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Le Chapitre était collateur de piano jure des cures de Bengy, Beaulieu, Sury-en-Vaux, Chéry, Santranges, Bué. Il convoquait les curés en synodes deux fois par an, vers le mois de mai et d'octobre, sous la présidence du doyen, qui prononçait une amende contre les défaillants ; il était assisté de l'official et du promoteur de l'église. Dans ces réunions on traitait toutes les affaires des fabriques et de l'administration religieuse des paroisses; aussi le 20 avril 1679, (< sur ce que le curé de Santranges avait représenté que la damoi- « selle d'Orléans, mère, et ses deux fdles n'ont fait leur devoir
pascal et causent beaucoup de scandale en la paroisse, il fut or- « donné que monition serait faite aux dites damoiselles de satisfaire « à leur devoir pascal et se mettre au devoir nécessaire ; à ces fins (( est enjoint audit curé de faire les dites monitions pour, le tout (.( fait rapporté devant nous et communiqué au promoteur , être « par nous ordonné ce qu'il appartiendra. »
Les curés, peu exacts à ces synodes, s'y trouvaient rarement plus de deux ou trois, quelquefois il n'en venait aucun (20 octobre 1689 , malgré les avertissements réitérés du Chapitre. Il n'existe plus que fort peu des registres synodaux; ils sont du XVIP siècle.
A chaque synode il était fait un sermon par les soins du Chapitre ; en 1577 il est payé U livres à un régent du collège Chevalier pour avoir prêché.
Le sceau du Chapitre est de forme ovale, en cire jaune ou rouge ; il porte en lettres romaines la légende : Sigillim sancti Siephani Bit. , et représente saint Léocade assis et nimbé, tenant une fleur dans sa main; en 1575, le Chapitre ordonna de refaire le sceau et d'y (( engraver Leocadius ainsy qu'il estoit anciennement (1) . 5) La gravure fut faite parM« Jacques A ugier, orfèvre, qui reçut 15 liv. 7 s., et il avait fourni une partie du métal. Le petit sceau, en amande, représentait l'image de saint Etienne debout, un livre entre les mains. Il fut regravé, en 1578, par Jacques Augier, qui reçut A liv. 17 s. (2). Les deux sceaux étaient en argent.
(1) Act. cap., Il janvier.
(2) Compte de l'œuvre.
§'X1I. Offices divins ; — Fêtes ; — Cérémonies ; — Fête-Dieu ; — Prédicateurs ; — Processions.
Il ne peut entrer dans le plan de cet ouvrage de donner le détail de tous les offices qui se célébraient dans la cathédrale de Bourges, avec une pompe et un éclat dont on ne peut avoir une idée aujourd'hui que le clergé nombreux, les riches ornements, les vases précieux ont disparu.
Ces offices ont été l'objet de règlements multipliés, dont le plus ancien connu est de 1189 : De ordinatione servitii Bituricensis ecclesie (1). Vingt-cinq ans après, il en fut fait un plus solennel, en 1214, par les évêques d'Orléans et d'Auxerre, en vertu d'un mandat apostolique ; il y est prescrit aux chanoines et vicaires d'avoir toujours capas îisqiie adterram, et nonquam sine siippelletio sint in ecclesia, si capam hahierint apertam non potenint esse sine rochetis vel svppellitiis.
Il était interdit de chanter des offices autour du chœur pendant les heures ; il y est fait défense aux chanoines de rire au chœur, de parler à leurs voisins; en 1319, Renaud, archevêque, reçut pouvoir du Chapitre de réformer le service ; il prescrivit de se faire raser avant les vêpres de toutes les fêtes. En 1552, le Chapitre délègue deux chanoines pour voir la dispense que le doyen avait de porter la barbe longue pendant les offices, et leur ordonne de ne pas l'en empêcher s'il apparaît qu'il y ait droit. On a vu Jacques Le Roy, se faisant suppléer par un de ses suffragants pour faire le saint chrême, demander pour cet évêque la permission d'officier avec une longue barbe, et donner une reconnaissance revêtue de son sceau, que par là il n'entendait en rien préjudicier aux statuts du Chapitre. Par un acte de 1697, imprimé et affiché, tous les ecclésiastiques attachés à Saint-Etienne ou aux cures en dépendant sont rappelés à l'observation des règlements sur la tonsure et le port de la soutane.
On a vu aussi le Chapitre prier l'archevêque d'empêcher les cha-
(1) Cart. Vermeil, fo 129.
lîoines des autres collégiales de vagabonder dans l'église pendant l'office et prendre des mesures contre l'importunité des mendiants.
Le besoin de répression contre les promeneurs était général , au point que le cahier de Champagne, aux Etats-Généraux de 161Zi, demande « que les ordonnances cy devant faites contre les prome- « neurs ès éghses soient gardées et observées, et que les juges soient (( responsables s'ils ne les répriment pas. « En 1527, un statut interdit aux femmes d'entrer dans le chœur et de venir s'asseoir sur les marches du grand autel pendant la messe.
Au chœur était attaché, devant l'archidiacre, un bréviaire et un légendaire ; sur les pupitres, des graduels et les autres livres nécessaires. Comme les offices commençaient quelquefois à quatre heures et ordinairement à cinq du matin, et dans toutes les saisons, on entretenait un brasier ardent sur un charriot de fer ; des lumières étaient nécessaires, mais les dignitaires seuls pouvaient en avoir de découvertes. Au Chapitre général du 11 janvier 1427, il est fait défense de tahouler au chœur pour avoir de la chandelle, et ordonné d'en demander aux contres, sans bruit. Lorsqu'en 1741 on prit le nouveau bréviaire, la finesse du caractère fit permettre à ceux des hautes stalles d'avoir des absconces, mais sans préjudice du droit des dignitaires.
Le cérémonial de Saint-Etienne a été imprimé, à la page 159 du petit volume publié en 1618, sous le titre de : Les libertés, immunités et exemptions de l'église patriarcale, primatiale et métropolitaine de Bourges, etc. : « Ce sont les statuts et ordonnances des vénérables « doyens, chanoines et Chapitre de l'église de Bourges, pour la cé- « lébration des divers services faits et publiés au Chapitre général (( de M. S. Guillaume le 11^ jour de janvier 1527. »
Cet ouvrage a été réimprimé bien plus complet en 1660, sous ce titre : Règlement pour le chœur et l'orgue de Véglise cathédrale, patriarcale, primatiale et métropolitaine de Bourges (1).
Surl'exemplaire que j'ai sous les yeux, qui était déposé aux archives du Chapitre, aujourd'hui celles de la préfecture , la date est corrigée
(1) A Bourges, chez Jean Toubeau, marchand imprimeur libraire, au nom de Jésus, in-4o, MDCLVIl.
à la main et porte MDCLXVI; il contient 29 pages. Le règlement est du 13 août 1666, pris en chapitre général, sur la proposition du chantre. — En 1700, le cardinal de Gesvres fit imprimer le Cérémonial de Bourges, chez François Toubeau, un vol. in-12 , de XXVI et/-i27 pages.
Les usages et statuts de la cathédrale y sont présentés comme la règle à suivré par toutes les églises du diocèse. L'hebdomadier était le chanoine de semaine pour dire la messe canoniale et faire tous les autres offices ; le sous-hebdomadier était celui dont la semaine venait de finir. Chaque semaine, le samedi, on proclamait au chœur le nom de l'hebdomadier qui devait prendre le service le lendemain, de ceux qui devaient lire les évangiles et les épîtres;les absents devaient se faire remplacer.
Lorsqu'en 1187, Urbain III avait porté à^O le nombre des prébendes de la cathédrale , il en avait réservé une pour l'église de Saint-Ursin, et un des chanoines de cette collégiale devait, à son tour, venir faire sa semaine. Sa part aux distributions nouvelles était fixée par divers règlements, ainsi que les questions de préséance qui s'étaient présentées avec le temps.
Le jour de la fête de saint Sulpice, l'hebdomadier de Saint-Etienne se rendait à l'abbaye de ce nom pour y célébrer l'office et y prenait un repas , droit que le Chapitre crut assez important pour le faire consacrer par une bulle du pape , quand l'abbé voulut cesser d'exercer cette 'hospitalité envers le chanoine et ceux qui l'avaient assisté à cette messe, dans sa propre chambre, comme c'était l'usage.
Les choristes étaient entretenus en grand nombre ; il y avait, en outre, un fonds pour payer la passade aux musiciens étrangers qui venaient chanter aux offices, et souvent le Chapitre envoyait chercher les voix dont il avait besoin. (En 1555, payé à Richard Granet, choriste, 60 liv. pour sa dépense d'avoir été à Tours quérir une basse-contre, etc.)
Fête-Dieu. — Aucune fête n'était célébrée à Saint-Etienne avec plus d'éclat que la Fête-Dieu; le Chapitre et le corps de ville y assistaient en pompeux cérémonial : le maire , les échevins en robes consulaires de velours, de damas ou de drap , mi-partie rouges et.
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vertes (1); les trente-deux conseillers de ville, l'avocat, le procureur, le secrétaire, le receveur de la ville, se rendaient à Saint- Etienne précédés par des violons, faisant porter autour d'eux vingtquatre torches aux armes du roi, du duc ou du gouverneur, de l'archevêque, de la ville , du maire , des échevins , etc. En sortant de l'éghse, les quatre échevins prenaient les coins du dais , le maire suivait avec ses officiers et ceux de la mihce. Tout autour du cortège , des sergents tenaient des chaînes tendues pour contenir la foule, et d'autres, en grand nombre, frappaient les plus importuns récalcitrants avec des houloises en euh" remplies de bourre, peintes en azur avec des fleurs de lis d'or. Tous les assistants avaient sur la tête des chappeaulx de violettes et d'œuillets : la corporation des tisserands prenait part à la cérémonie et y faisait représenter les douze apôtres et d'autres personnages vêtus de chapes rouges et vertes. C'est en 1736 seulement qu'ils cessèrent d'y figurer ; depuis longtemps la ville avait cessé de leur donner un secours de quelques écus d'or pour payer les frais. Cette même année, l'archevêque pria le maire de ne plus faire précéder le dais par les violons.
Après la procession, MM. de la ville d'un côté, et les sergents du leur, faisaient un grand repas ; puis les premiers allaient visiter l'Hôtel-Dieu, et, suivant un usage observé de toute ancienneté , ils délivraient à chacun des malades ou serviteurs 10 d. tournois au nom de la ville. Lorsque l'hôtel de Jacques Cœur fut devenu l'hôtel de ville, on adopta la singulière coutume de faire placer des couleuvrines ou petits canons de la ville au haut de la principale tour, sur l'élé-
(1) Au compte de la ville de î5H oolit : 198 liv. 12 s. 6 d. ainsi qu'il suit : 42 liv. pour l'acbapt de douze aulnes de damas, six de rouge et six de vert pour la robbe de M. le maire de la ville, à 70 s. tournois pour l'aulne ; 190 liv. 2 s. pour neuf aulnes d'écarlate de Rouen, pour faire les robbes de MM. les eschevins, à 7 liv. 1 s. l'aulne ; plus neuf aulnes de fin vert, au prix de 77 s. 6 d. l'aulne , etc. ; plus 18 liv. pour l'argent et broderie d'orfèvrerie mise en la manche du clerc de la ville , où il y a trois moutons et ung escripteau; à François Jamot, cousturier , pour la façon des robbes ci-dessus qui ont été portées à la procession de la Feste-Dieu , 6 sols.
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gante galerie qui la couronne extérieurement, et Ton tirait des salves au moment où le Saint-Sacrement passait sur la place Berry. La manœuvre de ces pièces, l'ébranlement produit par l'explosion détruisirent plusieurs ornements sculptés, et, en 1773, un fragment faillit, en tombant, écraser les personnes qui étaient au bas de la tour. L'année suivante, le maire fit décider, par le conseil de ville, qu'on renoncerait à cet usage.
Le chanoine qui officiait et portait le Saint-Sacrement à la Fête- Dieu payait un droit considérable aux divers serviteurs et gens du bas-chœur. C'était, au XVII^ siècle , à la musique , 6U liv. , aux petits diacres et sous-diacres, 6 liv. , autant aux deux coutres et aux bâtonniers, 3 liv. aux sacristains et aux porte-baguettes , 4 Hv. 10 s. pour la sonnerie. — Ce droit devint encore plus onéreux dans la suite.
Malgré cette charge, c'était un honneur assez disputé. — Le 18 juin 1590, le Chapitre arrêta que dorénavant chacun ferait l'office de ce jour à son tour d'ancienneté (1),
Ce fut là l'occasion d'un de ces conflits dont le peuple de Bourges était souvent le témoin. En 1661, M. Gassot, nouvellement élu chanoine , était en tour de porter le Saint-Sacrement. Dans une visite qu'il fit à l'archevêque, M. de Bois-Vantadour, celui-ci lui annonça qu'il était dans l'intention de le porter lui-même. M. Gassot, inquiet, va consulter le Chapitre, qui députe deux de ses membres au prélat pour lui remontrer l'intérêt, tant du Chapitre que du chanoine qui se trouverait privé de son droit et du plus grand honneur qu'il pût espérer en sa vie, si l'ordre de l'église était interrompu ; ils le prient instamment de ne pas s'opposer à cette coutume qu'ont respectée ses prédécesseurs. L'archevêque refuse d'obtempérer à ces prières ; le Chapitre se rend en corps auprès de lui pour faire de nouvelles instances et obtient la promesse de laisser officier M. Gassot ; mais le prélat déclare qu'il assistera à l'office pontificalement, en sa chaire archiépiscopale, avec tous ses officiers, et suivra de même la procession. Après lui avoir rappelé que ses prédécesseurs n'y ont jamais assisté qu'en officiants ou en chanoines, le Cha-
(1) Rég. cap. , 1587-1591, p. 3-25, r".
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pitre se retire dans la sacristie pour délibérer ; l'archevêque survient , ce qui les force à se retirer pour éviter le scandale ; ils remettent leur réunion au lendemain.
Dès qu'ils y sont, deux notaires leur apportent un acte de l'archevêque qui leur enjoint de l'assister dans l'office qu'il va célébrer. Le Chapitre envoie des députés qui trouvent le prélat au lit et reviennent avec des paroles d'accommodement , l'archevêque se résignant à n'être vêtu pontificalement que pour suivre la procession.
Cependant le temps se passait en pourparlers ; le peuple s'inquiétait ; les différents corps faisaient entendre leurs plaintes ; le chantre fait commencer la messe par M. Gassot ; sur ce, M. Fortiat, intendant de la généralité, va prévenir l'archevêque en ces termes : « Monsieur, vous êtes berné, la messe est commencée. » Le prélat se revêt immédiatement, arrive à grands pas dans l'église, suivi de ses officiers et de ses laquais, dont un portait la crosse , et il met la main sur M. Gassot, qui avait déjà dit l'épître et la prose, lui criant : « Vous entreprenez sur mon autorité , vous n'achèverez « pas ; qu'on m'apporte des ornements. » Alors intervient le doyen, qui dit à M. Gassot de céder à la violence : tout cela en présence d'une foule innombrable et des murmures des divers corps.
La première messe d'un nouvel archevêque était toujours une cérémonie imposante et qui attirait à Saint-Etienne une foule considérable de fidèles. En 1510, le maire et les échevins firent prier l'archevêque de l'ajourner , dans la crainte que la peste qui régnait à Bourges n'exerçât de trop grands ravages, par suite de l'agglomération de peuple que cette fête devait occasionner; le prélat en fit dresser acte par des notaires et se plaignit , ce qui força le procureur général à aller à Blois pour prier le roi d'intervenir et de donner ordre de faire retarder cette messe jusqu'à la Toussaint.
Ce jour-là, et toutes les fois que l'archevêque officiait, il devait donner un dîner à ses assistants (1). La bénédiction solennelle de l'archevêque, le dimanche après la fête de saint Barthélemi, attirait encore à Saint-Etienne une foule immense. Il existe un actedesaint
(1) Acte de i517.
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Guillaume, adressé à tous les archiprêtres et chapelains du diocèse pour leur annoncer que cette bénédiction va avoir lieu suivant l'antique usage de l'église de Bourges; il leur enjoint d'avertir leurs paroissiens de visiter cette église, leur mère, pour gagner les pardons accordés par le pape et par lui.
Prédicateurs. — Chaque année, le Chapitre désignait un prédicateur pour le carême et le payait. Dans l'origine, il lui donnait le pain et le vin chaque fois qu'il prêchait dans l'église ou dans le cloî tre ; souvent aussi la ville lui donnait une gratification. J'ai trouvé dans le compte de son receveur, en 1520 : « A rehgieuse personne (( frère Pierre Petit , docteur en théologie, des Frères mineurs de « l'Observance, la somme de 10 liv. , laquelle MM. les maire et es- (( chevins de la ville lui ont donnée et aulmosnée pour luy avoir un « habist et des livres de théologie, pour considération et recognois- « sance d'avoir presché en l'esglise de mons. Saint-Etienne tout le « long de la caresme dernièrement passée , monstré et enseigné (( au peuple qui s'est monstré à ses sermons la saine doctrine de (( Dieu. »
Marguerite de Navarre, duchesse de Berry , s'occupait beaucoup du choix du prédicateur. Les archives du Cher possèdent les deux lettres suivantes d'elle à ce sujet :
Lettres de la duchesse Marguerite.
c( Messieurs j'ay esté aduertye parce que m'ont escript mons^' le « g^i de Beaulneetlieut* Bigot comment vous avez pour aggreablele « prescheur que ay in tension vous envoyer; de quoi je suis très aise, « espérant que sa doctrine et prédication ne seront pas de là de peu « de fruits. Sur cette confiance , aussi pour départir quelques aul- « mosnes que mons^ d'Alençon a en voulonté de faire au pays, il (( ira bientoust vous voir et pour ce que par luy vous ferez scavoir « le surplus finiray ma lettre, priant Dieu mess^^ vous tenir en <k sainte garde. A Bloys leVIII^ jour de novembre.
(( La toute votre
« Marguerite (1). »
(1) Arch. du Ch. , fonds Saint-Etienne , afif. div. , ile liasse.
c< Monsieur Michel mon aulmosnier ord''^ s'en retourne prés^ par « de là p"" annoncer la parole de N. S. durant le saint Kareme, le- « quel, pendant qu'il a este en ce lieu, m'a faict très bon récit etes- « time de l'ordre et honnesteté requise que tenez au saint service « divin, qui ne tourne à merveilleux plaisir et contantement de vous M tous et vs prie, aultantque faire puis, y vouloir continuer de bien « en mieux, ensemble d'avoir la doctrine évangelique en singulière « recommandation, selon le bon zelle que Dieu vs en peult donner « et la bonne opinion qui de ce m'est permis et licite en avoir, et a « tant remettant à vous dire plus de mes nouvelles sur la créance « de mon aulmousnier, prierai Dieu mess'^^ vous tenir en sainte « garde. A Bloys, ce XXIX^jour de janvier.
« La bien votre
« Marguerite.
Brodeau. »
Processions. — Souvent le Chapitre allait en procession dans d'autres églises. Le jour de la Purification, c'était à Notre-Damede-la-Fourchault, et l'archevêque devait donner à chaque chanoine un cierge d'une demi-livre, un cierge d'un quart à chaque vicaire bachelier ; c'était à l'église de Sainte-Croix, le jour de l'Invention de la Croix ; à la collégiale de Saint-Ursin, on distribuait des tourteaux de cerises à tous les gens du bas-chœur de Saint-Etienne, le jour de la Trinité ; des roses, le jour de saint Lrsin; des poires, le jour de saint Symphorien.
Le jour des Cendres , tous les membres du Chapitre et officiers présents recevaient des crêpes et des saumons.
Henry de Sully, archevêque , avait institué la fête de l'Annonciation comme fête de sous-chantre , du consentement du Chapitre, en 1193 (1).
§ XIII. Fêtes des fous , des Innocents , des Rois ; — Solennités politiques.
Le Chapitre de Saint-Etienne avait, comme tant d'autres, les fêtes des Fous, des Innocents , des Rois , etc. Le plus ancien document
(1) Cartulaire de l'archevêché, fo 218.
que nous ayons à ce sujet est de 1390; c'est la signification faite au prieur et aux chanoines de l'église de Saint-Ursin , avec la permission du sénéchal de Berry , de lettres du 20 octobre 1390, qui confirment le Chapitre de Saint-Etienne « dans le droit de faire (( élire et ordonner, chacun an, en la dite grande église, comme « matrice cathédrale, métropolitaine et mère éghse de Bourges , la « veille de la Saint-Martin d'hiver, après vêpres, par représentation « et figure d'un archevêque, l'un des enfants du chœur de ladite (L église de Bourges; d'amener ou faire amener leur dit archevêque « solemnellement, avec la croix, en procession en la dite église de « Saint-Ursin , qui est le jour après Noël et 29« jour du mois de « décembre. Item, que ledit prieur et Chapitre soient tenus et doi- (( vent faire parer et orner d'un drap de soye, bien ethonnestement, « le premier siège du chœur en ladicte église, du côté dextre en alv( lant au dict chœur, pour recevoir et faire asseoir illec le dit arche- (( vesque. Item , que le dit archevesque doit commencer vespres en c( ladite église et puis continuer en haut chant et chanter une an- « tienne qui se commence Innocentes, et puis dire l'oraison des dites « vespres, à laquelle oraison dire les dits honorables prieur et Cha- (( pitre de Saint-Ursin avec révérence, sont tenus d'apporter ou faire « apporter au dit enfant archevesque le livre pour dire la dite oraison « et ung cierge ou gros tortisseau de cire allumée au dit livre pour (( y veoir, pour le dit enfant archevesque dire la dite oraison et « faire plusieurs autres mystères et cérémonies à l'usage de Saintce Ursin. »
Le jour de l'Epiphanie , on faisait courir l'étoile en souvenir de celle qui avait guidé les rois Mages ; c'était le maistre masson de l'église qui était chargé de ce soin, et, en 1519, Guillaume Pellevoysin reçoit pour cela 6 s. du maître de l'œuvre. L'archevêque donnait pour cet objet 5 s. tournois (1) ; il fournissait aussi de l'hypocras (2). Cette étoile, radoubée en 1A30 par Jehan Le Saulnier, peintre, était suspendue à la voûte de la nef au moyen d'une corde de cent vingt toises qui servaità la faire courir dans l'église; en 1590,
[i] Transaction du U décembre d465.
(2) Traité de 1637.
cette corde coûtait 12 liv. Plus tard, on ne faisait plus courir l'étoile ; mais le mercredi des Quatre-Temps, à l'Avent, la nuit de Noël et le jour de l'Epiphanie, le contre portait un cierge de cinq livres et allait prendre le diacre qui devait chanter l'évangile au jubé; pendant matines, le diacre portait une bougie jaune appelée fiai ou fiel (1).
Le jour de la Pentecôte , le maistre masson faisait descendre la colombe, comme il faisait courir l'étoile.
Durant trois jours de la semaine sainte , il faisait mener la tartenelle dans les environs du cloître.
A l'adoration, trois rois, portant des couronnes de ferblanc conservées dans le trésor, venaient réciter des prières et des proses qui étaient écrites sur des raoullets de parchemin 'conservés avec les couronnes.
Une autre couronne était préparée pour celui qui jouait le mystère du roi Hérode , en partie avec l'argent du Chapitre qui donnait au roi hO sols; 60, en 143^; et enfin 100 sols, à la fin du XV* siècle.
Une première tentative de suppression de ces fêtes fut faite, en 1A71, par un frère prêcheur, qui obtint du Chapitre que l'évêque des Innocents ne donnerait plus la bénédiction et ne commencerait plus l'office. Cinq ans après, il fut défendu au maître des enfants de chœur et aux choristes de porter ou laisser porter le costume épiscopal et d'entrer dans le chœur avec le costume , de donner la bénédiction , de porter ni faire porter la croix ni la crosse et d'entrer déguisés dans l'église. Cette défense est renouvelée par un acte du 1^^ janvier 1509, en conséquence du canon du concile de Bâle: De spectaculisin ecclesiâ non faciendis. L'usage ancien n'en fut pas moins observé, et avec des désordres toujours croissants , qui forcèrent les chanoines à le supprimer complètement en 1523. L'année suivante, le bas-chœur viola cette défense ; les enfants de chœur furent condamnés au fouet ; méconnaissant alors toute discipline, ils se sauvèrent jusqu'à Chantelle, en Bourbonnais, et le Chapitre finit par pardonner, et consentit à la célébration, chaque année,
(1) Transaction avec M. de Phelippeaux, 1738.
de la « îesie honnestement. » En 1561 , il leur est prescrit de rester revêtus de robes rouges seulement et sans sortir du cloître; les bacheliers, revêtus de surplis, sine hiretis ruhris, et sans porter de verges, « tous éviteront de faire du scandale et du déshonneur à " l'église, sous peine de punition. » La suppression définitive paraît avoir eu lieu en 1592.
La même résistance se manifesta contre les tentatives long-temps inutiles des chanoines pour supprimer le mystère du roi Hérode. Des hystoires se faisaient à un grand nombre de fêtes et de processions, à la Saint-Guillaume, à l'Ascension ; et ceux qui y figuraient avaient acquis, par la coutume, le droit d'impunité pour tous les désordres auxquels ils se livraient. C'est ainsi qu'en 1^26, un boucher de la ville ayant voulu punir celui qui, portant le dragon à la fête de l'Ascension, lui avait enlevé un morceau de viande, dut venir au Chapitre demander pardon et dire qu'il ignorait les coutumes de l'Eglise. En 1628, il fut arrêté qu'à ces fêtes le répons serait chanté tel qu'il était désigné dans les livres, et non pas au plaisir des chapiers.
Le 19 juin 1A69, le Chapitre reçut une lettre de Louis XI qui désirait la célébration de la fête de la translation de saint Charlemagne : la fête, le 28 janvier; la translation, le 27 juillet.
Au XV!*^ siècle, Thomas Bourguignon, chanoine, fonda la messe des vendanges, pendant le mois de septembre 1586.
Solennités politiques. — Un grand nombre des solennités de Saint-Etienne était motivé par les événements qui intéressaient la monarchie ou la ville de Bourges.
La procession de la Pucelle avait été fondée, en lA29j par Charles VII, « en actions de grâces dues au Très-Haut, en mémoire de la « vierge de la France , qui a fait des choses admirables {giiœ mira- « hilia fecit), pendant sa vie, contre les Anglais, comme on le voit '< dans les chroniques (1). » Elle fut conservée jusqu'en 1793; on allait aux Carmes; en 1A28, le Chapitre fit, pendant une semaine, des processions pour la ville d'Orléans pendant le siège.
(1) Ancien cérémonial ms.
Le 18 septembre ihUl, le roi ordonna de faire une procession, chaque 12 août, en actions de grâces de la reprise de la Normandie (conservée jusqu'en 1793).
6 novembre lUbO, le Chapitre fit célébrer une messe pour Jacques Cœur, pro domino argentano , et, en 1669, une procession pour le roi , qui avait donné à Bourges une Université.
En 1658, le dimanche 13 août, il y eut grande procession du clergé et des notables citoyens de la ville , avec vœu de célébrer tous les ans, le 2 juillet, la fête de la Visitation.
En juillet 1A61 , chaque jour messe solennelle et procession nupieds pour obtenir la guérison de Charles ML
\hlO. — 28 août, messe solennelle de la Vierge et procession en chappe pour l'entrevue entre les rois de France et d'Angleterre et la bonne paix , concorde et honneur du roi de France et de tout le royaume.
1A86. — 5 et 9 février, jour de Quasimodo et 18 mai, procession solennelle pour la prospérité, santé du roi et de la reine, paix et union du royaume ; le maire, les échevins, les trente-deux conseillers de la ville, tous les officiers de justice y assistent , portant des torches de cinq et six livres (1).
1409. — Je transcris ici un autre article du compte du receveur de la ville : « A Gilet Poirier la somme de VlI^^Vliv. 15 s. 7 d. qui « lui estoient deues pour le nombre et quantité de CCCCLXVI livres a et demie de cire qu'il a baillées et délivrées pour et au nom de c( la dite ville et poiser la dite cire en la présence de sire Jacques « Arousard , l'ung de mes dits sieurs les eschevins, laquelle cire a « esté mise et employée à faire l'enceinte de la dite ville , prinse la « dite enceinte par dehors les murs et tours de ladite ville etlaquelle « enceinte mes dits sieurs les maire et eschevins et autres d'icelle ville « ont fait faire au mois de septembre dernier passé, et a esté portée (( la dicte enceinte en la grande esghse de mons Saint-Estienne de « ceste dicte ville dedans le cueur , et là a esté présentée devant « corpus Domini et autres saincts estant dedans le dict cueur pour
(1) Comptes du receveur de la ville, 1-486.
« ceste fin que le Seigneur eust pitié des habitans de la dite ville à (( cause de la peste qui y estoit(l). y>
ibih. — Processions pour le roi. Ces processions se renouvelaient dans toutes les maladies graves des rois ; id , en 155^, et pour la paix.
1563, 10 août. — Procession pour la prise du Hâvre-de-Grâce et l'expulsion des Anglais hors de France.
l*^'^ septembre 1564. — Procession pour fêter la retraite des protestants de Bourges.
Novembre 1571. — Procession générale faite pour la victoire obtenue par les Vénitiens et la ligue contre les Turcs.
Eu 1615, on commença à faire des processions solennelles des reliques de sainte Solange, la patronne du Berry, pour obtenir la fin de la sécheresse, lorsque sa prolongation compromettait les récoltes. La châsse de la sainte était apportée à cet effet de son église de Sainte-Solange, distante de trois Heues environ.
1628. — Pour obtenir la fin de la peste qui ravageait la ville, le maire et les échevins firent faire une représentation de Bourges en argent , sur un dessin de Claude Bourgeois . peintre , qui reçut 15 liv. pour « ung plan et dessing qu'il avoit faict des principales « remarques de ceste ville. » Sur ce dessing, Antoine Gargault, maître architecte et sculteiir, fit un dessin en relief de l'enclos et pièces plus remarquables de la ville, et Pierre Cœurdoux, orfèvre, se chargea de faire exécuter la représentation en argent par Nicolas Loir, maître orfèvre à Paris, suivant marché passé devant deux notaires. Son ouvrage coûta 1,209 liv. ; il pesait trente et un marcs deux onces d'argent, à 25 liv, le marc (2).
En outre, MM. de la ville fondèrent à perpétuité une procession solennelle du premier dimanche de juin, et communiaient à
(1) Ces pestes, très-fréquentes alors, modifiaient les cérémonies du culte. En 1522, Acpax neque liber evangeliorum non prœsentabuntur ad osculandum propter contagium pestis quod in urbe ferlur. (Act. cap.) — 8 août 1324, la procession de la Pucelle ne se fera pas générale à cause de la peste. {Id.) — Souvent tout le Chapitre fuyait la ville,
(2) Comptes de la ville de Bourges. — Voir sur ce monument VHistoire de Notre-Dame-de-Liesse, par M. Villette, 2e éd. , 1728, passim.
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Saint-Etienne ce jour-là avec toute la livrée de la ville , c'est-àdire, avec tous les officiers. Cette procession s'appelait celle des Roses.
Des fêtes avaient encore lieu lors du passage des captifs que les religieux de la Merci ramenaient des pays barbaresques. En Ïh69, le Chapitre permet aux frères Mathurins de quêter pour ceux qu'ils ont rachetés; en 1765, quatre de ces religieux arrivèrent avec quatre-vingts captifs arrachés au rivage du Maroc ; l'archevêque officia à celte occasion, et, à la suite du sermon prononcé par l'un des missionnaires, un Te Deum fut chanté après une procession solennelle à laquelle la ville assista.
Les Te Deum se chantaient avec une grande pompe ; nous ne pourrons pas citer ceux que Louis XIV et ses successeurs ont ordonnés : la dernière grande fête de ce genre fut celle de la naissance du dauphin, en 1781, 9 novembre ; la cathédrale fut illuminée et le Chapitre assista au mariage de jeunes filles dotées. A ces cérémonies, la milice venait au nombre de six cents hommes, avec les drapeaux, prendre le corps de ville en robe avec ses officiers ; elle faisait une décharge de mousqueterie devant l'hôtel de ville, une autre, devant le logis du roi (l'intendance) et devant l'archevêché , et toute la troupe entrait à Saint-Etienne. Lorsqu'il y «vait un feu de joie, il était allumé devant le portail de la cathédrale , et on tirait le canon dans le cloître. On attachait au haut de l'arbre du feu une cage renfermant un chat dont les hurlements réjouissaient la foule. Les comptes de la ville font souvent mention de l'acquisition des victimes de ce cruel divertissement.
Aux décès des rois et des reines, il se faisait des services solennels : c'était une des obligations des chapitres, abbayes et éghses qu'on appelait de fondation royale. Nous avons une des lettres royales qui en ordonnaient la célébration; elle est adressée par le roi Charles VIII à l'archevêque (1).
(1) De par le roy
Notre amé et féal vous avez sceu le trespas de feue nostre très chère dame et mere que Dieu pardoint après lequel les gens de l'esglise de vostre diocèse tant des esglises séculières que régulières qui sont de fondacion
Saint-Etienne reçut le corps d'un roi de France , celui de Philippe-le-Hardi, rapporté par son fils Philippe-le-Bel , 14 novembre 1285 ; le duc Jean y fut déposé aussi, avant de recevoir sa sépulture dans la Sainte-Chapelle (1416).
Parmi quelques autres cérémonies importantes auxquelles prit part le Chapitre de Bourges, on peut citer les fiançailles de Marie, fille du duc Jean, et de Louis, fils du comte deBlois (1386), et leur mariage en 1387 ; le baptême de Louis XI ; celui du grand Condé en 1591; la lecture solennelle de la bulle d'excommunication de Henri IV ; déjà il avait fêté l'entrée de M. de Guise et célébré des services pour le cardinal de Lorraine et le Balafré. En 1720, le doyen fut délégué pour bénir les drapeaux du régiment de Beaujolais, sur la prière de M. de Caussade, son colonel. En 1790, il bénit les drapeaux pour la loi martiale.
Lorsque le roi entrait au chœur, il occupait la stalle après celle de l'archevêque; lorsque le lieutenant-général venait officiellement, il avait l'entrée du chœur , était salué par le Chapitre, lui rendait son salut et prenait la place du roi ; ses gardes l'accompagnaient, le mousquet sur l'épaule, jusqu'à la porte du chœur ; il en était de même des hallebardiers du corps de ville.
royale sont tenues de faire ung service solemnel ainsy qu'il est de bonne coustume pour le salut des ames des roynes de France quand elles décèdent ; et pour ce que nostre dicte dame et mere a bien mérité que prières soient faictes pour son salât vous prions et néantmoins mandons très expressément que vous faites savoir aux gens d'esglise de vostre dict diocèse qu'ils facent prières pour l'âme d'elle et comandez ou faictes comander de par nous à ceux qui sont de fondacion royale qu'ils ne facent faute ni aulcuue difficulté de faire chacun en droit soy ledit service solemnel. Dieu soit garde de nous. Donné au Montils lès Tours , le XXÏIIe jour de février (sans date)