RICHARD BAT L'ARRIÈRE-GARDE FRANÇAISE
avec lui. Là , il avait placé ses troupes en embuscade. Après avoir laissé passer le gros de l'armée , il tomba sur l'arrière-garde française , la mit dans une déroute complète, et couvrit le terrain de morts et de blessés :
« Inde revcrtentes , posito Richardus iu arcto
« Cujusdam ncmoris egressu milite multo
» Cum famulis levibus , loca nactus commoda fraudi ,
« Damnîficavit eos , et multos cepit eorum
« Agminis extremi spoliis rebusque gravatos. 1 »
Ce fut au retour de cette campagne que Philippe-Auguste, le 20 août (11 95 ) , étant à Meudon, donnait en dot à sa sœur Alix, en la mariant au comte de Ponthieu Guillaume , le comté d'Eu et la seigneurie d'Arqués, qui étaient rachetables, dans les trois mois , à la volonté du roi de France, par cinq mille marcs d'argent au poids de trois cents*.
Philippe-Auguste remplit- il cette dernière condition du contrat ? L'histoire se tait. Ce qu'il
' PhiUppidos, lib. iv.
• Histoire des Grands-Officiers de la Couronne, t. ui , p. 302.
156 CHATKAt* D'ARQl'KS.
y a de certain, c'est que la seigneurie d'Arqués, ainsi que le comté d'Eu, ne restèrent pas longtemps au comte dePonthieu et à sa femme Alix. Dès l'année suivante, le roi d'Angleterre en était mis en possession.
11»! n'était pas par la force des armes, mais en vertu d'un traité, que Richard-Conir-de-Lion devait rentrer dans le château d'Arqués. Lue des clauses de la convention qu'il venait de conclure avec Philippe-Auguste sous le bouclier', portait : « Au roi Richard resteront : le comté d'Eu, le comté d'Aumale, Driencourt et Arques, avec leurs appartenances. * »
En conséquence , après la fête de saint Hilaire ( le 1 1\ janvier 1 1 96 ) , dit Roger de Hoveden , le roi Philippe remit à Richard le château d'Arqués. La bannière de Cœur-de-Lion ne devait plus en descendre.
Il avait chargé du soin de la planter sur le donjon du château et de l'y maintenir droite et fiere, un de ses compagnons d'armes, Gaufrid
1 • QihmI intrr m* sul> ris \hii carrant. " — Miillauiiir «le Neubrip. • Riyorrl , Reat'it *trt Historiens de France, t. \\u, p. 44.
f.AUFRID DE SAI, GOUVERNEUR D'ARQUES. 157
de Sai , qui Pavait suivi à la Terre-Sainte , et que nous retrouvons auprès de l'illustre croisé, dans les derniers jours de sa captivité, à Spire l . En lui confiant le commandement du château d'Arqués, Richard avait investi en même temps son compagnon d'armes du gouvernement de Ja vicomte, car l'un ne se séparait pas de l'autre; ce n'était que beaucoup plus tard que les deux fonctions devaient rester distinctes.
En sa qualité de vicomte d'Arqués , Gaufrid de Sai touchait les revenus de la vicomte et soldait les dépenses. Le surplus, s'il en existait , était versé par lui dans le trésor royal. Les revenus lui étaient comptés , à titre de ferme , pour une somme fixe, qui était portée à onze cents livres sous Richard-Cœur-de-Lion. C'est ce qui ressort d'un document du plus haut intérêt , découvert il y a peu de temps en Angleterre , et dont nous devons la communication à l'obligeance de M. Jh. Stapleton ; il s'agit d'un rôle de l'échiquier de Normandie, pour l'année
* Charte du 5 janvier 1 194 , pour les Hospitaliers de Jérusalem : Teste Gaufrido de Set... ttpud Spimm. — Archives du Royaume, carton 691.
1 198, qui était conservé dans l'abbaye de Westminster. Voici la traduction de la partie qui concerne la vicomté d'Arqués ; ce rôle est rédigé en latin :
« Gaufrid de Sai doit compte de 3 1 7 1. 6 s. 1 o d. restant de Pancienne ferme de la vicomté et des forets :
Versé au trésor néant.
Payé pour l'équipage et l'approvisionnement de deux navires à expédier au Tréport , par bref du roi 29 1 6 » 8 d
Pour le coût du transport , en Flandre, des vins dont le roi fait cadeau au comte de Flandre *, par bref du roi 3 i5 ■
Pour entretien et nourriture de la nièce du roi , fille de la comtesse de Bretagne, et de ses demoiselles, résidantes à Arques, par bref du roi. 496 x3 8
« Gaufrid est quitte et a, de surplus, 1 1 2 1 8* 6*, qui lui sont comptés ci-après.
1 Baudouin IX , dit de C<m*tantinoplc , avec lequel Richard- «xeur-dc-Lion avait fait un traite" d'alliance l'année précédente. [ l'otr Rymer , t. I , p. 67. )