assez attristé des résultats de son voyage. 11 ne pouvait accepter d'autre rôle que celui de visiteur et de rapporteur; sa mission remplie il prit congé du nonce et quitta Vienne au commencement de septembre.

Sur sa route il visita les grandes abbayes de Lambach, Mœlk, Gottweig, Salzbourg, Raigern, Martinsberg et saint Boniface de Munich pour compléter ses études des manuscrits grecs (3).

Le 23 octobre il était à Paris ; il séjourna ensuite quel-

(1) A dom Guéranger, 15 juillet 4860. C'était aussi la pensée de dom Guéranger et c'est la cooclusion des études de dom Guèpin sur l'Église ruthène, /. c.

(2) Lettre du 24 juillet à dom Guéranger.

(3) Lettre & dom Menault, 8 mai 4869.

ques- mois à Solesmes et à Ligugé, mettant ordre à ses notes et charmant ses confrères par le récit de ses étonnantes aventures. Il revit aussi à Poitiers Mgr Pie qui aimait à se faire rendre compte de ses voyages et de ses découvertes. Le prélat Tinvita pour le 14 janvier 1861 à assister aux fêtes qui se célébraient en l'honneur de saint Hilaire, dont le Père Pitra avait soutenu le doctorat. Cette fête fournit au savant bénédictin l'occasion de donner une nouvelle preuve de sa prodigieuse mémoire. Mgr Berteaud, Févêque de Tulle, avait prononcé deux discours qui frappèrent vivement ses auditeurs. On regretta que la sténographie n'eût pas fixé cette éloquente improvisation. Dom Pitra fit appel à sa mémoire et parvint à reproduire les deux discours avec une fidélité parfaite. On admira d'autant plus ce tour de force que la parole de l'orateur était des plus difficiles à retenir avec ses imprévus, ses surprises, son originalité, qui interrompent à chaque instant la suite logique des pensées (1).

Quelques mois après, dom Pitra reprenait le chemin de Rome.

(i) Cf. le Monde, 24 et 25 janvier 1861. Dom Pitra y reproduit aussi le discours que prononça dans la môme circonstance Tévôque d'Angoulëme.

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