‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 56 sur 113 · P. XIV · texte numérisé non relu

P. XIV

' Plempius ne les établissant pas sur îles autorités suffisantes, il est inutile de les rap|)Orter Ici.

mun des philosophes, ou plutôt avec le commun des hommes que les bétes ne sont pas privées de connaissance; il soutient son sentiment, et il y met tellement d'ardeur qu'il tombe dans l'excès contraire ^ et donne à l'animai la perception de l'universel, de la fin et des moyens, la conscience, la réflexion et la faculté de compter, c'est-à-dire, l'intelligence et la raison. Que de fois phénomène pareil a été constaté à l'apparition des théories nouvelles ! Combien leur propagation s'avantage de la faiblesse de leurs adversaires !

L'ouvrage de Plempius, dès son apparition, fut connu en Belgique et chez nos voisins du Nord. A chaque pas l'on y rencontre les noms des célébrités médicales contemporaines appartenant à la Hollande, signe évident que les Pays-Bas n'étaient point désunis sous le rapport scientifique. Le médecin de Louvain avait acquis aussi du renom en France depuis ses démêlés avec Descartes, et surtout depuis la publication du second volume des Lettres, où les pièces du procès sont reproduites. Le Journal des savants^ dans son numéro du 4 janvier 1666 (deux ans par conséquent après l'édition), consacre une assez longue revue aux Fundamenta. En voici les deux principaux endroits s. «... 11 y est traité de la circulation du sang, » des veines lactées, du canal thoracique et du mouvement » du cœur. Et parce que cette dernière question a été agitée » entre cet auteur et M. Des-Cartes, il a inséré dans ce livre » deux belles lettres de ce grand philosophe qui n'avaient » point encore vu le jour 3, par lesquelles il est prouvé que

*' Cf. le savant auteur de la Connaissance de soi-même^ Bruxelles I8S0, p. -iSO : on y trouvera une théorie moyenne.

• P, Ui.

' Les cartésiens épris de leur maître et qui se seront h&tés de prendre connaissance de ces deux « belles lettres » en auront voulu au cnUque da Journal dés savants qui leur vantait des choses publiées déjà en 1644 par Plempius d'abord, ensuite par van Beverwijck, et une troisième fois en 1639 par Clerselier !

)> le mouvement du cœur ne se fait par aucune vertu pulsi- » fique qui soit dans le cœur, mais seulement par la raréfac-

y> tion du sang qui le dilate Cet auteur dit hardiment sa

» pensée de toutes choses sans épargner ni les anciens, ni les » modernes. Entre autres, il traite fort mal H. Des-Cartes : car )> il a foit exprès une longue préface pour décrier sa doctrine » qu'il veut faire passer non seulement pour fausse , mais » encore pour contraire à la religion. Il dit que plusieurs » articles de cette doctrine ont été censurés par la Faculté de )) Théologie de Louvain, et que ses livres ont été condamnés » par l'Inquisition dont il rapporte le décret. »

Quel était le but de l'auteur de cette revue? En faisant connaître ou plutôt en rappelant des jugements doctrinaux émanés de Louvain et de Rome, et hostiles au cartésianisme, au moment où l'on s'agitait à Paris pour ramener de Suède en France la dépouille mortelle du philosophe et l'y recevoir triomphalement, un tel article pouvait très bien être une pierre d'achoppement, et de fait la Cour interdit l'oraison funèbre de Descartes.

Revenons à Louvain. L'Université de Liège possède un cahier manuscrit de 1664 rédigé par un Liégeois du nom de Jean Pierre Schell ^. C'est un catéchisme de logique où régnent partout l'ordre, la clarté et l'exactitude s. Deux professeurs y ont collaboré : l'un dont nous avons déjà parlé, Lambert Vincent de Gravegnies (Brabant hollandais), qui fut chargé avec son collègue Randaxhe, d'aller disculper la Faculté des Arts auprès de l'internonce ; l'autre, dont nous dirons un mot plus loin, Robert de la Neuville, originaire de Liège. L'enseignement philosophique de ces deux personnages est

* Catalogae des manascrits, d» 689.

* Od y trouve (p. 340) qu'il y a trois opérations de IVsprit, savoir : la première, la deuxième et la troisième! En 1064 le Bourgeois gentilhomme n'avait pas encore paru.

rigoureusement scolastique, et toutes les fois qu'un point doctrinal est contredit par le système cartésien, on les voit, sans nommer Descartes toutefois, définir, éclaircir, prou?» con amore cette partie de la philosophie traditionnelle. Ainsi en est-il quand il s'agit de définir la notion de substance ^, la distinction des accidents d*avec la substance s, la quantité essentielle et Taccidentelle 3, la portée restreinte du critérium de révidence. Toutefois en expliquant ^ pourquoi les parties de Peau ont moins de cohésion que celle de la poix ou des pierres, ils donnent le choix entre deux explications. L'une d'elles est celle de Descartes : les parties de l'eau se meuvent continuellement les unes sur les autres et ne s'enlacent pas mutuellement; celles de la poix s'enlacent les unes dans les autres, celles de la pierre sont en repos les unes à côté des autres et de plus sont enchevêtrées. Ailleurs, ils considèrent comme plus vraisemblable l'opinion qui ramène la dureté, la mollesse, l'aspérité, le poli, la rareté et la densité, à des dispositions des petites parties des corps et à des relations entre ces parties, et ils expliquent par là chacune de ces qualités. C'est encore du cartésianisme. Ainsi en physique proprement dite, le système de Descartes commençait à prévaloir chez des professeurs considérés (Vincent du moins) comme de fidèles péripatéticiens.

• P. ne.

' Ibidem.

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