CHARLES
Au dos : « A très révérend père en Dieu nostre amé et féal conseiller l'archevesque de Bourges ou à ses vicaires en son absence. (Archives du Cher, fonds Saint-Etienne.)
§ XIV. Obits et Fondations.
Ce fut long-temps un usage général , parmi les personnes d'une classe élevée, de fonder un oUt ou anniversaire pour soi ou les siens dans quelqu'église de renom. L'église primatiale et patriarcale de Saint-Etienne devait attirer un grand nombre de ces pieuses libéralités , aussi son livre des obits est-il volumineux ; celui qui existe aujourd'hui est daté de l'an Iblh. Un acte capitulaire nous apprend qu'il fut terminé en 1515, et nous fait connaître le nom de l'écrivain Etienne Rivière. 11 est copié sur l'ancien : le nouveau restait au chœur; l'ancien, au Chapitre (1).
Dix stations étaient faites sur les tombes des défunts par les chanoines , après prime, pendant les dix premiers jours de chaque mois, sauf les jours de fêtes de chantre et de sous-chantre, et les dimanches de l'octave de Pâques et de la Pentecôte. En ce cas, on ajournait au jour suivant : chaque chanoine recevait 5 d. tournois en méreaux.
Une de ces stations se faisait devant la porte d'entrée de l'église souterraine, et plus anciennement dans cette église même, devant un crucifix placé sur un autel (2) .
Parmi les fondations du Xll^ siècle , on remarque celle de Louisle-Gros, qui, après s'être emparé du château de Saint-Palais, appartenant à l'archevêque, le lui rend moyennant un obit à perpétuité pour lui-même et pour le roi Philippe, son père , et la reine Berthe, sa mère.
En 1178, Étienne, comte de Sancerre, quitte les manants et habitants de Beauheu et de Santranges des droits de ban et arrièreban qu'ils lui doivent, ainsi que de la réfection d'une partie des mu-
(1) Nous ignorons ce qu'est devenu l'ancien. Le nouveau, enlevé pendant la révolution , est un beau volume en parchemin , à lettres ornées , qui aurait été employé par un relieur , s'il n'eût été racheté par un libraire de la ville.
(2) On n'a pas trouvé la description de ce crucifix , mais un acte capitulaire du XVe siècle ordonne de le placer en un lieu reculé, où il ne puisse être vu.
railles de Sancerre, à laquelle ils étaient tenus, moyennant 10 livres qu'ils paieront pour l'obit et anniversaire que les doyen et chanoines de Bourges ont promis célébrer annuellement en leur église.
En 1185, Algisio Pirovano, ancien chanoine de Saint-É tienne, en 1191, Uberto GriveUi, aussi chanoine, devenus papes sous les noms, le premier, de Lucius III, le second, d'Urbain III, fondent des anniversaires dans l'église étrangère qui les avait reçus dans son sein. Urbain III donne au Chapitre la maison qu'il avait habitée, auprès de Saint-Pierre-le-Puellier (1).
On trouve encore, en 1185, l'anniversaire de Gilon, seigneur de Sully ; en 1193, celui de Raoul, seigneur deMehun, et d'Isabelle, sa femme; en 1195, celui de Lucie, dame de La Ghapelle-d'Angillon ; en 1200, celui de Simon de Montfaucon et de Denise, sa femme.
Au XIII^ siècle, on lit les noms de Pierre, archevêque de Bourges, 1201; Eudes Trousseau, 1209; Raoul d'Issoudun, 1212; Étienne de Saint-Palais, 1227 ; Hugues de La Porte, pour Elisabeth, sa femme, 1229 (2) ; Louis, roi de France, 1231 (3) ; Raoul de Gulan, 1238; 1252, Marguerite de Gulan ; 1270, Jean, comte de Sancerre, qui assigne 10 livres 1/2 de revenu sur la prévôté de Charenton, pour la vicairie et l'anniversaire fondés par le comte Louis, son père; Raoul de Gharenton ; Guillaume, sire de Vierzon ; Blanche , sa femme ; Gaubert de Lazenay ; Étienne, sire de Graçay.
En 1222, sur la proposition de Pierre de Vie, archidiacre, il est fondé une messe par semaine pour les confrères défunts, acte approuvé par l'archevêque Simon de Beaulieu (A).
Dans les siècles suivants, les fondations se multiphent ; on y voit figurer tous les noms dont les annales du Berry ont conservé le souvenir, et, en outre, ceux de Philippe-le-Bel (5), roi de France, et de la reine Jeanne de Navare, sa femme, et la famille des ducs de Bourbon. Par une lettre datée de Moulins, 11 juin 1353, Pierre,
(1) Cartulaire Saint-Étienne, I, 158.
(2) Cartulaire de M. Vermeil, page 200.
(3) Idem page 254.
(4) Idem page 108.
(5) Charte originale aux archives du Cher, fonds Saint-Étienne. Copie dans le grand cartulaire de Saint-Étienne, I, f" 89.
duc de Bourbon, reconnaît devoir une rente au Chapitre pour les anniversaires de ses aïeux (1).
Au XV« siècle, les anniversaires du duc Jean, de Jacques Cœur, de son frère Nicolas, évêque de Luçon, de son fds Jean, archevêque de Bourges, fixent surtout l'attention. Le duc Jean, mort en I/4I6, avait donné, en 1365, 100 livres de rente à prendre sur la prévôté d'Issoudun, pour une messe solennelle, le premier jour de chaque mois.
Dans toute cette longue liste, on ne voit qu'un nom d'artiste, Jean d'Orléans, qui fut payé par un obit de ses travaux de peinture.
Le Chapitre recevait aussi un grand nombre de dons pour avoir mémoire des donateurs sans célébration de messes ou offices. Le prince de Condé avait fondé un salut solennel. Plusieurs évêques d'Auxerre, de Sens, de Reims, de Clermont, de Preneste, de Tusculum, de Bordeaux, de Tournay, d'Angers, d'Agile, de Carcassonne, Jean de Saint-Michel, évêque d'Orléans, tous sans doute d'abord chanoines de Saint-Étienne , avaient voulu qu'il y fût fait commémoration d'eux.