Tome XXXIx
tandis qu'avec le système actuel on en explique clairement une foule, comme on le constate présentement dans notre Aima Mater ^, » Que dire de ce qui vient immédiatement après? ce Ut autem in hoc de démentis tractatu, atque etiam in » aliis brevis sim, dico quaternarium aristotelicum et septe- » narium chymicorum elementorum numéros, satis cuilibet » notos, rancidos, falsos, et maxime improbatos esse, ut in îîs » refellendis jam tempus terere non possim, nec in illos, » adhuc hujus aevi, bardos, disputare calamo. » Ailleurs â. avant d'exposer les arguments des partisans des formes substantielles, il les annonce de la façon suivante, assez peu aimable pour ses collègues péripatéticiens : ce Speciminis tan- » tum gratia unum vel alterum attingam argumentum, quod, )) cramben centies coctam reponentes, quidam hodie urgere » non dubitant. » On voit que les cartésiens marchaient la tête haute à Louvain, et aussi combien ils se rapprochaient avec Descartes de la Physique moderne et de son grand principe : pas de propriétés occultes, rien que de la matière et du mouvement.
Mentionnons ici un théologien qui appartient à la vieille Ecole, puisqu'il a commencé sa carrière de professeur à peu près au temps de l'apparition du Discours de la Méthode, mais à qui la position influente qu'il a occupée dans l'archidiocèsede Malines donne une certaine importance. Laurent Neesen, né à Saint-Trond 3 vers 1611, président du Séminaire de Malines depuis 1639 jusqu'à sa mort en 1679, publia en 1676 une Theologia moralis de Sacramentis, où il se prononce contre l'essentialité de l'extension actuelle des corps et l'indistinction
» P. 13, col.fc.
* p. 17, col. a. Dans la réponse, nous retrouvons un témoignage précis de Fexistence du cartésianisme à Louvain : c Abunde autem constat ex Pbysica, « quae jam in hac saltem nostra Universitate traditur, quomodo generatio et >' corruptio Gant absque ullius formae substantialis adminiculo. »
' Paqoot, Mémoires, vol. XVI, p. 399.
les accidents d'avec la substance ^. Il ne nomme pas Descartes. 1 semble du reste aussi modéré que possible dans son opposiion. 11 ne souffle mot des preuves cartésiennes de l'existence le Dieu, ne rejette pas absolument l'opinion de Durand ^ sur la aature du caractère sacramentel et est quelque peu janséniste.
Pendant que Laurent Neesen combattait avec plus ou moins d'ardeur le cartésianisme à Malines, l'abbaye impériale de Saint-Trond, qui devait un siècle et demi plus tard devenir le séminaire actuel, n'avait pas chez elle de cours réguliers de philosophie pour ses jeunes religieux. L'abbé avait coutume d'envoyer à l'Université de Louvain ceux d'entre les novices qui se destinaient au sacerdoce. L'enseignement louvaniste, plus ou moins imprégné des nouvelles idées, déplut-il au prélat Benoît Mannaerts? Nous l'ignorons. Toujours est-il qu'en 1682, il fit venir de Cologne un religieux bénédictin de l'abbaye deSaint-Pantaléon, du nom de Gérard Wulffrath, et lui demanda de donner des cours de philosophie et de théologie aux jeunes moines de son monastère. Wulffrath s'acquitta de ses fonctions avec zèle. Sous sa présidence, de 1683 à 1687, ses élèves soutinrent dans l'abbaye, en présence de leur prélat, de leurs frères en religion et du clergé de l'endroit, des thèses roulant sur la logique, la physique, la métaphysique, et toutes les parties de la théologie.
Elles sont la fidèle expression des doctrines scolastiques. Leur auteur s'attache à suivre partout et toujours saint Thomas d'Aquin, même dans les détails de la physique. Elles sont conçues en termes très clairs et très exacts. Seulement, on y use et abuse de l'allégorie, sans compter les nombreuses plaisanteries plus ou moins réussies dont elles sont émaillées :
* Vniversa theologia^ Antverpise, 1730, in-f', t. II, p. 73, col. a; p. 80, <:ol. 6.
* Duraod en faisait une entité de raison, une pure dénomination. Plusieurs <-ariésiens s'emparèrent avidement de cette opinion.
c'était le goût de l'époque. Jamais le nom de Descartes ni d'aucun philosophe contemporain n'apparaissent; mais assez souvent il est fait mention de leurs opinions les plus célèbres, naturellement pour les rejeter.
Iter philosophUmm sive Thèses summulisticœ, defendend^ mense Januario, 1683. — Hasseleti, in-S®.
Seule, leur dédicace à l'abbé Benoît Mannaerts présente quelque intérêt historique.
IterphUosophicumperspinosum logicœdesertuniy exponendam mense Julio, 1683. — Hasseleti, in-8®.
Le vingt-sixième milliaire (thèse) donne le cogito, ergo sum, comme exemple de démonstration a posteriori. Le vingtseptième blâme les novateurs qui prétendent que la différence des perceptions des sens a son origine exclusive dans la diversité des organes. C'est l'opinion cartésienne.
Iter philosophicum per spatiosos physicœ campos, exponendum mense Novembre, 1683. — Hasseleti, in-8®.
La troisième ambulatio rejette les atomes et les corpuscules comme éléments constitutifs des corps. La septième prétend que c'est en vain que quelques-uns combattent l'existence des formes substantielles. La vingt-septième attribue la connaissance aux animaux. La trente-huitième ne veut pas de l'extension infinie du monde.
Iter philosophicum per mundum universum, exponendum mense Martio, 1684. — Hasseleti, in-8<^.
Dans la cinquième thèse (mansio) de la seconde partie. Fauteur repousse l'explication cartésienne de la condensation et de la raréfaction. Dans la sixième, il admet la production de nouvelles substances, ce hanc licet aliqui recentiores tollere nitantur ».
La troisième thèse {profectio) de la troisième partie est ainsi conçue : « Sedes animse non est solum cerebrum, aut sola » glandula pinealis. » La huitième dit que les bétes ne sont pas
des horloges ni des automates : qu'il y a en elles une forme substantielle, réellement distincte du sang. La neuvième affirme que les sensations n'ont pas lieu seulement dans le cerveau.
lier philosophicum per altissimum metaphyskœ montem, exponendum mense Junio, 1684. — Hasseleti, in-S'*.
Nous lisons dans la troisième ascensio que les principaux principes indémontrables sont le principe de contradiction et celui du moyen-exclus « in quœ caetera, etiam hoc pseudoprincipium : cogito, ergo sum, saltem indirecte resolvuntur. »
Nous omettons les thèses théologiques, où toutes les fois que se présente l'occasion de s'écarter des idées nouvelles, Wulffrath ne manque jamais de le faire. Comme ce religieux venait de Cologne, où il était professeur après avoir été élevé à rUniversité de la même ville, son opposition à Descartes fournit un indice de la situation des esprits dans la Prusse rhénane, au temps où Leibniz commençait à devenir célèbre.