‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 27 sur 113 · Tome XXXIX · texte numérisé non relu

Tome XXXIX

çois Crespin i, né à Lille en 1617, était entré en 1634 dans l'ordre du Carmel. Il prit un nom d'heureux augure, celui de Bona-Spes, sous lequel il est plus connu. On ne peut cependant lui appliquer l'adage nomen est omen ; car, malgré la publication de ses cours de philosophie et de théologie, il ne jouit d'un grand renom, ni comme philosophe, ni comme théologien. S'il faut en croire Sanderus ^ (mais le témoignage de cet auteur est un peu suspect, quand il loue des contemporains de leur vivant), c< pendant son professorat, il fit preuve de science profonde dans son enseignement, ses discussions et ses écrits. » En 1682, étant professeur de théologie, il édita un cours de philosophie en trois volumes in-folio, sous le titre modeste de Commentaires sur toute la philosophie d^Aristote^. La rédaction devait en être assez récente : il mentionne à chaque page et presque toujours plusieurs fois le livre du P. Compton, publié trois ans auparavant. Il semble avoir tenu à paraître très au courant du mouvement scientifique ; car, outre les citations de Compton, quoique moins fréquemment, on rencontre parfois dans son livre des mentions de Froidmont (PhUosophia ehristiana de anima, 1649), de Caramuel (PhUosophia realis et rationdis, 1642), et d'autres écrivains contemporains n'appartenant pas à la Belgique.

Il cite aussi l'auteur du Discours de la Méthode. Malheureusement, il laisse bien voir qu'il n'a pas lu ses ouvrages et qu'il ne les juge que sur la foi du P. Compton : trois fois, dans ces trois volumes, le nom de Descartes apparaît, et chaque fois les citations se rapportent exactement aux endroits correspondants de la PhUosophia universa du religieux anglais.

Dans la première citation, on trouve le nom de Descartes en singulière compagnie : deux Jésuites, ainsi que Descartes et Froidmont ont soutenu, dit Bona-Spes, qu'on ne pouvait

' V. Bibliotheca Carmelitana, 1. 1, p. 482.

« Chorograpkia Sacra Brabantiœ, Hagse-Comituro, 1767, t. II, p. Î79. s Commentarii in universam Arislotelis Philosophiam, Bnixellis, ap^^ FraDCiscum Vivienam.

prouver par la raison l'existence d'aucune forme substantielle ^ . (( lia e societate iEgidius Regius et Zavarellus, et nuperrime Kenatus Descartes, 4 p. Princ. Phil.; nec multum abest Fromondus. » On« ne cite pas dans lequel des 207 paragraphes de la quatrième partie des Principes se trouve la doctrine incriminée, pour deux bonnes raisons : d'abord Descartes ne la professe dans aucun d'eux s ; ensuite Bona-Spes n'avait pas sous les yeux le livre qu'il mentionnait, et, par malheur, Compton se bornait aussi à la citation générale» avec un tort en moins, puisqu'il ne faisait pas dire à Descartes ce que lui prétait gratuitement Bona-Spes 3.

La seconde fois, il s'en prend au philosophe français pour avoir enseigné que rien ne se fait de rien, que a ex nihilo nihil fit » est un axiome d'une vérité étemelle, nécessaire, infaillible, et qu'en conséquence la création est impossible. Il n'ajoute pas qu'il a connu ce prétendu enseignement en lisant Compton, et, à son insu, il aggrave l'accusation déjà imméritée, en semblant mettre sur le compte de Descartes une doctrine qui n'était susceptible d'aucune interprétation bénigne et qui était en contradiction formelle avec les sentiments catholiques de ce maître *. C'est ressembler à la voisine de la femme du pondeur, contant la fameuse nouvelle :

Aa lieu d'un œuf, elle en dit trois.

Dans sa dernière citation, Bona-Spes est occupé à commen-

* Volume II, p. 28, col. a.

' Sa ihéorie sur TuDion de Tâme et du corps rend pouriani difficile à <^mprendre commenl r&me peut être forme substantielle.

' GoMPTOif, Philosophia universa, p. 238, col. b. Le Jésuite avait fort bien ^isi la pensée de Descartes, comme on peut le voir en comparant Tendroit W nous Tenons de citer avec le n* 198 de la quatrième partie des Principes (O.folumelII, p.511).

' Volume II, p. 125, col. b, « Unde non video quoroodo e recentiorlbus

> Reoatus Des-Cartes la p. Phys. n* 75. (Phys. : il veut dire Principiorum) ' dicere poluit axioma hoc ex nihilo nihil fil esse xternae, id est necessaria:, * infallibilis, etc.... veritatis, et ideo consequenter creationem esse impossi-

> bilem. • En comparant ce que dit Compton p. 371, on verra combien Bona-Spes s*est inspiré de lui.

ter les Livres de l'Ame, et, à ce propos, il définit l'être corporel (( illud quod extensum, habet partes extensas, id est extra invicem realiter ». Il se défend de suivre René Descartes : « on ne peut objecter à ma définition de l'être corporel ce qu'objecte le P. Compton à Descartes, à savoir que dans la sainte eucharistie se trouve vraiment et réellement le corps du Christ, et que cependant il n'y a pas d'extension actuelle, etc. Notre définition prévient suffisamment cette difficulté, en disant : a un être qui, étendu, qui, s'il est étendu »; car il ne répugne pas qu'un corps existe et ne soit pourtant pas actuellement étendu ; mais seulement potentiellement, comme l'objection le prouve invinciblement. 1 » Ici encore le Carme ne s'en prend au philosophe français que sur le rapport du Jésuite.

Voilà tout ce que contient l'ouvrage de Bona-Spes touchant Descartes et contre Descartes : peu de chose; en somme, un écho qui n'a pas eu de retentissement. L'auteur en a jugé de même en 1662, et plus sévèrement encore, puisque, dans la préface d'un des six tomes de sa Théologie, il se fait une gloire de n'avoir rien dit dans sa Philosophie de ce qu'il nomme les bagatelles cartésiennes : « uti in philosophia, omissis cartesianis » nugis et frivolis quœstionibus, quœ curiositati magis faciunt » quam doctrinse, difficultatis statim nodum ostendi et solvere » conatus sum, ita et hic facio. » Quant à avoir en fait omis les questions frivoles, on ne trouve pas chez lui les minuties dialectiques et autres moins longuement traitées que dans les auteurs scolastiques du temps. Les doutes et les difficultés fourmillent, il est vrai, dans l'ouvrage ; ils portent sur les

^ Volume m, p. 97, col. a. II a été dil plus haut que la doctrine de VtgMse sur le mode de la préseuce réelle de Jésus-Christ dans Teucharistie était la pierre d'achoppement de la doctrine cartésienne, plus encore que TopinioD commune des théologiens sur les accidents absolus. En voici une nouvelle preuve : Bona-Spes, dans tout son ouvrage, ne dit pas un mot de celte dernière, quoique Compton se soit étendu sur elle avec complaisance, et qu'i' en ait pris texte pour attaquer violemment Descartes. D*autre part, le Carme soutient explicitement que retendue n^est pas de Tessence du corps, et encore moins, son essence même.

thèses les plus importantes aussi bien que sur les thèses secondaires. Mais la manière dont Bona-Spes dénoue ses nœuds mérite d'être signalée. S'agit-il même de l'existence de Dieu ^, de la spiritualité de l'âme !^, de son immortalité 3, la grande preuve, l'Achille des arguments, parfois l'unique, est le suivant: il est stéréotypé et se répète dans les mêmes termes : « on peut trouver par la seule raison , c'est-à-dire en faisant abstraction de l'autorité de la Foi, de l'Écriture, des Pères et des scolastiques, que (par exemple) l'âme de l'homme est spirituelle. On le prouve. Si même la raison ne pouvait prouver que l'âme est spirituelle, elle ne peut |pas non plus prouver qu'elle ne l'est pas; il est donc au moins douteux que l'âme ne soit pas spirituelle. Je reprends. Or, il est constant pour toute l'Eglise, Aristote, Platon, Hippocrate, tous les Pères et tous les péripatéticiens que l'âme est spirituelle. Dans les cas douteux, selon la lumière naturelle, de même que le bien commun doit être préféré au bien particulier, de même aussi le sentiment commun doit l'être au sentiment particulier, si ce dernier peut donner lieu à de graves dommages (c'est ici le cas). Donc l'âme est spirituelle : et sic resolutio nostra efficaciter demonstrata est ^! »

De tels arguments ne devaient pas engendrer une bien forte persuasion; au contraire, ils devaient laisser le scepticisme dans l'esprit du lecteur, s'il s'y trouvait déjà, ou lui donner naissance ^.

Il ne suffit pas d'avoir dit une fois 6 que le sentiment com-

' Volume III, p. 116.

' VoluinellI, p. 99.

' Volume III, p. 101.

* Ces paroles sont une traduction exacte de ce qu*on lit, 1. 111, p 99, col. b,

* Boua-Spes avait eu à souffrir à cause de son scepticisme. V. volume III, P- 98, col. a. K Verum ne quis forte, ex prsecipitantia lectionis verbum boc

* (savoir que les preuves rationnelles ordinaires de rimmortalité de Pâme ne » sont pas convaincantes) non caperel et mentem nostram per inadverten- > tiam defraudaret (quod Tactum experimur), ut plane sententiam adversario- ' ruiD, deinde illius rejectionem, denique nostram resolutionem Grmarem,

* gravibns viris consultius visum est » ^ Volume 11, p. 10, col. a.

mun suppose la certitude expérimentale, directe ou indirecte, de l'objet sur lequel il porte. S'il en est ainsi, on n'a qu^une chose à faire : donner ces faits d'expérience et en établir la portée; or Bona-Spes ne le fait pas. La cause de Descartes devait gagner à être combattue par de pareils adversaires. Quelle différence entre cette monotonie mêlée de prétention et d'affaissement, et la philosophie engageante du philosophe novateur !

Froidmont surpasse Bona-Spes de cent coudées ; il entre en scène une quatrième fois dans cette histoire, toujours comme adversaire de Descartes. Il s'obstine cependant à ne pas vouloir l'attaquer de front. En 16S2, ce théologien à aptitudes variées fait une seconde édition de ses commentaires sur Sénèque. Juste-Lipse était mort avant de pouvoir achever ses gloses sur toutes les œuvres de ce philosophe : en 1632, Froidmont, a divinae humanaeque litteraturse scientissimus », comme l'appelle Moretus dans une dédicace à Urbain VIII, compléta l'œuvre du célèbre humaniste. Cet imprimeur l'y avait engagé, et c'est à cette invitation acceptée par Froidmont, que l'on doit une série d'annotations, remarquables pour le fond et pour la forme, sur les dix livres des Questiom naturdles de Sétièque, augmentées dans l'édition actuelle, et suivies de dissertations nouvelles se rapportant au même ouvrage *.

La lecture en est extrêmement intéressante. On y trouve l'élégance et la facilité qui caractérisent le style de Froidmont dans ses ouvrages scientifiques. Les idées sont généralement justes et parfois plus larges qu'on ne s'y attendrait. Sénèque avait dit : « Nulla magis quam inter philosophos œqua

*■ Senecœ opéra, aucta Liberti Fromondi Scholiis ad quœsliones naturalts, et Ludum de morte Claudii Cœsaris, quitus in hac editione aecedunt ejusdem Liberti Fromondi ad quœstiones naturaies excursus novi, Antverpiae, Plant Balt. Moretus, 1052, in-folio. L'avertissement aa lecteur esi daté d'Anvers, 16 avril 1652, el signé Ballh. Moretus junior.

libertas. » Voici la glose de Froidmont : on la comparera aux paroles de Bona-Spes rapportées ci-dessus : « Nam veluti » Lacaenae canes citius feram deprehendunt, si diversae hac y> illac discurrant, quam si per eadem vestigia omnes unam » sequantur, ita philosophi facilius ad veritatem pervenient si

Nullius addicU jurare in lerba magistri

» ingenii sui sagacitatem quisque sequantur ^. » Il n'étend pas cette liberté aux choses déterminées par la foi ; il veut même que dans les autres cas, s'il y a doute, on opine (il ne dit pas : on décide, on juge) dans le sens de quelque philosophe de génie, s'il s'en rencontre. Mais il est loin de vouloir imposer l'autorité d'un homme comme infaillible. Que redire à cette modération?

Froidmont n'épargne pas Démocrite, ni par conséquent celui que son ami Plempius avait surnommé depuis longtemps le « Démocrite ressuscité ». Un éloge décerné au philosophe abdéritain par Sénèque donne occasion à un vigoureux réquisitoire contre lui : ce Vous avez pris cela dans Épicure, ô Sénèque : d'après Épicure, c'est Démocrite le premier qui a ouvert l'accès à la philosophie de la nature, et ainsi sans doute permis (du moins, il faut le croire), à lui, Épicure, de s'en approcher. N'est-ce pas Démocrite qui a enseigné à Épicure les atomes et la mortalité de l'âme? N'est-ce pas d'après Démocrite qu'il a nié la Providence divine, c'est-à-dire Dieu lui-même? Comparez, je vous prie, la subtilité de Démocrite avec Platon et Aristote : c'est un hibou au milieu d'aigles! En physique, c'est-à-dire quand il s'agit de pois et de fèves, il n'a pas été sans valeur : en effet, après Pythagore, il a été, selon Pline, le premier à faire connaître les préparations magiques des plantes! Cette haute science l'a fait appeler la sagesse même! Quant aux choses divines, il a surpassé toutes les taupes ensemble en aveuglement. Et le divin Platon, dans ses ouvrages si nombreux, ne l'a pas jugé digne de la moindre

' P. 751, note 90.

mention, mais il a pensé qu'on devait brûler tous ses livres * . » Le début des Dissertatiotis 2, qui forment l'appendice de la nouvelle édition, est évidemment inspiré par la vue de la révolution philosophique dont Froidmont était le témoin forcé et l'impuissant adversaire. « Peut-être, s'écrie-t-il, aucun siècle n'a-t-il jamais autant que le nôtre méprisé l'antiquité et poursuivi la nouveauté. Dans les sciences sacrées comme dans les sciences profanes, « plurimœ undique XopSai &x{v7^Tot. mota; sunt;» on a battu en brèche (vainement toutefois] des doctrines qui étaient solidement assises, grâce à leur antiquité même et aux arguments dont on les munissait 3. »

Comme en Météorologie et en Psychologie, Froidmont avait ici vingt occasions de nommer Descartes et de l'attaquer; la mort de son adversaire lui donnait plus de liberté encore. Et cependant, silence absolu ! Rien des Météores, rien des Principes; on dirait que pour lui ces livres n'existent pas. Peut-être ne voulait-il pas avoir l'air d'imiter un Jésuite en s'en prenant ouvertement à Descartes, à la suite du P. Compton, et après les reproches à peine dissimulés que celui-ci adresse aux professeurs péripatéticiens de Louvain. Cependant, le progrès

* P. 70i. SéDèque avait dit: « Democritus qooque subtilissîmus antiqaorum » omnium. » Il est îDtéressanl de comparer cette ardente philippiqae avec les paroles louangeuses du Jésuite Tacquet, à Tadresse de ce même Démocrite dans ses Elementa Geometriœ, parus en 16S4. V. chapitre XIV, § 5.

' On peut lire (p. 257) la réfutation humoristique d*une opinion très curieuse du P. Mersenne, le grand ami et correspondant de Descarfes. Ce Minime avait prétendu fort sérieusement qu*en déchargeant un canoD contre un rocher, on pourrait faire tourner sur elle-même la terre (quMI suppose immobile). Froidmont trouve dans cette belle imagination un mojeo facile pour amener la Suède, la Norwège et la Laponie à des latitudes plus clémentes que la leur : « Ecce hoc admirabile, si Mersennio credimos, » Tidebimus poli arctici depressam elevationem, et Belgas in cœlum Hispa-

> nîcum expulses, Nortwegos in Belgicum, ictibus tormentorum adactos fuisses

> Ut mirum sit nihil hactenus simile ab algentibus illis seplentrionis,

> populis esse tentatum. » Froidmont remarque que les ouragans auraient déjà dû produire cet effet, s'il était possible qu*il fût pi'oduit.

même du cartésianisme commandait, ou tout au moins justifiait une nouvelle tactique.

A la même époque, un des premiers cartésiens allemands, qui a joui en son temps d'une certaine célébrité ^ , séjourna quelque temps en Flandre et en Brabant ^ , et se mit en rapport avec les Belges les plus renommés par leur savoir. Il s'appelait Daniel Lipstorpius, était originaire de Lubeck et devait devenir plus tard professeur à l'Université de Brème. L'année suivante, il fit imprimer à Leyde un livre intitulé Specimina philosophiœ cartesianœ 3, où Ton trouve consignés certains détails intéressant l'histoire du cartésianisme dans notre pays. Il dit dans la préface (non paginée) qu'à Louvain il a rencontré des cartésiens de talent et en bon nombre 4. Plusieurs fois il mentionne, outre Wendelin et Caramuel, notre Van Gutschoven. Là où il fait ressortir la valeur de Descartes comme physicien, voici en quels termes éiogieux il s'exprime sur son disciple de Louvain^ : a L'ouvrage où se montre le mieux l'esprit inventif de Descartes est la Dioptrique, où il s'écarte, on ne peut plus, de tous les auteurs que l'on a lus jusque dans ces derniers temps, surtout en ce qui concerne la nature de la

lumière, de la vision et de la réfraction Et si jamais l'on

publie les commentaires sur ce traité, que prépare le professeur

* Voyez sur Lipstorpius, outre son ouvrage dont il sera parlé tantôt, Baillbt, volume I, p. XIll, préface; Bouillieb, volume II, p 404.

' « Quam primum igitur Lugdununi rursus appulerana ex Flandria et

> Brabantia redux. » Préface de ses Specimina.

* Voici le titre complet : Danielis Lipslorpii lubecensis specimina pfûlosophiœ cartesianœ, quibus accedit ejusdem auctoris Copernicus reditriviu, Lugduni Batavorum, 1653.

A « Omitto nunc seclatorum gravitatem et pluralilatem, qui hic Lugduni,

> Ultrajecti, Groningse, Lovanii, mibi sese obtulerunt. >

' Pars, I, n* 25, p. 26 : « Qua in re. si lucem visurae sint istae erudit» • oommentationes quas subtilissimus D. Gudschovius, Lovaniensis Mathe-

> matum professor, in eam adornat, haud scio num quid amplius in eo génère » desiderari possit. >

de mathématiques de Louvain, H. Van Gutschoven, dont l'esprit est si délié, je ne sais ce que Ton pourra désirer de plus en cette matière. »

Bien que l'ouvrage si démesurément loué par Lipstorpius n'ait jamais vu le jour, ainsi qu'on aura l'occasion de le constater plus loin, il est constant que, deux ans après la mort de Descartes, un de ses disciples, professeur à Louvain, annonçait publiquement le dessein de faire sur un de ses écrits ce que tant d'autres, et récemment Bona-Spes, avaient fait pour ceux d'Aristote.

Lipstorpius cite un autre disciple de Descartes, et, chose qui surprendra, c'est un Jésuite, le fameux P. André Tacquet. II est vrai que l'auteur des Specimina se borne à le louer de s'être servi avec avantage de la Géométrie cartésienne *. Dans un appendice, le savant allemand combat une thèse du P. Tacquet, défendue avec beaucoup d'autres, six mois auparavant, par le comte de Bouchout, au collège de la Compagnie de Louvain. Cette thèse portait que l'on peut, de principes faux, inférer directement la vérité. Plus tard, dans ses Éléments de géométrie (1654) 2, le P. Tacquet répond à ces attaques, d'ailleurs très bienveillantes. L'année suivante, un autre Jésuite, ami intime de Tacquet, le P. Der-Kennis, s'occupe de ces mêmes attaques et ce à plusieurs reprises, dans son traité théologique De Deo.

^ Préface au lecteur, dod paginée.

* L^exemplaire des Specimina que possède la Bibliothèque des Jésuites de Louvain porte une inscription latine écrite de la main de Tauieur. Comme elle montre Teslime d*un Cartésien pour un Jésuile, la voici transcrite Gdèlement :

Viro

clarissimo et praecellenti

Dn. Andreae Tacquet

in collegio

P. Socletatis Jesu professori malbematico

Domino et Favitori pi. colendo

cum pi. saluie(m)

mittit Author.

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