P. XIII
Première objection des misothères (le mot est de la fabrique de Plempius) : les bétes connaissent, elles ont le sens intime ^ Je le veux bien, riposte le vieux médecin, si par conscience on entend la connaissance d'un fait passé.
Deuxième objection : il faudrait leur concéder une connaissance réflexe leur permettant de distinguer entre une chose et une autre 3. — Cette conséquence est encore admise par le professeur louvaniste.
11 admet en troisième lieu qu'on doit leur donner la connaissance de l'universel, grâce à laquelle les animaux peuvent rechercher leurs aliments, même ceux qu'ils n'ont jamais perçus auparavant parleurs sens 3. Cette concession est certainement excessive : si l'on accorde que la bête perçoit l'universel, elle pourra s'élever aux principes généraux et abstraits ! Plempius, en voulant éviter un mal, tombe dans un autre.
A l'objection que si les bétes connaissent, elles pourront avant toute expérience éviter ce qui leur est contraire *, Plempius répond qu'elles le peuvent effectivement dans certains cas; que d'autres fois, elles ne le peuvent qu'après expérience, ce qui prouve encore sa thèse.
Schuyl affirme et Plempius concède (à tort, selon nous) que si les bétes connaissent, elles perçoivent la fin et les moyens, c'est-à-dire la raison d'utilité, comme le prouvent la construction des nids et l'éducation des petits ^.
* p. xiii. « Si hesliae cogniiione pnedîlx forent, cooscientia iis iioo esset » deiiegHiida. » Schuyl, p. 1i : « Si besiix cogniiione praeditx forent, coo- » scientia iis non e.-^sH d^neganda. »
' Plknpius, ibidem^ Schuyl ibidem. Nous n^écrirons qu*une fois le texte puisqu'il est ideiiti(|ue chtz les deux écrivains : t eiiam iis concedeuda esseï > cognillo reflexa (|ua distinguèrent inier rem et rem. •
> Plempius, ibidem, « Quin etiam notitia universaiium, qua alitnentuo » suuni, etiam illud (|uod anie nunquam illx sensibus exceperani, proseque- » reolnr. • Schuyl, t6/ci{em.
* Plempius. ibidem, « Atque hune et quemlibet ignem aliumve natune>ux • boslem, illum etiam quem nunquam viderunl, sibi adversum et viiamlMin » esse nossent. » Schuyl, tbidem.
» Schuyl, i6/</<?w. « Praelerea finem rognoscereni et média, site raliouem » uliliiaiis, uti nidinim l'abrica, alque pnllorum educatio comprobaoL • Plempius, |> xiii.
Toutefois quand le philosophe de Bois*le-Duc prétend que Ton ne peut admettre la connaissance dans les bêtes, sans admettre en elles une faculté raisonnante ^, Plempius ne veut pas leur donner cette raison qui nous sert à « composer de beaux discours, à faire des lois, à discuter savamment sur tout objet, à construire des syllogismes. » Il leur en octroie une autre d'un degré inférieur, mais dont malheureusement il n'explique pas et ne peut expliquer la nature après les concessions excessives qu'il a faites antérieurement.
Nous arrivons à la dernière objection. Voici les paroles de Schuyl 3 : « industria longe major apparet in belluis, quam » puerulis aut vesanis... et tamen nullabestiarum vel astutissi- » marum unquam disoere potuit, vel tria numerare vel etiam » voce nutuve loqui,... aut ad interrogata respondere. » Plempius s'empare des premiers mots pour prouver sa propre thèse 3 : « Vous concédez donc que les animaux ont de l'astuce et de l'habileté; or on ne conçoit point ces deux qualités dans un être dépourvu de connaissance! » II admet qu'un animal ne saurait parler ni répondre, parce que cela lui supposerait de la raison, et qu'il n'en a pas. Hais quant au troisième point, il ne craint pas d'affirmer que les animaux savent compter, la mère-poule, par exemple, qui se montre inquiète quand l'un ou l'autre de ses poussins fait défaut. Ces réponses sont loin d'être toutes convaincantes; mais les deux faits dont Plempius les accompagne seraient péremptoires s'ils étaient avérés 4.
Ici prend fin la controverse entre le professeur de Louvain et son compatriote. N'y trouve-t-on point un enseignement utile? Descartes, et, après lui, Schuyl, ne voulant pas trop rapprocher la bête de l'homme, enlèvent à l'animal la faculté de connaître : c'était un excès. Plempius pensait avec le com-
^ ScHvx L^ibidem.* Deniqiie vera raiio ciiiaiio belluis pieno jure compeiereU »
PlIMPIUS. p. XIII.