LE DUC GUILLAUME MARCHE SUR ARQUES
dissuadaient , il se mit en route. Il fit une telle diligence, que les chevaux de son escorte , à l'exceplion de six , tombèrent tous morts de lassitude 1 ; il ne devait s'arrêter que devant les murs d'Arqués. A quelque distance du château , il rencontra un corps de trois cents cavaliers rouennais commandé parles chefs de sa milice 3 , qui, en apprenant la révolte du comte d'Arqués, s'étaient portés rapidement sur le Talou , espérant arriver à temps pour empêcher le comte de ravitailler sa forteresse. Mais, ayant été informés en route que des forces considérables y étaient déjà rassemblées , et craignant que la désertion ne se mît dans leurs rangs, car ils avaient reçu l'avis secret que leurs hommes devaient passer à l'ennemi , ils s'en retournaient tristement , incertains et découragés , lorsque le duc Guillaume, presque seul et épuisé de fatigue , se présenta a eux. Ils lui peignirent l'état des choses : « Seigneur, lui dirent-ils , votre ennemi est en forces; il occupe une posi-
' Guillaume de Poitiers, p. 184.
* « Sua militiap principes. » — Idem , iiwlcm
tion formidable ; tout le pays est en armes et contre vous, vous n'y avez plus un ami; que faire avec ce petit nombre de soldats, et sur lesquels nous ne pouvons compter ? N'avancez pas davantage ; attendez votre armée , la prudence l'ordonne. » Celui qui disait qu'il ne s'était jamais arrêté devant ses ennemis et qu'ils n'avaient jamais eu de lui que le fer qu'il avait laissé dans leurs blessures, n'était pas homme à écouter ces timides conseils ; il passa outre , pressant les flancs de son cheval, de l'éperon. Les hommes de Rouen, électrisés par sa présence , font volte-face et s'élancent à sa suite. Le château d'Arqués leur apparaît bientôt, dressant fièrement sa téte sur la montagne.
Guillaume aperçoit, sur le haut de la colline, devant la porte du château, le comte, entouré de ses nombreux bataillons , qui occupent à rangs pressés cet étroit espace. L'intrépide Bâtard montre du doigt, aux siens, l'ennemi qu'il faut aller chercher; il s'élance à leur tète, gravit la colline, se précipite sur les soldats du comte, et les rejette tumultueusement dans la place. « Si la citadelle ne les eût soustraits à sa
a poursuite en fermant tout-à-coup sur eux ses « portes, il les eût presque tous exterminés, dit « l'historien de Guillaume , tant son bras et son a courroux étaient terribles. » 1
Le duc n'avait pas une troupe assez nombreuse pour essayer d'enlever de vive force une citadelle comme le château d'Arqués , ou pour en faire le siège. Dépourvu de machines de guerre et de munitions, comment entreprendre une opération si difficile et si périlleuse ? Un coup d'oeil jeté sur ces deux profondes vallées qui défendent l'approche du château, sur ces immenses fossés qui l'enceignent de toutes parts , sur ces hautes murailles, sur ces tours armées de machines de guerre et où se pressaient plus de trois cents chevaliers 3 , dut facilement le convaincre qu'il fallait renoncer à une attaque régulière, et se contenter d'un blocus. C'est le parti auquel il s'arrêta. Guillaume de Poitiers,
• « Ac ni obstitissent citiùs obseratae fores, insecutus, uti « animus iratus fortisque tulit , raalè orainatos ex magna parte « oblruncavbsct. » — Guillaume de Poitiers , p. 185.
» « Plusquam CGC milites intra raunitioncs refugére. * — Guill de Malnooburv.
qui ne veut jamais voir son héros un seul instant en défaut, affirme que le duc Guillaume se décida , dans cette circonstance, d'après sa louable coutume, d'arriver au but sans effusion de sang 1 ; il serait plus vrai de dire qu'un autre motif lui dicta cette prudente mesure.
Un blocus ne pouvait être efficace qu'autant que toute chance de communication extérieure fui enlevée à la garnison. Un simple cordon de troupes ne pouvait remplir ce but : un instant de négligence, un secours du dehors» les assiégés eux-mêmes , pouvaient renverser ce faible obstacle. Envelopper la forteresse par une double ligne de contrevallation et de circonvallation ? Mais il eût fallu une armée tout entière pour l'occuper; la configuration des lieux, d'ailleurs , ne le permettait pas. Voici à quelles dispositions s'arrêta Guillaume: il traça un fossé, à partir du haut de la colline , du côté du nordouest, vers l'entrée du château , mais de manière à embrasser celle-ci ; le conduisit , en suivant la pente du terrain vers la ville d'Arqués; puis,
' » Mort- suoillooptimn rem optansalisquc cruure coofectumiri.»