‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 15 sur 113 · RAPPORTS DE DESCARTES AVEC LE LOUVANISTE GÉRARD VAN GUTSCUOVKN · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE DESCARTES AVEC LE LOUVANISTE GÉRARD VAN GUTSCUOVKN

ET l'aNVERSOIS CATERUS (4639-4641).

Sommaire.

I. Descartes a-t-il en en Belgique d'autres correspondants que Plempius et Ciermans? — 2. Notice sur Van Gutscboven. — 3. Discussion historique k propos de ses rapports avec Descartes. — 4. Reneri et Van GutschoYen en Hollande. — 5. Notice sur Caterus. — 6. Portée de ses objections. — 7. On ne peut faire de lui un précurseur de Kant ni de Berkeley. — 8. Critiques de Caterus et réponse de Oescartes touchant les arguments apportés en preuve de l'existence de Dieu; — 9. En preuve de la spiritualité de l'âme.

Nous avons quitté Descartes, quand il venait d'écrire à Plempius, au sujet de la publication éventuelle de ses objections et de celles du P. Ciermans ; cette lettre était du 1*' septembre 1638. Après cette date, on ne trouve plus, dans sa correspondance, telle qu'on la connaît actuellement, de lettres manifestement envoyées par lui à des Belges; peut-être en est-il, mais aucun indice ne les trahit. Il est cependant plus que probable que Descartes aura correspondu avec des habitants de notre pays, et Ton peut espérer que la publication des lettres des savants hollandais, tels que les deux Huygens, fera rencontrer quelques-unes d'entre elles. C'est en effet dans les papiers de Chrétien Huygens, que Domela Nieuwenhuis a retrouvé les objections de Froidmont et deux lettres de Plempius à Descartes.

Nous examinerons plus loin ^, s'il est vrai que le célèbre

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mathématicien liégeois René-François Sluse a correspondu avec René Descartes. Cependant, il est bon de remarquer que la Belgique donna l'hospitalité à trois personnages célèbres dans rhistoire, en partie à cause de leurs rapports avec le philosophe français. C'est d'abord le P. Mersenne, dont il a été parlé plus haut, et qui a fait en Belgique un séjour de quelques mois, depuis le commencement du printemps de 1630 jusque vers l'automne *. Nous avons vu que ce fut alors que Descartes fut mis au courant de l'affaire de Van Helmont, et pensa quelque temps à faire la réfutation, article par article, du traité de la guérison magnétique des blessures.

Le deuxième correspondant de Descartes fut la princesse palatine, Elisabeth, « sa première disciple », celle à qui il avait dédié ses Principes en 1644, « le chef des cartésiennes de son sexe », comme l'appelle naïvement Baillet 2. En 1645 ou 1646, elle s'en vint faire une cure d'eaux à Spa et demanda à son cher Descartes de quoi s'y entretenir l'esprit 3 : ce fut alors que le philosophe lui écrivit cette série de lettres sur la morale, où il fait une si belle étude du De vita beata de Sénèque, en ayant peut-être sous les yeux les commentaires de notre immortel Juste-Lipse *.

Le fameux Guillaume Cavendish, duc de Newcastle, fut le troisième correspondant de Descartes. Newcastle habita la Belgique avec sa femme Marguerite depuis 1646 jusqu'en 1662, lors de la restauration de Charles IL Baillet nous dit à ce sujet que : « la correspondance que ce seigneur entretenait

* Baillet, volumo I, p. 21 i. — Le P. Mersenne élail affligé d'un érysipéle et voulut prendre les eaux de Spa pour s'en déraire. V. 0. volume VI, p- 101.

* Volume II, p. 250. Sorbiére disail plaisamment qu'il n'j avait dans ie monde qu'un homme, qui était le médecin Regius, et une fille, qui éuil la princesse Elisabeth, qui entendissent la philosophie de Descaries. — Cilé par Baillet, volume II, p. 23â.

» Baillet, volume II, p. 289. V. Clerselier, préface du 1«' volume des lettres.

* Lettres, 1" volume, 1657. — Préface de Clerselier, où se trouve un M éloge de Descartes, comme moralisle. — Ces lettres se trouvent 0. volume IX, pp. 200-250.

» avec M. Oescartes subsistait de vive voix, lorsqu'il était en » Hollande, en 164S, et par un commerce mutuel de lettres, » qu'ils s'écrivaient depuis l'an 1641 jusqu'à la mort de » Charles l^ (1649), lorsque ce seigneur était en France ou }) dans les Pays-Bas catholiques ^. »

Nul doute que ces amis et correspondants de Descartes ne fissent connaître son nom et ses opinions à nos concitoyens. Voici la première partie d'une lettre ^ d'un Hollandais, qui remplissait en 1643 les fonctions d'agent des Pays-Bas à Liège: elle est très curieuse. Cet agent s'appelait Van der Burgh, né à Leyde, en 1599, et mort en 1660; il fut en fonction de 1642 à 1650 avec des intermittences. Il écrivait donc à Constantin Huygens, qui était grand ami de Descartes et se chargeait ordinairement de la correspondance du philosophe avec les Pays-Bas espagnols 3 : « Het land is schoon ; maer als men 't volck aenziet, 't is of de Duijvel in 't Paradys logeerde, daer een eerlijk man wildbraed (?) verstreckt : berghen, bomen, fonteinen syn aengenaem, maer s'in spreecken, of derven niet spreecken, om datze zien met wat volck datse te doen hebben ; terwyld'er de Suyiekoms» de Descartessetiy de Campens, en sulck slach van tulpen niet willen opkomen, so gevalt my den hof niet. » Ainsi Liège, la petite Rome, n'était pas un milieu qui convînt à Descartes, au jugement d'un Hollandais protestant. H ne se trompait pas; on le verra quand nous parlerons du Jésuite Compton Carleton,

* Nous irouvoiis dans la correspondance de Gassendi que Cavendish, à ADvtfrs, élail en rapport avec Hobbes et Gassendi, en 1649. Gassemu, Opéra omniOf volume VI, p. 52'2. On trouve une lellre de De^ caries à ce seigneur, (iatée du 15 mai 1646, 0. volume IX, p. 539; une autre du 10 novembre 1646, ibidem, p. 54i.

* Nous empruntons celte lettre à la correspondance musicale de Constantin Huygens, publiée par W.-J -A. Jonckbioet et J.-P.-N. Land, Leydo, 1882, p. CLXi. La lettre est du 5 juillet 1642. Ce Van der Liurgh était Tami intime (J'Egidiu Henny, chanoine et chantre de Saint-Jean, amateur de musique et qui entra eu relations avec Constantin Huygens. V. Fétis, in voce c Ilennius ».

* Baillet, volume 1, p. 268.

En tout cas, si Descartes n'a plus eu de rapports épistolaires avec des Belges, il en a eu de personnels avec le Louvaniste Gérard Van Gutschoven.

Gérard Van Gutschoven naquit à Louvain, le 6 février 1616. Son père, Guillaume Van Gutschoven, originaire de Saint- Trond ^, licencié in utroque î, devint avocat fiscal de l'Universilé, le 19 septembre 1621 3, et « signalor primarum litterarum », en 1637 ^. Il mourut en août 1629 s, quand Gérard n'avait encore que quatorze ans et demi. M. Reusens dit que vers ce temps « Gérard se rendit auprès de Descartes, et que » pendant plusieurs années, il lui servit de secrétaire et de » préparateur, en même temps que le philosophe français lui » donnait des leçons d'anatomie et de mathématiques. Sous sa » conduite, Van Gutschoven, poursuit M. Reusens, fit des pro- » grès extraordinaires en ces deux sciences. » Nous examinerons plus loin ces différents points. En septembre 1638, Van Gutschoven fut fait licencié en médecine 6.

Dès lors, il devint un homme influent : « 11 dressa cette » même année, un plan exact de la ville et des environs immé* » diats de Louvain. Il fut aussi chargé de diriger la construc- » tion de quelques nouvelles parties , ajoutées aux remparts » de la ville, qui avaient beaucoup souffert, lôrs du siège » de 1638. » Ces connaissances d'ingénieur dans un jeune médecin de vingt ans à peine, révèlent les heureuses disposi-

* Valèbe André, FasH, 1630, p. 5i.

* Ibidem^ p. 72.

* Ibidem, p. 5i.

* Ibidem, p. 72.

B Ibidem, pp. 52, 7i.

* S'il fallait suivre le seoiimeiil de M. Reuseus (Annuaire de Louvenn pour 1867, p. 368), noas coojeclurerious que le retour de Gérard eut liea en 1632. Baillet dous apprend qu*eu cette aonée, Descartes reçut chex lai, pour être son domestique ou plutôt son compagnon d*études, M. de Ville* Brettieui (volume J, p. i). De plus, le cours de médecine était à Louvain de trois ans, sans compter les deux années de philosophie.

lions de Van Gutschoven et la variété de ses connaissances. H. Reusens ajoute que, peu de temps après, il devint le suppléant du professeur Sturmius dans la chaire de mathématiques; mais il faut reculer cette nomination de professeur suppléant jusqu'à la fin de 1639. Voici en effet ce que nous lisons dans Valère André, contemporain de Van Gutschoven ^ : « Gérard Gutschoven de Louvain, licencié en médecine, sup- » pléa assez longtemps Sturmius, plus qu'octogénaire. » Or, Broeckx ^ nous apprend que Sturmius était né le 29 août 1559, il avait donc eu quatre-vingts ans le 29 août 1639, et ce fut probablement à la rentrée des cours, que Van Gutschoven commença ses leçons. Un an avant, c'est-à-dire le 30 septembre 1638, il avait épousé une demoiselle de Louvain, nommée Anne Leroy, dont le père était très entendu dans la mécanique, ainsi que nous l'apprenons par une lettre de Wendelin, qui fait partie de la correspondance de Gassendi 3.

Avant d'aller plus loin, nous allons tâcher de mettre un peu de lumière sur un point très intéressant pour nous : nous voulons parler des rapports personnels de Van Gutschoven avec Descartes : quand ont-ils commencé? combien ont-ils duré? de quelle nature ont-ils été ?

M. Reusens parle en trois endroits, et chaque fois dans les mêmes termes, des rapports de Van Gutschoven avec Descartes: dans l'Annuaire de l'Université de Louvain pour 1867 '^, dans les Analectes ^ et enfin dans la Biographie nationale 6. Voici

* Fasti Academici, édition 1650, p. 249 : c Sturmio octogenario major i > aliquatndiu vieariam operam prœstWt, •

' Hisloire de la médecine beige, Bruxelles, 1838, p. 313.

' Opéra, X VI, p. 493. Y avait-il parenté entre ce Leroy de Louvain et le fameux cartésien d*Ulrecbt, qui portait le même nom? On Tignore complètement.

^ Volume XVIll, p. 583.

* Volume VIII, p. 558, col. a.

ce qu'il dit dans l'Annuaire : « Gutschovius naquit à Louvain, » le 16 février 161S; il passa sa jeunesse auprès de Deseartes, » copiant les manuscrits du célèbre philosophe, et l'assistant » dans ses expériences physiques. Il se livrait dans Tentre- » temps, sous la direction de son maître, à l'étude des mathé- » matiques et de l'anatomie, et fit, en peu d'années, des pro- » grès extraordinaires dans ces deux sciences. De retour dans » sa ville natale, il s'appliqua à l'étude de la médecine, et » devint licencié, le 2 septembre 1635. »

Ces détails sont pris dans les Fasti academici mànuscripti de Paquot ^; mais Paquot lui-même les a empruntés à la vie de Descartes par Baillet, où nous lisons ^ : « Gérard Gut- » schowen avait demeuré plusieurs années sous Descartes, à » copier et à le servir pour les expériences, et il s'était rendu » très habile dans l'anatomie et dans les mathématiques, sous » sa discipline domestique. » Ailleurs 3, Baillet dit que Gutschoven, après avoir été domestique de M. Descartes pendant un temps considérable, se vit pourvu d'une chaire de professeur de mathématiques à l'Université de Louvain, et s'acquitta de son emploi avec beaucoup de réputation.

Mais où Baillet lui-même avait-il puisé ces détails? Il ne renseigne pas ses sources au premier passage; mais au second, une notation marginale indique Mémoires et lettres manuscrits. Or, nous croyons avoir retrouvé cette lettre, manuscrite à l'époque où écrivait Baillet, mais que Victor Cousin a depuis lors publiée dans les Fragments philosophiques ^. Baillet avait fait faire des recherches en Hollande, pour la composition de son ouvrage, et parmi ceux qui s'employèrent pour lui, se trouva le fameux Bayle. La lettre en question est de lui, et, comme il y est fait mention de deux Belges, nous la reprodui-

* Volume 1, comme rindiqae M. Reusens dans la Biographie naUonale.

* Volume II, p. 3d9.

* Ibidem, p. 456.

* Œuvres, Bruxelles, 1841, t. Il, p. 203, col. b; p 904, col. a, col. 6; p. 205, col. b.

sons ici. Il faut seulement remarquer que Cousin a lu Fulchower dans le manuscrit pour Gutschowen i.

(( La dernière fois que j'allai à La Haye pour voir M. de » Beauval, j'y fis connaissance avec un médecin flamand, qui » 6t autrefois beaucoup de bruit à Paris sous le nom de Phi- » lippaux 2, et, comme je le crus propre à nous fournir des î) particularités sur la vie de Descartes, vu qu'il a été intime » et familier de Fulchower, qui avait été disciple de M. Descartes i> et quasi domestique plusieurs aimées, je le priai de vouloir » rappeler toutes ses idées là-dessus et feuilleter tous ses 5> papiers en faveur d'un homme de mérite qui travaille >) actuellement à la vie de ce grand philosophe (M. Baillet m'a » écrit que c'est lui). Il me répondit en homme qui est tout )> mystérieux, mais il me promit quelque chose de plus positif n touchant deux ou trois traités de M. Descartes, dont l'un est » De Deo Socratis, m'assurant qu'il sait entre les mains de qui » ils tombèrent après la mort de l'auteur. Le malade de » M. Philippaux joignit ses offres aux siennes, à cause qu'il » est connu des personnes en question et parce qu'il est voisin » de M. De Beauval et grand ami. »

C'est en développant les deux données de cette lettre que Baillet a pu dire ce qu'il a dit. Paquot et Reusens, combinant ce que rapportait Baillet avec les autres dates certaines de la vie de Van Gutschoven, n'ont pas trouvé, pour ses relations avec Descartes, d'autres années que celles qui précédèrent ses études médicales à l'Université de Louvain.

Mais le témoignage de Bayle est-il complètement acceptable? Sa lettre n'a pas ce témoignage pour objet; il l'émet par occasion, à cinquante ans de distance de l'époque où les faits avaient eu lieu. En substance, il est véridique, comme on va le voir. Van Gutschoven a eu de nombreux entretiens avec Descartes; c'est

* Gaiscbowen, orthographe de Baillel.

' Brobckx, Butoir e du Collegium medicutn BruœêUense, Anvers, 186â, mentionne dans \e catalogue des médecins inscrits au collège (p. 456), un Albert Philippaux, contemporain de Bayle. Il était préfet du collège en 1696 (p. 470). La lettre de Bayle est de 1690 ou 1691 .

un disciple de Descartes, il a été chez Descartes comme de la maison, quasi domestique. Mais on peut contester quMl soit demeuré avec lui l'espace de qtielqiies années et en qualité de secrétaire, de préparateur ou d'élève; en tout cas, il nous semble qu'il ne l'a pas été avant 1635.

Nous nous appuyons sur deux témoignages contemporains : un de Clerselier et un autre, encore plus décisif, de René- François Sluse. Clerselier a édité en 1664 le traité de V Homme et celui de la Foi*mation du fœtus avec la collaboration de Van Gutschoven. Dans la préface ^, il raconte comment il est venu à connaître notre Louvaniste. « J'avais chargé un de mes amis, M. Guisony, jeune homme très instruit et qui allait faire un voyage d'instruction, de s'informer, en passant par la Belgique, si quelqu'un des partisans convaincus de la philosophie de Descartes ne pourrait se charger des figures du traité de YHomme. Il eut la bonne chance de rencontrer à Louvain M. de Gutschoven, avec qui il eut plusieurs entretiens, et il apprit de lui que M. Sluse le poussait précisément à se charger de ce travail. Il m'en avisa incontinent, et, comme je ne connaissais pas auparavant M. de Gutschoven, il me le dépeignit sous de si avantageuses couleurs, que je ne crus pas qu'on pût trouver un homme plus convenable que lui pour mon afiaire. Grand anatomiste, excellent mathématicien, comprenant parfaitement tous les écrits de M. Descartes, avec qui il avait eu de fréquents etitretiens 2, et, enfin, ce qui est fort utile pour l'intelligence de la philosophie cartésienne, ayant du talent pour la mécanique. » Clerselier, sur le rapport de Guisony, qui tenait ce qu'il savait de la bouche de Van Gutschoven, dit donc simplement que ce Van Gutschoven avait eu de fréquents entretiens avec Descartes. Sluse est plus explicite. Dans une lettre à Pascal 3 du 4 octobre 1639, il écrit : « M. Gérard

' Renati Dbscartes, Traclatus de Homme et de Formatione fœtus. Amstelodami, 1686, préface non paginée.

* c Cum qao etiam saepenumero eon?ersatus fuerit >

' BoNCOMPAGNi, Boliettino : Lb Paige, Correspondance de Slvse, t. XVII, p. 509.

y> Gutiscovius est professeur des mathématiques et de i*anay> tomîe dans l'Université de Louvain, qui sont les sciences d principalement requises pour l'intelligence de cet ouvrage » (le traité de Y Homme). Il est, de plus, fort adroit à faire choses » semblables (des figures), et fort affectionné à la mémoire de )) M. Descartes, avec qui il a eu des entretiens très particuliers » l'espace de quelques mois en Hollande, oix il s'estoit rendu 7i tout exprès pour ce suiet. » Ces deux arguments, pour être négatifs, n'en ont pas moins leur valeur : si Van Gutschoven eût vraiment été l'élève et le secrétaire de Descartes, il l'aurait dit à Guisony et Sluse l'aurait écrit à Pascal. Ce ne sont pas les seuls que nous ayons. Le philosophe, dans une lettre à Plempius, du 27 novembre 1637 ^, dit qu'il ne connaît en Belgique que deux hommes, Wendelin et Wander Wegen, capables d'étudier et d'entendre sa Géométrie : or, si Van Gutschoven avait passé sa jeunesse auprès de Descartes et fait en peu d'années des progrès extraordinaires en mathématiques, il aurait dû être nommé avec ces deux savants. Plempius, deux mois auparavant, avait, sur la demande de Oescartes, remis un exemplaire du premier ouvrage de celui-ci à Froidmont et au P. Fournier, mais pas à Van Gutschoven. Enfin, croit-on probable que Van Gutschoven, né en février 1615, licencié en médecine en 1635, après des études qui, d'après les lois académiques, devaient durer trois ans ^ et être précédées de deux ans de philosophie, ait pu, avant 1635, passer sa jeunesse, « plusieurs années », auprès de Descartes en qualité de secrétaire et de préparateur et apprendre sous lui les mathématiques et l'anatomie? A la vérité, ces trois dernières réflexions prouvent seulement que Van Gutschoven ne fut pas avant 1635, ou même avant 1637, auprès de Descartes. Hais une preuve presque décisive de notre opinion est que, de 1629 à 1641 et même jusqu'en 1648, les Pays-Bas espagnols furent en guerre avec les Hollandais et les Français. Un séjour prolongé en

• 0. volume VI, \k 534.

* Vernulaeds, Acoffemia Lovaniensis, 1667, p. 54.

Hollande chez un Français qui avait dans le temps porté les couleurs du prince d'Orange aurait fait soupçonner le patriotisme de Van Gutschoven.

Il est cependant hors de doute que Gérard Van Gutschoven a été en Hollande, qu'il s'y est rendu avec le but principal de se perfectionner dans Tanatomie et qu'il y a fait la connaissance personnelle de Descartes. C'est ce que nous apprenons de ses deux contemporains et amis, Sluse et Clerselier. Dans sa supplique au gouvernement des Pays-Bas pour obtenir la chaire d'anatomie, en 1689, Gérard affirme qu'il avait exercé et pratiqué l'anatomie dans deux ou trois universités de Hollande. « Je me suis appliqué fort particulièrement à l'étude de Tana- » tomie depuis de longues années, ayant même exercé et » pratiqué cet art en diverses universités, mais principalement » en celle de Louvain, où j'ai publiquement et à la vue de tout » le monde, anatomisé tous les corps morts qui m'ont été » présentés pendant l'espace de seize ans *. » C'est donc à partir de 1643 que Van Gutschoven commença à exercer son art à Louvain, c'est-à-dire sept ans avant la mort de Descartes, et c'est probablement avant 1643 qu'il se rendit en Hollande.

Un passage curieux de Baillet, qui serait absolument concluant, s'il ne fallait modifier l'orthographe d'un nom propre, va nous faire voir que Van Gutschoven était peut-être à Ulrecht en 1639, et en même temps nous ramener à la suite naturelle de notre récit. Nous avons laissé Reneri professeur de philosophie à Deventer. En 1634, les magistrats d'Utrecht, qui venaient de décider de transformer le collège de cette ville en université, lui offrirent une chaire de philosophie qu'il accepta. Toutefois, il n'entra en fonctions qu'en 1636, et, de même qu'à Deventer, il enseigna à ses élèves la philosophie de Descartes. Mais son apostolat ne se borna pas là. Parmi ses amis intimes, se trouvait un jeune médecin, Henri Le Roy, plus connu sous

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