CHAPITRE Vin
DÉVELOPPEMENT DE LA LUTTE ENTRE LES ANCIENNES DOCTRINES KT LES IDÉES CARTÉSIENNES AU SEIN DE L'uNIVERSITÉ DE LOUVAIN (4641-i649).
Sommaire.
i. Récriminations de Descartes et de ses disciples hollandais contre les attaques de Plempius. — â. Plempius se défend dans la seconde édition des Fundamenta medicinœ. — 3. Van Gutschoven devient membre du corps enseignant. — 4. Plan de défense des partisans de la philosophie ancienne. — 5. NouTelle édition de la Météorologie de Froidmont. — 6. Psychologie de Froidmont.
Nous avons dit plus haut que Plempius avait agrandi la lutte (ifngagée entre les écoles et Descartes, en le combattant ouvertement dans ses Fundamenta medicinœ. Son but était d'empêcher par là la nouvelle philosophie de s'établir au sein même de l'Université. L'amitié qu'il professait pour Descartes aurait pu le faire passer pour un approbateur de ses doctrines, s'il ne les avait combattues. En effet, les relations entre l'un et l'autre se continuaient par lettres, et quand, aux vacances, Plempius retournait dans sa patrie, il ne manquait pas, comme il l'atteste lui-même, d'aller faire visite au penseur solitaire, qui était venu y chercher l'hospitalité ^.
* Doctorum aliquot in Àcademia Lovaniensi virorum judicia de philo sophia cartesiana, à la fin des Fundamenta medicinœ de Plempius, éd. 1654» 1'' lettre. i> ... Poslea adhuc Lovanio in patriam remeanSi vis! ipsum )* (Renatum Descartes) in praedio circa Harlemum degeniem; ac deinde aliquot » ad nos inviccm ultro citroqne scripsimus epistolas, quarum binae extant in y> hoc meo opère lib. II, sect. 6, cap. 5. Ex quibus patet quanti me feoerii et » quain me amarit. »
Plempius s'était contenté de résumer les arguments de son adversaire : mal lui en prit. Dès que son ouvrage fut connu à Itrecht, Regius, disciple de Descartes, alors plein de ferveur, crut remarquer que ce résumé était infidèle. Il écrivit à Plempius, dit Baillet ^, une lettre flamande où il l'accusait, avec une virulence inouïe, de folsifier la pensée de son maître en lui faisant dire, entre autres choses, que l'unique cause des battements du cœur est la chaleur. Nous ne nions pas que Descartes n'assigne aux pulsations des oreillettes une autre cause que la chaleur; mais, pour ce qui regarde celle des ventricutes, il enseigne que les pulsations sont dues exclusivement à la chaleur du sang, développée principalement par le contact avec leurs parois et secondairement par un ferment qu'ils contiennent dans leurs replis 2. Or, Descartes enseigne explicitement que les ventricules constituent le cœur proprement dit, tandis que les oreillettes ne sont que les veines caves ou pulmonaires prolongées et élargies.— Regius ne s'en tint pas à cette lettre ; il voulut réparer publiquement l'offense faite à son maître vénéré. En juin 1640, des thèses de médecine devaient être soutenues dans l'Université d'Utrecht par quelques-uns de ses élèves 3. Il en inséra une où il mentionnait les mutilations que Plempius avait fait subir aux arguments de Descartes 4,
' Voiame II, p. 36. Baiilet donne un résumé assez éteudu de cette leUre de RegJDs, demeurée manuscrite.
' Pins tard, Regius fera lui-même defeciioo et dira précisément ce qu'il ivprocbe à Plempius d'avoir dit: « Rarefaciio, effervescenlia sive intumescentia ' saoguinis, quae coromuniter iu corde lit, est lanlum exigua, et proinde nimis
* debilis, quam ut totum sanguinem, per tolius animalium corporis arlerias et " venas, a corde et ad cor reciproce, lanquam pr^cipuum, nedum soiilarium
* (ut Arisioteles lib. deRespiraiioDe,etCartesiusdiscursudemethodoslaiuunt)
* proxime movens principium, pellat atque repellat. » Philosophia naturalisa Amsterdam, 1661, p. 306. La raréfaction du sang est une suite de sa chaleur : d'où aiiribuer les pulsations du cœur à la raréfaction du sang comme à leur UQique cause, c*cst faire la même chose que de les attribuer uniquement i« la chaleur,