‹ Histoire du chapitre de Saint-Étienne de Bourges;Chapitre 3 sur 8 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

A très révérend pere en Dieu notre ame et féal conseiller l'archevesque de Bourges ou a ses vicaires en son absence.

Bure.

y célébrer ce service et trouve le chanoine de semaine déjà à l'autel, qui refuse de lui céder la place ; il réclame, le chanoine lui dénie le droit d'officier : le chancelier et le reste du Chapitre « se mettent à (( tabouller de leurs sièges et à faire grand bruit, >> et le prélat n'a plus qu'à se retirer et à faire dresser acte par deux notaires de ce qui vient de se passer.

Jacques Le Roy, promu à l'archevêché en 1532, fut un des plus constants adversaires du Chapitre. Il plaida contre lui au sujet de la forêt de Saint-Palais, des droits de visite et de sceau, des collations de bénéfice, et poussa l'ardeur de la lutte jusqu'à condamner et envoyer des chanoines aux galères.

Il s'adressa, mais inutilement , au parlement, pour obtenir l'abolition de l'exemption de l'ordinaire, et le Chapitre ne lui résista qu'avec plus d'opiniâtreté. Ainsi, en 15/iO, le roi ordonne de faire des processions pour la prospérité du royaume ; l'archevêque communique sa lettre au Chapitre qui se hâte d'y obéir, et lorsque le prélat arrive tout était fini ; il est obligé de recommencer, précédé de quelques prêtres seulement.

Plus tard, lorsqu'un prédicateur en renom, appelé par l'archevêque Jacques Le Roy monta en chaire, les chanoines firent sonner les grosses cloches, jouer les orgues, toucher les gros tuyaux, et faire un service extraordinaire à haute voix, de telle sorte que le prédicateur fut contraint de « yssir du suggeste sans pouvoir para- « chever sa prédication. » Un autre ayant tenté de se faire entendre, les chanoines firent amonceler du bois des constructions qui se terminaient, pour empêcher le peuple d'approcher ; cet obstacle n'ayant pas arrêté le zèle des auditeurs, les chanoines firent venir les charpentiers et manœuvres encore nombreux dans la tour et les parties de l'église nouvellement construites, et leur firent faire un si grand bruit à coups de cognées et de marteaux dans la nef même, que force fut au prédicateur de se retirer, et le peuple s'en alla en murmurant. L'archevêque vint demander au maître-d' œuvre de faire retirer ses ouvriers une demi-heure, mais celui-ci répondit avec injures qu'il n'avait point d'ordres à recevoir de lui, et que le Chapitre était exempt de sa juridiction temporelle et spirituelle. Il fallut un arrêt du parlement (1562, 31 juin) pour interdire au Chapitre le retour de ces scènes scandaleuses et conserver à l'archevêque le

droit de faire prêcher dans la cathédrale quand bon lui semblait, droit que lui donnait la bulle de Galixte III, et que lui consacrait un arrêt des Grands-Jours de Mouhns de 15/iO.

Il en fut de même pour le maintenir dans le droit de convoquer à son synode les membres ou suppôts du Ghapitre qui possédaient des églises paroissiales dans le diocèse et relevant de l'ordinaire. L'exemption prétendue aurait eu pour effet de soustraire ces curés à toute juridiction ecclésiastique ou laïque en tant que curés.

Le 1^^ mars 1555, Jacques Le Roy écrit au Ghapitre que ne pouvant faire le saint chrême par suite d'infirmités, il le prie de permettre à un de ses suffragants d'officier en longue barbe {demissâ harhâ), sans entendre en rienpréjudicier aux statuts du Ghapitre, ce dont il donne acte revêtu de son sceau (les statuts du Ghapitre ordonnaient d'avoir la barbe rasée pour entrer dans le chœur).

Plus d'un autre procès avec les archevêques vint donner au peuple du diocèse le spectacle scandaleux de ces divisions, et dans la crainte sans doute que le souvenir ne s'en perdit, le Ghapitre fit ou laissa imprimer un recueil de factums écrits contre quelques prélats qui se trouvent mêlés avec ses titres d'exemptions sous ce titre : Les libertés, immunités et exemptions de V Eglise patriarchale, ,pnmatiale et métropolitaine de Bourges, avec les arrêts obtenus par les doyen, chanoines et Chapitre de ladite église ès années 1542 et 1618, et statuts d'icelle église, ensemble les règlements concernant les droits de sceau et collation des archevesques et evesques (1).

Quelquefois cependant le Ghapitre venait en aide aux archevêques pour la défense de leurs droits quand il était intéressé à leur conservation ; il en fut ainsi dans la lutte qu'ils soutinrent contre l'archevêque de Bordeaux au sujet de la primatie. En 11x69, Jean Cœur s'était vu arracher violemment sa croix pastorale par les gens de l'abbaye de Déols, qui prétendaient qu'elle leur était due. Jean, entouré d'une foule armée et furieuse, avait dû subir cet outrage. De retour à Bourges, il vint au Ghapitre se plaindre, elles chanoines lui promirent aide et secours contre le monastère de Déols.,

Le lundi 23 mai 1513, les officiers de l'archevêché rapportèrent

(1) A Paris, chez Jacquin, rue des Massons, proche Sorbonne, 1618, avec privilège du Roy. Petit in-12 de VIII et 192 pages.

au Chapitre que peu de jours avant, le prévôt des maréchaux était entré par force dans la maison de l'archevêque, en avait enlevé les prisonniers prêtres, clers et autres, au nombre de neuf, pour les conduire « dans les galères sur la mer. » Le Chapitre protesta avec énergie contre cette violation du droit de justice de l'archevêque (1).

§ X. Droits du Chapitre ; — le Siège vacant.

Aussitôt le siège devenu vacant, le Chapitre nommait tous les officiers de l'archevêché pour toute la durée de cette vacance ; à savoir : le greffier et secrétaire, les officiaux de la primatie, les auditeurs, le scelleur, les vicaires généraux, les promoteurs fiscaux, le geôlier, le bailli du temporel, le promoteur des causes testamentaires, trois officiers du tribunal, le garde de la maison archiépiscopale, celui des forêts et château de Saint-Palais, celui de Turly, celui de Cormusse, le procureur des causes de l'archevêché devant les tribunaux sécuHers.

Le Chapitre exerçait la juridiction archiépiscopale, tant spirituelle que temporelle, dans toute sa plénitude ; faisait mettre en sa main comme en celle de justice tous les biens du prélat décédé, commettait des commissaires à leur garde et en faisait faire inventaire depuis qu'on avait aboli la coutume barbare de les mettre au pillage, coutume usitée dans d'autres diocèses que celui de Bourges, et entre autres à Chartres, car on connaît les lettres de Philippe (1105)par lesquelles ce roi confirme une charte d'Étienne, comte de Chartres, et défend en conséquence à toute personne de s'emparer des biens-meubles desévêques de Chartres décédés, et de détruire leurs maisons pour en prendre les matériaux (2).

Le Chapitre percevait tous les revenus de tout genre de l'archevêché tant que durait la vacance.

Il faisait faire les visites, donner les tonsures et les ordres, etc., par un des évêques suffragants qu'il désignait, et auquel était dû un repas lorsqu'il officiait le jeudi saint. « Il ne sera fait aucun repas c< le jeudi dans la Cène à l'evesque de Vabres et à ses assistants

(1) Registres capitulaires, 1513; — 28 novembre 4319.

(2) Ord, des rois de France, I. 2 ; ~ Spic. de dom Luc d'Achéry, 13-296.

« pour faire le saint chresme à cause de la peste ; il sera donné à « l'evesque 20 sous et à chacun des assistants 2 sous 6 deniers (1). »

Vers 1274, le pape Grégoire X adresse une bulle aux doyen et Chapitre de Bourges pour leur expliquer dans quelles circonstances Raymond de Ghaumont a été élu à l'évêché de Rodez et les engager à confirmer son élection comme métropolitains (2) .

En 1232, le Chapitre avait décidé, au moment d'élire un archevêque, qu'à l'expiration de la vacance du siège il ne rendrait pas au nouveau prélat la cire par lui reçue.

§ XI. Réunions capitulaires ; — Synodes; — Sceau.

De temps immémorial, les chanoines se réunissaient en chapitre pour délibérer des affaires de la communauté. On devait tenir chapitre les lundi et vendredi de chaque semaine, depuis Pâques jusqu'à la Saint-Michel, immédiatement après matines, et depuis la Saint- Michel jusqu'à Pâques, incontinent après l'arrêt de la sonnerie de prime; chacun des chanoines présents recevait 2 sous 6 deniers tournois. Ces chapitres étaient suspendus les jours de fêtes de chantre et de sous-chantre (en ce cas ils étaient renvoyés au mercredi), pendant les octaves de la Pentecôte et de Noël, et depuis le mercredi saint jusqu'au dimanche de Quasimodo.

Il y avait quatre chapitres généraux : le premier le lendemain de Saint-Guillaume, le second après Reminiscere, le troisième le 2 mai, et le quatrième le lendemain de Saint-Etienne d'août; après ce dernier on chantait un office des morts pour les confrères et les bienfaiteurs de l'église ; on donnait à chaque chanoine un méreau de 5 sous.

Tout chanoine qui assistait au Chapitre de Saint-Guillaume gagnait un mois de vacances, tel qu'il voulait le choisir, de suite ou interrompu, par semaine ou par jour. Les fêtes de chantre et de souschantre et les jours de chapitre général ne pouvaient être compris dans ces vacances (statuts de ibik).

Plus tard ce règlement fut renouvelé, et on y ajouta des règles pour le maintien de l'ordre dans les délibérations. Tous les vicaires,

(1) Acte cap. du 12 avril d524.

(2) Lyon, X kal. nov., troisième année de son pontificat.

habitués, bacheliers, étaient tenus d'assister au chapitre général , sous peine d'amende.

Les actes de ces réunions étaient écrits sur des registres dont nous possédons encore une volumineuse collection de 1^96 à 1791 . Le 11 septembre 1567, on substitue au latin, jusque-là en usage, la langue vulgaire, sauf pour les présentations, élections, collations et réceptions ; les noms des assistants sont inscrits en tête de chaque séance ; ils s'élevaient rarement à plus de dix pour les chapitres ordinaires.

Les réunions, dans l'origine, avaient lieu dans ce qu'on appelait le vestihulum ou revestiaire, ou devant l'autel Saint-Martial, dans la nef ; plus tard elles se tinrent dans la salle capitulaire, construite à côté du porche du nord.

On était très-rigoureux dans l'application du règlement qui prescrivait d'assister aux chapitres généraux ; aussi ne sera-t-on pas étonné de voir un chanoine demander l'intervention du roi pour faire excuser son absence. C'est ce que fit Jacques de Cambray, le 27 octobre 1556 (1).

(1) De par le Roy,

Chers et bien amez estant nostre amé et féal conseiller et aulmosnier ordinaire Me Jacques de Cambray chancelier et chanoyne de vostre esglise puys trois mois en ça retourné d'un voyage ou l'avions cy devant envoyé, nous l'avons jusques icy retenu pour rendre compte de sa négociation et pour aultres choses touchans et concernans nostre service. A moyen de quoy ne pouvant aller par-delà pour desservir en personne sa dite chanoynie et se trouver avecque vous le jour de sainct Guillaume auquel les gros fruicts des chanoynies et prébendes de vostre esglise se gaignent nous avons bienvoulu vous en advertir, vous priant et neangmoins mandant que tout ainsy que l'avez excusé du service qu'il doict en vostre esglise pendant sa dicte absence vous veuillez aussy à présent qu'il est par-deça pour nostre dict service luy donner les fruicts de la dicte chanoynie gaignés et le traiter en cest endroict ainsy que le mérite la recommandation en laquelle nous l'avons et les services qu'il nous a faicts et faict encore ordinairement auprès de nous. Si n'y faictes faulte, car tel est nostre plaisir. Donné à Sainct-Germain-en-Laye le XXVIle jour de décembre io56.

Signé : Henry de l'Aubespine.

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