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HISTOIBE DU CARDINAL PITRA

le premier et le plus illustre. Plusieurs de ces mélodes sont des studites ; ils sortent de ce grand monastère de Studium à Constantinople qui fut durant des siècles un foyer de science et de sainteté. Quelques-uns sont de grands poètes et de grands théologiens en qui la connaissance consommée des secrets de leur art s'unit au lyrisme de l'inspiration et à la profondeur de la doctrine.

Ces poèmes composés dans le silence du cloître vont se chanter sur la plus auguste scène et devant le plus bel auditoire qu'un poète puisse rêver. Le peuple de Constantinople, l'empereur dans tout l'éclat de sa dignité, entouré d'un brillant cortège, les princes, les officiers, les dignitaires, les dames du palais sont réunis dans l'Église de Sainte-Sophie, le plus magnifique temple du monde à cette époque, enrichi d'une étonnante profusion de marbres précieux, de mosaïques, d'argent et d'or. L'office liturgique commence ; les prêtres défilent en longues processions revêtus de leurs riches et amples ornements, et viennent se ranger autour du trône du patriarche, la seconde majesté de l'empire. La cérémonie se poursuit avec cette pompe et cette dignité devant laquelle les barbares d'Occident restent émerveillés. Le moment arrive oii doit se chanter l'hymne du moine poète; le coryphée ou maître de chant réunit les chœurs des chantres et s'apprête à les diriger, le lecteur monte à l'ambon tenant dans ses mains un rouleau de parchemin sur lequel le poème a été écrit avec de belles miniatures aux couleurs éclatantes (1). Le peuple devient attentif, car il aime ses mélodes, les belles cérémonies liturgiques ont réveillé sa vieille foi et le disposent admirablement à écouter et à comprendre l'inspiration du mélode. Son attente n'est pas trompée. Le chant commence, les vers, les strophes se succèdent, accentués et rythmés sur une mélopée douce et suave qui réveille Tattention sans l'absorber et donne aux paroles toute leur force et leur relief; le poème se déroule, les premières strophes en

(1) Analecta sacra, I, p. ix.

POÈTES ET MÉLODES DE l'ÉGLISE GBECQUE 271

quelques vives exclamations exposent Tobjet de la fête liturgique que l'Église célèbre en ce jour ; bientôt la poésie prend une allure plus vive et plus libre ; les chœurs répondent au lecteur, les divers personnages entrent en scène et le dialogue s'anime ; ce n'est plus un simple cantique ou un hymne, c'est un drame Les anges, les prophètes, les saints de TAncien et Nouveau Testament, Adam, Noé, le chaste Joseph, quelquefois les démons euxmêmes, parlent tour à tour. C'est déjà le mystère tel que le génie du moyen âge latin le découvrira quelques siècles plus tard.

Prenons comme exemple le cantique pour le jour de Pâques. Il commence par une invocation au Christ. « Tu es descendu dans le sépulcre, ô immortel, mais tu as brisé la puissance de l'enfer. Tu es ressuscité comme un vainqueur, ô Christ-Dieu, et aux femmes qui apportaient des parfums tu as dit : Salut ! A tes apôtres tu as donné la paix, toi, qui aux pécheurs tombés donnes de ressusciter. » Toi qui aux pécheurs tombés donnes de ressusciter^ c'est le refrain qui va revenir à la fin de toutes les strophes, naturellement amené par la pensée, et qui d'un seul trait net et profond, résume tout l'objet de la fête de Pâques, la résurrection du Christ, qui est aussi notre propre résurrection.

Avant l'aurore, les saintes femmes se hâtent, elles s'exhortent mutuellement à porter des parfums au tombeau pour le divin mort. « Levez-vous, mes bien-aimées; allons comme les Mages, adorons comme eux, portons en guise de présents, des parfums, car ce n'est plus dans des langes que Jésus est enveloppé, mais dans un linceul. Pleurons et crions : <c 0 Seigneur, lève-toi, toi qui aux pécheurs tombés donnes de ressusciter. » Mais déjà l'aurore d'une autre espérance commence à poindre dans leur cœur. Le Christ ne serait-il pas déjà ressuscité? Elles attendront donc, laissant à Marie Magdeleine le soin d'aller seule au sépulcre. Il est nuit encore ; mais l'amour qui est au cœur de Madeleine lui sert de flambeau ; elle arrive, elle trouve la pierre renversée, le tombeau vide, et dans son saisis-

sèment, son premier cri est celui-ci : « Ont-ils enlevé mon Seigneur? ou plutôt n'est-ii pas ressuscité celui qui aux pécheurs donne de ressusciter ? » Pierre et Jean viennent à leur tour au tombeau ; le poète suit le récit des évangélistes, mais il en profite pour donner un témoignage bien explicite de la foi de l'église grecque en la primauté de Pierre. « Jean arrive le premier, mais il n'entre pas; il attend le coryphée (le chef des apôtres) ajin que l agneau suive le pasteur^ et en vérité cela convenait ainsi ; car c'est à Pierre qu'il a été dit : « Pierre, m'aimes-tu? Pais donc » mes agneaux, selon ton bon plaisir. » C'est encore à lui » qu'il a été dit : « Bienheureux Simon, je te donnerai les clefs du royaume. » Enfin c'est à Pierre qu'ont été soumises les eaux de la mer par celui qui aux pécheurs tombés donne la résurrection (1). Les deux apôtres entrent dans le. sépulcre, ils s'étonnent de le trouver vide, ils s'étonnent que Jésus ne leur apparaisse pas ; ils craignent d'avoir été téméraires en entrant dans le monument. « Ce sépulcre n'est pas semblable aux autres, disent-ils, c'est vraiment la maison de Dieu, celle dans laquelle est resté, a habité, s'est complu celui qui aux pécheurs tombés donne de ressusciter. » Marie Madeleine, qui les a suivis, les console en leur disant que, sans doute par une délicatesse de sa Providence, Dieu a voulu que les femmes qui les premières étaient tombées (dans Eve) fussent les premières à voir Celui qui s'est levé d'entre les morts. Puis elle va de nouveau au sépulcre, elle y reste seule, son amour l'y retient, sa douleur et sa tendresse s'exhalent dans une plainte douce et triste : « Hélas ! ô mon Dieu, où vous ont-ils porté? Comment avez-vous souffert, ô vous qui êtes immaculé, d'être emporté par des mains impures ! Saint I Saint! Saint! crient les Séraphins, et ils oseraient à peine vous porter sur leurs épaules. Et les mains des imposteurs

(1) ..."'Ava(jL£V£i ('Iwocvvrjç) tov xopuçatov, Tva w; 7:oi{x^vt axoXou8r[a£i ô à[ivos xal ovTO); O'j-o; ïr.pzr^z.,. HeTpe, xà àpv^a (jlou, (jjç GAeiç, ;coi{JiaiV£... xàç, xX£îç Goi owaw TTjç paaiXE^aç. Tw n^xpto Tupiv ur.i-zyiz xà xu|iaTa, a etc^êucv, ô Tolç 7C£aougi 7rap^)(^wv àvaaiaaiv... (Analecta Sacra, p. 427.)

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