‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 6 sur 113 · Tome XXXIX · texte numérisé non relu

Tome XXXIX

Le 10 juillet, en partant pour Utrecht, il promit d'envoyer au premier une description des parhélies et « une observation rmnaine » de ce phénomène ; au second, sa propre explication. Aussitôt queWaessenaer eut reçu l'observation, Reneri en envoya une copie à Descartes * , le priant de lui en donner la théorie. Dans Tentretemps, il pressa par lettre Gassendi de tenir sa promesse; celui-ci s'acquitta le 14 juillet dans une dissertation envoyée de La Haye 5. Descartes ne fut pas aussi prompt. 11 était alors tout entier à la psychologie et à la théodicée. Néanmoins, il interrompit ces études pour s'occuper de la question que lui posait notre compatriote. Pour le faire fructueusement, il étudia toute la météorologie et crut après cela avoir trouvé ce qu'il cherchait et, en outre, l'explication de l'arc-en-ciel et généralement de tous les météores. Aussi l'idée lui vint-elle d'en composer un traité, qu'il publierait en français à Paris sous le voile de l'anonyme et comme un échantillon de sa philosophie, « latens post tabellam », afin d'entendre les éloges et les blâmes et de faire son profit des uns et des autres. Ces détails sont tirés d'une lettre de Descartes lui-même, écrite d'Amsterdam au P. Mersenne et datée du mois d'octobre, lors donc qu'il jouissait de nouveau de la société de Reneri. Ce traité ne vit pourtant le jour qu'en juin 1687, c'est-à-dire huit ans plus tard, et il suffît de le lire pour voir que cVsl bien celui que Descartes annonçait dans sa lettre. Ce fut donc un Belge qui donna à Descartes l'idée d'écrire 3 une des

* 0. volume VI, p. 54. v< Il y a plus de trois mois qu'un de mes amis m'en a Tait voir (il fiiut sans doute lire : avoir: dans le texte lalin se trouve le verbe communicare) une description assez ample et m^en ayant demandé mon avis, eic. ».

* Reneri fil imprimer Texplication de Gassendi en celte même année I6âf^i mais, à ce qu'il parati, d'une manière défectueuse; aussi Gassendi la 6i-il réimprimer en France Tannée suivante, avec le nom de Reneri au frontispice. Gassendi en envoya des exemplaires à tous les savants de ses amis, notamment ù Gevartius, qui les communiqua à Wendelin, à Puteanus et à Flenus. Cf. Gassendi, Opéra t. VI, pp 29, 39, 40, 400 Reneri dut à cette correspondance une partie de sa célébrité chez nous et a.'lleurs.

5 0. volume VI, p. 54 « Il m'a fallu interrompre ce que j'avais eu main poi»r

principales parties de son premier ouvrage. Au commencement de 1630, Reneri quitta Amsterdam pour devenir précepteur à Leyde, mais son amitié pour Descartes et ses rapports avec lui ne cessèrent pas pour cela.

Dans le même temps, vivait à Amsterdam un jeune médecin (lu nom de Vopiscus-Fortunatus Plempius. H avait alors J8 ans, Descartes en avait 33. Originaire d'Amsterdam, il avait fait ses humanités à Gand et sa philosophie à Louvain, dans la pédagogie du Faucon, sous Libert Froidmont, dont il devait devenir bientôt le collègue. En 1620, il obtint la cinquième place dans un concours où prirent part deux cent vingt-quatre maîtres ès-sciences. Il s'en alla poursuivre ses études de médecine à Leyde, puis à Padoue, où il eut pour maître le Bruxellois Adrien Van den Spiegel, et enfin, à Bologne, où il conquit, après un brillant examen, le diplôme de docteur en médecine. Il retourna alors dans sa ville natale en 1633 et y pratiqua l'art de guérir pendant plus de dix ans i. Or, Descartes, qui était revenu dans cette ville dans les premiers jours doctobre, y commença d'une manière très sérieuse l'étude de la médecine, nommément de l'anatomie. Son idée était que cette science était extrêmement peu avancée, que son système

euminer par ordre tous les météores, auparavant que je m^ sols pu ^Usfaire sur le phénooièoe des parbélies. Mais je pense maiolenant en pouvoir rendre quelque raison, el suis résolu d'en faire un petit traité qui coDtiendra Teiplicatiou des couleurs de Parc-en-ciel, lesquelles m'ont donné plus de peine que tout le reste, et généralement de tous les phénomènes ^blonaires. Au reste, je vous prie de n'en parler à personne du monde, car M résolu de Peiposer en public, comme un échantillon de ma philosophie, ( et latere (lost tabellam » , a6n de voir ce qu'on en dira. C'est une des plus ^iies matières (le latin dit : c'est la plus belle des matières) que je saurais choisir, pt je tâcherais de l'expliquer en sorte que lous ceux qui entendront élément le français puissent prendre plaisir à le lire.

Cf. J. BaocKBR, HisL philosophiœ^X. IV, pars altéra. Lipslae, 1766, p. 217.

* Annuaire de VUniveriité de Louvain pour 18^5. Notice de M. leprofes- ^fw Haa?i, pp. â09 et suivantes.

philosophique ne manquerait pas de lui faire faire de grands progrès. Déjà alors. Descartes considérait le corps vivant comme une machine très ingénieuse, où toutes les actions que le sens intime ne rapportait pas n'étaient que des impulsions dues à des mouvements de parties d'une figure donnée. Pour pouvoir montrer que son système était à tout le moins le plus probable, il s'attacha à connaître la structure et le fonctionnement des organismes vivants, afin d'y adapter ses théories. On peut lire dans Baillet la façon assez originale et assez naïve dont il s'y prit. La direction de ses études lui fit faire bientôt la connaissance du Silésien Jean Elichman i, docteur en médecine, très versé dans les langues orientales. Ce fut par l'entremise d'Elichman que Plempius fut introduit auprès de Descartes. Mais nous croyons qu'on lira avec plaisir comment Plempius raconte lui-même ses relations d'alors avec Descartes, relations qui devaient plus tard contribuer à le mêler d'une façon plus particulière au mouvement qu'excita la révolution philosophique cartésienne dans l'élite de la société intellectuelle de notre pays. Nous extrayons ces détails d'une lettre latine de Plempius à des coliques de l'Université de Louvain, datée du 21 décembre 1652, el publiée avec quelques autres en 1654 2 sous le titre : Doctorum aliquot in Academia Lovanioisi virorum jtidicia de phUosophia cartesiana. « Ego illum virum Amstelredami, » antequam ad cathedram Lovaniensema serenissima Isabella » vocatus sum, familiariter novi, parario Joanne Heylich- » manno Silesio Medicinœ Doctore, et saepe cum eo de rébus » egi physicis... nulli notus, in pannarii mercatoris domum se » abdidit, sitam in platea, quae a vitulis 3 nomen habet. Ibi ego

^ Baillet, volume Jl, pp. â5 et i6. — 0. volume VIII, p. 138. • Il est mort ici, depuis peu, deux hommes que vous coonaissiez, Heylicbman et Hortensius. »

* Plempius. Fundamenta medicinœ^ 3* editio, 1654. En appendice.

' Rue encore existant de nos jours : Kalfitraal. Ce passage de la lettre de Plempius pourrait peut-être servir à retrouver la maison qui eut Phonneur d'être habitée par Descartes.

» iJlum sœpicule invisi : offendi seniper hominem libros ner Mlegentem, neque habentem; aliquando etiam animalia î secantem, perinde uti Hippocrates circa Àbdcram reperit )> Democritum. » Laissons de côté ce qu'il peut y avoir de plaisant , ou peut-être de puéril , à se comparer soi-même à Hippocrate et ce qu'il y a d'injurieux pour Descartes à être œmparé à Démocrite : nous aurons plus tard à retenir sur (*tte dernière assimilation, qui, d'après le contexte, aurait été formulée pour la première fois par Plempius^. Ces quelques lignes sont, du reste, tout ce que nous savons des premiers rapports de Descartes avec PI empius ; ils se modifièrent en 1633, époque où ce dernier fut appelé à Louvain^, pour y soutenir la dispute de règle, à la suite de laquelle il fut proclamé le 3 août docteur de VAlma mater et membre de la faculté de médecine.

Pendant son séjour à Amsterdam, Descartes avait reçu la visite de son ami fidèle, le Minime Mersenne. Celui-ci, vers le commencement du printemps de 1630, repassa par la Belgique, pensant bien y faire la connaissance des savants catholiques, comme il avait fait celle des savants protestants en Hollande. Seulement, il paraît qu'à Anvers ses confrères et

* L^astrouome français Ismaël Bouittaud, auteur d'un traité De nalura LuHs, paru en 1658, assimilait aussi la philosophie de Descartes à celle de Démocrite H (TÉpicure. 11 faut lire dans les lettres du philosophe ce qu'il dit de ce npprochement hasardé par son compatriote. 0. volume Vil, p. 421, lettre à ilaygeDs du 30 mars 1 638, ibidem, p. 451, lettre à Mersenne du 8 octobre 1 638. BoQjllaod a été en correspondance avec Michel Van Langren, astronome b^lge, résidant à Bruxelles.

' Peu s*en fallut que Plempius, au lieu de venir allumer chez nous la guerre entre les anciennes idées et les nouvelles, n'allât le faire en Italie. (^*es( ce qu'on peut voir dans une curieuse lettre d'Erycius Puteanus à G-i. Vossius ( Vossii et clarorum virorum ad eum epistolœ^ Augustae Vin- <ielioorum, 1691, f% p. 115). On y lit que le cardinal Bentivoglio fil offrir à Plempius la première chaire de médecine de l'Université de Bologne. Voyez encore ïW(/«?m, p. 118.

quelques catholiques scrupuleux lui firent un reproche de son séjour et de ses fréquentations en pays hérétique. Le bon père s'émut excessivement de ces reproches et en écrivit à Descartes. Celui-ci l'en consola en lui disant qu'étant donné que son voyage aux pays protestants devait être connu, il valait mieux qu'il le fût quand il lui était plus facile d'empêcher la calomnie et d'y remédier ^. Nous n'aurions pas fait mention de cet incident s'il ne nous donnait l'occasion de faire remarquer comment le nom de Descartes put être connu pour la première fois dans nos contrées, grâce aux entretiens de son admirateur le plus convaincu avec les sommités de la science belge. De plus, on pourra comprendre par la mésaventure du P. Mersenne, une des causes qui influencèrent plusieurs de nos compatriotes contre Descartes 2 : savoir son séjour au milieu des calvinistes et ses rapports avec eux, notamment avec Tapostat Reneri, ami commun de Descartes et de Mersenne. Disons encore que Mersenne s'en vint à Liège 3, deux semaines plus tôt qu'il n'eût fallu : son intention était d'aller prendre les eaux à Spa; comme la saison ne commençait que quinze jours plus tard, il dut les passer à Liège, où, paraît-il, il s'ennuya beaucoup 3. Peut-être les Minimes liégeois auront-ils ressemblé aux Minimes anversois. Mersenne était encore à Spa au mois d'août : une lettre de Gassendi , datée de Paris, 6 septembre 1630, à l'orientaliste Jacques Golius nous l'apprend : « Mersennus noster ex Spadanis aquis nondum rediit )).

> 0. volame VI, pp. 162 et 105.

* Des sentiments analogues se firent jour en France. Cf. VAnti-Baillat *i^ Ménage. Amsterdam, 17â5. Réflexions d*un académicien sur la vie ^^ M. Descartes, lettre première, p. 338 : « Ainsi le pénitent de M. de Bcrulle, soumis à sa direction, se choisit dévotement une retraite dans un coin de la Nort-Hollande, avec plus de précautions contre les fâcheux, que contre les hérétiques et les Sociniens ».

» 0. volume VI, p. 102: « Je regrette les quinze jours que vous avez éie trop tôt à Liège; nous eussions bien pu nous promener pendant ce temps-U > • Cf. Baillet, volume 1, p. 213.

Reneri avait quitté Leyde et son préceptorat pour devenir professeur de philosophie à Deventer, dans la Gueldre. Celait là an événement intéressant fort Descartes : en effet, Reneri ^tait un de ses partisans les plus convaincus, et, grâce à lui, la philosophie cartésienne allait pour la première fois monter ^ans une chaire d'Université ; le premier professeur cartésien fut donc un Belge ^.

Un passage d'une lettre de Descartes à Mersenne nous l'apprend, avec une autre chose encore, savoir que Reneri aurait pu, s'il l'eût voulu sérieusement, devenir professeur à Franeker. Cette lettre est datée dans l'édition de Cousin du 15 septembre 1632 : « M. Reneri est allé demeurer à Deventer depuis cinq ou six jours et il est maintenant là professeur en philosophie; cest une académie peu renommée, mais où les professeurs ont plus de gages et vivent plus commodément qu'à Leyde ni Franeker, où M. Reneri eût pu avoir place par ci-devant, s'il ne l'eût point refusée ou négligée 2 ». Ce fut sans doute le désir, assez naturel chez un philosophe réformateur, de voir ses idées >6 propager, qui porta Descartes à quitter Amsterdam au printemps de 1633 pour aller s'établir à Deventer. Cette même année vit Plempius nommé professeur des Institutions médicales à l'Université de Louvain. C'est ainsi que, presque simul-

* Reneri, pendant son préceptorat, s'élait dans son enseignement occupé qoelqae peu de philosophie ou plutôt de logique. Il la donnait à la façon <^( Pierre Ramas, notre quasi «^compatriole, en en montrant les règles dans ^^ œuvres littéraires. Il faut lire dans Gassendi ce que celui-ci dit assez malicieusement d^nn échantillon de cette logique, consistant dans l'analyse ^nne poésie que Reneri lui avait communiquée, et la lettre oh le précepteur ^Tieot sur ce sujet d'une façon embarrassée. (Gassendi, Opera^ t. VI, lettre <^iée de Paris, postridie nonas Septembris, 1630.)

'0. volume VI, p. 2U. Bouillier, t. I, p. â60, dit quTtrecht fut la Vremière Université oh la philosophie de Descartes fut enseignée; mais, ^mme il le montre en cet endroit même, il a ignoré que Reneri était Tami de I^^scartes dés 16i9, et non pas seulement depuis 1638 ou 1639. Cf. Bruckcr, Hiitoria philosophitBj t. IV, pars altéra, Lipsiae, 1766, p. âl9.

tanément, deux systèmes explicitement antagonistes se virent introduits dans l'enseignement supérieur; car, disons-le déjà, Plempius fut toute sa vie l'ennemi juré du cartésianisme et le général en chef qui conduisit pendant de longues années la campagne contre ses innovations.

Quoique Descartes menât à Deventer une vie tranquille, dans la compagnie exclusive de Reneri, à qui il eut ainsi le temps d'infuser toutes ses idées, il ne resta pas même une annët^ entière dans cette ville, où ses correspondances ne s'entretenaient que d'une façon fort irrégulière. Aussi le retrouvonsnous, en mars 1634, à Amsterdam ^.

Dès cette année, d'après Baillet, mais en 1636 seulement, d'après l'annotateur anonyme des lettres de Descartes 2, Reneri quitta Deventer pour Utrecht, où venait de se fonder une nouvelle Université ; n'ayant pas à y combattre un enseignement traditionnel ni des collègues plus anciens, il allait avoir des facilités toutes spéciales pour enseigner à sa guise. Aussi en profita-t-il pour répandre la doctrine de Descartes, sans pourtant l'appuyer d'autre recommandation que de celle de son autorité professorale et des arguments qu'il invoquait. Un autre descendant de parents belges, Antoine iEmilius, professeur d'éloquence, l'encourageait à marcher dans cette voie; Henri Regius, médecin d'Utrecht, professeur de médecine théorique et de botanique, y entra de lui-même avec une ardeur excessive, qui amena bien des mécomptes à lui-même et à Descartes.

On ne sait trop à quelle occasion Descartes vint à Douai (au moins, dit Baillet, une personne de probité, Macquets d'Arras, m'a assuré qu'il y fut en effet). « Il vint 3, accompagné » d'un gentilhomme Polonais, faire visite à M. delà Bassecourt,

• 0 volume VI, p. 257.

* 0. volume VIII, p. 546.

^ Exlrail litléralement de Baillet, volume I, p. 307.

» gouverneur ou commandant de la ville de Douai pour le roi » d'Espagne, qui le retint huit ou dix jours à le régaler et à » l'entendre raisonner sur la philosophie dont il était devenu » amoureux. Le gouverneur, qui s'appliquait surtout à désen- » nuyer son hôte par la diversité des objets qu'il lui présentait, » n'avait pas oublié de lui procurer la compagnie des plus » habiles gens de l'Université du lieu à sa table, afin de lier » entre eux de curieuses et savantes conversations après le » repas. L'un des plus renommés était un petit docteur » bossu, appelé François Sylvius, habile Thomiste, l'un des » plus grands théologiens de son siècle, et le premier ornement » de l'Université depuis la mort d'Estius ^. Il était de Braine-le- » Comte, sur les extrémités du Hainaut et du Brabant ; il occu- » pait la chaire royale et ordinaire de théologie, depuis environ » dix-huit ans, et sa mort ne prévint celle de M. Descartes que » d'un an et quelques semaines. M. de la Bassecourt ayant )' convié ce docteur de venir manger tous les soirs chez lui tant » que M. Descartes y serait, se procura à lui-même un plaisir » dans leurs entretiens dont il se fit un honneur le reste de » ses jours. M. Descartes y parlait peu selon son ordinaire, » mais ce qu'il disait était accompagné d'un flegme mêlé de " gaîté. L'ardeur du discours était le plus souvent entre le » docteur Sylvius et le gentilhomme Polonais. La conversation » dégénérait presque toujours en dispute qui durait fort avant » dans la nuit, mais jamais hors des termes de la philosophie, » et la chaleur les emportait presque toujours au grand diver- » tissement de M. de la Bassecourt. On en revenait toujours à » M. Descartes comme à l'arbitre des parties, et jamais il » n'abusait de leur confiance ni de leur soumission à son » jugement. Il commençait par les faire revenir l'un et l'autre >^ des extrémités où la dispute les avait jetés, et il terminait

* Sylvius ( François du Bois ) , né eu 1581 , enseigna pendant plus de 30 ans la ibéologie à TUniversité de Douai, et mourut le 27 février 1640. Il a publié dps Commentaires très estimés sur la somme de Saint Thomas et d*autres ouvrages. Nous n*avons point trouvé d*allusions à Descaries dans ses œuvres.

» leurs dift(érends en peu de mots, mais d'une manière qui » contentait l'un sans mécontenter l'autre, parce qu'outre la » douceur et Thonnéteté qu'il y apportait, il proposait sa pensée » d'un air de doute plutôt que de décision. Autant que la }) modestie de M. Descartes plaisait à M. Sylvius, autant ^) celui-ci témoignait-il être peu satisfait de la violence avec )) laquelle il se sentait poussé par le Polonais. Ce fut pourtant » ce docteur qui fut cause qu'on disputa de la philosophie » jusqu'au départ de M. Descartes. Car nonobstant la résolution » qu'il avait prise dès le premier jour de ne vouloir plus se )) commettre avec le gentilhomme, il ne laissait pas de revenir » le lendemain avec de nouveaux arguments pour réparer le » mauvais succès de la veille, et quoiqu'il s'en retournât » toujours faisant de nouvelles protestations de ne plus entrer » en lice, les civilités de M. Descartes jointes à l'envie de tirer au » moins une fois raison du Polonais, lui faisaient oublier sa )) protestation; et il n'y eut que l'adieu de M. Descartes qui » fut capable de lui faire garder enfin la promesse qu'il •) renouvelait tous les jours de ne plus retourner à la charge. »

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