Tome XXXIX
modernes, prosateurs et poètes y sont cités avec profusion, sans que ces citations alourdissent la marche de Fouvrage. Les faits sont nombreux et variés; les explications sont courtes; l'ordre le plus sévère préside partout. Ajoutez à cela les charmes du style, qui respire la plus pure latinité et dont la vivacité ne laisse guère supposer le grave théologien janséniste. Parfois il s*élève jusqu'à Téloquence, soit qu'il s'étonne de la grandeur des œuvres de Dieu, soit qu'il réprime l'orgueil de l'esprit humain. La physique des anciens revêtait dans ce livre ses plus beaux atours. Peut-être que, se sentant vieillir, elle voulait se faire estimer par cet éclat extérieur.
En dépit des cent pages ajoutées aux quatre cents de la première édition, Froidmont n'a pas modifié ses premières idées, sauf en un point secondaire, dont il sera question plus loin.. Neuf ans s'étaient écoulés depuis l'apparition des Météores de Descartes ; la révolution qu'ils avaient opérée en Hollande et jusque dans Louvain n'avait rien pu sur le vieux théologien belge, qui affectait même de ne pas supposer son existence. 11 connaissait à merveille l'ouvrage de Descartes; il lui en avait envoyé une critique, il avait eu connaissance de la réponse de l'auteur, il savait que les sentiments du philosophe français étaient partagés, propagés par un de ses collègues de l'Université. Et cependant, pas une seule mention de Descartes dans tout l'ouvrage, pas une citation deses écrits, pas une polémique entamée contre lui, directement au moins, surtout pas un emprunt à ses expériences ou à ses théories. Sa manière de le combattre, c'est de paraître l'ignorer, ou, pis encore, de sembler ne pas le juger digne d'être attaqué. Il était difficile de maintenir une attitude si peu naturelle d'un bout à l'autre d'un ouvrage de cette étendue : le stoïcien qui souffre pourra réprimer les plaintes de la nature, mais un philosophe que l'on contredit, surtout s'il voit devant lui un adversaire puissant, aura fort à faire pour s'empêcher de ne pas se relever devant les témoins de la lutte. Froidmont tient avec l'antiquité, il repousse la nouveauté : il doit faire voir que ce n'est pas chez lui parti pris, mais adhésion raisonnée à l'une et rejet raisonné
(le l'autre. c(Sane,s'écrie-t-iH, si veritas mihi alluceret, sine » mora ad eam non irem, sed currerem. Quid enim non » tantum in philosopho, sapientiae et veritatis amatore secta- » toreque, sed in omni homine ingenuo et a natura bene » facto, indignius^ quam ad veritatis conspectum, veteris et D quasi desponsatae opinionis caritate, oculos claudere ofiirma- » reque 2? »
Qu'on ne croie pas non plus qu'il ne jure que par Âristote, encore que, dans sa préface, il l'appelle le soleil des intelligences. II apprécie le péripatéticien Fortunio Liceti en ces tenues : « Nimia Aristotelis caritate peccas, mi D. Liceti, et ut ) Lipsius noster de Julio Scaligero, Aristotelem quasi Deum >) habes, nec pati potes illum quidquam ignorasse 3. » Ailleurs, il dit qu'Aristote ne s'est montré nulle part moins savant et moins ingénieux que dans cette partie de la physique qui considère la nature de la pesanteur et de la légèreté^ et les lois <ies mouvements qui en découlent. Ils sont insensés, continuel'ilt ceux qui pensent qu'Aristote a tout connu et qu'il ne faut rien chercher après lui ; de telles gens pourroht-ils digérer ce jugement du docte et sage Genebrard : « Aristote, dans sa Méorohgie et ailleurs, parle des régions de la terre, des lieux, des fleuves, etc., comme un aveugle des couleurs. »
Les scolastiques, sans être rejetés, sont parfois jugés sévèi^raenl : Froidmont ne doit donc pas être pris pour leur ^Bnmiperfas etnefas. Un bon nombre d'entre eux soutenaient 'lue la fin du monde ne s'étendrait pas aux astres, qu'avec Aristote ils estimaient incorruptibles, et saint Augustin semble quelque part être de ce sentiment. « Une foule de théologiens Mîolasliques, dit Froidmont ^, se sont emparés avidement de œ passage comme favorisant leur opinion préconçue; mais je crains qu'adhérant en ceci avec trop de ténacité à Aristote, ils
' Cf. p. 135, où il émet la même pensée.
n'abandonnent la défense de l'Écriture pour prendre celle dt^ leur opinion particulière. »
. Ce n'était pas assez de se montrer dégagé de tout servilisnie ^ intellectuel : il fallait, sans en avoir trop l'air, battre en brèche les idées nouvelles. Or on leur enlevait beaucoup de leur valeur en exagérant les obscurités des sciences naturelles et en s'élevant contre ceux qui prétendaient les dissiper toutes : c'était un peu, comme chacun sait, le défaut de Descartes. Froidmont, qui avait usé de celte tactique dès la première édition ^, y revient souvenl ici. Dans sa nouvelle préface, il insiste sur l'incertitude et Timperfection de la météorologie, en s'appuyant sur le témoignage d'Aristote et de Tycho-Brahé 2. D'après Sénèque 3, il traite les philosophes de « gens crédules », qui acceptent à l'aveugle des historiettes pour exercer ensuite leur esprit h la recherche d'explications plus ou moins vraisemblables.
Ailleurs *, il pose en thèse que la connaissance des secreb de la nature n'étant pas nécessaire au salut, Dieu ne l'a pas mise à la portée des hommes : c'est elle qui a fait s'évanouir dans leurs pensées les philosophes gentils, c'est elle qui enfle aujourd'hui bien des chrétiens et les fait s'élever et s'enorgueillir à raison même du vide de leur esprit.
« Si Dieu, dit-il plus loin, en terminant ses spéculations sur la cause du flux et du reflux s, ne révèle pas aux hommes ces secrets de la nature, c'est pour que nous soumettions plus facilement notre intelligence aux mystères de la foi chrétienne. En effet, même devant les phénomènes naturels, nous sommes forcés d'en venir au cri de TApôtre : « 0 altitudo divitiarum sapientifeet scientiîeDei, quam incomprehensibilia sunt judicia ejus, et investigabiles viae ejus! » A lui seul, la louange et la gloire de l'omniscience : qu'il soit béni dans tous les siècles! »
« P. 119. 1« édition; p. 180, «• édition.
* Nous relevons dans celte même préface une cilation de saint Augustin où le grand docteur d'Hippone range parmi les questions stériles (et iodécisesi celle de savoir si c>st la terre qui tourne ou les astres.
-\ous n'avons trouvé qu'un seul passage où il vise une opinion cartésienne , et encore l'attaque-t-il chez Fortunio Liceti ♦ t chez le P. François Resta, et d'autres qu'il ne nomme pas. II s'agit de la cause qui élève les vapeurs dans l'atmosphère. Froidmont avait enseigné dès la première édition que cette ascension des vapeurs était due à leur densité moindre que celle de l'air ambiant. Descartes, dans ses Météores, l'attribue à une impulsion des rayons solaires agissant c< comme les pieds de l'homme sur la poussière du chemin qu'ils soulèvent. » Froidmont, dans sa critique, avait rejeté cette explication et renvoyé assez cavalièrement Descaries au traité d'Archimède Ikmidentibus humido; le savant nia, dans sa réponse, que re traité eût du rapport à la question. Mais Froidmont, dans 5^ seconde édition, ajouta tout un article ^ pour prouver son opinion, et (ce qu'il n'avait pas fait dans la première) il la fortifia «les idées d'Archimède, consignées dans le traité en question; mais, encore une fois, le nom de son adversaire resta soigneusement passé sous silence.
Cependant, il est un point où le professeur de Louvain semble donner raison à Descartes. Dans l'édition de 1627, Froidmont avait enseigné que la glace était plus dense que l'eau, et expliqué par des porosités intérieures sensibles le tait qu'elle flotte sur l'eau. Le réformateur français avait précisément cité ce fait pour prouver que dans certains cas le froid raréfie, et de ce chef, il avait été attaqué par le physi- «ien belge. Mais, en 1646, Froidmont avoue ^ que l'eau ne '^ œndense pas en gelant, ou que, si elle le fait, c'est si peu que rien.
Telles sont les réflexions que nous a suggérées la comparaison des deux éditions. On peut les résumer de la façon '^uiv'ante : Froidmont conserve ses idées antérieures, combat en sceptique celles de ses adversaires, et, soit mépris, soit quelque autre motif, ne loue ni ne blâme formellement
Descartes, n'écrit jamais son nom, ne cite jamais ses paroles, ne contredit jamais directement ses opinions. Une lutte ouverte eût été plus franche, plus féconde, plus glorieuse. Au reste, elle allait devenir nécessaire. Nous savons déjà que le disciple de Descartes, Gérard Van Gutschoven, est dans le corps enseignant de l'Université de Louvain. D'autres cartésiens y sont aussi, mais leurs tendances ne se sont pas encore révélées dans des écrits : c'est Guillaume Philippi, médecin et professeur de philosophie au collège du Lys ; c'est l'Anversois Arnold Geuiincx, l'un des plus célèbres cartésiens que mentionne l'histoire de la philosophie, élève de Philippi, et depuis trois ans son collègue dans le même collège du Lys ; c'est encore Guillaume Van Gutschoven, le frère de Gérard, professeur de philosophie au collège du Faucon. L'an 1648 les voit prendre position et commencer une guerre régulière. Plempius nous l'apprend en 1652 : (c Conantur aliqui jam a quadriennio fere pellere a » Scholis nostris Aristotelem et nescio quam antiquatam phi- » losophiam inducere... quam funditus olim ab Aristotele » subrutam et tôt saeculis sepultam eruere jam nuper et in » dias luminis auras proferre conatus est Renatus Descartes, » nobilis Gallus, et multos statim habuit assentatores, praeci- » pue eos qui antiqua despicatui habentes, novitatum perpetui » sunt aucupes. » Inutile de faire ressortir l'importance historique du fait que ce texte établit.
Probablement aussi que l'absence prolongée de Plempius enhardit les cartésiens louvanistes : nommé médecin du comte Gaspar de Braccamonte, ambassadeur du roi d'Espagne au congrès de Munster, il quitta Louvain pour un temps assez long, puisque les négociations se prolongèrent jusqu'en 1648 ^
Et qui sait si ce n'est pas Descartes lui-même qui alluma le zèle de ses partisans? En 1647, il retourna de France en Hollande ^, et il paraît avoir traversé alors la Belgique, s'arrêtant à Gand. Ce serait même dans cette ville qu'il aurait
^ Verkulael's, Acod. Lov , 1067, p. 166. ' Baillet, volume II, p. 5.^0.
rédigé ses notes sur le programme flamand de son ancien disciple Regius ^.
Ces manifestations cartésiennes, à Louvain, qui étaient certainement, en partie du moins, une conséquence de l'apparition de la Météorologie, furent elles-mêmes Toccasion de la publication d'un nouvel ouvrage de Froidmont.
Trois ans se sont écoulés : le vieux théologien, sur la fin de sa vie, conservait toujours vivace son affection à l'ancienne philosophie; avant de lui dire un éternel adieu, il voulut la revoir et en jouir encore une fois. Dans sa jeunesse, il l'avait enseignée aux Prémontrés d'Anvers et aux jeunes gens qui suivaient les cours du collège du Faucon. Parmi ses cahiers de professeur, il avait en ébauche un traité de psychologie, qu'il se décida à compléter et à revêtir de tous les charmes littéraires que nous avons signalés dans sa Météorologie. Il faut Tentendre lui-même exposer son but dans le langage imagé qui lui est familier ^ : ce lineamenta quœdam de anima et veluti » imaginem monogrammam, quam juvenisolim in futuri operis » perfectionem delineaveram, in senectute jam média, et ipso » ineuntis climacterici limine, carne implevi,cute coloribusque » induxi, ac novos insuper a sacris litteris aut Patribus nervos » plurifariam intendi 3. » Pas plus que le précédent, cet ouvrage n'est ostensiblement dirigé contre Descartes ; son nom n'y parait pas une seule fois ; on n'y trouve pas de citations de ses ouvrages, ni du Discours de la Méthode, ni àes Méditations^ ni des Principes. Seulement les allusions y sont beaucoup plus transparentes, et elles devaient l'être tout à fait aux contempo-
* Baillet n>u dit rien, ni Descartes dans sa correspondance; mais Tannolaieor anonyme de celle-ci l'affirme en termes exprès (0. volume X, p. 190): « Oescartes parle dans cette lettre (p. 1^3) d*un livret qu'il envoie à la
> princesse et qui n'a été écrit que sur la fin de 1647 à Gand, et imprimé
> en 1648 au commencement. »
' Préface.
* Philosophiœ chriatianœ de anima Ubri quatuor, Lovanii, 1649.
raîns, pour peu qu'ils connussent les ouvrages de Descartes et le mouvement philosophique qu'ils occasionnaient. Dans la préface seule, on en peut relever trois. Il y prie les philosophes contemporains dont il a les ouvrages entre les mains de ne pas se plaindre de ce qu'il ne fait pas mention d'eux, ni ne les loue, et de ne pas attribuer son silence à la colère ou à l'envie. Car, ajoute-t-il, en chacun d'eux j'admire et je révère le talent que Dieu leur a donné, mais sans le jalouser ^ : or il parlera presque dans les mêmes termes quatre ans plus tard, dans une lettre à son collègue Plempius, uniquement consacrée à critiquer Descartes 2. Qui ne voit qu'ici déjà il est question de lui ?
L'auteur des Principes, en terminant ce traité, avait eu soin de le munir de l'autorité d'Aristote, et avait mis à le faire une insistance toute spéciale : ce Je désire aussi que l'on » remarque que je ne me suis servi d'aucun principe qui n'ait » été reçu et approuvé par Aristote..., en sorte que cette phi- » losophie n'est point nouvelle, mais la plus ancienne qui » puisse être 3. » Cette tactique n'a pas échappé à l'abbé Baillet, qui remarque qu'une des précautions principales de Descartes dans cet ouvrage a été d'éviter de son mieux les faux préjugés de ceux à qui il suffisait de savoir qu'il n'eût pas suivi le style ordinaire des scolastiques, pour en concevoir une mauvaise opinion ^. Notre Froidmont, avec une pointe de malice, se prévaut de cette prétendue conformité pour si* dispenser d'étudier les philosophes contemporains visés par lui
* « Nemo autem recenlium qui in manlbus sunt philosophorum se ira aui » invidia a me in laudeaut commémora tione praeieritum conqueratur. Egoeoim » in singulis Dei lumen et gratîam miror venerorqu e, non invîdeo. »
* V. ubap. Xlll. « D. Cartesium tanquam rarum et acutissimum iogeniam » veneramur, et dona illa Dei in ipso suspicimus ,licet non in omnibus coosen- » timas »
* 0. volume m, p. 543.... V. aussi ibidem, pp. 518, 521. Comparez une lettre d'envoi du même ouvrage oii apparaît la même préoccupation: 0. volume IX, p. 176.
« Volume il , p. 2â5.
un peu plus haut. II s'est contenté, avant de publier son œuvre, de revoir Aristote, Augustin, Thomas, Scot et quelques autres grands noms. Pourquoi? « Maxime quia olim expertus » eram musteos illos philosophorum rivulos, qui ab aliis fon- » tibus fluere malunt et gaudent, multum recentis et inutilis » limi trahere ; et cum fessas longis ratiocinationum erroribus » soas undas diu vexaverint, in Aristotelis tandem fontes aut 0 flumina vel prope reverti, ut philosophiam suam non sibi » tantum, sed aliis probent. » Cette élégante comparaison s'applique avant tout à Descartes, qui, à la fin du dernier de ses ouvrages, post Imgos ratiocinationum errores^ en revient aux principes d' Aristote, in Aristotelis fontes, dans l'intention bien évidente de rendre sa philosophie plus acceptable, ut philosophiam suam aliis probet, Thomas, dans les notes sur l'éloge de Descartes, parle de même : « Descartes crut qu'il » valait mieux miner les barrières que de les renverser avec 5) éclat. Il voulut cacher la vérité comme on cache Terreur. Il » tâcha de persuader que ses principes étaient les mêmes que » ceux d'Aristote ^. »
Plus loin, Froidmont voit dans le Slagirite l'homme providentiel, qui élève la philosophie à une hauteur à laquelle aucun de ceux qui l'avaient précédé n'osa aspirer, et telle que tous ceux qui viendraient après lui ne pourraient progresser en montant plus haut, mais seulement en descendant 2. Or, il y a là une réminiscence de ce beau passage du Discours de la Méthode où Descartes « s'assure que les plus passionnés de » ceux qui suivent maintenant Aristote sont comme le lierre » qui ne tend point à monter plus haut que les arbres qui le 0 soutiennent, et même souvent qui redescend, après qu'il est » parvenu jusques à leur faîte 3. »
Cette profession de foi en Aristote fera peut-être penser que
' 0. volume I, p. 404.
* • Providenlia divina per Aristolelem in lantum fastigium artem illani > txexU, qao neirio anlecedentium aspiravii, el qui sequeutur, non ascendendo, * Kd descendendo proficerent. »
* 0. volume I, p. 202.
( is* )
Froidmont n'use plus ici envers lui des procédés que nous l'avons vu employer dans sa Météorologie. En fait, il les emploie ici aussi bien que là. Ainsi, pour Tontologie et la théologie, il met Platon beaucoup au-dessus d'Aristote. Même pour ce qui concerne la science de l'homme et des choses qui tombent sous les sens, il trouve des erreurs chez le sage de Stagire : ce Nec omnia tamen in re naturse Aristotelis dicta sic » adoro, ut nusquam errasse putem : nam etiam quandoque » bonus dormitat Homerus. » La teinte de scepticisme qu'il avait répandue sur la météorologie, il la répand sur la psychologie, sauf là où la révélation vient dissiper un peu les ténèbres. Cette matière est abstruse, dit-il dans la même préface, et sur plusieurs points la révélation est nécessaire. Au milieu des obscurités qui environnent les choses non seulement divines, mais naturelles, et surtout l'âme, saint Augustin, docteur éclairé d'en haut, a été suivi par lui comme un flambeau divin *.
Au premier livre, voici son début : c'est le contre-pied d'une thèse familière à Descartes : « Perplexum et difficile est solis » ingenii humani viribus ad veram animse humanae cognitio- » nem pervenire. »
La Fontaine devait dire bientôt d'après Descartes :
Tout obéit dans ma machine A ce principe intelligent, Il est distinct du corps, se conçoit nettement. Se conçoit mieux que le corps même.
Cette pointe à peine lancée, Froidmont combat avec vigueur l'opinion, renouvelée de Démocrite 2, qui explique la vie et le mouvement des animaux ,par une matière subtile courant
* « HuDcergoin teneMsrerum non tanlum divinarum sed etiam naturalium. » et prœseriim aniinae, tanqnam di?inam facem sequi malui el amavi. >
' P. 2 : t Hinc... Democritus rotandarum atomorum congeriem..* >''* » aliud simile corpus, per venas el arlerias, aliaque corporis animai! org^o'' » agililate sua discurrens, animam opinali sunt. Unde Arisioleles Democriton^ » et ejusdem crasse Minervae philosophos irridet.. > Descaries n*a pas dû être trop flatté de cette épithéte.
dans leurs veines et leurs artères. C'est la théorie cartésienne des esprits animaux : « Philosophi illi animam instar argenti » vivi, animalium corporibus infusam, et lubrieo per venas » et interaneos meatus lapsu, seipsam movere et menibra ad » progrediendum impellere imaginati sunt ^. »
Quelques pages plus loin, on reconnaît Tex^ète et en même temps l'ancien correspondant de Descartes en 1637. Il s'agit du texte du Deutéronome sur lequel le philosophe avait appuyé son assertion touchant la nature matérielle de l'âme des bétes. Froidmont n'avait pas alors donné la réplique : il le fait aujourd'hui, en montrant que ce passage devait, ou, tout au moins, pouvait se prendre dans le sens figuré s.
Voici maintenant qui atteint les chefs du mouvement cartésien à l'Université de Louvain et ailleurs : a Medici paulo » pinguioris philosophiae esse soient et sensuum errores minus nquam Platonici seu Peripatetici magistra ratione corrigere »norunt3. » Van Gutschoven était médecin; Philippi, autre cartésien louvaniste, dont il sera longuement parlé plus loin, l'était aussi ^.
Dans un autre endroit, Froidmont s'efforce de prouver que les puissances de l'âme sont réellement et strictement distinctes de sa substance. C'était déjà contre Descartes. Reconnaissant ensuite que sa démonstration n'était pas mathématique, il profite de l'occasion pour porter un nouveau coup au réformateur de la philosophie, fort amateur de ce genre de démonstration : « Sed bene est quod Aristoteles ingenii intemperantis 0 esse dicat in quavis materia mathematicas demonstrationes » exigere S. »
Au livre second, notre auteur, sans nier la circulation du
* FroidrooDt articule le même grief et dans des (ermes identiques, dans sa iHire de 1653 à Piempius.
' P. 8. c Deuteron. XII, non proprie sed metonymice sanguisest anima. »
'P. Ii7.
^ Piempius, ami de Froidmont et médecin pérîpatéticien, ne devait pas être compris dans ce jugement
^ P. 155. V. lettre de Froidmont à Piempius, 1653.
sang, la révoque encore en doute; cependant son ami Plenipius, comme on Ta dit plus haut, en avait reconnu la certitude. Entendons Froidmont, en ceci décidément rétrograde : « Y a-t-îl une perpétuelle circulation du sang par les veines et les artères? C'est une découverte récente de Harvey, médecin anglais, et qui plaît à quelques autres esprits ingénieux. Que les médecins y pensent encore. En effet, quoiqu'ils semblent la prouver par des expériences et des arguments très vraisemblables, la conclusion n'est pas évidente : « Hetuo tamen ne » in ista çirculatione, circulatorias aliquae prestigia^ aut alius » lateat error i. » Il est clair que, parmi ces quelques autres esprits ingénieux, Froidmont plaçait aussi Descartes.
Il est un dernier endroit où la philosophie cartésienne est malmenée, mais toujours sans être directement mise en cause. C'est là où l'auteur réfute l'opinion de ceux qui, comme Empédocle, Démocrile et Épicure, veulent expliquer toutes les actions du corps par des impulsions et des tlux d'atomes : (c Je m'étonne souvent, dit-il, que, de nos jours, certains philosophes d'un esprit pourtant très pénétrant, puissent se plaire dans ces imaginations grossières, propres à la philosophie enfantine de Démocrite : ils me paraissent ressembler à ceux qui voudraient préférer Linus à Homère, Ennius à Virgile, les Gracches à Cicéron, à moins qu'ils ne veuillent conduire leurs lecteurs à la vérité par des hypothèses, ingénieuses sans doute, mais fausses, de même façon qu'on peut quelquefois parvenir au terme voulu d'un voyage, après toutes sortes de circuits et d'erreurs 2. » Ces citations suffisent pour faire voir que Froidmont, en écrivant son livre, pensait à Descartes et aux cartésiens. La lutte contre eux n'est pas encore ouverte : elle est cependant plus évidente que dans la Météoi'ologi^' Elle le sera davantage dans deux ou trois ans.
' P. 575. Comparez la lettre de Froidmont à Plempius, en 1653.