‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 62 sur 141 · ACCORD AVEC PHILIPPE-AUGUSTE · texte numérisé non relu

ACCORD AVEC PHILIPPE-AUGUSTE

quelques années de là , sa veuve parvint à faire sa paix avec Philippe-Auguste et à rentrer dans le comté d'Eu ; mais elle dut renoncer définitivement à la châtellenie d'Arqués, ainsi qu'à celle de Mortemer qui lui avait également appartenu. Cette transaction ne se fit pas sans un, grand sacrifice de sa part ; elle s'engageait à donner au roi de France aa5oo marcs d'argent, somme énorme pour l'époque. Voici le texte de l'acte qui consacra cet arrangement; il n'est sans intérêt, ni pour l'histoire du château d'Arqués, ni pour celle du temps :

« Moi, iElidis, comtesse d'Eu, je fais savoir, etc., « que, par la grâce de mon très cher seigneur « Philippe, par la grâce de Dieu, illustre roi « des Français , j'ai terminé de cette manière au « sujet du comté d'Arqués ; à sçavoir que mon « seigneur le roi m'a rendu le comté d'Eu , sauf « pour lui le plaid de l'épée et ses juifs, et saufs « les autres justices et services, et le droit que « le comté d'Eu doit au seigneur de Normandie « et ainsi que mon père et ses prédécesseurs les « firent et rendirent à Henri et à Richard , jadis « rois d'Angleterre et à leurs prédécesseurs; et

16* CHATEAi: ï> ARQl tS.

•» de telle sorte que moi, ni mes héritiers, nous « ne réclamerons rien dans Driencourt.

o Ni moi, ni mes héritiers, nous ne réclame- « rons rien dans Mortemer. . . Nous ne réclame- « rons rien non plus dans Arques , ni dans rien « de ce qui appartient à Arques.

« En outre le seigneur roi m'a rendu ce que «• le comte d'Eu , jadis mon mari , tenait de la

• terre de Roumare , quant il alla à Jean , jadis

- roi d'Angleterre. . . Or, moi je ferai au Seigneur « roi , sûreté par moi et mes hommes , que je

• ne me marierai point , si ce n'est par lui ; et

- mon seigneur roi ne me forcera pas de me

- marier.

« Ni moi, ni mes héritiers, nous ne rafler-

• mirons ni ne fortifierons aucuns châteaux , à

• prendre du point où ils sont maintenant, si

• ce n'est par le seigneur roi , et de ce je don- « nerai sûreté au seigneur roi , par moi et par m mes hommes.

- Outre ces choses , je suis tenue de donner

- au seigneur roi , quinze mille marcs d'argent

• à la fête de l' Assomption de la bienheureuse « Marie, cl cinq mille marcs dans la prochaine

GAUFRIl) DE LA CHAPELLE, CHATELAIN'. 167

• fête de tous les Saints, et deux mille cinq cents « marcs dans la prochaine fête de saint Remi , « et de ce je suis tenue de donner bonne sûreté

• à mon seigneur roi.

o Et il est à sçavoir que Gaufrid de la Cha- « pelle, du côté du roi, et Robert de Maleville ,

• de mon coté , recevront tous les revenus et « produits du comté d'Eu à moi appartenants ; « de telle sorte que lesdits revenus et produits « seront portés en décompte de ma dette ci- « dessus écrite.

« Fait à Melun, l'an de Notre-Seigneur m ce xix « au mois d'août. » 1

Le Gaufrid de la Chapelle qui était chargé , par le roi de France , de percevoir les revenus du comté d'Arqués, était fils de Guillaume de la Chapelle, capitaine du château d'Arqués , que nous venons de voir mêlé aux différends du chapitre de Rouen, et auquel Gaufrid avait succédé dans son gouvernement. Ce dernier était en même temps bailli de Caux.

Gaufrid de la Chapelle s'était vu condamné

* Brusscl , Usage des Fiefs , 1. h , ch. xxilll.

aux mêmes occupations pacifiques que son père. Métamorphosé par Philippe-Auguste en intendant et en percepteur d'impôts , il allait aussi prendre siège aux assises de Lillebonne l . Tandis qu'il chevauchait ainsi du pays de Caux au comté d'Ku, entre les collecteurs et les clercs, que faisait l'èpèe du châtelain d'Arqués ? Kl le reposait, veuve de sang et de gloire, dans le fourreau. Son heaume, devenu trop lourd |K>ur son front , son haubert aux mille mailles de fer, se rouillaient appendus aux murs du donjon d'Yrques. Ombres des vieux Normands, que disiez-vous au fond de vos tombeaux ?

La Normandie , si pâle aux yeux de l'historien depuis sa réunion à la France, avait perdu une partie de son importance aux yeux des monarques français eux-mêmes. Cette province était couverte de châteaux forts , dans lesquels les rois d'Angleterre, et Philippe-Auguste luimême à la suite de la conquête, entretenaient garnison et avaient, pour les commander, des

• « Coram (i.mfrulo <lr < apHIa tunr loin porc castillan» Vrihiaium >• — \*>i>i>> 1. il lettonne , aiino 1217.

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