CHAPITRE TROISIÈME
&ix\U ït l'enceinte principale: wuterroiiw; mut Venreintc; touw; fonte.
'autel- h du plan de 1708 dit, dans ses notes manuscrites :
« On trouve au pied du don- « jon un escalier de cinquante* « deux marches , qui descend « à des souterrains pratiqués dans la marne, sous « l'escarpe du fossé , qui ont six pieds de hauteur
314 CHATEAU IVAKQl'ES.
« el quatre pieds de largeur , dont partie sont a revêtus de briques ; celui qui est à la droite « au pied dudit escalier n'a été poussé que sur « la longueur de 4° toises ; celui de sa gauche « se trouve bouché par des décombres à 75 « toises, et parait aller plus loin; Ton assure « même qu'il descend jusqu'à la rivière, qui est « dans une vallée qui est fort enfoncée au pied « dudit château. L'on va de ce souterrain dans « un autre que l'on dit qui conduit à Dieppe , « et dont l'entrée qui commence au bout de ce « dernier est aussi bouchée par les décombres. »
Nous retrouvons ici ces traditions locales , communes à tous les anciens châteaux , qui prolongent leurs communications souterraines à des distances extraordinaires : deux ou trois lieues ne coûtaient rien à l'imagination de nos pères. En écartant , pour le château d'Arqués , ce tunnel qui le mettait en relation avec la ville de Dieppe, en renonçant même à celui qui descendait jusqu'à la rivière au fond de la vallée, auxquels, pour ma part , je ne suis nullement disposé à croire, et nous bornant au tracé figuré sur son plan , par l'ingénieur lui-même ( Foir
Pl. XI ) , nous serons portés à admettre que ces souterrains formaient mie longue ceinture qui embrassait tout le périmètre de l'ancienne citadelle , en suivant une ligne plus ou moins brisée en raison des accidents du terrain et de la projection des fortifications : je les regarde comme contemporains de l'érection du château au xi e siècle.
La présence de la brique dans ces galeries souterraines, indiquée par l'ingénieur de 1 708 , serait de nature à rejeter leur origine vers la tin du xv e siècle au plus tôt ; car ce n'est qu'à cette époque que la brique , dont l'emploi était si fréquent dans nos contrées sous les Romains , et même sous la première et la seconde race, reparut dans nos constructions , après une absence de six siècles. Mais l'ingénieur aurait dû dire , pour être exact , que ce n'est que sur un seul point, au berceau de voûte de l'escalier principal placé derrière le donjon dont il parle , qu'apparaît la brique , et qu'elle s'y lie à une ouverture en pierre, à cintre surbaissé; le tout ayant les caractères les moins incontestables d'un remaniement opéré au xvi c siècle.
Dom Toussaint Duplessis , dans sa Description de la Haute- Normandie , avait sans doute en vue cette entrée des souterrains, qui est, en effet , dans des proportions assez élevées , lorsqu'il parle « de très belles arcades taillées pour « la plupart dans le roc , hautes de dix à douze « pieds et de largeur suffisante pour laisser passer « six hommes de front. » 1
Toussaint Duplessis n'était pas descendu , à coup sûr, dans les souterrains du château d'Arqués, car il aurait pu se convaincre que ces souterrains , sur tout leur développement , ne forment qu'un long boyau , creusé dans la marne , large de cinq pieds à peine et haut de six pieds environ. Il y a loin de là à ces belles arcades, hautes de dix à douze pieds, supportant le château , comme il le dit , et dont , suivant lui , cette forteresse, ainsi que la ville d'Arqués ellemême , auraient emprunté leur nom : cette dernière opinion ne mérite , sous aucun rapport , d'être réfutée.
' Noël do la Morinière , dans -ses Essais sur la Seine- Inférieure , a suivi , sans plus d'examen , Toussaint Duplosis; lui-même a et* copié , a son tour , par plusieurs autres modernes.
SOUTERRAINS. 5i7
L'escalier dont nous venons de parler , encore rempli de décombres à l'heure où nous écrivons, n'est point assez dégagé pour qu'on puisse s'en servir pour pénétrer dans les souterrains. C'est par des ouvertures qu'on a pratiquées violemment , il y a quelques années , dans le fossé , à même son escarpe , devers le donjon , qu'il faut se glisser pour s'y introduire et en suivre les sinuosités. Les éboulements signalés , il y a cent trente ans, par Pingénieur des armées de Louis XIV, ont du nécessairement , par suite de l'abandon et de l'état de ruine du château , faire depuis lors de nouveaux progrès ; c'est ce que nous avons pu malheureusement constater, son plan à la main. Cependant, on peut suivre encore sans interruption le souterrain , du coté du donjon , à partir de l'angle sud-ouest de ce dernier jusque vers le côté opposé , sous la tour qui porte un petit pavillon moderne , et à laquelle nous avons donné le nom de tour Reiset. ( Voir ci-après. )
Il est un autre point ou une portion du souterrain est encore accessible ; je veux parler de la descente voûtée qu'on voit , à main droite ,
en débouchant de la poterne dans l'enceinte principale. Au bas de cette descente est une petite salle carrée, qui communique, en suivant la direction du rempart qui remonte vers le donjon , à une double galerie , dont le dernier boyau se trouve encombré. Je ne doute pas que, dans les temps anciens, il n'allât rejoindre la ligne générale du souterrain qui tourne autour du donjon et se prolonge de l'autre côté du château , de manière à former ainsi une chaîne non interrompue.
Peut-être qu'un jour, en déblayant le château, ainsi que le propriétaire actuel en a l'intention , on découvrira, du coté opposé à cette descente , vers la gauche de la poterne , une autre entrée, qui marquera la fin des souterrains.
Cette longue galerie est coupée de distance en distance par de petites retraites, également taillées dans la marne ( FoirY\. XI ) , et qui ont pu servir de magasins , quelques-unes peutêtre de prisons.
Cette dernière destination se trouve assez bien indiquée par les comptes manuscrits du xiv* siècle, auxquels nous avons déjà em-
priinté plusieurs précieux renseignements. Voici quelques-uns des articles qui y sont relatifs :
« A Jehan Davout et Robin Lemachon , ma- « chons pour leur paine davoir fait es prisons « du roy nostre sire à Arques , les choses qui « ensuivent c'est assavoir pour avoir avalé une « fosse qui est es dictes prisons et sietsur roche « contenant douze pies descarrie, avoir avale « lespasse de quatre pies et demi en aval et avoir a refait le siège de la chambre aeisie {des aisances) « des dictes prisons et estouppe le siège qui y « souloit estre au de devant et avoir remachonne « de machonnerie un treu (un trou) que les « prisonniers avoient fait et par lequel ilz se « partirent de la dicte fosse et aussi pour avoir « oste tous les créons et pierres qui sont mis « hors de la dicte fosse et iceulz avoir portez a hors du lieu et pour avoir renffourme un en- « chappement qui est sur l'huisserie (la porte) « de la voûte de derrière séant ou lieu des a dictes prisons et de la quele voûte len fait « prisons quant len veult lequel enchappement « est empire par le temps quil fist en hyver
a derrainement passe pour ce xvin J.
« A Robert Gosse Carpentier, pour avoir « planquie toutes les aires de la fosse de mer- « rien jointif et sont coulombées les quatre cam- « bres ( c/iamùres ) et la fosse de merrien jointif « et contiennent cbacune cambre x pies ou « environ *.
« A pour avoir enfondre la roche de la
« voûte des prisons et remachonne ainsi qu'il « appartient pour ce mi 1. 5 »
Un siècle plus tard , pour éviter que l'événement signalé dans le premier de ces articles ne se renouvelât , et que les prisonniers , libres de leurs pieds et de leurs mains, ne se fissent jour, comme en 1378, à travers la marne du fossé, on avait soin de les ferrer. Cette opération était confiée aux maréchaux du château , qui
* Partie des œuvres faites ou chasteî d'Arqués tam MIL ccr. Lxxvin. — Ma. de la Bibliothèque royale ; ilabimet des titres.
> Idem, ibkJ.
3 Partie des œuvres faites ou ckttstei d'Arqués f«« mil CCC Illl" ( 1380). — Idem , ibld.
recevaient pour « leur droit paine et sallaire de « ferrer et déferrer les prisonniers, trente sous a tournois par an » 1 . Ce salaire était indépendant des quatre gallons de vin qu'on leur accordait par année , et qui devait être « du pire « ne du meilleur vendu à Arques. » En 1 5o8 , ce vin était estimé 18 deniers le pot. 2
J'ignore dans quelle partie des souterrains étaient situées les oubliettes du château , que je trouve mentionnées sous la désignation de la prison nommée oubliette , dans les comptes manuscrits dressés, sous Charles V , en i38o. On y parle de la serrure de la porte de cette prison souterraine , dont le poids s'élevait à vingt-huit livres : cette serrure fut payée trente-cinq sous tournois.
Nous ne terminerons pas ce qui concerne les souterrains , sans parler d'une particularité rapportée par Toussaint Duplessis : « A leur « extrémité , dit-il , qui est bornée par une <c forte muraille, l'eau de la rivière est reçue
' Collection Joursanvatilt ; Catalogue, n° 1 '#9 i , anticcs 1497-
» Idem , idem, n' IMS.
5*2 CHATEAU D'AROlKS.
« dans un grand réservoir de pierre, dont lt* « principal usage est de servir à abbreuver le*. « chevaux de la garnison , quand il y en a une. » ' Est-il possible d'admettre que Toussaint Duplessis , qui écrivait vers 1740» c'est-à-dire une trentaine d'années après l'ingénieur de Inouïs XIV, ait vu ce grand réservoir, que ce dernier, chargé de lever le plan du château, n'a ni tracé sur son plan , ni mentionné dans ses notes ? Ce que dit Duplessis : que ce bassin était alimenté parles eaux de la rivière, quand celle-ci coule à plus de deux cents pieds au-dessous de ces souterrains, suffit pour prouver que ce bon religieux a adopté de confiance quelque conte populaire. Pour notre part, nous n'hésitons pas à reléguer le grand réservoir de Duplessis avec ses belles arcades de douze pieds de haut.
Pour examiner la muraille d'enceinte de l'ancien château , dont nous avons passé les divers bâtiments en revue, il faut sortir de la forteresse et nous transporter sur la crête extérieure du fossé. Iii, seulement, nous pourrons étudier
• Or se n piton dr In Haute- \ arma ndit , I. 1 , p. III.
MUR D KNCEINTR. 335
cette longue suite de courtines et de tours qui l'enceignent; car, intérieurement, à peine si, d'un côté ( vers le sud-ouest ) , cette muraille a conservé une quinzaine de pieds au-dessus de Faire de l'enceinte; du côté opposé (vers la vallée d'Arqués), elle est, pour ainsi dire, arrasée à fleur du sol. L'aire de l'enceinte ayant été maintenue , d'ailleurs , par suite d'une savante combinaison , que nous avons déjà signalée en parlant du donjon (page 3oi ), à une très grande élévation au-dessus de la crête de l'escarpe du fossé , ce n'est réellement qu'extérieurement , en faisant le tour de la citadelle , et du haut de la contrescarpe, que nous pourrons saisir le développement et étudier les détails des remparts du vieux château normand.
Franchissons donc l'ancienne poterne; traversons, sans nous y arrêter, l'enceinte bastionnée servant d'avant-corps à la place ( nous y reviendrons plus tard ) et plaçons-nous sur la crête du fossé , du côté de la vallée , en regard de la première tour du vieux château (Pl. X , n° i ); là commencera notre examen.
Cette tour, de forme ronde, mais qui se
3*4 CIUTK M l> AROI KS.
projette seulement île la moi lie du cercle, e>t bâtie en pierres île petit appareil , et doit avoir été remaniée presque complètement, si elle appartient à l'époque normande , ce qui ne me paraît pas improbable, sans vouloir toutefois la faire remonter aux constructions du xi r siècle. Sa crête est découronnée et fendue ; le lierre et les ronces y croissent en liberté : cette observation est commune à toute la ceinture de tours et de remparts du château normand ; nous ne la répéterons pas. Ses meurtrières ou arbalétrières ont été agrandies et déchirées violemment , pour s'en procurer les pierres ; c'est par une de ces ouvertures, à même le flanc de la tour, que nous avons gravi pour l'examiner intérieurement et la mesurer. Nous n'y avons trouvé aucune trace de ses voûtes ou de ses planchers ; tout a été détruit. Ses murs ont cinq pieds d'épaisseur ; son diamètre s'élève à quatorze pieds.
On a vu , dans la partie historique de cet ouvrage , que le défenseur du château d'Arqués, au temps de Geoffroy Plantagenet , avait été tué dans une des tours du château , d'un coup de flèche ( p. 121 \ tn souvenir de cet événement