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CHAPITRE XIII

CENSURES PERSONNELLES DU CARTÉSIANISME, ÉMANÉES DE PLUSIEURS MEMBRES DU CORPS ENSEIGNANT DE l'uNIVERSITÉ (1653-4654).

Sommaire.

i. Jugement porté sur le cartésianisme par le médecin Plempius ; — 2. par le théologien Froidmont; — 3. par les Augustins Pierre>Damase de Coniock; — A, Chrétien Lupus; — 5. Jean Rivius; — 6. par Henri Van den Nouwelandt, avocat fiscal et syndic de l'Université.

Dans la préface des Questions quodlibétiques s, Geulincx nous dit lui-même quelque chose de l'appréciation qu'on fit à Louvain de ses dissertations au moment où elles furent pro-

^ Édition 1693, p. 13 : u Eia, amor sapienti», incesse priocipam et 9 magnalum pectora : opas est eorum robusto brachio ut genus humanam 9 lu futilitates el indignas nugas lam allé denoersum exlrabator : h»c restât » lis, et, si modo capiant, sola pêne restai, ad divinitatem via. >

* Édition de Leyde.

noncëes. « Voici , écrît-îl , quelques petits discours que jeune et presque adolescent, j'ai prononcés à Louvain, il y a treize ans. J'avais choisi un style mouvementé, vigoureux, ayant quelque chose de la rudesse africaine, comme me le reprochaient mes adversaires. Mes paroles contenaient plus qu'il ne paraissait de prime abord, et je me souviens très bien que, dès lors, les esprits perspicaces ne s'y trompèrent pas ^. Cependant je ne m'inquiétai ni des éloges, ni des critiques, et pensai même devoir mépriser hautement celles-ci, »

Ces censures et ces jugements, que Geulincx crut devoir mépriser hautement, sont ceux qui parurent en 4654, imprimés en appendice, dans la troisième édition des Fundamenta Medidnœ du professeur louvaniste Plempius. En fait cependant, les dissertations en question remontent plus haut, ainsi qu'on l'apprend par la date de quatre d'entre elles. Geulincx, on l'a vu, avait inauguré les Discussions quodlibétiques par un discours qui, en substance, n'est qu'un persiflage continuel de la philosophie scolastique et de ses tenants; les dissertations suivantes sont à l'avenant. Ce discours inaugural, ainsi qu'il appert de son en-tête, fut prononcé le 14 décembre 1682 : le SI décembre 1652, Plempius écrivait à ses collègues une lettre où il s'en prenait, sans ménagement ni dissimulation, à la philosophie de Descartes. Cinq d'entre eux lui répondirent en abondant plus ou moins dans son sens. Leurs six lettres, écrites en latin 2, sont comme les Provinciales belges; il s'y retrouve quelque chose de la verve de Pascal.

On connaît Plempius; après ses débats physiologiques et ses démêlés personnels avec Descartes et son fameux disciple Regius, on ne s'étonnera point de le voir ici prendre

' Édition 1665» préface non paginée : « Elegeram mibi genus aliquod

> (licendi . . . (quoU vitio mibi vertebant adversarii mei) Afrum, et lamen

> plus in sinum recouderet (quod acutos tune et perspicaces censere memini)

> quam fronte promitteret. »

* V. Plehpios, Fundamenta Médecine, nova editio, Lovanii, 165i, infolio, pp. 375-387 : doctorum aliquol in Academia fjovmiensi virorum judiciade philoaophia cartesiana.

position contre lui. Pour la partie doctrinale, le fond de sa lettre est celui-ci : la doctrine cartésienne a les mênnes principes que celle de Démocrite; elle contredit la raison et Texpérience; ceux qui en sont imbus ne peuvent plus bien posséder les autres sciences, et partant, cette doctrine est dommageable à l'intérêt général, elle doit être proscrite de l'Université. Au point de vue historique, cette même lettre contient une courte notice sur Descartes, où Plempius s'attache à faire ressortir des points de ressemblance entre l'existence du philosophe français et celle du philosophe abdéritain. Nous en avons déjà cité quelques endroits dans le cours de cette étude : il suttira d'y relever quelques détails plus particulièrement intéressants.

Les premiers mots fixent d'une manière décisive l'époque où les cartésiens commencèrent à professer publiquement leurs doctrines dans l'Université : « conantur aliqui jam a qua- » driennio fere pellere e scholis nostris Aristotelem et nescio » quam antiquatam philosophiam inducere.... Agnoscitis phi- » losophiam Democriteam... quam... in dias luminîs auras » proferre conatus est Renatus des Cartes i. » La lettre de Plempius étant datée de 1652, c'est donc de 1648 qu'il parle. Il ne nous dit pas clairement si ces efforts furent couronnés de succès ; mais l'abbé Baillet, dans la vie de Descartes, nous donne là-dessus un précieux renseignement. Quand il se mit à écrire son histoire de Descartes, quelqu'un lui envoya une Relation des progrès du cartésianisme dans l'Université de Lanvaviy qu'il cite à deux reprises. Or, l'auteur anonyme de cette relation y dit que « l'Université de Louvain n'est presque composée que de cartésiens depuis près de quarante ans ^ » •

< p. 375. coi. a. M. Van Mee>en (Patria Belgica, partie troisième p. 134) dit que vers 1650, le médecin Gocleiiius avait cherché à înti*odm*re lecartésiaDisme à Louvain. Cette date doit ître reculée de deux ans. De plus, à ctU^ époque, il n'y avait pas à Louvain de médecin de ce nom : cVst Guliscbovius ou plutôt Van Gutschoven quMI faut dire. Enfin, il uVst pas W seul qui, <'a 1G48, ait voulu introduire le cartésianisme, car Plempius dit : aliqui.

* T. â, p. 522. Voici le titre avec son orthographe ancienne : c RehttJe:^ progrez du Cartésianisme dans PUnive^^ité de Louvain ». Cette relation qui.

l'ouvrage de Baillet ayant paru en 1691, il s'ensuit que vers 1650, les sectateurs des nouvelles idées étaient nombreux déjà dans le corps enseignant universitaire. Plempius n'y contredit pas : car, écrit-il, s'il s'abstient d'exposer les idées de Descartes, c'est que ses œuvres sont déjà étudiées assidûment par un grand nombre >.

Parmi ces œuvres connues à Louvain, il faut compter aussi le traité français des Passiotis de l'âîne, paru en 1649. Dans cette lettre même, Plempius l'appelle Hbellus elegam ^, et lorsque, dans le corps du volume 3, il montre que le conarimi ou glande pinéale n'est pas aussi évidemment que Descartes le prétend, l'endroit où l'âme exerce immédiatement ses fonctions, il cite ce même traité en le qualifiant de amceiitis et elegam Hbellus. Aussi bien il ne faut pas s'imaginer que Plempius fût un adversaire irréfléchi et haineux. Il n'y a pas d'amertume en lui, mais une humeur railleuse ^ qui ne l'empêche nullement de se montrer courtois dans sa polémique et très sérieux dans ses arguments.

Bouillier ne l'apprécie pas favorablement sous ce rapport. Dans le tableau du cartésianisme en Hollande ^ , ce savant accuse les adversaires de Descartes d'attaquer non seulement les doctrines, mais aussi la personne du philosophe. Et, comme preuve, il cite Schoockius (qui appartient vraiment à la Hollande) et Plempius, Hollandais de naissance, mais appartenant à la Belgique par ses études de jeunesse faites à Louvain et

semUe-t-il, n'a jamais éié imprimée, doit s'êire trouvée dans les papiers délaissés par Baillet : peut-être y aurait-il moyen de Py retrouver, si, comme il est probable, ces papiers ont été conservés.

* Plempius, Doctorutn aiiquot etc., p. 370, col. a. : «» lu philosophia quid • pn£siiterH,quid innovant, oslendunl ejus opéra, quse jam multorum niani- > bus teruniur. »

* P. 576, col. b.

* Cependant, quand (p. 377, col. b.) il fait des calembours et de IVsprit sur la dernière maladie de Descartes, il dépasse les bornes de la plaisanterie. A la vérité, le 21 décembre 1652, on était encore eu pleines discussions quodlibétiques.

' Volume I, p. ?8i.

continuées à Padoue sous le Bruxellois Spiegelius, par son professorat dans notre Université nationale, par ses ouvrages, tous, un excepté, édités en Belgique. c< Plempius, professeur » de médecine à l'Université de Louvain, le représente comme ï> un maniaque et un sauvage; il le compare à Démocrite, non » seulement pour son physique ^, mais aussi pour sa manière » de vivre. Il raconte, non sans une sorte d'horreur, qu'il l'a » connu à Amsterdam fuyant la société des hommes, médi- » tant sans cesse, ne lisant jamais, disséquant des animaux ^. » C'est ainsi, conclut-il, que les péripatéticiens et les plato- » niciens du XV® siècle inventaient les plus noires calomnies y) contre la vie et les mœurs de Platon et d'Aristote, afin de » discréditer leurs doctrines et leurs disciples. »

Sans doute, d'après Plempius, Descartes, ignoré de tous, alla se cacher à Amsterdam, rue des Veaux, dans la maison d'un marchand de draps, et chercha toujours la solitude pour mieux s'adonner à la philosophie; sans doute, il nous est représenté comme ne lisant jamais, méditant sans cesse et disséquant des animaux 3 ; mais Plempius ajoute qu'il s'occupait encore à mettre par écrit ses pensées 4. Autre chose est réfléchir d'une façon égoïste, autre chose réfléchir pour faire part à autrui de ses réflexions. Baillet, panégyriste de Descartes, dépeint son héros sous les mêmes traits que Plempius : (( Il faut avouer qu'il ne lisait pas beaucoup, qu'il avait fort » peu de livres et que la plupart de ceux qui se trouvèrent » par son inventaire, après sa mort, étaient des présents de » ses amis ^. » Il s'étend davantage sur son amour pour la

* « Son physique » doit élre uoe faute d'impression; il o*y a pas un seul mot dans la lettre de Plempius qui se rapporte au physique do Démocrite et de Descartes. 11 faut sans doute lire v« sa physique ».

* Bouiilier renvoie à la préface des Fundamenta de 1654; il veut dire i la fin des Fundamenla.

* Le texte latin porte p. 376, col. a : « aliquando eliani animalia secantem. »

* « Solis ioteotum meditatlonibus, easque cbartae maudantem. »

* Volume 11, p. 467, et p. 468 : t il donnait peu de son temps à la lectorer surtout depuis sa retraite en Hollande. >

solitude ^. Descartes, d'ailleurs, a pris soin de nous en informer, lorsqu'il écrivait S que sa devise était : Befie qui latuit, hene vixit. Une autre fois 3, il en adopte une équivalente :

llli mors gnvis incubât.

Qui, notos nimis omnibus, Ignotus moritur sibi.

Enfin, ses études anatomiques sont décrites avec complaisance par Baillet au premier volume de sa vie 4.

Plempius a porté en quelques lignes un jugement sur le réformateur français ; il mérite d'être cité : « Descartes avait un esprit perçant et perspicace; il était de mœurs agréables et pleines de modestie; sa vie était sobre et tempérante. En mathématiques, il n'était inférieur à personne. J'aurais voulu qu'il se fût renfermé dans l'étude de cette branche; mais notre esprit toujours inquiet aime à étendre ses connaissances : Descartes se mit en devoir de réformer toute la philosophie. Tandis qu'il y travaillait, il tomba sur les sentiments de Démocrite et rappela à la vie son système philosophique depuis longtemps oublié; mais il l'orna et le compléta tellement qu'il put sembler entièrement nouveau. » Un homme ^ux mœurs agréables et modestes, moribm comtnodis et honestis, en rapports réguliers ^ avec Plempius et le Silésien Elichman, n'est ni un maniaque ni un sauvage. Nulle part n'apparaît cette horreur avec laquelle Plempius rappellerait ses relations avec Descartes. Où donc a-t-on trouvé chez lui les plus noires calomnies contre la vie et les mœurs de Descartes? Le médecin P^ripatéticien n'avait pas absolument besoin de calomnier Descartes pour attaquer sa doctrine d'une manière plausible! Au point de vue catholique (et Descartes professait le catholi-

' Volume II, pp. 483 et suivantes.

' 0. volume VI, p. 243.

'0. TolumelX, P.41G.

' P. 196. V. 0. Tolume VI, p. 87; volume VIII, p. 100.

^ P* 375, col. a : fl Ego illum vîruni familiariter novi, parario Joaune

* Elichmanno Silesio m. D., et saepe cum eo de rébus egl physicis, etc.

* Ex quibus palet quanti me fecerit et quam me amarit. »

cisme), ce qu'il disait des accidents n'était-il pas, pour son temps du moins, fort hasardé? l'automatisme et la négation de la sensibilité dans les animaux, ne sont-ce pas des opinions insoutenables? Est-il bien plausible d'attribuer l'ascension de l'eau dans un tube où l'on fait le vide avec la bouche, à une pression exercée par la bouche sur la surface de cette eau? N'est-il pas enfin assez évident que la base de la physique de Descartes est celle de la physique de Démocrite? Or, ce sont là les points attaqués par Plempius. Seulement, si injustifiables qu'ils soient, ils ne légitiment pas la proscription totale de la nouvelle philosophie qu'il propose en forme de conclusion à sa lettre : « Autrefois l'édifice d'Aristote a subi de semblables assauts, et récemment encore de la part de Ramus, de Campanella, de Gassendi et d'autres ; mais ils ont été repoussés, et ils gisent réduits à l'impuissance. Aristote, lui, est debout. Déjà la plupart des universités ont condamné cette résurrection de la philosophie de Démocrite; les curateurs de celles de Leyde et d'Utrecht * ont défendu qu'elle fût jamais enseignée dans leurs chaires. Allons-nous rester ici immobiles et comme paralysés? Allons-nous permettre qu' Aristote soit chassé de notre Université si illustre, qui toujours a porté le nom d'Aristotélicienne et qui s'en est toujours glorifiée 2? »

Avant de quitter Plempius, signalons une réponse évidemment adressée à Geulincx. On se rappelle que ce dernier avait donné une recette assez curieuse pour devenir en un instant un physicien péripatéticien de première force. Le disciple d'Aris-

* Plempius était en correspondance avec un professeur d*U(recbt. qui prit une grande part à la luUe contre le cartésianisme. (Vêlait Arnold Senguerd. professeur de philosophie péripatéticienne, d*abord à Amsterdam, ensuite à Utrecbt. V. Futtdamenta medicinœ, édition 1654, p. 134, col. 6.

H parait aussi avoir eu des relations avec Walaeus, professeur de rtoi^ersite de Leyde {ibidem, p. 129, col. b.). Rpgius, le bouillant disdpie àe Descartes, attaqua Walseus si rudement qu'il en fut repris par le maître. Gr^ à ces relations, les victoires et les défaites des péripatét'cieus de Hollan(l<^ devait ni avoir du retentissement clie% nous.

* Docttrum aliquot, etc., p. 377, col. b.

tote donne une recette analogue pour devenir un physicien cartésien. « Que les cartésiens qui ne veulent point admettre d'âme dans les animaux nous disent quel génie conduit, chacun à sa place, les éléments du chyle, du fiel, de la bile et de Turine ! Pressés et mis de la sorte au pied du mur, ils répondent que c'est Dieu. Descartes, en effet, écrit page 2 (Princ. phil.) que Dieu a créé dans le principe la matière avec le mouvement et le repos, et que, par son concours ordinaire^ il conserve en elle autant de mouvement et de repos qu'il lui en a donné au commencement. S'il en est ainsi, je dirai qu'il ne faut pas même une demi-heure pour connaître toute la philosophie, puisque, pour rendre compte de tous les effets et de tous les phénomènes, on n'a qu'à dire en un mot que c'est Dieu qui meut d'une certaine façon la matière, C'est ainsi que parlent les vieilles femmes et les nourrices chantant près d'un berceau ^. »

La seconde lettre dont nous avons à nous occuper est celle de Libert Froidmont, qui se signe docteur en théologie, professeur royal d'Écriture sainte, doyen de l'insigne collégiale de Saint-Pierre, à Louvain. C'est la dernière publication du vieux Janséniste : il avait débuté par des dissertations quodlibétiques oii il avait osé plaider en faveur des nouveautés astronomiques : il dot sa carrière en prenant la défense de l'antiquité contre un novateur trop audacieux.

On reconnaît en lui le théologien et le professeur d'exégèse. C'est surtout au nom de la foi qu'il proteste contre le cartésianisme. L'Ecriture enseigne qu'il y a une âme dans les animaux :

' P. S76, col. 6. « Dicant ipsi nobis, quis genius cbyli, sanguinis, fellis, ^ meUncoliae, urins delationem ad sua quxque loca regat? Pressi bic et

> arctaii respondent Oeum e^sse .... Uaque omnium effectuum et pbenome-

> Dorum causa onico verbo adrerri possit : Deus cerlo modo movens et

> incîtaos materiam. Sic aniculae loquuntur et nutrices ad cunabula canlil-

> lantes. > Oo voit ici que l'occasioonaiisme commençait à se faire remarquer dès mi à Louvain.

Descartes le nie ^ ; l'Écriture enseigne que la mort de rhomme est de même nature que celle des animaux : Descartes doit dire le contraire ^ ; le concile de Constance enseigne que les accidents du pain et du vin demeurent sur l'autel après la consé^ cration ; Descartes le nie 3 ; le concile de Trente enseigne que la substance du pain et du vin disparaît, et que les accidents ne disparaissent pas : Descartes doit affirmer qu'ils disparaissent 4; durant sa vie mortelle, le corps de Jésus-Christ exerçait sur ceux qui l'entouraient une influence merveilleuse, qui ne consistait pas en un mouvement : Descartes dirait le contraire. ^. Le théologien se souvient cependant d'avoir été professeur de philosophie et de physique. Il renchérit sur Plempius quand il s'agit de comparer Descartes à Démocrite; et Bouillier pourrait se plaindre de Froidmont à meilleur droit quMl ne le fait de Plempius 6. Il établit un parallèle de même genre entre Descartes et Épicure '', disciple de Démocrite pour la physique, et il reproche au novateur de vouloir être dturoBtBaxroç sans l'être le moins du monde 8 . Froidmont trouve aussi des ressemblances entre les disciples d'Epicure et ceux de Descartes : elles ne sont fort à l'honneur ni des uns ni des autres ; les cartésiens louvanistes n'en durent pas être flattés : « les disciples d'Epicure aimaient leur maître et s'aimaient entre eux d'un amour très étroit et peu sensé ; de là les paroles de Cicéron, s'adressant à eux ^ : ce sont vos œuvres seules que vous lisez, vos œuvres seules que vous aimez; vous condamnez

* Doctorum aliquol, etc., p. 379, col. a. " ibidem.

: » P. 380, col 6.

* Ibidem,

* P. 381, col. a.

* V. tout le comuiencement de la lettre, p. 378, col. a.

^ Ce parallèle ne porte pas sur la doctrine de ces deux philosophas, mais sur leur caractère.

* Ce reproche a clé fait maintes fois k Descaries. Baillet consacre à le réfuter tout le dernier chapitre du tome II (pp. 530-5)7).

' Libro i«, de naiura dcorum.

les autres sans les entendre ^. » Tels étaient, au jugement de Froidmonty les disciples de Descartes. Parmi ces derniers, Froidmont mentionne par leurs noms Digby ^ et Jean Eleman, fils de Jean Eleman 3, docteur en médecine. Il est à remarquer que le second de ces deux personnages, qui résidait à Leyde, avait été en correspondance scientifique quelques années auparavant avec Froidmont ^ : ce qui peut faire conjecturer que le cartésianisme hollandais avait du retentissement jusque dans notre pays. Cet Eleman soutenait par d'assez mauvais arguments que le verre avait des pores ; Froidmont soutient le contraire en réfutant très bien les preuves de son adversaire ; mais prouver qu'une thèse est n^al démontrée n'est pas prouver qu'elle est fausse. Un des reproches que Froidmont faisait à l'enseignement de ses collègues cartésiens était de ne pas parler des facultés et des puissances de l'âme, contre la coutume des philosophes et des physiologues de l'Ecole, qui donnaient à l'âme autant de facultés distinctes qu'il y avait de fonctions vitales diiférentes. C'était une conséquence directe des théories de Descartes, qui ramenait toute l'activité psychique à la pensée et attribuait tout le reste à la mobilité du corps. « lis éliminent toutes les facultés et puissances de l'âme qu'ils rejettent comme un assortiment d'instruments inutiles (au

* P. 378, col. a. Froidmont en vient ensuite à l*opinion de Descaries sur le ^ège de l'àme, au fond du cerveau, au centre de tous les nerfs : « il a, dit-il plaisamment, élé amené à cette idée par la vue des araignées, immobiles au milieu de leurs toiles, et averties par les tiraillements des fils, de la présence d'une proie. »

' Digby est aussi célèbre dans Thistoire politique que dans Tbistoire de la philosophie. Généralement on ne le range pas parmi les cartésiens; Froidmoot le nomme ici : « principem seciatorum Cartesii (p. 378 col. a), et loue fort son talent.

' G^est sans doute le même que le Silésien Jean Elicbman, docteur en niédecine,et qui servit d*introducteur à Plemplus auprès de Descaries.

* P< 381, col. 6. : c Ex qua doclrina facile est Judicium ferre de cartesiana

* saa philosophia quam mihi Lugduno Batavorum a complusculis annis

* perscripsit clar. D. Joannes Eleman, filius Clar. D. Joannis Eleman, medi- » cins docloris. »

moins à leur sens) aux applaudissements el aux rires de la foule, ils les affublent de noms nouveaux et ridicules. Savezvous quel profit feront les disciples de tels maîtres? Celui que fait une moisson qui jaunit trop tôt. Ce qu'a dit quelqu'un est bien vrai : Juvenis nominalis, si^num ingenii stetHlescentis ^. Voyez comme la nature multiplie les feuilles et les pampres dans l'adolescence des vignes! Le professeur de philosophie doit faire de même, afin que les élèves apprennent à se représenter par des concepts distincts les vertus et les puissances qu'ils nomment de noms spéciaux. Plus tard, ils pourront examiner si a parte rei elles sont distinctes de la substance. Dans Tentretemps, le jeune philosophe comprend plus facilement en théologie saint Thomas et les scolastiques, et dans les cours de médecine Galien et les médecins, qui parlent tant des puissances et des facultés. Sinon les jeunes gens qui, au sortir de ces écoles de philosophie, où l'on se fait fort de tout expliquer par des mouvements locaux et des modes purs, monteront aux cours supérieurs, resteront sans rien comprendre et comme stupéfiés quand on leur parlera de toutes les facultés dont l'âme est ornée ^. » Tout ce passage suppose qu'il y avait à Louvain des professeurs dé philosophie cartésiens, et que leurs idées envahissaient la théologie et la médecine.

Sur les six jugements ou plutôt les six condamnations publiées par Plempius, trois sont dues à des religieux de l'ordre des Ermites de saint Augustin : tous ont eu leur célébrité ; mais seul, le deuxième d'entre eux, Chrétien Lupus, jouit encore actuellement d'un certain renom. Le premier se signe ce frère Pierre Damase de Coninck, docteur et professeur en théologie, régent des études ». Il intitule son factum du nom

*■ Les Nominaux reconnaissent aussi peu d'entités que possible en dehors des substances.

' P. 380, col. a, col. b.

de censure ^ et le date du 13 juin 1653 : il lui avait fallu bien longtemps pour répondre à l'appel de Plempius, qui est du 31 décembre de la précédente année. Cette censure est écrite dans un latin lourd, diffus et obscur ; elle exhale un mysticisme sceptique, et avec quelques éloges donnés au talent et au caractère de Descartes, elle a des paroles très dures à son adresse, et surtout à celle de ses partisans. II trouve Descartes très savant, vir doctissimus ; c'est un mathématicien plein de talent et de profondeur, ingeniosissimus et oculatissimtis tnathematicus ; et il est, à ce qu'on dit, excessivement modeste, tU fertur, modestissimus, A part la défiance de lui-même, il a toutes les autres qualités, cœteris dotibus bonis abundantior. Mais il croit avoir aUeint en toutes choses la vérité évidente; il méprise les talents des autres, leurs travaux, en apparence du moins si sérieux, leur mansuétude d'agneau, leur simplicité de colombe, leur prudence de serpent. René fait renaître 2 des opinions vieillies, ou met au jour des nouveautés inouïes. Dans ses livres, Descailes rejette tout , peut-être par goût pour les altercations 3. U a parcouru le monde en cherchant des choses nouvelles et na été nulle part à demeure fixe. Les cartésiens sont plus maltraités encore : ils courent à leur perte, eux qui, aux voies iiroites, aplanies et battues, préfèrent des chemins impraticables, abandonnés, pleins de ronces et d'épines, cachés sous les buissons. Ils en viendront facilement à des sentiments (lignes de réprobation, parce qu'ils n'ont d'estime que pour eux-mêmes, et que (ceci est intraduisible) j^roprit^ naribus muco . ventoso natis bullis, vesicarum instar, se vento circumfundunt; parcequ'ils pensent traverser, sans danger, l'océan des sciences, tandis qu'ils vont s'y enfoncer et y périr, méprisés de tous et considérés comme des insensés.

' Dortorum afiquot etc., pp. 583, 388. La brièveté de cette censure dispense 'i*' citer altérieuremenl les endroits auxquels le texte se rapporte.

* Nous conservons son jeu de mots : « Vetera, obsoleia Renaius quasi ' renata nescio de quo ibesauro proiulit. »

* Le bon Augustin se permet encore d*lnnocents jeux de mots: t Cartes " flum suis in cartis, altercandi forte studio, rpjicit omnia, etc. »

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