‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 43 sur 141 · AGRESSION DU COMTE DE FLANDRE. U · texte numérisé non relu

AGRESSION DU COMTE DE FLANDRE. U

pas interposé, en io56, entre les moines de Saint-Bertin et les Arquois , au sujet des libertés et privilèges réclamés dans Arques par ces premiers? 1 Son impétueux petit-fils ne pouvait-il pas oser davantage ?

Quoi qu'il en soit des sentimentsqui animaient Baudouin , il se mit hardiment en campagne.

Les frontières du ïalou furent bientôt couvertes de ruines et de cendres ; rien ne put s'opposer à ce torrent. Le roi Henri , forcé de rester spectateur de ces dévastations , prit enfin le parti de se retirer, après avoir mis dans ses châteaux des soudoyers bretons et anglais, car il se méfiait des soldats normands du Talou. Le comte Baudouin s'étant porté avec quelques chevaliers seulement sous les murs du château d'Arqués, car il ne soupçonnait pas qu'il renfermât une garnison aussi nombreuse , fut tout-à-coup enveloppé par des

1 Nous n'avons pas voulu passer sous silence cette tradition; mais nous devons prémunir le lecteur contre ce qu'elle peut avoir d'inexact. Il est bien probable qu'il ne s'agit pas ici de l'Arques normand , mais bien d'un autre lieu du même nom , mentionné en ces termes dans la Chronique de Saint-Bertin : « Àrkas villam * nos tram propr Sancium-AtuUmarum. »

4*6 OUTRAIT n'AHQl'ES.

forces supérieures. Il se défendit comme un lion, se débattit long-temps , couvert de sang et de blessures; enfin, son casque ayant été brisé, un chevalier normand, Hugues Boterel , lui fendit le crâne. Ses compagnons remportèrent mourant ( 1 1 18).

C'était assez de cette terrible blessure pour expliquer la mort de Baudouin, qui suivît île près cette rencontre; mais les chroniqueurs du temps, s'emparant d'une version populaire , qui manquait rarement de se renouveler en pareil cas, veulent qu'elle ait été déterminée par des excès auxquels il se serait livré la nuit même qui succéda à ce combat. Selon Orderic Vital , il aurait mangé des viandes fraîches, bu du vin doux et couché avec une femme 1 . C'était beaucoup pour un homme ayant le crâne fendu ! Un autre historien , Guillaume deMalmesbury, qui s'accorde, du reste, avec notre bon religieux normand Orderic quant à l'article femme , ne parle ni de vin doux , ni de viandes fraîches, mais bien d'une

» « Sequenti oocle tenera* carnes inABducavit.iuuhuuj bibit cl « cum mulkrc coocubuit. » — LU», xu , p. 8U.

BATAILLE DE BRENMULE. 117

oie assaisonnée à l'ail, dont le comte aurait mangé outre mesure.

L'agression du comte de Flandre, qui avait été favorisée par plusieurs seigneurs normands et par le roi de France lui-même, laissa ceux-ci les armes à la main. Guillaume Cliton marchait avec eux. C'était par la frontière de l'est qu'ils s'avançaient sur Rouen, après avoir franchi la ligne de l'Epte et menaçant déjà celle de l'Andelle. On comptait dans leurs rangs Guillaume de Garlande, Mathieu comte de Beaumont, Gui de Clermont , Burchard de Montmorency et Osmond seigneur de Chaumont , voisin et ennemi acharné du pays normand, qu'il avait cent fois ravagé , dépouillant et tourmentant de mille manières les pauvres , les veuves , les moines et les clercs sans défense 1 . C'était ce méchant vieillard, surtout, qui avait poussé le roi de France à attaquer la Normandie, moins

1 « Pere^rinos et paupercs , ac viduas et inermes monachos et «elerîros spoliabat, multisque raodis incesscre non crubescebat.»

Pour donner une idée de sa scélératesse, l'historien ajoute qu'on en parlait jusqu'en Illyric :«Hujus enim infamia usqae in « Ulyricuni narrabatur. » — Orderîc Vital , l.xu , p. 8*5.

pour lui faire prendre en main les droits du tils de rinfortuiié Robert, que pour servir sa propre haine et favoriser ses déprédations. Il devait bientôt en porter la peine. Le roi d'Angleterre, Henri, à la tète de cinq cents chevaliers, parmi lesquels on remarquait ses deux fils Robert et Richard, Henri comte d'Eu, Guillaume de Varenne , Gautier Giffard , Guillaume de Tancarville, vint présenter la bataille à l'armée française dans les plaines du Vexin, à Brenmule ( 1 1 nj >. Apres un combat acharné, les Anglo- Normands mirent en fuite leurs adversaires. Cent quarante chevaliers restèrent leurs prisonuiers. Quant au nombre des morts , c'est à peine si on doit le compter. En effet , a dans cette ba- « taille de rois, où se mesurèrent près de neuf « cents chevaliers, raconte Orderic Vital, j'ai « trouvé qu'il y en eut seulement trois de tués; «car ils étaient entièrement couverts de fer, « et ils s'épargnaient l'un l'autre, par la crainte « de Dieu et par esprit de confraternité. » I.a victoire n'en resta pas moins complète pour 1rs Normands.

Au nombiv de leurs prisonniers était le f;t-

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