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CHAPITRE IL

ÉLECTION DES ARCHEVÊQUES PAR LE CHAPITRE. — RAPPORT DU CHAPITRE AVEC LES ARCHEVÊQUES ; — EXEMPTION DE LEUR JURI- DICTION ; — DEVOIRS DU chapitre; — OFFICES; — FÊTES.

§ VII. Election des Archevêques par le Chapitre.

L'histoire des archevêques de Bourges touche de bien près à notre sujet, mais plus encore à l'histoire du Berry; nous nous bornerons

(1) Obituaire de Saint-Etienne, f« dlO.

(2) Act.cap., 1468.

à rapporter ici ce qui concerne les rapports du Chapitre avec le prélat.

L'Archevêque, patriarche, primat des Aquitaines, faisait partie de la communauté, wn?/s e canonicis, et comme tel siégeait au chœur, dans la première stalle à droite, la plus rapprochée du maître-autel; il touchait les gros fruits d'une prébende canoniale et quelques distributions. C'est ainsi qu'on vit , en 1305, l'archevêque Egidius Colonna, dans l'état de misère où l'avait réduit un enchaînement de circonstances exceptionnelles, venir assidûment à tous les officespour recevoir les ad manum à l'aide desquels il vivait.

Mais ces liens de confraternité se relâchèrent ; le chef de l'église diocésaine avait été insensiblement réduit à ne plus être qu'un des chanoines de son Chapitre, à lutter sans cesse contre lui , et à le voir se soustraire à sa juridiction pour le temporel et pour le spirituel.

Dans les premiers siècles, les fidèles, encore peu nombreux et pleins de ferveur, avaient pu élire directement leurs évêques ; mais peu à peu le clergé seul prit part aux élections épiscopales ; il choisissait, en général, des hommes déjà connus et accrédités dans le diocèse; mais quand les rois forcèrent son choix, dit M. Guizot, les liens qui unissaient les évêques au clergé se brisèrent, le clergé se vit lui-même dépouillé de son droit d'élection, qui fut concentré entre les mains des chanoines des cathédrales. Nous ignorons à quelle époque précise le Chapitre de Saint-Etienne se trouva pleinement investi de ce pouvoir; en IlUb, le pape Eugène III en parle comme d'un statut reconnu par l'Eglise catholique (1).

Dans cet état de choses , le temps avait consacré trois modes d'élection différents ; le premier, le plus expéditif, était appelé voie du Saint-Esprit ou postulation. Les chanoines réunis, l'un d'eux s'écriait qu'il postulait pour archevêque tel candidat; si tout le Chapitre se levait, l'élection était faite. A défaut d'unanimité, on avait recours quelquefois au compromis , c'était de remettre à un ou plusieurs personnages le droit de désigner l'archevêque. Sidoine Apolhnaire avait ainsi élevé saint Sulpice au siège épiscopal de

(1) Cart. arch. , p. 4.

Bourges ; Eudes de Sully, évêque de Paris, après avoir consulté les sorts des saints dans une des églises de la ville , désigna saint Guillaume.

Mais plus souvent on avait recours à la voie du scrutin ; rien n'en fera mieux connaître toutes les formalités que le récit de l'élection de l'un des derniers archevêques élus par le Chapitre , de François de Bueil.

L'archevêque-cardinal Antoine Bohier étant mort àBloisle 27 novembre 1519, le doyen et le Chapitre indiquèrent au 11 janvier l'élection de son successeur ; les absents furent prévenus par acte signifié par Debrielle, notaire.

Le î 1 janvier, Debrielle rendit compte de l'exécution de cette mission par un instrument en forme , dans lequel la lettre est reproduite textuellement; il répète les termes dont se sont servis les chanoines absents lors delà notification faite à chacun d'eux, et constate s'être transporté à Tours , à Cléry, à Orléans , à Paris , au collège du cardinal Lemoyne, à l'abbaye de Fresnaye , diocèse d'Orléans.

Le jour indiqué, après la grand'messe solennelle célébrée au grand-autel, le Chapitre chanta, en procession autour de l'église (en dedans), le Veni, Creator, et se rendit de la sorte dans la salle capitulaire. — Il fut d'abord donné lecture des lettres de Gilles de Pontbriant, chanoine, qui, retenu à Tours par son grand âge et ses infirmités, s'excusait de ne pouvoir venir, et nommait pour ses fondés de pouvoir Etienne de Vilhers, doyen, et Pierre Tulher ; et d'une lettre analogue de Jullien Bouchier, aussi chanoine. Aussitôt après on appela, devant les grandes portes de l'église, trois chanoines absents et qui ne produisaient pas de procureurs ; ils furent déclarés contumaces; on prononça ensuite l'excommunication contre ceux qui assisteraient à l'élection sans en avoir le droit.

Après que Michel Simon, professeur en théologie , eut prononcé un discours latin relatif à l'objet de la réunion , il fut décidé qu'on procéderait per viam quasi inspiratam. Aussitôt le doyen se leva et dit qu'il ne connaissait personne de plus utile et de plus convenable, pour la dignité archiépiscopale, que Guillaume Pervy, évêque de Troyes, confesseur du roi. Quelques chanoines se levèrent, mais un

plus grand nombre resta assis : alors on passa au scrutin, on désigna des scrutateurs pour recueillir les votes; chacun fit serment à Dieu et à saint Etienne, premier martyr, sous l'invocation duquel est l'église cathédrale, d'élire le plus digne et le plus utile dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel. Les scrutateurs, les notaires et témoins se retirèrent dans un angle de la salle et de là demandèrent à chacun de désigner en conscience le plus utile et le plus digne.

Les voix se partagèrent ainsi : François de Bueil , 17 voix ; Guillaume Pervy, 12; Jean Guichard, 1, donnée par François do BueO.

Le doyen s' étant refusé à prononcer le résultat du scrutin, Edmond Gentils, chanoine, le suppléa, en faisant l'éloge de l'élu. Alors ceux qui avaient voté pour Guillaume Pervy voulurent sortir du Chapitre , mais ils furent supphés par les autres d'attendre la fin de l'élection, pour ne pas faire de scandale; ils y consentirent, mais en protestant ne prendre aucune part à ce qui s'était fait et se ferait. Les autres chanoines désignèrent TuUier, l'un d'eux, pour faire la proclamation de l'élection au nom du Chapitre; puis trois chanoines, inpidpitro chori, proclamèrent l'élection clero et populo , et les électeurs de François de Bueil, chantant le Te Deum, le portèrent dans l'église, et super majus altare more solito constituerunt, au son des cloches. De tout quoi il fut rédigé acte authentique.

Le 12 janvier, acte par lequel le Chapitre délègue quatre chanoines pour présenter à François de Bueil le procès-verbal de son élection.

Acte de présentation. L'élu demande un délai pour répondre et invoquer l'Esprit saint.

Acte du même jour. L'élu répond que, ne voulant résister à la volonté de Dieu^ il accepte en l'honneur de la sainte Trinité et de saint Etienne , premier martyr , en l'honneur de qui l'éghse est dédiée.

Du même jour, procuration de quatre chanoines pour demander au Saint-Père la confirmation de l'élection.

18 janvier, procuration de l'élu au même effet.

Le 19 janvier, ceux qui avaient élu de Bueil adressent au pape Léon X une supplique pour la confirmation de l'élection.

5 mars , attestation du Chapitre de Saint-Etienne qu'on a suivi dans l'élection, non pas la pragmatique sanction, mais le concordat.

17 août 1520, attestation des vénérables delà Sainte-Chapelle de Bourges qu'ils ont souvent vu officier des prélats, et qu'aucun n'officie mieux que François de Buei! , in pontificalikts (1).

22 juin 1521, reconnaissance de 1,000 écus d'or remis à François par le Chapitre pour suivre la validité de son élection (somme envoyée aux chanoines qui étaient à Rome pour suivre l'affaire).

Bulle de confirmation de l'élection (kalendes de juillet 1521) par le pape, malgré l'opposition de François P*".

Bulle à François de Bueilpour se faire consacrer avec la formule du serment.

Suivent : l'acte de consécration ;

Bulle à François de Bueil en lui envoyant le pallium ;

Acte de la tradition et réception du palhum par l'entremise des évêques de Saint-Papoul et de Nevers. Il est accompagné d'une bulle intitulée : Forma dandi pallium ;

Bulle intitulée : Forma juramenti ;

Bulle adressée au roi pour lui annoncer la confirmation de l'élection ;

Bulle aux suffragants de l'archevêque pour leur prescrire l'obéissance ;

Bulle au Chapitre de Saint-Etienne ; Bulle au clergé du diocèse ; Bulle aux vassaux de l'archevêché;

Bulle au peuple de Bourges pour lui annoncer la nomination du prélat et qu'il est le pasteur des âmes ;

Bulle à François de Bueil, dite bulle d'absolution, pour le relever de toutes les censures ecclésiastiques et interdiction qu'il pourrait avoir encourues.

5 septembre 1521 , prise de possession par procuration par l'installation, dans la première des hautes stalles du chœur à droite, dans la chaire épiscopale et dans la chaire tribunale de l'auditoire de l'of-

(1) François de Bueil était trésorier de la Sainte-Chapelle, et le trésorier officiait pontificalement avec la mitre et l'anneau.

ficialité , par la remise des clés de la maison épiscopale et des prisons, des sceaux de la curie et des clés du greffe, suivie d'un Te Demn chanté au son des cloches.

C'était seulement après la présentation de l'acte de serment de féaulté fait au roi que l'archevêque pouvait prendre possession du temporel de l'archevêché (l).

François et Léon X enlevèrent aux Chapitres et à la plupart des monastères le droit d'élire leurs évêques et leurs abbés. — Déjà les papes et les rois avaient porté plus d'une atteinte à cette liberté; on sait de quelles guerres l'élection de Pierre de Lachâtre à l'archevêché de Bourges devint le signal ; ce long drame doit à l'incendie et au massacre de Vitry (llA/i) une trop funeste célébrité. Lorsque Jean de Sully, élu par le Chapitre, eut résigné entre les mains du pape Martin IV, celui-ci nomma à sa place Simon de Beaulieu, que les chanoines paraissent avoir accepté sans résistance. Louis XI et Louis XII surtout imposèrent leurs choix au Chapitre; ce dernier roi humilia ce corps auquel il imposa des élections suivant les variations de sa politique (2), à ce point, qu'on pourrait presque dire que François I^"^ ne fit que régulariser le désordre introduit par ses prédécesseurs. Depuis long-temps le Chapitre se contentait, à chaque violation de son droit, de protester, et ces stériles protestations ne constataient que son impuissance.

§ VIII. Entrée des Archevêques ; — leurs serments ; — leurs obligations envers le Chapitre.

La première entrée des archevêques dans la cathédrale se faisait avec un cérémonial pompeux. Dès la veille , le prélat était reçu, avec toute sa suite et les huit seigneurs qui l'accompagnaient, dans l'abbaye de Saint-Sulpice qui devait les défrayer.

(1) Lettres de Louis XI, aux gens de son parlement, de ses comptes, et aux trésoriers, au bailli de Berry, à ses procureurs et receveurs, 1482. {Arch. du C/iap., liasse 18^.)

(2 II existe aux archives du Cher, Affaires diverses, une correspondance du roi très-curieuse, au sujet des élections archiépiscopales. M. L. Raynal en a publié une grande partie dans VHisloire du Berry, III, 246.

Le jour de la cérémonie , l'archevêque sortait de l'abbaye porté sur un fauteuil par les seigneurs de Mehun, de Saint-Palais, d'Aubigny, deMontfaucon, vicomte de Brosses, de La Chaussée, de Fontenay, de Ghanlelle. Le seigneur de Borniez pouvait remplacer le seigneur de Fonlenay. Le siège était fourni par l'abbaye. Le titre le plus ancien relatif à cet usage est une bulle d'Urbain III, du temps de l'archevêque Henry de Sully, Xir siècle (1).

Plus tard, on voit figurer le seigneur de Linières sur cette hste ; sans doute il remplaça le seigneur de Mehun lorsque cette ville devint royale. C'était à celui-ci que l'archevêque devait donner son anneau en descendant de son trône.

Divers changements dans les relations féodales réduisirent le nombre de huit seigneurs à quatre ; ainsi, lorsque l'archevêque eut acheté à la famille Trousseau le reste de la seigneurie de Saint- Palais, dont il possédait la moitié, il y eut extinction de ce droit.

Lorsque Jean, fds du roi, devint seigneur de Mehun, sans acquitter le droit, il le reconnut.

Lorsqu'au miheu des agitations poh tiques et religieuses les liens féodaux se relâchèrent, les seigneurs, réduits à quatre pour porter l'archevêque, se firent aider par des hommes du peuple. On lit dans le procès-verbal de l'entrée du cardinal-archevêque François de Tournon, en 1527 : His peractis et memorato reverendissimo

(1 ) Videlicet dominus de Magduno el débet habere annulum domini , si sit prœsens, dominus sancti Paladii, dominus Robertus d'Auboigny, dominus de Montefalconis , vicecomes de Brociâ Varenciâ, Guillelmus de La Chaucée, dominus de Chatele et dominus de Fontenaio loco cujus dominus de Borniez débet portare dominum ; sed non tenet aliquid in feodo de domino nec polest facere servitium, quia nihil tenet in dominio. Super hoc advertatur et notandum quod dominus débet jacere in vigiliâ sui adventusad sanctum Sulpitium et débet ipsum procurare dicta abbatia cum omnibus suis sequentibus et portantes gratis, et débet Dominus ipsis portatoribus ministrare expensas die sui adventus tantiimmodo, nec débet eis dominus aliam redeventiam, prœler annulum quem habere débet dominus de Magduno, si pressens intersit, ut prœdicitur, item notandum est quod abbatia Sancti Sulpitii débet facere et prœparare cathedram quâ apportatur archiepiscopus ab abbatiâusquead ecclesiamcalhedralem expertsis ipsius abbaliœ.

in cathedra sihi decenter parata et per harones ac nohiles et alios rohiistos eisdem coadjuvantes elevato.... En 1 581 , Renaud de Beaune fit son entrée sans être porté (1).

Avant de sortir de l'abbaye de Saint-Sulpice, l'archevêque prêtait le serment suivant sur les Évangiles que lui présentaient les délégués du Chapitre :

Ego N., consecratus archiepiscopus Bitiiricensis jiiro super sa crosancta Dei evangelia me observatiinm de cœtero bonâ fide statutim et honorem hujus Bituricensis ecclesiœ malris meœ constitutiones et consuetudines canonicas jura et privilégia ejiisdem ecclesiœ a simmis pontificihus etregihus et quibuscumqiie personis aliisjam concessas {^).

Lorsque les offices, commencés ce jour-là à quatre heures du matin, étaient terminés, on ornait l'autel du plus beau parement pour y déposer toutes les reliques, le bois de la vraie croix et le livre des Évangiles à couverture dorée, sur lequel l'archevêque prêtait son serment. Derrière l'autel on mettait le bénitier et l'aspersoir ; on couvrait de tapis le trône et la stalle archiépiscopale ; on garnissait l'autel, les angelots et la panne; on préparait toutes les chappes nécessaires : la plus belle et la plus ancienne, avec la mitre précieuse de saint Guillaume, était destinée au prélat.

Celle des portes du cloître que son ancienne dorure faisait appeler Porte-Jaune, était fermée dès huit heures du matin.

Le Chapitre étant réuni dans la salle capitulaire, l'archevêque envoyait un de ses ecclésiastiques requérir sa mise en possession, après avoir exhibé toutes les bulles et la lettre-patente du roi pour la main-levée des fruits, l'arrêt de l'enregistrement du serment de fidélité au roi. Le Chapitre en délibérait en secret, puis, le faisant rappeler, lui donnait acte qu'il était prêta recevoir l'archevêque.

Le prélat s'avançait avec son cortège, et en avant de la porte dorée , il trouvait une députation du Chapitre conduite par le chantre, précédée par deux bâtonniers, suivie du secrétaire, qui portait le livre des serments, et de deux notaires apostoliques, tous en robe. Sur la demande de l'archevêque d'être mis en possession, les dé-

(1) Grand cartulaire Saint-Étieime, II, f«s 125, 133, etc,

(2) Cartulaire Saint-Étienne, I, P 47, r», 1265.

putés du Chapitre lui offraient leur assistance, lui demandaient de prêter le serment accoutumé, qu'on lui justifiait avoir été prêté par son prédécesseur. Sur sa réponse affirmative, il entrait dans la maison canoniale la plus proche de la Porte-Dorée, où il prêtait le serment exigé, dont acte était dressé par les notaires apostoliques.

On revêtait alors le prélat d'une mitre et d'une chappe blanches ; deux chanoines le prenaient par les mains ; il s'avançait ainsi, précédé de sa croix et de sa crosse levées; chemin faisant, la chappe était arrachée de dessus ses épaules par le peuple qui s'en disputait les lambeaux. Sur l'ordre des chanoines, la Porte-Dorée s'ouvrait et le cortège entrait dans le cloître.

Le Chapitre entier, avec les vicaires, bachehers, etc., en chappes de soie et d'or brodées de perles et de pierres précieuses, était rangé des deux côtés de la nef; le doyen se tenait sous l'orgue, derrière lui le porte-croix et un des contres, tenant à la main un morceau du bois de la vraie croix. Un tapis et un carreau étaient préparés sur les marches du portail. Le prélat, arrivé au bas des marches, agenouillé, prêtait un nouveau serment dont acte était dressé par les notaires et signé par les assistants ; puis il entrait dans l'église, s'agenouillait encore à la porte, baisait la croix que lui présentait le doyen, aspergeait d'eau bénite le clergé et le peuple, et, revêtu d'une riche chappe et de la mitre de saint Guillaume, recevait le compliment en latin du doyen, y répondait de même, traitant les chanoines de venerahiles fratres. Le doyen entonnait le Te Deum, accompagné par la musique et l'orgue; au son des grosses cloches, tout le cortège entrait dans le chœur, le grand archidiacre portant la crosse. Quand l'archevêque avait fait sa prière au pied de l'autel, le doyen lui faisait de nouveau prêter un serment dont acte était encore dressé.

Après quoi, le doyen et un chanoine prenaient le prélat par les mains, lui faisaient baiser l'autel, le conduisaient à la grande chaire pontificale précédé de la croix et de la crosse ; les deux députés qui l'avaient reçu à la Porte-Dorée prenaient place au banc des archidiacres ; le doyen, debout et tourné du côté de l'Évangile, disait les versets et oraisons de recipiendo processiomUter prelato. Aussitôt tout le chœur s'agenouillait, et l'archevêque, debout, donnait sa bénédiction, puis il était conduit par le doyen et les députés à la stalle

^sodé chanoine la plus proche de l'autel à droite du chœur. Un instant après le doyen déclarait à haute voix que par ces cérémonies l'archevêque prenait la vraie, réelle et actuelle possession de son archevêché, et le menait processionnellement au vestiaire par la porte collatérale gauche du chœur, et de là à la salle capitulaire, où il haranguait le Chapitre et recevait de chacun le baiser ; il signait les actes de sa réceplion et était reconduit par tout le Chapitre jusqu'au vestibule de son palais.

Les serments de l'archevêque l'obligeaient d'acquitter les charges dont ses prédécesseurs avaient été tenus à l'égard du Chapitre ; elles étaient considérables. C'était :

1° 31 livres 7 sols 11 deniers de rentes dus à chaque synode de Pâques ;

2° La fourniture du linge au grand autel, à celui de Saint-Guillaume et de la chapelle au duc, et pour les célébrants diacre et sous-diacre ;

3° La façon des cloches, des battants, l'entretien des cordes et de la graisse pour les cloches, etc., la reliure des livres, la fourniture des cierges (1). (Transaction entre Jean de Rochechouard, archevêque, et le Chapitre, 18 mai 1386 ; — accord consenti par Pierre Aimery, archevêque, 25 octobre 1A04) ;

La fourniture de deux charrettes de foin pour les sièges du chœur. Henry d'Avaugour, archevêque, s'engagea, le 20 octobre lZi24, à fournir, en place de foin, des nattes de paille, sans cependant engager ses successeurs. Cette charge se perpétua et s'étendit. L'archevêque devait fournir des nattes de paille depuis la Toussaint jusqu'à Pâques dans le planiim du chœur et du sanctuaire, sur le marche-pied du grand autel, dans les stalles hautes et basses, aux places des enfants de chœur et dans la sacristie. (Transaction avec M. de Phelippeaux, 1758 ) ;

5° L'entretien, pour les enfants du chœur, d'aubes, amicts, etc., toutes et quantes fois ils en demanderont. (Transaction entre l'archevêque Jean Cœur et le Chapitre, 23 juillet 1456, promulguée et confirmée parle cardinal légat du saint Siège) ; les entretenir de chaussures et d'un barbier pour les raser;

(1) En 1758 les cierges se montaient à deux mille quatre cent dix-neuf livres de cire blanche, et sept cent quatre de cire jaune.

6° Faire réparer les croix, paix et calices et tous les joyaux de l'église toutes les fois qu'il sera nécessaire. (Transaction avec M^'' Jean de Rochechouart, 1386, Jean Cœur, 1463, etc.) ; entretenir deux brodeurs, fournir l'encens, le charbon, le vin pour le saint sacrifice.

Voici, du reste, un état des revenus.et dépenses de l'archevêché de Bourges dressé par ordre de Louis XII en 1507, lorsqu'il fit élire à ce poste éminent son fils naturel, encore étudiant à Toulouse, Michel de Bucy. Le revenu est estimé 8,750 livres tournois :

« Dépense de bouche pour onze ou douze personnes, 100 sols « tournois par jour, monte par an à 1,800 livres tournois ;

« Pour les habillements dudit archevêque, l'entretennement d'une « mule et trois chevaulx et pour achapts de Hvres et autres néces- (( sités, pour ce 1,200 livres tournois;

c( Pour les gaiges du docteur qui hra audit archevêque, 60 hvres « tournois;

« A Guillaume de La Fontaine que le roy a ordonné son maistre « d'hôtel et gouverneur de sa maison pour ses gaiges de lannée (( 200 livres tournois;

Pour les gaiges de six serviteurs comme cuysinier, palefrenier, (( clerc de despanse et autres à chacun 20 livres tournois par an « 120 livres tournois;

« Pour autre affaire comme louage de maison et hnge de table, « 250 livres tournois ;

« Pour le luminaire de l'église de Bourges et autres choses dues (( par l'archevêque à ladite église pour l'année, 600 livres tournois;

« Pour les gaiges et pensions des officiers audit archevêché de M Bourges, 300 livres tournois ;

« Pour les réparations des places dudit archevêché, poursuite des « procès et aulmosnes par l'ordonnance des vicaires pour l'année, « 1 ,000 livres tournois ;

« Item pour les réparations de la ruyne de la tour de l'église, M 3,000 livres tournois;

« Total 8,530 livres tournois (1). »

L'acquittement de tous ces droits donnait li^u à des difficultés sans (1) Lettres du roi datées de Bourges 16 mars 1S07.

cesse renouvelées; la qualité du vin, le nombre des livres de cire, étaient une source intarissable de procès.

Un des plus curieux se termina le lU novembre 1^14 devant le bailli de Saint-Pierre-le-Moutier (1), aux assises de Sancoins; les chanoines avaient enlevé, au ijioyen d'échelles, trente cierges pesant soixante-quinze livres qui garnissaient la panne du chœur, au détriment de l'archevêque, qui se refusa à les faire remplacer, et fit condamner le Chapitre à restitution.

On a vu que ces dépenses s'élevaient, en 1507, à 600 livres par an : M. de Phelippeaux se libéra de toutes ces charges moyennant 4,000 livres de rente annuehe et quatre-vingt-dix livres de cire à prendre sur la terre de La Ferté-Imbault.

Son successeur transigea pour 5,000 livres.

§ IX. Exemption de la juridiction spirituelle de l'Archevêque.

Les exemptions des monastères et des chapitres n'avaient d'abord qu'un but, celui de soustraire aux évêques l'administration du temporel de ces communautés ; mais dès le XI^ siècle elles se multiphèrent et s'étendirent au spirituel. Saint Bernard s éleva avec force contre ces innovations, mais le nombre en augmenta dans les temps de schisme-

L'exemption du Chapitre de Bourges ne date officiellement , qu'on nous permette ce mot, que de la fm du XIV^ siècle ; mais déjà depuis long-temps il méconnaissait l'autorité archiépiscopale : quelques faits le prouveront suffisamment. On a vu dès 903 les chanoines concourir à l'érection d'un nouveau monastère, et l'archevêque figurer modestement dans l'acte comme témoin; en 1109 saint Léodegaire chasse du monastère de Charenton des religieuses impudiques qu'il remplace par des moines ; quelques chanoines de Saint-Étienne expulsent ceux-ci et remettent les nonnes en possession (2). Au XIIP siècle le Chapitre laisse l'archevêque dans une telle pénurie

(1) Il avait été créé juge des exemptions du duché de Berry lors de l'érection du duché pour Jean, en d360.

(2) Cart., archevêché, fol98.

que le pape Grégoire X écrit à tous les ecclésiastiques du diocèse de lui tendre une main secourable, chacun suivant ses facultés ; mais tous, et les chanoines en particulier, restent sourds à la prière du pape, qui se voit obligé, dans une seconde bulle, de prendre le ton de la menace pour se faire obéir (1).

Ruiné par ses démêlés avec le pape Clément V,ÉgidiusColonna ne trouve à vivre qu'en venant au chœur toucher les distributions manuelles comme simple chanoine, sans que le Chapitre soulage autrement sa misère.

L'archevêque avait le droit de convoquer le Chapitre de Saint- Étienne à son synode, mais il le faisait dans une forme telle qu'il semblait traiter avec son égal.

En 136B Pierre d'Estain est contraint de donner une déclaration par-devant deux notaires, portant qu'il visite l'église de Bourges auctoritate apostoUcâ, et non suâ ordinariâ.

On le voit, de là à l'exemption complète, légale, il n'y avait qu'un pas. Cette sanction, le Chapitre l'obtint du pape Clément VIII, par la puissante intercession du duc Jean de Berry. Par deux actes de son autorité, le second du 6 des kalendes d'avril 1393, il enlevait complètement à la juridiction archiépiscopale et soumettait directement à Rome le doyen, le Chapitre et les chanoines en particulier, les dignités et personnats, les offices et bénéfices, vicaires, choristes, enfants de chœur, serviteurs et habitués, les paroisses à la collation du Chapitre, le cloître, les maisons canoniales , même en dehors du cloître. Depuis lors tous les actes du Chapitre sont intitulés : Decanus et capitulum ecclesiœ Bituricensis ad ecclesiam Romanam nullo medio pertiiientis . . . . et tout devient occasion de querelles entre l'archevêque et le Chapitre.

En 1A03, Pierre Aimery entre dans l'église précédé d'un de ses officiers porteur d'une baguette blanche : des chanoines s'élancent au-devant de lui, et deux notaires dressent un acte par lequel l'archevêque reconnaît qu'il n'a pas entendu porter préjudice aux privilèges et exemptions de l'église (2).

(1) Cart., archevêché, H, r», 2e col.

(2) L'original est au chartrier actuel du Chapitre.

Le 21 décembre 1454, Jean Cœur, archevêque, revêtu de ses habits pontificaux, se présente à la cathédrale pour donner l'ordination ; il trouve le grand autel dégarni des vases sacrés ; il les demande, les contres lui répondent que le Chapitre leur a défendu de s'en dessaisir. Il les envoie chercher à l'église Notre-Dame-de- Salles, et aussitôt les bacheliers et autres du bas-chœur commencent à chanter l'office et un chanoine se met à dire la messe sur l'autel de Saint-Philippe.

Une bulle ne tarda pas à venger l'archevêque ; elle lui fut accordée par le pape Galixte III, le 3 des kalendes de septembre 1455, et fulminée à Gannat le 21 juin 1456, par Alain, cardinal de Sainte- Praxède, légat. Elle menaçait d'excommunication quiconque empêcherait Jean et ses successeurs de donner les ordres, de faire célébrer des messes et prêcher, de convoquer le clergé et le peuple ad divina, tant en l'église de Bourges qu'autres de la ville et du diocèse.

Le 23 février 1483, Charles VIII écrit à l'archevêque de faire célébrer dans toutes les églises de fondation royale un service solennel pour le salut de l'âme de Charlotte, reine de France, sa mère, qui vient de mourir (1) . Le 4 mars l'archevêque se rend au chœur pour

(1) De par le Roy,

Notre ame et féal yous avez sceu le trespas de notre très chère dame et mere que Dieu pardonne aprez lequel les gens d'esglise de votre diocèse tant des esglises séculières que régulières qui sont de fondacion royale sont tenuz de faire un service solempnel ainsy qu'il est de bonne coustume pour le salut des ames des roynes de France quand elles décèdent et pour ce que notre dicte dame et mere a bien mérité que prières soient faictes pour son salut vous prions et neantmoins mandons très expressément que vous faictes savoir aux gens d'esglise de votre diocèse qu'ils fassent prière pour Tame d'elle et commandez ou faictes commander de par nous à ceulx qui sont de fondacion royale qu'ils ne fassent faulte ou aucun defifault de faire chacuns en droit soy led. service solempnel. — Dieu soit garde de vous. — Donné aux Montilz les Tours le 23e jour de février.

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