‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 54 sur 113 · P. TU · texte numérisé non relu

P. TU

' Ibidem.

ennemi commun. Pourvu toutefois qu'ils aient pu se reconnaître après les coups formidables qui leur étaient portés! c( Les singes de Descartes et ses défenseurs sont tellement stupides qu'ils prennent pour des certitudes ce que Descartes donne pour des conséquences d'hypothèses incertaines ou fausses : signe de leur souveraine stupidité ^. » Pour montrer que non seulement Descartes n'a pas atteint la certitude, mais a donné dans de graves erreurs, il fait l'historique de la condamnation de ses doctrines par le cardinal Albizzi, Tinternonce, la Faculté de Théologie et la Congrégation de l'Index, historique fidèle, nous le concédons, mais où cependant il eût pu être plus complet et plus clair. Il y a des omissions, et même certaines expressions, qui semblent calculées pour faire croire à une proscription plus étendue et moins raisonnable qu'elle ne Test en effet.

Ainsi chez Plempius la lettre de l'internonce au recteur magnifique touchant les mesures à prendre contre le professeur de la Faculté de Médecine, lui donne le choix entre deux alternatives seulement, celle de défendre la soutenance des thèses et celle d'en expurger les propositions infectées des erreurs cartésiennes. D'après la copie insérée dans les Actes de l'Université, l'internonce laisse au recteur une bien plus grande latitude : ce si quae propositiones cartesianis erroribus » obnoxiœ in iis reperiantur, vel thèses ipsas proscribere » velis in totum, vel mandare ut saltem propositiones, quae » Cartesii novitatem continent, seu sapiunt, expungantur, oui » alio modo suaviori, protU prudentiœ vestrœ magis expedin » videbitur^ provideas. Quo drca rem totamjudicio vestro plane » committo, absque alio responso, cum tempus disptUationum » proximum longiorem moram non redpicU. » En omettant le passage que nous venons de souligner', Plempius faisait croiie à une sévérité plus grande do l'internonce, et à une espèce de

* P. VII. « Ejas simii et defensores tam sunl stolidi ot falsas ilUs bypo-

> ibeses pro veris et cerlis habeant : Cartesius solain conlendit, si sic res se

> habeat, illa et ista talia recte inde seculura : ipsi autem simpliciler rem se » ita hat>ere aflSrmant, quoJ est sumini îpsorum stuporis argumeuUio. »

désobéissance du recteur, puisqu'en fait toutes les thèses avaient été soumises à la discussion publique.

De même, il ne cite pas les neuf propositions condamnées avec leurs notes respectives; mais il accumule les censures, en permettant au lecteur de penser que ces thèses étaient plus nombreuses et plus importantes qu'elles ne le sont efifectiyement.

Et enfin, il se garde bien de faire ressortir la portée assez restreinte du décret de la Congrégation de l'Index.

Plempius ne se contente pas des censures de ses collègues ; il y a, d'après lui, une proposition cartésienne que les théologiens auraient dû signaler et qu'ils ont omise, bien à tort sans doute, puisque dès 1653 Plempius avait attiré l'attention sur elle, dans une lettre imprimée l'année suivante ! « À toutes ces censures, j'ajouterai moi-même qu'il est contraire à la théologie de nier toutes les qualités ^ puisqu'elle enseigne que la foi, Fespérance et la charité sont des qualités infuses et réellement distinctes de l'âme 3. » Cependant, il ne fait qu'indiquer cette incompatibilité de l'enseignement théologique avec la doctrine cartésienne, pour s'appesantir très longuement sur un point particulier du système de Descartes, l'automatisme. C'était bien pensé de sa part, il n'y en avait pas de plus évidemment faible; et en le renversant, on renversait du même coup plusieurs autres assertions qui servaient à l'étayer.

Dans ces attaques, Plempius prend de mire un adversaire étranger qu'il ne nomme pas, mais dont il cite, pour les réfuter, des passages entiers. Cet adversaire était Florent Schuyl. Les biographes ne disent rien de lui, et cependant il a contribué pour une bonne part à la diffusion des idées de Descartes. Nous

' Descartes De niail pas précisément toutes les qualités; mais il u'en admetlait pas qui fussent adéquatement distinctes de la substance; dans sa pensée, de telles qualités étaient de véritables substances.

tirons le peu que nous savons sur sa vie, de Baillet ^, de Clerselier ^, et de la préface qu'il a mise en tête de sa traduction du Traité de rHomme 3. Florent Schuyl avait fait ses études philosophiques à Utrecht, sous Senguerdius, professeur përipatëticien et ennemi de la philosophie cartésienne. Il fut même l'occasion innocente d'une recrudescence des hostilités entre les partisans de l'ancien système et ceux du nouveau. Le 9 juillet 1639, comme il défendait des thèses, un des objectants s'avisa d'argumenter dans le sens de Descartes. Schuyl ne trouvant pas la réponse, son professeur venait à son aide, quand tout à coup Regius, bouillant disciple du réformateur, professeur de médecine à la même Université, se leva et prétendit que l'objectant avait raison quant au fond; « action, dit Baillet, qui choqua généralement tous les professeurs de l'Université et les disposa la plupart à écouter ce que Voëtius voulait leur insinuer contre les nouveautés ». Ce fut sans doute à Leyde que Florent Schuyl prit le grade de docteur en philosophie 4. En 1662, nous le retrouvons sénateur defiois-le-Duc, professeur ordinaire de philosophie dans la même ville, et ce à quoi on ne s'attendrait pas, cartésien déclaré. Avant Descartes, s'écrie-t-il dans sa préface, tout était faux ou non fondé. c( Donec tandem, Deo propitio, Renatus des Cartes oppressam » philosophiam post varios casus pristinœ libertati et decori )) restituit. »

Un de ses amis, Alphonse Palotti, qui possédait une copie du Traité de V Homme, l'ayant invité ^ à traduire cet ouvrage et à en

* Baillet, volume II, pp. 34, 399.

' Préfsice (lu Traité de rHomme. V. Tractalusde Homine et de Formation» fœtus, Amsterdam, 1686.

' Renalus Des Caries. De Homine, figuris et laliniiale donatus ex Florenlio Schuyl, indylseurblsSylvae-Ducissenatore, et ibidem philosophie professore, Leyde, 1664. — Nous nous servons de cette édition; une autre avait para dèsieCi.

* On lui donne ce litre en tête d^une pièce eu vers au commencement da De Homine,

* Peul-Î'tre ces offres daleut-elles de 1654, puisque déjà alors dans un de ses ouvrages Plempius disait qu'on travaillait à Tédition du Traité de l'Bommf.

dessiner les figures, lui prêta son manuscrit à cette fin. Un autre, le chevalier Antoine Stutler van Surek, seigneur de Bergen 4, lui communiqua une seconde copie qu'il avait faite iui-méme sur le manuscrit autographe. Quelque temps avant l'impression, Clerselier, averti par Alphonse Palotti du travail commencé, lui demanda par lettre de bien vouloir lui envoyer ses figures, ce que fit Schuyl, en y joignant la première des deux copies dont il s'était servi. Cette courtoisie lui valut une nouvelle lettre de Clerselier, oii celui-ci le complimentait sur son œuvre. Encouragé de trois côtés difl^érents, Schuyl n'hésita pas à livrer sa version à l'imprimeur, et en envoya un exemplaire à Clerselier, par l'intermédiaire de Chapelain {la grande connaissance de Boileau). Ceci se passait en 1663. A ce moment, Clerselier avait déjà en sa possession les figures du Traité de VHomme, dessinées par notre Van Gutschoven et par Delaforge; et, comme il le raconte lui-même, en se rendant chez Chapelain pour aller y prendre l'exemplaire qui lui était destiné, il eut soin de se munir de ces figures afin que Chapelain, vir tantœ probitatis qtmntus ab omnibus habetur^ pût témoigner qu'elles avaient été faites indépendamment de celles de Schuyl 2. Nous avons voulu entrer dans ces détails un peu minutieux, précisément pour montrer que Van Gutschoven n'a pas profité du travail de l'éditeur hollandais, et faire voir quelle importance on attachait à son œuvre. Au reste, le Tractatus de Homine est resté longtemps sans paraître à Louvain; le libraire hollandais craignait san^ doute la censure 3. Ce fut seulement vers la fin de 1663 que les premiers exemplaires furent mis en vente. Plempius, qui n'igno-

' Il est fait plusieurs fois menliou de lui dans la vie de Descartes par KailleU * Nous ne savons si le collègue de Geulincx à PUniversité de Leyde, qui

s*appelait F. Schuyl, et qui mourut en 1669, est le même que Florent Schuyl

dont nous parlons ici.

' Peut-être aussi Van Gutschoven avait-il pris des arrangements avec

rimprime^ir hollandais, ou des mesures avec le Gouvernement des Pays-Bas

pour empêcher Pintroduction du Tractatus de Homine, En tout cas ces retards

étaient à sou avantage.

rait pas qu'il avait paru en Hollande, aurait voulu, avant la mise en pages de la quatrième édition des Fundamenta, voir ce traité « objet de tant de louanges et de tant de vœux ». Il le fit chercher partout par un libraire de ses amis, mais infructueusement. Ce fut seulement vers la fin de l'impression des Fundamenta que son libraire en reçut quelques exemplaires ^

Voilà bien les petits côtés des luttes entre savants! Van Gutschoven a depuis deux ans au moins une copie du Traité de V Homme; il la laisse voir à son collègue Philippi, lui permet d'en transcrire des passages entiers en 1661 ; et il n'en dit pas un mot à son ancien maître et ami Plempius!

Ce dernier, aussitôt après avoir reçu l'ouvrage, le parcourut avec un empressement qui ressemblait à celui de Malebranche, mais fort différent dans son origine : l'oratorien avait l'ardeur d'un néophyte, le médecin, celle d'un péripatéticien impénitent : c( pervolvi librum avide et uno spiritu ». Son attente fut frustrée et son opinion démentie s. « L'idée-mère du livre est fausse, écrit-il ; d'après Descartes, l'homme serait une statue, une machine, un automate, une horloge; la digestion, l'assimilation, les excrétions auraient lieu sans que l'âme y mette son activité ou les dirige. Tout cela me déplaît fort, poursuit-il; les actions d'un ordre si relevé qui se passent dans notre corps ne peuvent être attribuées à la chaleur élémentaire ou aux esprits, à moins qu'ils ne soient dirigés par une âme. On peut très bien comparer les corps des animaux à des horloges et les nommer de la sorte; mais ce sont des horloges animées, qui marchent non par l'action d'un artisan existant en dehors d'elles, ni par le mouvement des humeurs, mais qu'un prin-

' p. XV. t Porro aniequam librarius pro quarUi bac meorom fundamentorum » editioiie lypos formasque ordinarot, valde videre cupiebam librum Carte^ii » de Homtne, lot encomiis celebralum, lot volis expectatum, ut ex eo quxdam » in meam rem muluarer, vel haherem in quibus me exercerem. Undequaqœ > librum per mihi obnoxium Bibiiopolam conquirendum euro : non invenit, » neque accipii : et excusus tamen erat atque edilus. Tandem commenurio » hoc meo nltra umbilicum perducto, mittuntur ei pauca exemplaria quorum » unum mihi donal. «

* P. XV. t Sed opinioni mex el expccialioni non respondiL »

( 'toi )

cipe intérieur, forme de leur corps, dirige, gouverne et régit vitalement. »

On peut discuter l'influence physique de Tâme sur l'organisme aussi bien que l'automatisme ; mais Plempius fait preuve de sagacité en rejetant différentes assertions de Descartes, dont deux surtout sont importantes pour son système général ; nous voulons parler des valvules qui seraient placées aux extrémités des nerfs, et du rôle prépondérant de la glande pinéale.

« Ces valvules, dit le médecin louvaniste, sont fabuleuses * : elles supposent des nerfs creux 2, et les nerfs sont des faisceaux de fils. S'il y avait des valvules, un microscope les ferait voir; on ne les voit pas, donc elles n'existent pas. »

« Tout ce que Descartes dit sur la glande pinéale, continuet-il, est un rêve de fiévreux, febricitantium somnio simile. » Flourens fait à Gall l'honneur d'avoir pleinement montré que (( ce prétendu point du cerveau, vieux rêve des anatomistes, d'où, selon eux, tous les nerfs partaient et où ils se rendaient tous, n'est qu'une chimère... Le Danois Sténon, le premier, a dépouillé la glande pinéale du rôle capital que lui attribuait Descartes, dans son Discours sur l'anatomie du cerveau paru en 1669 3... » Cinq ans avant Sténon, et plus d'un siècle avant Gall, Plempius imprime déjà que cette glande ne peut être mise en mouvement par les nerfs, parce qu'ils partent tous de la moelle épinière, et que la glande est au-dessus de celle-ci, à une distance notable 4. « L'intestin droit a une fonction plus noble, » dit-il un peu plus bas, avec preuve à l'appui.

* P. XVI. « Valvulasîii nervis commiDiscilur, qusB aperiaotur et ciaudaotur,

> ut spirilus animales vel admiuanlur vel sistaniar. Quod fahulae proximum ^ est, vel polius fabula mera. »

' Descartes, par une inluiiion de génie, comme il en a eu parfois, supposait des tubes nerveux; mais il se trompait en opinant que la substance qui les remplissait était à Tétai fluide.

' Cité par Bouillier, volume f, p. 154.

' P. 17. « Dentque glandula ista non potest a nervis pulsaii, quia hi omnes

> a spinali medulla oriuntur; glandula notabili intervallo supra et^t. « V. pp. I^j, 133, ob Plempius démontre en outre qu'aucun nerf n'y aboutit cl qu'on a pris ponr des nerfs de |)etiles artères.

ToMB XXXIX- 26

Avant de quitter Descartes, Plempius, se rappelant la fin de sa lettre de 1652, où il plaisantait son ancien ami d'Amsterdam sur son régime et sur la maladie qui l'avait conduit au tombeau, reproduit ce passage mot à mot avec cette différence qu'en 1632 il caractérisait la maladie de Descartes comme une fièvre aiguë, et que maintenant il ajoute, c< d'après l'éditeur de ses Lettres, dans la préface », que cette fièvre était la suite d'une péripneumonie. Comme plus tard Leibnitz, il lui reproche une confiance orgueilleuse dans la valeur de ses arguments, et cite en preuve cet endroit de la dédicace des Méditations à la Sorbonne, où Descartes annonce que a ses » raisons sont telles qu'il ne pense pas qu'aucune voie soit » offerte au genre humain qui conduira à en trouver de meil- » leures ». « Ego vero, puto, dit Plempius, nuUum mortalem » extitisse, qui tantum sibi arrogavit. »

Nous avons vu que Florent Schuyl doit compter parmi les grands promoteurs du cartésianisme. Ce n'est pas à dire qu'il ait écrit beaucoup ^ ; mais c'est lui qui a fait paraître le TraUé de l'Homme ^ dans la langue universelle des savants ; les éditeurs subséquents se sont bornés à reproduire sa traduction. De plus, il a illustré cette œuvre de figures dont au moins l'exécution artistique est fort supérieure à celle de l'édition de Clerselier, bien que celui-ci déclare que leur exactitude scientifique laisse à désirer. Enfin, une longue préface (non paginée) de trente-deux feuillets contient une exposition systématique de la doctrine de Descartes sur le mécanisme végétal et animal. Bouillier, qui n'en fait pas mention dans son chapitre si intéressant sur les bêtes-machines, ne cite aucune œuvre plus ancienne où il soit traité scientifiquement de ce paradoxe cartésien.

* Dans celle préface (p. 36^, il cite comme siennes des thèses sur la forrai* subslanlielle et contre ceux qui multiplient les âmes dans les êtres.

* Bailiet dit à lort dans sa Uhie de matières (volume II, p. 896, col. b, in voc€ Schuyl), qu*il traduisit aussi le Traité de la Formation du fcstus.

Pas n'est besoin d'examiner son explication mécanique de la vie des plantes ^ qui, ce semble, ne déplut pas tant aux përipatéticiens de Tépoque, car Plempius, le plus violent d'entre eux et qui bat en brèche la doctrine de Schuyl sur l'automatisme, ne dit rien de son mécanisme végétal. Hais la manière méthodique dont il expose la théorie de Descartes sur rame des bétes, mérite d'être décrite, d'autant plus que les historiens n'en ont pas parlé jusqu'ici, et que le premier à en entreprendre la réfutation régulière a été notre Plempius.

Schuyl débute par une concession : on peut admettre dans les animaux une sorte de vie consistant dans la disposition des oignes et la chaleur dite animale ; une sorte de sensibilité, c'est-à-dire une pure affection organique, sans connaissance; nne sorte d'âme, savoir le sang ou ses parties les plus subtiles, les esprits animaux (p. 8) s. Mais on ne peut pas conclure, des mouvements et des phénomènes vitaux que nos sens aperçoivent dans les bétes, à une vraie sensibilité chez elles. En effet, œs mouvements et ces phénomènes s'obsen'ent dans l'homme indépendamment de l'âme et même en l'absence de l'âme (pp. 9 et 10) ; on en remarque d'analogues dans les automates ^briqués par le génie de l'homme; à combien plus forte raison il s'en pourrait trouver dans des automates faits par Dieu (pp. 10 et 11) ! Au reste, non seulement les bêtes peuvent être des machines, elles doivent en être. Sans cela, on serait conduit à admettre les absurdités suivantes : les bêtes ont conscience de ce qui se passe en elles ; elles réfléchissent ; elles connaissent l'universel, les moyens et la fin ; elles raisonnent; elles pourraient compter et parler; il y aurait moyen de s'entretenir avec elles; elles sauraient se perfectionner (pp. 12 à 17). L'Ecriture sainte, loin d'être opposée à ce sentiment, lui est favorable (p. 21). L'expérience est conforme à ce que disent la raison et l'Écriture, en nous faisant voir que plusieurs espèces

' 11 y compare PasceDsion de la sève à celle du saug dans les boîtes ou fentOQsas.

* P»ginaiiuD maouscrile.

de bétes s'engendrent spontanément de la matière brute et que leur principe vilal est divisible, étendu, et partant, corps oa mode du corps (pp. 21 à 29). Voici, dit-il enfin, la conclusion qui se dégage de tout le Traité de F Homme : les actions corporelles de notre corps sont le fait du corps seul, et toutes les actions des animaux sont du même genre (p. 29). Vingt-deux pages sur trente-deux sont ainsi consacrées à la défense de l'automatisme.

Clerselier jugea si bien faite cette apologie du point le moins fort du système cartésien, qu'il fit traduire la préface entière en français par son fils, comme il le dit lui-même en tête de son édition du Traité de l'Homme : « La préface de M. Schuyl est si bien concertée et élégante qu'outre qu'elle ne me laisse presque plus rien à dire, il m'enlève toute espérance de la surpasser. Aussi pour ne pas priver les lecteurs d'un chefd'œuvre aussi achevé et pour en faire un bien commun, je l'ai fait traduire par mon fils et insérée dans cet ouvrage en appendice ^. »

Plempius, avons-nous dit, réfute cette préface de Florent Schuyl, sans le nommer toutefois ; mais en rapportant mot à mot maints passages du travail du professeur hollandais comme s'ils étaient des objections d'un anonyme.

A l'imitation de son ami Froidmont, il s'appuie sur l'Écriture sainte pour affirmer la fausseté de l'automatisme et, ce qui est piquant, il se sert des deux textes dont Schuyl s'était prévalu pour l'établir s. Après les avoir rapportés, il conclut bravement, mais un peu tôt : « Ergo de fide est, bestias vivere. At vero Cartesius vult ea esse mera automata et horologia. » Schuyl l'aurait renvoyé à l'endroit oix il admet une vie improprement dite dans les animaux, qui, d'après lui, suffit pour expliquer le texte et le mettre facilement d'accord avec la

* Clerselier avail peut-être un mobile moins avouable : donner à son édition un mérite qui, possédé exclusivement par celle de Schuyl, pouvait nuire au débit de son propre ouvrage. Baillbt, volume H, p. 399, rencbérit encore sur les éloges que Clerselier donne à la préface de SchujL

* Genèse, chap. I, versets 20, 34.

nature de la (^use productrice des animaux dont il y est fait mention (la terre et Peau).

Plempius s'objecte : selon les défenseurs de Descartes, on ne doit pas douter que le Tout-Puissant ait pu créer une béte qui soit comme une machine, une horloge ^. 11 ne s'agit pas, répond-il, de ce que Dieu a pu faire, mais de ce qu'il a fait. Réponse plus catégorique que convaincante! Dans la thèse de Schuyl, il s'agissait d'abord de ce que Dieu a pu faire, ensuite de ce qu'il a fait ^.

Nous ne rapporterons pas in extefiso les preuves à laide desquelles le médecin de Louvain établit que les animaux connaissent. Qu'il suffise de les indiquer. D'abord, dit-il, les bétes se mettent en furie comme les hommes; les chiens enragés notamment sont en tout semblables à des hommes enragés. Cest par l'expérience que les chiens, les chats et les enfants apprennent à fuir le feu. Ces derniers, avant l'âge de raison, se jettent parfois dans l'eau ou par les fenêtres; jamais les adultes ne le font, si ce n'est peut-être quand ils sont poursuivis. Ainsi se comportent respectivement les animaux jeunes et les animaux plus âgés. Suivent toute une série de récits plus ou moins authentiques, mais écrits dans un latin irréprochable, où sont rapportés des traits merveilleux de l'instinct des loups, des éléphants et des pluviers. Chaque fois Plempius les termine par cette demande : an hœc ab horologio profiscisci possunt? Vient enfin cet épiphonème : ce Quid jam hic censemus, an sine cognitione haec gesta sint? Qui affirmare ausit, aio cognitione ipsum carere 3! » Les sept objections qui suivent sont toutes de Schuyl et prises textuellement dans sa préface.

* Ces défensears sont représenlés par Scbuyl dont voici les paroles (p. il) : - quis dabilel quin Omnipotens bestiani velut opus istiusmodi mechanicum > creare possii ? •

* A cel endroit (p. 11) Plempius donne leituellement les trois définitions que Scliuyl met en avant de la vie, de la sensibilité et de Tàiue, entendues dans le sens large, et prétend, sans en apporter de preuve, que la Foi met plus que cela dans les animaux.

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