Tome XXXIX
nulle part ailleurs cette piquante manière d'argumenter ^. L^^ mécanisme de la Physique de Descartes ne plaît pas plus à Ânsillon que Tautomatisme. Il n'admet pas que des différences de figures et de mouvements sufiisent pour expliquer la variété des corps et des phénomènes qu'ils présentent. Â l'imitatioD de Plempius dans ses réponses à Van Gutschoven, il fait remarquer les affirmations vagues des cartésiens si eatich<> des idées claires, quand on les presse de rendre compte dt^ faits particuliers, ce Je vous prie de les expliquer, dit Aristts » nettement, clairement et d'une manière qui me convainque, » comme vous prétendez de faire toutes choses. » Érast^ expose en quelques mots la théorie de Descartes : « si Ton » range les atomes en des manières différentes, et qu'ils soient » agités de mouvements divers, vous voyez que les corps qui » en sont composés paraîtront sous des formes différentes^ et » qu'ils pourront ainsi avoir des effets tout contraires. » Et Âriste de riposter : ce Est-ce là la belle et solide explication qu^ » je vous demandais? C'est donc que vous prétendez que si on » range les atomes d'une telle manière, mais vous ne savez » quelle, on fera un composé mou; si on les range d'unt^ » autre manière, mais vous ne savez pas quelle, on fera dn> » corps durs ; si on les mêle d'une autre façon, mais vous ne » pouvez dire quelle, on aura des corps chauds, et ainsi du » reste. »
Si Tis sanari de morbo nescio quali, Accipias herbam talem, sed nescio qualem, Ponas nescio quo : sanabere nescio quando.
On pressent quelle sera la fin de toute cette polémique entre Éraste et Âriste. Les romans se terminent par un mariage; le>
^ P. 353. Fidèle au titre de son livre, Ansillon retrouve Tautomatisme chti les Épicuriens et les Stoïciens, et cite à Tappui un texte de Plularque (â. Gontn Golot.) : « Eorum inslitutum est qnod nec oriri quod non est eiistimant, net-
> id interire quod Jam est posse, sed concursu quorumdani corporum bdi> » nomen orius adhiberi, rursos cum eadem il la dissolvuntar, id aj>peUari
> mortem. Quare taliam decretis vita toUitur, animalis natora oulto r«lio-
Entretiens sont couronnés par la conversion d'Ëraste. Voici en quels termes naïfs il en fait part à son ami ^. « Je suis enfin » obligé de confesser que je suis vaincu, et je cède très volon- » tiers à tant de raisons que vous avez proposées. Pardonnez- » moi seulement la résistance que j'ai faite si longtemps, » n'ayant eu d'autre intention que de m'informer pleinement » des motifs qui retiennent tant de monde dans l'École des » péripatéticiens, nonobstant les bruits que font les nouveaux )) philosophes. Je suis marri de n'y être pas assez exercé, et je » tâcherai d'y étudier désormais de tout mon possible. Cepen- » dant je crains que vous ne vous soyez lassé de tant de longs )> discours auxquels je vous ai engagé; nous y mettrons la fin, » s'il vous plaît, et nous prendrons des rafraîchissements » ensemble pendant cette soirée. »
Tout ce qu'on vient de lire peut suffire pour donner une idée de l'ouvrage d'Ansillon. Quel que soit le jugement que l'on porte sur la Philosophie de Descartes, on ne peut dénier au curé de Sainte-Gertrude l'honneur de l'avoir combattue avec les meilleures armes possibles et de les avoir maniées avec l'adresse et l'élégance d'un homme rompu aux luttes de l'esprit, infiniment plus difficiles à bien conduire que celles du corps : le critique impartial ne contestera pas que plusieurs de ses coups ont porté juste, quand, par exemple, il a visé l'étendue essentielle, l'automatisme, l'argument a priori de l'existence de Dieu 2. Sur un théâtre plus grand que celui de la petite princi-
* quiior. » Le livre d^Ansillon a paru au commencement de 1C84. Les Nouvelles de la Bépublique des lettres, de septembre, conliennenl une leUre de Du Roudel, proresseur à Maesiricht, en date du 14 octobre, où il préleud retrouver Taulomaiisme dans Sénéque el Diogène. Ansillon cile force textes (lih.ââ. Kpist. Ep. 1:22) de Sénèque opposés à cette doctrine, p|). 261 et suiv., textes que Du Ronde! s*aitacbe à expliquer dans un sens favoiableà l'opinion qu'il émet.
pauté liégeoise, Ânsillon aurait attiré tous les regards, et Von se serait intéressé à son livre autant peut-être qu'à la Censure de Huet, parue cinq ans plus tard. Celui qui voudra estimer les Entretiens à leur valeur réelle, jugera qu'ils honorent non seulement leur auteur, mais qu'ils sont pour leur fond et pour leur forme un titre d'honneur pour la cité liégeoise. Qu'importent après tout certaines attaques injustifiées, certaines appréciations par trop défavorables échappées à l'auteur dans l'ardeur de la lutte, comme quand il dit ^ : ce qu'il veut toujours » parler de Descartes avec louanges, parce qu'il a plu à plu- » sieurs de le considérer ; qu'il avoue même que Descartes a » eu quelque adresse dans la géométrie. » Outre qu'il a dit vrai en d'autres endroits (et ce sont les plus nombreux), il ne faut pas s'étonner de lui voir mettre un certain feu dans la défense de toutes ses idées : sa sincérité ne saurait être révoquée en doute, et l'on nous accordera qu'il est permis d'aimer avec passion la vérité.
Les Entretiens sont suivis d'un appendice de douze pages, intitulé : Avertissement à wi jeune homme pour le choix dt l'étude de la philosophie. C'est une sorte de discours qui a pour but de dissuader les jeunes gens d'entrer dans les écoles où l'on enseignait les nouvelles idées, et de les engager dans celles où fleurissaient encore les doctrines d'Âristote : « Je suis obligé, » mon cher Éraste, y dit l'auteur 2, de vous arrêter quelque » peu, afin que vous ne suiviez point la pointe de votre esprit » à l'étourdie, mais que vous soyez bien circonspect à consi- » dérer le chemin que vous devez enfiler. » Pour comprendre la portée pratique d'une pareille exhortation, il faut se rappeler que les jeunes gens de Liège pouvaient en Belgique même ^
^ Od pourrait encore ciier ici les Universités de Cologne, de Heidelberg, de Douai et de Rheiins qui comptèrent toujours parmi leurs élèves an nombre relativement grand de nos compatriotes, et qui étaient péripatéUclenoes.
étudier la philosophie à l'Université de Louvain et au Séminaire de Liège d'une part, et au Collège des Jésuites anglais d ""autre part ^. D'un côté, on était pour Descartes; de l'autre, pour Aristote. V Avertissement est conçu dans le même sens que les Entretiens, et l'on y rencontre les mêmes qualités de style, malgré quelques passages dont la portée est difficile à saisir, et où ne se retrouve pas la lucidité du langage français. Ansillon devait naturellement énumérer les chefs d'école; il en nomme quatre : Aristote, Descartes, Gassendi et Digby '2. « Je w parle des Péripatéticiens et de ceux qu'on appelle Cartésiens^ i> auxquels nous pouvons ajouter quelques autres qui se sont » érigés en Maîtres par l'établissement de nouveaux principes, » comme Digby, Gassendi, etc. » On voit qu'il omet Van Helmont, et chose encore plus notable, qu'il cite Digby. Cet auteur semble vraiment avoir eu chez nous une notoriété plus grande qu'on ne le soupçonnerait 3. Quant à Gassendi, rien d'étonnant de le voir nommer et même proscrit comme Descartes et Digby. M. Le Roy dit 4- « qu'il était encore suspect aux Jésuites (dont )> Ansillon relève en philosophie), moins cependant peut-être » pour sa théorie de la formation des idées générales et pour » son épicuréisme î> que pour sa déclaration de guerre aux » doctrines de l'École. »
Pour faire un choix entre ces différentes écoles, Ansillon veut
que son Eraste fasse attention à celle qui compte le plus d'adhérents ; il n'est pas malaisé de la découvrir. La voici désignée dans les dernières lignes de Y Avertissement : « J'espère que » vous profiterez de ce petit conseil que je vous donne d'écouter
* Il suflBsail (l'une autorisalion du Conseil privé |>our obtenir d*y faire ses éludes; les Archives du Royaume à Liège contiennent un grand nombre de ces autorisations. ((Communication de M. le chanoine Daris.)
' Nous Pavons vu cité par Froidmonl et Plempius. — M. Lr. Ro , H^su de laphiLaupays de Liègp, p. 103, rapporie un passage du médecin Bresmaloii il en est encore fa il mention.
•> Gassendi s^est aiiaché à réhabiliter Épicure dans la mesure du possible.
» la voix publique qui vous appelle aux Ecoles d'Ari^tote, sans » déférer à ces petits bruits qui vantent d'autres philosophies. »
Quelques-uns de ce ces petits bruits » partaient d'un établissement d'instruction liégeois, placé par sa nature même sous la direction immédiate de l'évéque du diocèse et du chef tem* porel de la principauté. Il s'agit du Séminaire de Liège où nous voyons à cette époque enseigner sans ambages les plus célèbres doctrines cartésiennes, ce qui leur donnait une consécration officielle dont elles ne jouissaient nulle part en France, et pas partout en Hollande. Cet enseignement cartésien est attesté par des thèses imprimées, soutenues publiquement dans YÀula magna du Séminaire de Liège. Nous avons sous les yeux trois recueils de thèses défendues sous la présidence de Henri Denys en 1687, 1690 et 1695; un quatrième, de thèses présidées par Mathias Tombeur en 1689, et un cinquième dont Arnold Deschamps a dirigé la soutenance en 1691 .
Henri Denys ^, dit M. Reusens, né à Corroy- le -Château (province de Namur), vers 1658, fit son cours de philosophie à l'Université de Louvain, comme élève de la Pédagogie du Porc, et obtint en 1676 la cinquième place sur cent trente-neuf concurrents. Il étudia ensuite la théologie pendant six ans et demi, sous la direction des célèbres professeurs Du Bois et Van Werm. Chargé en 1683 d'enseigner les sciences sacrées aux jeunes religieux de l'abbaye de Saint-Hubert en Ardenne, il remplit ces fonctions pendant deux ans. Après avoir pris le grade de licencié en théologie le 16 novembre 1685, il fct nommé à une chaire du Séminaire de Liège, le 19 juin de l'année suivante. C'était une chaire de théologie, car il prend le titre de professeur de cette science dans le premier recueil de 1687. Par ce qu'on vient de lire, on voit que Denys est de l'époque où le cartésianisme faisait florès dans les Pélagogies de Louvain ; il n'est donc pas étonnant de le retrouver cartésien
* Biographie nationale^ volume v, p. e03. Notict* p»r M. RFrsE>s.
dans son enseignement. II est partisan de l'innéité de Tidée de Dieu, quoique cette idée soit tellement offusquée qu'elle fournit une preuve du péché d'origine ^. II ne veut pas qu'on se querelle en matière eucharistique; aussi, en exposant le dogme sur cette matière ne fait-il pas en 1695 la moindre mention des espèces ou accidents 2; et en 1687 3, son premier soin est de recommander « de ne pas diminuer la révérence due à la Théologie en y traitant de questions philosophiques, ou d'autres non moins inutiles, que l'on agite incidemment et qui consument quelquefois plus de temps que les points prin* cipaux et plus utiles. Ce qui serait encore plus périlleux, ce serait de trouver dans ces sortes de questions des articles de foi, tandis que l'Écriture et la Tradition n'en diraient rien. » Ces réflexions, d'ailleurs fort judicieuses en soi, ne visaientelles pas les longues polémiques de Compton, de Blundell, d'Ansillon et d'autres encore, à propos des accidents eucharistiques et de l'étendue essentielle? Remarquons que Henri Uenys fut un janséniste zélé, et qu'en lui comme en Arnold Deschamps, son collègue, se vérifie le fait historique de la coexistence des deux systèmes janséniste et cartésien.
Les thèses soutenues sous Mathias Tombeur sont de 1681 4. Elles sont des plus intéressantes. On y trouve un homme qui connaît et qui apprécie les savants de son époque. Non seulement Descartes y est cité à chaque pas, mais on y rencontre plusieurs fois les noms de Huygens et de Mariotte. Il ne serait pas impossible de retrouver l'influence de René-François de Sluse dans la manière dont Tombeur apprécie les règles du mouvement données par Descartes et celles de Huygens, tant est grande la conformité entre les deux Liégeois sur ce
* Thèses theotogicœ de Deo et actibus quibus ad Deum tendendum, Leodii, ït>80, p. 5, Superiorum permissu,
* Thèses Iheologicœ de SacramentiSt Leodii, 1695, pp. 10, 11 (sans permission exprimée des supérieurs).
* Thenes Iheologicœ de Sacramenîis in génère et de quatuor primis in ^pecie, Leodii, 1687, p. 9, Superiorum permissu,
^ Thèses phîlosophicœ, Leodii, 1680, Supeiiorum permissu.
point 4. De plus (fait extrêmement remarquable), Tombeur est partisan du système de Copernic ^ ; voici ses paroles : « le système de Ptolémée est une fiction que contredisent la raison et l'expérience. Celui de Tycho-Brahé vaut mieux, mais ne nous paraît pas devoir être admis. Tous les deux, en effet, supposent que la Terre immobile occupe le centre du monde, aucun ne le prouve; mieux que cela, si nous constUtoîis la raison, je ne voù pas comment l' immobilité de la Terre se concilie avec les règles du mouvement. » Tombeur est encore un adversaire d'Ànsillon ; on verra par les paroles que nous allons citer que le professeur vise bien certainement son confrère du ministère, encore vivant en 1681 (Ansillon, nous l'avons dit, mourut en 1683) 3. ce II faut éviter ici une confusion : en appeler à la foi, quand il faut raisonner, ou remettre en question ce que la foi a décidé. Puis donc que toute la philosophie s'appuie sur la raison, en philosophie il faut surtout faire attention à la raison, non à l'autorité ni au sentiment commun des autres (no7i commuai aliorum sensui), ni à Tancienneté d'une opinion. Mais, dira-t-on 4, le précepte de Vincent de Lérins n'est-il pas vrai : Prcesumptio veritatis stat semper pro antiquitate? Ce précepte est vrai pour les Traditions de l'Église, et non pour les opinions des philosophes. » Tombeur est aussi opposé aux Idées et au monde intelligible de Malebranche, c( car il trouve ^ improbable l'opinion d'un certain auteur contemporain qui se figure que les idées mêmes sont quelque chose de différent de la perception, et imagine je ne sais quel monde intelligible afin d'y contempler toutes choses comme dans un miroir ou plutôt dans une image. » Ce n'est pas davantage un admirateur irréfléchi de Descartes ; on a vu qu'il ne veut pas de ses règles du mouvement; il rejette l'opinion cartésienne qui fait du repos un
* Thèses, p. 9. V. Sluse, BuUetlino, volame XVII, p. 3â1. « K 10.
* V. AnsiLLOif, Entretiens, p. 105.
xiode aussi positif que le mouvement ^ ; il ne croit pas que '"essence de la matière consiste dans l'extension ^ ; il explique tyec Harvey le mouvement du cœur par la contractilité de »es parois, et rejette l'explication de Descartes 3. Mais à part ces iifTérents points, et quoiqu'il ne se prononce qu'implicitement pour l'automatisme en ne reconnaissant d'autres substances que des corps ou des esprits ^, il est cartésien décidé, partisan du mécanisme dans la nature brute ^ et dans les plantes, où il règne exclusivement 6; dans les animaux et les hommes, pour toute fonction non cognitive "*. L'âme est dans le cerveau, et les sensations ne nous font pas connaître ce que sont les corps en eux-mêmes 8; l'idée de Dieu est innée; on démontre Texistence de Dieu par l'analyse du concept de souveraine perfection d. H ne veut à aucun prix d'accidents existant hors de leur sujet : de tels accidents seraient des substances, et l'on a tort d'apporter en leur faveur les conciles de Constance et de Trente ^^. Nous laissons de côté une foule d'affirmations du même genre, toutes frappées à la marque cartésienne ^^.
Yenons-en maintenant aux thèses soutenues sous la présidence d'Arnold Deschamps, fameux par la part qu'il prit aux troubles que suscita la faction janséniste à la fin du XVIP siècle dans la ville de Liège. Comme Mathias Tombeur, Deschamps est bachelier formel en théologie : c'est encore Louvain qui l'a
• Ibidem.
^ P 4. • Substantia alla est spiritualis, alia corporea ioter ulramque mediam > ratio nataralis nallam intelligit. »
' Ibidem.
" On trouvera les traces de jansénisme dans les thèses 2 el 5 sur la morale Cpp. 7 el 8).
rendu cartësien. Nous sommes en 1691 ^. L'admiration pour Descartes cette fois ne connaît plus de bornes, et si jamais il a été périlleux à Liège d'afficher des sentiments cartésiens, à coup sûr ce n'était pas le cas au temps d'Arnold Deschamps ^. « Dans les sciences naturelles (c'est-à-dire ne s'appuyant pas sur la révélation), personne ne peut donner à la vérité d'autres insignes que la perception claire et distincte; et pour le discernement de la vérité, la Méthode de Descartes est parfaitement sûre; elle est en outre souverainement estimable parce qu'elle amène l'esprit d'une façon élégante et belle à la connaissance de soi-même et de celui qui en est l'Auteur. » Avec quelle verve il décrie 3 les accidents réels, « ces écornures de réalité » comme il les appelle! II ne comprend pas comment l'on peut dire que l'homme est un corps (à moins, dit-il, que ce ne soit à cause qu'on est accoutumé à voir des choses matë> rielles) : on devrait plutôt le définir un esprit ^. Plus osé que Tombeur, Deschamps déclare ne pouvoir concevoir la matière que comme une chose étendue, et il l'identifie avec l'espace ». il s'étend avec complaisance sur le système de Copernic; cinq longues thèses sont consacrées à montrer toutes ses supériorites sur les deux systèmes rivaux. S'opposant l'Ecriture, le hardi cartésien répond : ce magis potest commovere Auctoritas » Scripturse sacrse; sed illam repugnare quomodo évinces? ^ » Plus loin, il loue le zèle de ceux qui tâchent de concilier l'hypothèse du chanoine de Frawenbourg avec l'Ecriture sainte, ne fût-ce qu'à cause de sa simplicité '7. En physique, en psychologie, en cosmologie, en théodicée, il est cartésien à outrance. Ainsi l'automatisme a ses préférences, et il est
^ Conclusiones ex universa philosophia, Leodii, 1691. Superiortêm per-
missu. Le recueil n'est pas paginé.
' Paginalion roanuscrile, p. 1 .
■ Ibidem.
curieux de voir les précautions oratoires qu'il prend pour énumérer ses raisons ^. Il donne les deux arguments cartésiens de l'existence de Dieu, en insistant sur celui qui est vraiment propre à Descartes 2. Nous avons vu combien cette preuve se rencontre peu chez nos auteurs belges ; Deschamps est même, ce semble, le premier qui la rapporte en l'adoptant. Dans toutes les thèses de ce professeur, on remarque un certain enthousiasme et une sorte de lyrisme, qui en font plutôt des fragments de discours éloquents que de froides conclusions. On sent que désormais la victoire est à Descartes. Elle devait s'acheter ailleurs au prix de luttes assez âpres, ainsi qu'on va le voir dans le chapitre suivant.