P. XVIII
des savants de notre temps ! ils osent dire et écrire que le noble Français René des Cartes est le premier et le seul qui ait su mettre au jour la vérité ensevelie depuis des siècles à des profondeurs inaccessibles pour tout autre que lui ^ ! » Et aussitôt notre péripatéticien s'en prend à la philosophie et à la méthode cartésiennes, et tâche de démontrer que ni Tune ni l'autre ne sont irréprochables, « bien que, dit-il, Descartes ait eu un génie pénétrant, et qa'il ait trouvé une foule de choses, dont la plupart sont vraisemblables 2. » Il ne s'attaque d'abord qu'à la méthode : « Descartes ne veut admettre que ce qui est clair, mais combien de choses sont claires et pourtant n'existent pas? On entend clairement ce qu'est une montagne d'or, un cheval ailé, et pourtant ni l'un ni l'autre n'existent. » A la vérité, si Descartes eût été là, il aurait peut être répondu à Plempius que l'existence d'une montagne d'or et d'un cheval ailé n'était pas claire, et que par conséquent sa Méthode ne conduisait pas à l'aiiirmer. ce D'autre part, poursuit le médecin d'Amsterdam, bien des choses existent qui ne sont pas conçues clairement, par exemple Dieu, les anges et les âmes. » 11 semble qu'ici Plempius confonde concevoir clairement et concevoir distinctement. Nous avons de l'essence de Dieu, des anges et des âmes un concept clair, sinon distinct ; et de plus, un concept clair de leur existence : cela ne suffit-il pas pour vérifier le critérium cartésien ?
Mais l'habileté de l'auteur est plus grande quand il oppose ^ les déclarations très. différentes de Descartes dans la préface des Principes, où il dit ne se servir que de raisonnements basés sur des prémisses évidentes, aux numéros 44 et 4S du troisième livre, où il admet qu'il part de propositions hypothétiqties ou même fausses. Presque content de cet aveu de Descartes, le professeur de Louvain s'en fait une arme qu'il tourne contre ses collègues cartésiens. Ceux-ci auront été étonnés d'être ramenés à la pure doctrine du Maître par leur
» P. Yl.