‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 42 sur 141 · FUITE DU DUC ROBERT · texte numérisé non relu

FUITE DU DUC ROBERT

tète du couvent deSainte-Marie-du-Pré 1 , dans le bourg d'Emendreville a , lorsqu'il donna au duc Robert une preuve non équivoque de son dévouement. Voici à quelle occasion :

Le roi d'Angleterre , Guillaume-le-Roux , qui commençait à cerner déjà de toutes parts le duc Robert , avait un parti puissant dans la ville de Rouen. Pour porter à son malheureux frère le dernier coup , il donna à ses partisans le signal de la révolte. Une sédition terrible éclata dans Rouen ( 1 090). Le duc Robert , qui était enfermé dans le château de celte ville , en sortit, escorté de ses chevaliers, pour aller au secours des Rouennaisqui lui étaient restés fidèles. Mais, dans cette confusion , craignant de s'engager parmi les combattants dans le dédale des rues, et cédant aux conseils de ceux qui l'entouraient , il tourna tout-à-coup bride et sortit de la ville. Ayant trouvé un bateau sur le bord de la Seine , il s'y embarqua tout tremblant , dit l'historien , « trépir

■ Gallia Christiana, t. xi, col. 240, E.

» Aujourd'hui le faubourg de Saint-Scver , à Rouen.

H2 CHATEAU D AROl ES

ttuso, et gagna le bourg d'Emendreville. Guillaume d'Arqués lerecut dans son église de Sainte- Marie-du-Pré. Le prince, en sûreté dans cet asile, y attendit la fin de la sédition.

Cependant les événements se croisent et se précipitent. Guillaume-le-Roux et Robert se réconcilient. Robert part pour la Terre-Sainte; Guillaume-le-Roux meurt à la chasse, d'un coup de flèche. Henri, leur jeune frère, profitant de l'absence de son aîné , passe en Angleterre et se fait couronner roi. Robert , de retour de Judée , fait deux voyages en Angleterre pour réclamer, mais inutilement, sa couronne. Henri passe à son tour en Normandie, mais à la tète d'une nombreuse armée , et présente la bataille à son frère, sous les murs de Tinchebrai. Il remporte une victoire complète (1106); Robert tombe dans les mains du vainqueur. Henri envoya son prisonnier en Angleterre , où il devait traîner, dans les donjons de cette île, sous les verroux , vingt-sept années d'une vie longue et misérable.

Henri se montra moins cruel envers le fils de Robert , le jeune Guillaume Cliton. Ayant fait venir cet enfant, qu'on gardait dans le château

GUILLAUME CLïTON. 115

de Falaise , il le considéra quelque temps , et , comme l'enfant tremblait de peur, il lui fit quelques caresses et chercha à le rassurer. Craignant, s'il le gardait auprès de lui , dans le cas où il lui arriverait malheur, qu'on ne l'en accusât, pour écarter tout soupçon, il le remit au comte d'Arqués , Hélie de Saint-Saëns , le gendre du duc Robert , afin qu'il prit soin de son éducation. Mais l'astucieux monarque ne tarda pas à se repentir de s'être désemparé du jeune Cliton; il résolut de l'enlever. Ce fut au vicomte d'Arqués, Robert de Belcamp, sa créature, qu'il s'adressa pour cette expédition. Celui-ci étant arrivé à Saint-Saëns de bon matin, comme c'était le dimanche, les habitants, en allant à l'église, l'aperçurent , et , soupçonnant quelque mauvais coup , donnèrent aussitôt l'éveil au château. Hélie était absent, mais les personnes de sa maison coururent précipitamment à la chambre de l'enfant, l'enlevèrent de son lit et s'enfuirent chargés de ce précieux fardeau (1108).

Le fidèle Hélie les ayant rejoints, conduisit son jeune pupille hors de la Normandie , lui cherchant partout , dans les cours étrangères, des

tu CHATEAU D'ARQUES.

défenseurs et des appuis. Eniin, il en trouva un dans Baudouin , comte de Flandre. Le comte , jeune , belliqueux , cédait-il à un simple entraînement de gloire militaire , jaloux qu'il était de rougir sa hache d\in noble sang ou bien était-il mu par une ambition moins noble et moins désintéressée, en se précipitant, comme il le fit, à la tete de ses nombreux chevaliers , sur le Talou? Voulait-il , en cas de succès , faire revivre les droits traditionnels de ses prédécesseurs sur cette contrée, droits consignés dans les antiques archives de son abbaye de Saint-Bertin ? N'était-il pas écrit dans les chroniques de cette abbaye , qu'au temps de Clotaire III ^vers 660), un certain Walbert, comte héréditaire du Ponthieu , de Tournai et d'Arqués , avait donné à saint Berlin , au moment d'embrasser sous lui la vie monastique , la ville et le comté d'Arqués avec toutes ses dépendances? 3 Son aïetd Baudouinle-Débonnaire , fort de ce souvenir, ne s'était-il

' On le .surnommait a la Huchr, de cette arme qu'il portait habituellement , pour eu frapper les malfaitcuis.tur son pavage.

1 « l>c (tonatimie comitatûs ArrlioiiMS. n — C.lironicon vamti Uertini ; Thésaurus nos us, de Marfcne , t. ni , col. 4fi7 , 46».

Page 1