CHAPITRE XX
INFLUENCE DU DÉCRET DE LA CONGRÉGATION DE L'iNDEX SUR LES CARTÉSIENS ET LES PÉRIPATÉTICIENS DE L'uNI- VERSITÉ de LOUVAIN (4664).
Sommaire.
i. Plempius publie la quatrième édition de ses Fundamenta medicinœ; commeut il appréciait lui-même ses œuvres. — 2. Sa narration des événements de 166S et ses nouvelles attaques contre Descartes. — 3. Le Traité de l'Homme mis va vente à Louvain. — 4. Préface de ce traité, due à Florent Schuyl; Plempius la réfiiie. — 5. Le Journal des Savants apprécie les Fundamenta. — 6. Un cahier de Philosophie louvaniste en 1664.
Plempius allait entrer dans sa soixante-troisième année, quand il se disposa à donner une quatrième édition de ses Fundamenta medicinœ, son principal ouvrage. L'ardent défenseur des vieilles idées n'avait rien perdu de sa verve, et il débute par une dissertation humoristique sur les années climactériques , qu'un préjugé populaire faisait passer pour plus sujettes que d'autres à la mort, surtout l'année soixantetroisième. « Je n'en crois rien, écrit-il, et je pense là-dessus comme l'empereur Maximilien II. À quelqu'un qui le félicitait d'avoir dépassé l'époque fatale, il répondit mâlement et chrétiennement que pour lui toutes les années de sa vie étaient climactériques. J'ajouterai, pour mon compte, que les années qui suivent la soixante-troisième me semblent plus climactériques qu'elle, et d'autant plus qu'elles s'en éloignent davantage : 8unt enim summo did propinquiores. » Au reste, Plempius jouissait encore d'une santé vigoureuse; il avait publié deux ans auparavant un Traité sur les affections des ongles et des cheveux; il devait publier six ans après, en 16S0, un intéressant Traité d'hygiène, à l'usage des hommes de cabinet; et
dans cette édition même des Fundamenta, on trouve, outre des changements et des additions dans le corps de Fouvrage, une longue préface de vingt pages in-folio. Aussi conseille-t-il plaisamment aux libraires de ne pas réimprimer ses œuvres sans son consentement, tant qu'il vivra. Sans cela, ils seront exposés à les voir leur rester indéfiniment en magasin, parce que lui en publiera des éditions toujours perfectionnées.
Mais pourquoi avait-il donc tant à changer? « C'est la condition de rhomme, répond-il avec un certain ton de scepticisme badin : l'Ecriture n'a-t-elle pas dit que Dieu a donné aux mortels une grande et difficile occupation, celle d^étudier le monde, non pour qu'ils arrivent à le connaître, mais pour qu'ils s'efforcent sagement d'y arriver ^? » « Dans mon ouvrage, dit-il plus, loin 3, j'ai avancé ce qui me paraît vrai, non pas ce qui est vrai ; car l'Ecriture sainte nous avertit qu'on ne trouvera jamais la vérité dans les sciences physiques. Je n'ignore pas que beaucoup parleront fortement contre moi; je ne sais l'éviter qu'en n'écrivant point. Mais comme je n'ai avancé que des probabilités et des vraisemblances, je peux changer d'opinion sans me contredire, et je suis prêt à réfuter les autres sans entêtement et à me voir réfuté sans colère. » Faisons dans ces paroles la part de l'esprit et de l'amour de Plempius pour les mots plaisants; il n'en reste pas moins vrai que l'on retrouve en lui ce que nous avons maintes fois constaté, cette tendance au scepticisme qui suit toujours les grandes révolutions philosophiques.
Il y avait un peu de malice dans cet aveu sceptique du vieux médecin, car il en prend texte pour taxer d'orgueilleuses les convictions ardentes de la jeune école cartésienne. « Puisqu'il est si certain qu'on ne saura jamais le dernier mot sur le monde, combien est étonnante l'inconsidération et la témérité