‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 3 sur 141 · LIMITES DU TAI-OU · texte numérisé non relu

LIMITES DU TAI-OU

titres, les diplômes normands duxi e siècle 1 vont nous indiquer assez bien quelles étaient les limites du Ta lou vers le milieu de ce siècle. Enclavé au nord par le comté d'Eu , au nord-ouest par la mer , à Test par le pays de Brai , au sud-ouest par le pays de Caux, au sud par celui de Rouen , il présente , en superficie , cinquante lieues carrées environ , d'un sol plantureux et fertile.

Au nord -est , la rivière d'Yères semble lui servir de limites; en descendant vers l'est, elles s'arrêtent devant Neufchâtel, embrassent Pommerval , Bellencombre ; puis, se dessinant, de ce dernier point, par une ligne tirée, au sud, en avant de Tôtes , jusque dans la direction du cours du Dun, elles remontent le long de la rive gauche de cette petite rivière, pour venir s'arrêter à la mer, au nord-ouest.

Sept rivières l'arrosent: le Dun , la Saâne, la Sie, laVarenne ou rivière d'Arqués, la Dieppe ou Béthune , l'Eaulne , l'Yères , toutes descendant du plateau central , pour courir, à travers de riantes vallées, à l'Océan ; la mer baigne douze

1 Cartolairc de l'abbaye du mont Sainte-Catherine , passim ; — fleustria pta . p. 587 ; — et Archircs du département.

lieues de ses côtes: quel autre pays de la Normandie , sans en excepter les bords arrosés par la Seine, pouvait se croire plus favoriséque leTalou?

Malgré les modifications introduites dans la dénomination et même dans les attributions administratives du Talou : comté , vicomté, châtellenie, bailliage, élection, qui se confondent presque toujours avec la circonscription territoriale, ces limites, à de faibles exceptions près , ne paraissent pas avoir éprouvé d'atteintes. Des pièces authentiques , prises à diverses époques, au xiv c siècle au xv e , au xvii e », nous les montrent dans leur intégrité, pour ainsi dire jusqu'à nos jours. La grande révolution de 1789 seule, qui laboura si profondément le pays, devait apporter un immense changement , un changement total à cette antique division traditionnelle.

Si , de la division territoriale , nous passons à la division administrative , laissant de côté le pouvoir ecclésiastique pour ne nous occuper

' Voir , aux pièces justificatives qui font suite à cet ouvrage , sous le n° I , la composition de 1399, pour la mouture delà rhAtclleuic d 'Arque».

' Description tir la Haute- Sormaniite , t 1, p. ?H8.

ADMINISTRATION* DU TALOl. r

que du pouvoir civil proprement dit, nous voyons les pays «pagi», aussi loin qu'il nous est possible de remonter , gouvernés par un délégué du prince , ayant le titre de comte. L'institution des comtes , d'origine romaine, avait survécu aux invasions des barbares, à la domination des Francs , au règne des princes germaniques ; les Normands , à Ici. ■ tour, la respectèrent en Neustrie. Des savants distingués sembleraient croire qu'il y eut interruption , et que leTalou, spécialement, ne fut érigé en comté que sous Guillaume-le-ïiàtard , vers la fin de la première moitié du xic siècle; ils sont dans l'erreur. Richard 1 , petit-fils de Rollon , le premier de nos ducs dont nous puissions interroger des actes écrits , ne mentionne-t-il pas , dans une de ses chartes délivrée en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, vers l'an 9G8, comme composant la hiérarchie administrative établie de son temps en Normandie, le comte , le vicomte, le centenier? 1 Et remarquez que ces

1 « Comcs, niccromrs, st-u < mtenarius , aut alkpiis exartor € judicarix potestatis. .1 —Doublet , Histoire dr l',-lbb<n r de Sttinf- Denis , p. 816.

CHATEAU D'AhOUES.

officiers sont cités dans l'acte en question , à propos d'une donation faite précisément dans le pays de Talou. LeTalou avait donc, vers le milieu du x c siècle , sous la domination normande , un comte et un vicomte. La charte de Richard I est souscrite par les comtes normands Walter et Theobald. L'un d'eux était peut-être comte du Talou. Ainsi les Normands n'avaient pas porté la main sur l'institution ; ils l'avaient trouvée toute faite et s'en étaient servis.

Ce qui a pu induire en erreur quelques personnes , c'est que , sous les ducs Richard II , Richard III, et même sous le duc Robert I , tous trois successeurs de Richard I , on ne voit pas, en effet, apparaître de comtes du Talou, soit dans les diplômes , soit dans les récits des historiens; mais l'institution n'en existait pas moins (nous venons d'en donner la preuve) , et , à défaut de comtes, ces mêmes personnes auraient pu trouver des vicomtes qui en remplissaient toutes les fonctions. Peut-être l'absence, ou vacance, de comtes , dans cette portion importante de la Normandie, à cette époque, en l'admettant comme reconnue, devrait-elle être attribuée à la politi-

VICOMTES DU TALOU. 9

que bien entendue de ces ducs , qui pouvaient redouter d'élever, dans le voisinage de Rouen , un chef capable de les inquiéter ; car les comtes rendaient la justice, commandaient aux hommes de guerre, gouvernaient les finances, avaient sous leur garde les villes, les châteaux forts, les chemins, les gués, les rivières, et, à une époque où l'hérédité des charges, grâce au régime féodal , commençait à prendre racine et à leur prêter une nouvelle importance, un comte d'Arqués pouvait devenir une puissance et un danger; Guillaume-le-Conquérant en fit, plus tard , la dure expérience. Avec un vicomte, l'administration du comté n'avait rien à souffrir, et le même inconvénient n'était point à redouter. Quant à l'existence des vicomtes eux-mêmes dans leTalou , sous les ducs que nous venons de nommer, il ne serait pas possible de la nier. Ici, nous pouvons déjà citer quelques noms propres.

Une charte de l'abbaye de Fécamp, de la fin du x c siècle, ou des premières années du xr 2 , sous le duc Richard II, nous donne celui de Rainald , « Hainaldus Arcensis vicecomes. » Ce

vicomte d'Arqués , mu par un sentiment de haute piété, fait don , dans cet acte, à l'abbaye de Fécamp , de tous ses biens situés à Arques et dans le comté d'Arqués , « quicquid in Arcis , • quicquid in comitatu Arcensi 1 . »

Parmi les témoins de cette charte figure Gozelin le vicomte. Celui-ci était alors vicomte de Rouen , et devait succéder, peu après , à Rainald dans la vicomté d'Arqués. Ce seigneur passe pour être X auteur des poids et mesures en Normandie. Il convient d'expliquer à quel titre cette qualification a pu être donnée au vicomte Gozelin , et comment elle se trouve liée à l'histoire d'Arqués. Ceci nous force à remonter un peu haut.

Sous la première, et spécialement sous la seconde race , les rois , dans le but de maintenir l'unité des poids et mesures, qu'ils avaient introduite dans les états soumis à leur domination, avaient fait déposer dans leur résidence royale les étalons sur lesquels tous les poids et toutes les mesures devaient être réglés;

• Charte de Guillaume d'Arqué* ; thésaurus nwus , de Har tene , t. I , col. 167.

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