Tome XXXIX
» Incompatibilité avec Teucharistie telle qu'elle a été définie » par le concile de Trente : voilà l'accusation qui, en France » et dans les pays catholiques, passa avant toutes les autres » et fut la plus dangereuse pour la philosophie cartésienne. » Tout cela est vrai; ce qui suit l'est moins, ou plutôt ne l'est pas du tout : « le danger vint pour le cartésianisme de » la divulgation imprudente d'explications confidentielles de » Descartes par des disciples plus zélés que sages, qui s'ima- » ginèrent follement fermer la bouche aux théologiens en )) leur opposant des démonstrations cartésiennes de l'eucha- » ristie, au lieu de se réfugier derrière l'incompréhensibilité » du mystère. » Le danger vint, en fait, de la publication des objections d'Ârnauld, de la réponse qu'y fit Descartes, réponse écourtée à Paris, complétée à Amsterdam, et enfin des Prvicipes. En théologie, on enseignait alors communément qu'après la consécration, la substance du pain et du vin étant détruite, leurs accidents restent sur l'autel. Descartes, prétendant que les accidents sont réellement identiques aux substances qu'ils affectent, devait dire que la destruction du pain et du vin impliquait celle de leurs accidents. La foi catholique enseigne que le corps de Jésus-Christ est présent sous les espèces, de telle sorte qu'il est tout entier sous chaque partie quand elles sont rompues, et de là il suit que le corps de Jésus-Christ, dans l'état sacramentel, n'a pas son étendue actuelle. Descartes soutenait que l'essence d'un corps consiste dans son étendue actuelle, et partant devait dire que l'essence du corps de Jésus-Christ, tel qu'il est au ciel, ne se trouve pas dans l'eucharistie. Une connaissance très ordinaire de la théologie catholique et une étude quelque peu attentive des idées de Descartes devaient faire remarquer ces oppositions, ou, si l'on veut, ces difficultés. Sans doute, la divulgation des deux lettres de Descartes au P. Mesland a pu contribuer à appeler l'attention sur elles, mais eût-on même gardé le secret sur ces explications confidentielles, que les attaques se fussent quand même produites. Il n'en faut pas d'autre preuve que le P. Compton lui-même : évidemment, il ne connaît pas ces
lettres, et cependant il fait ressortir cette double opposition, et même est le premier à faire remarquer la seconde dans un écrit ffublie: « Ici, dit-il, ^ il faut tout d'abord rejeter ce qu'affirme un auteur récent (dans la marge René Des-Cartes), d'après qui la nature et la notion de corps consistent dans l'extension actuelle, c'est-à-dire en ce qu'il est une chose étendue en longueur, largeur et profondeur. Ce sentiment ne peut être soutenu par aucun orthodoxe; aussi est-il rejeté par les théologiens comme erroné selon la foi. La raison en est claire; car, dans la très sainte eucharistie se trouve le corps du Christ, vraiment et réellement, et cependant, il n'y a pas son extension actuelle en longueur, largeur et profondeur, puisque, non seulement, il est tout entier sous toute l'hostie consacrée, mais encore tout entier sous chaque partie ; donc ce n^est pas en cette extension que consiste le concept de corps. Si cet auteury avait pensé, il ne serait point venu à cette opinion ; tant il importe, pour être bon philosophe, d'être versé dans les matières théologiques 3. »
Compton, ainsi qu'il a été dit plus haut, n'avait pas connaissance des lettres de Descartes au P. Mesland, quoique celles-ci eussent été écrites en 164S. Sans cela, il n'eût pas manqué de faire remarquer que le sentiment catholique veut que l'eucharistie contienne le corps glorieux de Jésus-Christ qui est au ciel, tandis que, d'après Descartes 3, on y trouvait un corps nouveau à partir de la consécration. L'objection du Jésuite est plus qu'une difficulté, elle est un argument victorieux, et une déduction logique des principes catholiques que professait d'ailleurs l'auteur des Méditatims. C'est certainement la principale des raisons qui ont attiré sur les œuvres philosophiques de Descartes les condamnations des universités
> P. 486, col. a, D« 3.
* c In sacrosancia rucharistia est verum el reale corpus Christi, et tainea t illic non babet aclualem extensionem secundum longum, latum el profun- » dam, etc. •
* LetireauP. Mesland, Jésuite. V. Bouillier, volume I, p. 456.
catholiques, des ordres religieux et des congrégations romaines.
L'objection dont nous allons parler maintenant est presque aussi péremptoire. Elle argumente de la permanence des accidents eucharistiques. En élaguant les points où la liberté d'opinion est, de l'avis de tous, laissée à chacun, voici la doctrine plus communément reçue par les théologiens catholiques. La substance du pain et celle du vin sont le support et le sujet d'une ou de plusieurs entités d'ordre inférieur, appelées accidents, et qui sont comme les instruments de son activité. De leur nature, ces entités ne peuvent exister sans la substance à laquelle elles sont inhérentes : celle-ci détruite, elles sont détruites aussi, bien que leur destruction n'implique pas celle de leur support. Mais comme elles ont leur réalité propre, réellement distincte de la substance, miraculeusement elles peuvent persévérer, la substance étant détruite : c'est ce qui a lieu dans l'eucharistie. Chose essentielle à noter, la séparabilité mutuelle des accidents d'avec la substance n'est point une assertion péripatéticienne : elle est une suite à tout le moins très plausible des dogmes de l'Église catholique, et l'on est dès lors mal venu à voir chez les scolastiques un amour exagéré pour Aristote dans le zèle qu'ils mettent à l'affirmer. Bouillier a donc tort de dire ^ que la physique scolastique avec ses accidents absolus qui se conçoivent indépendamment de leur sujet avait paru offrir quelque facilité pour l'intelligence de ce mystère. C'est plutôt le mystère qui a introduit les accidents absolus dans la physique scolastique. Compton n'a pas d'autres sentiments que les sentiments communément reçus, et il semble même trop ardent dans leur défense, puisqu'il les transforme en dogmes de foi '^.
Le Jésuite prétend prouver par des arguments, empruntés
*■ Volume I, p. H9.
■ A litre de preuve, nous nous l)orneroDs à citer quelques ligues de l'ouvrage de Caramuel analysé plus hauU Cabahuel, Rationalis et realis philosophiOr p. 315 « De accîdentis et aUribuli quantitate >. — « Multadididmusa Fide quae » Ethnie! ignorant. Ditfor hodie est metapbysica, philosophia opulentior quam
pour la plupart à la théologie, qu'il y a des accidents réellement distincts et miraculeusement séparables de la substance ; et il y met une grande animation : « j'ai dû, dit-il en terminant, ne pas omettre cette dissertation sur les accidents, car Topinion qui les nie détruit toute la philosophie et la constitution des êtres, et surtout contredit le sens commun des théologiens et même des catholiques, les principes de la Foi et les décisions de l'Eglise, qui doivent être à tout orthodoxe plus chers que la vie même ^ »
C'est aller trop loin, selon nous; car plusieurs théologiens ont soutenu comme probable Topinion cartésienne sur les accidents eucharistiques, sans que l'Eglise catholique ait réclamé. Mais pour le P. Compton, c'est un crime plein d'audace que de professer cette opinion en prétendant rester catholique ; elle est en opposition manifeste avec les principes de la Foi : c< illud, in homine prâesertim catholico, audax mihi » visum facinus, utpote cum principiis fidei aperte pugnans^. » U énonce sa thèse d'une manière plus formelle quelques pages plus loin : « dogma fidei est ab Ecclesia traditum, » peracta consecratione, realia aliqua panis et vini accidentia, » quse antea substantiae panis et vini inerant tamquam sub-
* oiiiD. Dace oaturae lumine, dod potueruiit veteres investigare arcaoa, quse » christianis revelavit divloitus Prima Sapieotia.
» Sententia velerum. JudicaveruDt getUiies non sufficere aptitudinalem
> inhaesionem ad ralîonem conslitutivam accidentis, sed actualem requiri. Ita
> Pjlhagoras, Zenon, Socrates, Plalo el Aristoteles; ita Stoici, Epicuraei,
> Academici et Peripatetici, et verbo dicam, gentiles universi. Si enim anti-
> qaitatem consulamus, ne unum qaidem philosopbum reperiemus qui aliter » faerit pbilosopbatus. Omnes ad unum crediderunt non posse accidentia » sine substantia conservari. Hoc eœpressius quam alii docuit Aristoteles,
* 7 metaph., c. 2, et 1. Pbys., c. 4, text. 39; et noster Hispanus, Averroes, » at notant Nipbus, 7 metapb., d. 1 ., et Suarius d. 37, sect. 2, § 2. » — Suarez, dans Fendroit cité (p. 2i3, col. a, édition de Cologne, 1636), dit même que la raison ne peut à elle seule démontrer la distinction réelle des accidents d*avec la substance.
* P. 254, col. o,u«> 19.
> P. 246, col. a, u« 1.
» jecto, in Sacrosancto eucharistiae Sacramento permanere ^ . » Et il s'écrie ^ : « Voyez-vous sur quels écueils vous êtes venu échouer? Vous avez buté la pierre que personne ne bat en brèche sans se faire tort à soi-même. Et cependant TÉglise n'est ébranlée par aucune attaque, mais toujours elle est debout, toujours elle le sera; et celle contre qui les portes de l'enfer ne prévaudront pas, souffrira encore moins de vos petites spéculations philosophiques. » Ce beau feu étonnerait chez un théologien de nos jours; ajoutons toutefois que Descartes, sans mériter tant de colère, avait cependant de grands torts. Il avait avancé son opinion comme certaine, il avait prétendu qu'elle se conciliait très bien avec la Foi, beaucoup mieux que l'opinion communément reçue par les auteurs scolastiques ; que cette dernière serait même un jour rejetée par les théologiens mieux éclairés ; qu'il y avait de Vimpiété à la soutenir en se basant sur les décisions ecclésiastiques. Ce sont ces torts réels qui ont jeté Compton dans les extrémités où nous venons de le voir. Cette accusation d'impiété l'avait particulièrement ému, parce qu'il y voyait à bon droit une injure très sanglante à l'unanimité des théologiens catholiques. Il la relève et montre par des citations très nombreuses quelles célébrités elle atteignait. Il ne néglige pas les auteurs contemporains et encore vivants 3, et si ceux-ci (comme on ne peut guère en douter) ont lu Compton Carleton, ils auront dû se sentir peu disposés à soutenir ce philosophe français qui les traitait d'impies. Il en appelle aussi au témoignage des théologiens liégeois : ce La même opinion, dit-il, est enseignée par les
* P. 249, col.a,n'>2.
* P. 350, col. a, n» 14 : < vides in quos scopulos îDCiderîs. Iropegisli in » Petram in quara neino incurrit illaesus. Nullis tameD oppugnationibus f qaatilur, sed stat semper stabitqae inconcussa Ecclesia : el coatra qaam n portas inferi non praevalebont, malto minus nocumeoli quidquam specala- • tianculae infèrent Pbilosophiae. •
> Le cardinal de Lugo, Jésuite, mort en 1660. — Français Sylms, mort en 1649. — Le Jésuite Msratius, mort en 1664.
hommes les plus doctes, les plus profondément versés dans les sciences théologiques et philosophiques de cette très noble cité de Liège, si attachée aux dogmes de la Foi et aux décisions de rÉglise, si pleine de respect pour le Siège apostolique, et qui se glorifie à bon droit de cet éloge : Liège, fille de F Église romaine. Et quoique cette cité montre son zèle dans tout ce qui regarde la Foi, elle ne le fait pour aucun point autant que pour le divin Sacrement, parce que la Fête-Dieu a pris son origine chez elle, et de là s'est propagée dans les autres nations pour le plus grand bien du monde et la consolation de toutes les âmes pieuses ^ »
Descartes avait dit aussi que l'esprit humain ne pouvait concevoir un vrai accident, existant séparé de sa substance. Compton lui répond ^ que ses élèves de philosophie et de théologie le concevaient très bien après quelques éclaircissements de leur professeur et que, d'ailleurs, la difficulté de concevoir une chose ne pouvait être une raison suffisante pour la rejeter.
Descartes trouvait dans l'opinion qu'il combattait la principale cause pour laquelle quelques protestants hollandais avaient abandonné le catholicisme. Cette réflexion lui attire une vigoureuse réponse du Jésuite, qui lui rappelle le durits est hic sermo de l'Évangile 3.
Le philosophe français disait qu'à sa connaissance jamais l'Église n'avait enseigné la permanence des accidents réels, a Je le vois bien, s'écrie Ck)mpton, et je ne peux me persuader que, si vous l'aviez su, vous auriez contredit si ouvertement les définitions ecclésiastiques; mais, puisque vous êtes si peu fort en théologie, ainsi que vous le montrez ici, il ne fallait pas vous en mêler sans avoir lu un écrit de l'un ou l'autre théologien. Vous en aviez à la main une foule : entreprendre une telle œuvre sans en étudier un seul, quelle négligence! Non,
< P. 248, col. 6, D« 21.
« p. 250, col. 6, u* 2.
* ibidem, n« 3 et n» 4, p. i5l, col. a, n" 5.
toutes les eaux de l'endroit où a paru votre livre ne vous laveront pas du reproche de légèreté ^. »
II y a de la naïveté dans cette éloquence du Jésuite, mais il y a de l'habileté dans ce qui suit. Il revient sur les paroles précédentes de Descartes : « Vous venez de dire que quelques-uns ont quitté l'Eglise romaine parce qu'elle enseignait la permanence des accidents : vous saviez donc plus que vous ne voulez le montrer quelle était sa doctrine ! Et vous l'accusez sournoisement d'avoir été par là l'occasion de la défection d'un certain nombre de ses enfants. Mais que vous l'ayez su ou que vous ne l'ayez pas su, ou qu'à la fois vous l'ayez su et pas su (car c'est cela que semblent signifier vos paroles), vous avez maintenant sous les yeux la doctrine catholique là-dessus, vous ne pourrez plus nier cette vérité et vous avez à prendre les moyens voulus pour empêcher d'apostasier les simples qui liront votre traité, car vous y dépeignez un dogme catholique sous de telles couleurs que ce que vous en dites suffira pour provoquer à la défection les fidèles peu instruits â. »
Nous ne nous arrêterons pas à analyser les raisons philosophiques apportées par Compton pour prouver la distinction réelle des accidents d'avec la substance 3.
Rapprochement assez piquant : le Jésuite, dans toute cette affaire, marche la main dans la main avec le Janséniste Ârnauld : celui-ci avait, ainsi qu'il a été dit plus haut, appelé l'attention de Descartes sur la question des espèces eucharistiques et cela de manière à lui faire sentir qu'il avait en
■ P. 951, col. a, n^ 7 : « in promplu eranl alii muUi, quibus leclis, » facile hac de re instrui posses; horum ne uno quidem inspecto, rem tantam > aggredi, quanla incuria ! Omnes loci illius ubi hic tuus liber prodiit, aqo^» » hanc a le inconsiderantiae notani non elueut. « On a va que la seconde édition des Méditations avait paru à Amsterdam.
* P. 251 ; col. a, n« 8 et n» 9.
3 Nous signalerons seulement sa réfutation curieuse de Fassertion cartésienne qui faisait de la chaleur un mouvement, et du mouvement un mode inséparable de la substance étendue. Compton n*entendait pas cependant que la chaleur fut une substance, mais il voulait qu'elle fût un accident d*aoe nature antre que le mouvement.
défiance l'opinion nouvelle. Ravi de se voir d'accord avec un théologien dont il ignore d'ailleurs le nom, Compton l'appelle un homme docte et pieux ^. L'eût-il fait, s'il avait su que cet homme docte et pieux venait de faire paraître successivement trois apologies de Jansenius et était l'ennemi juré de la Compagnie? On peut en douter s. De même que le Jésuite suivait le Janséniste dans sa campagne en faveur des accidents eucharistiques» le Janséniste suivit le Jésuite dans la question de l'étendue essentielle. Une note de l'édition de Cousin nous apprend, en effet, que le 15 juillet 1648 Arnauld écrivit à Descartes, de Port-Royal-des-Champs. Un des paragraphes de sa lettre a pour sujet l'opposition entre la doctrine ecclésiastique de la présence réelle et l'opinion de l'extension locale 3. Descartes, alors à Paris, lui répondit le lendemain qu'il préférait ne rien mettre par écrit sur ce point 4. Et quoique Arnauld, dans une nouvelle lettre, lui eût redemandé des explications là-dessus ^, il ne dit plus même un mot de la chose dans sa lettre du 25 juillet, au moins telle qu'elle a été éditée par Clerselier 6.
Descartes a-t-il connu ce que Compton avait écrit contre lui? On ne le sait. Sa correspondance est muette et son historien, qui avait à sa disposition tant de lettres manuscrites aujourd'hui perdues, ignore même l'existence de Compton. II est toutefois plus probable que Descartes n'en a pas eu connaissance. En effet, le livre a paru au plus tôt le 1^ août 1649 "7.
' p. 246, col. b,n^ A : V cum, in scriplo quodam, accideolia realîa negasse > videretur, vir quidam doctus et pius amice îpsum moDuit, yîderet quo pacto * baec doctrina cum Ecclesiae circa species sacramentales défini lionibus ' coosisteret. »
' Toatefois, en 1648, Arnauld, dans une lettre à Descaries, se montre satisfait de Peiplication cartésienne des accidents eucharistiques.
' 0. volume X, p. 143.
A Ibidem, p, «49.
^ Ibidem, p. 156.
* Ibidem, pp. 156 et suivantes.
7 La dédicace à Maximilien de Bavière est datée de Liège, 31 juillet 1649.
Or, Descartes a quitté la Hollande pour la Suède le S septembre : il est assez difficile que, durant ce laps de trente jours au plus, il ait pu voir l'ouvrage. Une fois en Suède, la difficulté grandissait. Le 2 février 1650, il mourait à Stockholm.
Compton a en vue d'autres adversaires que Descartes, et ces adversaires, selon nous, sont les cartésiens de l'Université de Louvain. Il ne peut s'agir de cartésiens hollandais, tous protestants, et Compton ne pouvait guère connaître les cartésiens français, d'ailleurs très peu nombreux et très peu actifs à cette époque. Voici les premières paroles de Compton qui font allusion à ces disciples innommés de Descartes ^ : ce il me reste à répondre un ou deux mots à ce que j'apprends être dit tout bas par quelques-uns, qu'en matière de philosophie, il ne faut pas emprisonner l'intelligence » De
plus, toute la section sixième est employée à combattre, outre Descartes, des philosophes qui font consister les accidents en des corpuscules entourant les molécules à la façon d'atmosphères infiniment petites, substances en elles-mêmes, accidents par rapport aux corps qu'ils entourent et revêtent S. Ces philosophes n'admettent pas d'autres accidentalités que des manières d'être de la substance 3 : or, nous retrouvons cette dernière opinion dans les ouvrages imprimés de Guillaume Philippi, à cette époque professeur de philosophie au collège du Lys, en même temps que le célèbre Geulincx 4, H n'y a rien d'improbable à ce que Philippi fût visé par Compton, et même, à ce
* P. 230, col. a, n» 17.
« P. 252, col. 6, n», 1.
' Sic se habentiœ : la latinité de Texpression est douteuse.
* Van SicRiN, Cursus philosophicus, Aotverplae, 1666, t. II, p. 169, col. 6. met positiTement Philippi parmi les partisans de ces accidents : c docentes accidentia non esse nisi modos substantiarum sic se habentium, » etc. Philippi était mort Tannée précédente (1605).
qu'il ait été atteint ; car, l'année suivante (16JS0), il descendit de sa chaire de philosophie.
Selon Compton, ces prétendus accidents constituent une nouvelle opposition à la foi et à la raison : ce sont de faux accidents ; appeler de ce nom des substances, c'est se moquer des décrets de l'Église, être d'accord avec elle dans les mots, et renverser tout ensemble sa doctrine de fond en comble. Dans cett^ hypothèse, le corps de Jésus-Christ ne sera pas sous les espèces, ni sous chaque partie des espèces, puisque ces atmosphères peuvent avoir des ouvertures et que chacun de ces corpuscules ne peut être en contact avec le corps de Jésus-Christ que selon l'extérieur de ses dernières tranches. Enfin leur permanence n'aurait pas de caractère miraculeux : ce qui est contre la doctrine généralement reçue. Tels sont les arguments théologiques du P. Compton ; selon son habitude, il y ajoute des raisons prises dans la philosophie et surtout dans la physique. Relevons-en un seulement où apparaît l'humour anglais, mais dissimulé sous la gravité du langage latin. Ses adversaires niant l'existence de vrais accidents, tout accident réel est pour eux une substance, un corpuscule, a Que diront-ils des pensées et des volitions, des perceptions sensitives? Voudraient-ils par hasard que dans l'âme et dans les anges il y ait des pores, des corpuscules, des grains de poussière spirituelle, des atomes vitaux, dont ces esprits soient remplis? Âdmettraient-ils que les anges peuvent se crevasser et s'affaisser comme des corps ^ ? »
^ P. 283. col. a, D» 9 : c saltem admUlere debent acius intellecius, imo » el seosaum esse accidentia, nisi in anima etiam et angelis poros staluere
> Telint, et corpuscula seu pulvisculos quosdam spiriUiales et vitales atomos
> qoibns repleanlur : nisi inquam Angeles rimas agere velint el fatiscere
> sicut corpora. . . *