‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 14 sur 187 · ND · texte numérisé non relu

ND

« Vne Teste de marbre noir representant Vne Maure ayant un bandeau autour de La teste et vne plume au dessus, Vne draperie de marbre d'Egypte tombe sur la guesne, et un bout de chemise sur l’Espaulle droite. $

« Vne Teste de marbre noir veiné monté sur une draperie de marbre gris d'Egypte qui forme une guesne » *.

« Vne autre teste de marbre gris representant une mauresse ayant une maniere de turbansur lateste monté sur une draperie de breshe d’orient couurant une guesne de marbre blanc veiné » *#,

« Vne Teste de marbre noir representant Vne bacchante ayant une branche de Lierre autour de la teste monté sur une draperie de breche violette. »

« Vn Terme de marbre gris Veiné represent Vn vieillard ayant une draperie sur la teste et qui couureune partie de la guesne jl paroist les doigts de pieds au bas de la guesne. »

Hormis, peut-être, les deux derniers, d’un style plus classique, ces termes ont dû sortir d'un atelier du midi dela France, s'ils ne venaient pas d'Italie. Quelledifférence entreces maures empanachés, enrichis de fausses pierreries et les termes exécutés sur les modèles de Poussin, que Louis XIV rachetait à la vente de Foucquet pour en orner ses jardins de Versailles ! À défaut de Girardon et de Mignard, dont les conseils lui manquèrent sans doute le jour où il fit cette acquisition,-Louvois aurait pu tout au moins consulter le goût de son maître.

Si, en quittant le Salon de Maures, nous nousdirigeons vers l'aile orientale, la première pièce où nous pénétrons est une antichambre (7) éclairée par trois fenêtres sur les parterres et deux sur la cour; au-dessus des portes, deux peintures de Monnoyer représentent, l’une « vn singe sur vn carreau rouge auec des fleurs », l’autre « vne porcelainedans laquelle il y a des roses, et vn buire d'argent renuersé auec vn vaze d’or derrière ».

“ Château de Compiègne,

De ses deux fenêtres, la chambre suivante (8) regarde les jardins. (Il est à remarquer qu’au château de Meudon les chambres à coucher ont bien moins vue sur l'extérieur que les antichambres ou les pièces de réception : dans les chambres, la moitié des fenêtres est obturée). Cette pièce est décorée de de deux dessus de portes de Monnoyer : « Vn tableau representant déux perroquets, sur vn tapis de brocard d’or, et vne branche de pécher auec deux peches », et « Vn tableau representant vn vaze de marbre rempli de raisins, posé sur vn pied destal et des fruits au bas ».

Une petite pièce donnant sur les parterres conduit de là au Grand Cabinet de l’Encoignure, largement éclairé sur les jardins et sur le village, et orné de « Deux (dessus de portes) l'un de fleurs Et l’autre d'oiseaux ». Le plafond en est décoré d'une peinture en perspective (9).

La pièce suivante, une chambre à coucher (10), domine le village et a, d’autre part, accès sur une des loggie de la cour. Trois tableaux la décorent ; ce sont deux dessus de portes à fleur$ par Monnoyer et une copie du « David jouant de la harpe » par le Dominiquin.

A la saillie que forme le milieu de l’aile correspondent, sur la cour une chambre à coucher, et sur le village, une pièce en plein air avec loggia, flanquée d’un escalier à vis.

Au-delà de cet escalier, se trouve une chambre ornée de deux peintures florales exécutées par Monnoyer pour les dessus de portes, et d’une copie du Saint Sébastien d’Annibal Carrache. :

L'on passe ensuite dans une autre chambre décorée de deux dessus de portes analogues et d’une « Copie de l'Epousaliste de Corrège », encastrée dans le trumeau de la cheminée (11).

Enfin, une dernière pièce, comprise dans la tour qui termine l'aile orientale, a vue sur Meudon et sur Paris : c’est le Cabinet de Glace, que décrit ainsi l'abbé Boutard (12):

« Un lambris de cristal par de vives images Multiplie aux regards les rians paysages De ces lieux enchantez :

Les bois et les vallons y sont representez, L’œil trompé de la Seine y croit voir les rivages »

Si, du Salon des Maures, nous voulons aller visiter l'aile occidentale — celle des grands appartements de réception — nous pénétrons tout d’abord ‘dans une pièce qu’éclairent deux fenêtres sur la cour et deux autres sur le jardin (13). Deux dessus de portes à fleurs, œuvres de Monnoyer, la décorent.

Puis, nous trouvons un nouveau cabinet, orné de dessus de portes du même genre, et un cabinet d’angle, dit « Salon du Petit Pont» où deux baies encadrent une vue charmante des parterres et de la grotte. Par une porte-fenêtre et un pont, cette pièce communique de plain-pied avec la terrasse supérieure.

Du salon, nous passons dans la galerie.

La décoration de cette salle immense, somptueuse, où tout exalte les victoires remportées par Louis XIV, est la grande œuvre de Louvois à l'intérieur du château. Cette galerie triomphale est digne du ministre de la guerre. De larges peintures militaires, exécutées par Van der Meulen et encadrées dans les boiseries, y alternent avec des trophées sculptés en relief, dorés, enrichis de figures et d’ornements ; deux d’entre eux représentent des chutes d’attributs guerriers qui ne mesurent pas moins de dix pieds de haut. Sur chacun des chambranles se voient une tête de Minerve et une dépouille de lion. La voûte de ce vaisseau est supportée par quarante consoles ornées de têtes en ronde bosse et par autant de métopes décorés en moins haut relief (14). Le carrelage est de marbre (15). «Quatre tables incrustées de marbres de différentes couleurs, Deux tables incrustées, les bordures de marbre jaspé et la table d’albâtre d'Orient, unetable incrus-

tée de porphyre, deux de marbre vert, deux de marbre violet, deux de marbre noir toutes montées sur leurs pieds dorés et sculptés»(16)supportent des vases de marbreetd’albâtreets’accompagent d’une série de bustes (17) posés sur des « scabellons tous de marbre incrusté de Sicile avec chapiteaux et bases ». Aux deux extrémités de la galerie, deux niches sont creusées dans chacun des murs latéraux (16). Longtemps le ministre a fait chercher pour les garnir des statues de marbre en Italie ; à la fin, il a fait sculpter en vue de cet emplacement quatre termes ainsi décrits : « Quatre scabellons, figures des Quatre Saisons, marbre blanc, appliqués sur des testes de brocatelle et Sicile, auec des paniers sur leurs testes ». Des deux côtés de chaque niche des trophées sont sculptés.

Les douze peintures de Van der Meulen, hautes de deux mètres soixante, sont d’inégale largeur : aux extrémités de la galerie, des deux côtés de chaque porte, se trouvent des panneaux «arrondis en haut et en bas», {larges de un mètre trente ; les peintures décorant les quatre trumeaux du milieu de la galerie mesurent un mèêtre quarante-six de large; enfin les quatre trumeaux intermédiaires, plus vastes, sont ornés de panneaux d’une largeur de trois mètres soixante quinze. La petite pièce située extérieurement à la galerie du côté parc et communiquant avec elle, comprend quatre grandes compositions militaires de deux mètres soixante sur un mètre soixante-douze (18).

Le sujet de chacune de ces peintures est indiqué en lettres d’or sur la toile même. Presque tous ces panneaux nous ont été conservés, mais leurs dimensions ne sont plus les mêmes qu’autrefois.

D'un bout à l’autre de la galerie, les tableaux se présentent dans l’ordresuivant :

A droite et à gauche de la porte d’entrée, voici deux panneaux arrondis : « Le siège de Déle en été, avec l’armée campée devant cette place; sur le devant paroit des cavaliers ; à droite est

P. Biver 6

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un soldat qui chausse ses souliers près d’un tronc d'arbre. Sur la gauche il y a 3 Palfreniers dont un tient un Cheual Blanc qu’un Seigneur va Monter. » L'inventaire dressé le 22 août 1792 donne cette curieuse identification du «Seigneur»: « La prise de Dôle en hyver (?) sur le devant Mr le Prince de Condé vêtu de rouge et Coëfé d’un bonnet fourré et prêt à monter sur un cheval blanc ». Ce tableau semble perdu.

En pendant à laPrise de Dôle, la « Fille de Courtray, tableau representant une marche : sur le devant M. de Turenne sur un cheual Soupe de lait parle à des officiers dont l’un a la housse de son cheval jaune et brodé d’argent ; un orage paroit faire voltiger les manteaux des cavaliersy. Ce tableau figure actuellement au Louvre sous le numéro 2034.

Sur les trumeaux de la galerie, deux grands panneaux se font vis-à-vis.

L'un est «La prise de Tournay. Sur le devant paroïit un cheval blanc sans selle ni guide, auprès de deux hommes qui fouillent dans une valise. De l’autre côté M. de Louvois écrivant dans sa tente et en Dehors un religieux qui lit sur un coffre ». Cette toile est inscrite au catalogue du Louvre sous lenuméro 2031.

En face, se voit « Un tableau representant Ja prise de Valencienne sur le devant paroït un officier monté sur un cheval roux, il est vêtu d’une redingote rouge avec des gens delivrée auprès de lui, et sur la droite Le Roy montant un cheval Ysabelle commandant son armée, derrière luy un batterie de canon, sur la droite trois arbres et une autre batterie de canon ». Cette peinturé figure désormais au catalogue du musée de Versailles sous le numéro 2042, exposé dans le Salon de l’Abondance.

Au milieu de la galerie, quatre tableaux étroits, arrondis en haut et en bas, montrent :

« La prise d'Ipres, Deux Officiers, dont l’un sur un cheval bai est couvert d'un manteau violet et l’autre sur un cheval

me

alzan couvert d’un manteau bleu. Le devant du tableau est occupé par deux Cavaliers et un cheval chargé de deux pan- niers. » Cette toile existe encore au musée de Versailles sous le numéro 131.

« Une vue de la Ville de l'Eau surledevant paroit Louis XIV monté sur un cheval gris ; ce Prince est vêtu d’un habit bleu paremens rouges et boutonnières d’or.» Ce tableau figure au château de Versailles, exposé dans le Salon de l’Abondance sous le numéro 2039.

« La prisede Fribourg sur le devant paroissent des Cavaliers qui conduisent deux prisonniers » ; selon d'autres textes, ce sont « des déserteurs qui sont emmenés par des archers du grand prévôt ». Cette peinture appartient au musée de Versailles, exposée dans le Salon de l’Abondance sous le numéro 2038.

« La prise de Condé, sur le devant Louis XIV dans une calèche et plusieurs officiers qui fe suivent ». Cette prise de Condé appartient au musée de Versailles et porte le numéro 99 du catalogue.

A ces quatres panneaux succèdent deux vastes tableaux rectangulaires :

« La prise de Luxembourg, sur le devant paroissent plusieurs chevaux que des cavaliers tiennent auprès un homme agenoux qui boucle son soulier. » Ce tableau se voit de nos jours au château de Versailles, dans le Salon de Mars, portant le numéro 2060.

« La prise de Cambray. sur le devant paroit un camp et Louis XIV sur un Cheval tigré donnant des ordres à plusieurs

officiers. » Ce panneau est exposé dans le musée de Versailles, au Salon de l'Abondance, sous le numéro 2037.

Des deux côtés de la porte, sur le mur de fond, l’extrémité de la galerie s’orne de peintures étroites, cintrées en haut et en bas. Ce sont :

« La prise de l'Isle, sur le devant paroit Louis XIV sur un

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cheval tigré vêtu d’un habit bleu, parements rouge, galonné d’or, ce Prince donne des ordres à plusieurs officiers generaux. » Cette prise de Lille se trouve actuellement au musée de Versailles, dans le Salon de l’Abondance, et porte le numéro 2035.

« La prise de Charleroy, sur le devant paroit un Officier general monté sur un cheval bai donnant des ordres à d’autres officiers. » Cette toile est maintenant au château de Versailles, exposée dans le Salon de l’Abondance sous le numéro 2034.

Dans le cabinet qui se greffe à l’occident sur le milieu de la salle et dont les cinq fenêtres ouvrent sur le parc, quatre grandes peintures militaires prolongent la décoration de la galerie. Ce sont : |

« Mastrich ; le Roy monté sur un cheval blanc, plusieurs domestiques sur le devant, et un Palfrenier qui chausse ses bottes. » Après avoir figuré au musée du Louvre sous le numéro 2040 du catalogue, ce tableau a été envoyé au musée de Draguignan le 12 mai 18096.

« La ville et la citadelle de Bezançcon, le Roy a cheval prez d’vn camp. » En 1811, cet toile à été envoyée au musée de Rouen, où elle est toujours exposée :

« Le passage du Rhin, Le Roy monté sur un Cheval Ysabelle avec plusieurs seigneurs, il est vêtu de bleu, deux valets de Pieds qui marchent devant luy sur le devant une batterie de Canon. » Cette peinture se trouve dans le Salon de Mercure, au château de Versailles, sous le numéro 2132.

« Oudenarde, Le Roy est monté sur un cheval Ysabelle et a sa suitte M. de Turenne et plusieurs Caualliers. » Nous ignorons ce que ce tableau est devenu.

De l’extrémité de la galerie, l’on pénètre dans un salon polygonal qu'éclaire une seule baie ; sur la cheminéeest placée Ja copie d’une« Vénus à sa toilette » de l'Albane. Dans les angles, au-dessus de quatre portes de placards se voient quatre médaillons ovales : « Ce sont des copies d’aprez l’al-

bane faites par Vernansal, et Pennes. Le jer représentant . venus qui caresse vn petit amouriqui lui montre vn bouclier, où il y a vn cœur percé d’vne flèche. Le 2nd représente venus qui dort, deux amours auprez d’elle, et deux autres en l'air. Le 3e représente une nirnphe de diane qui coupe les aisles d’vn amour qui dort. Et'le 4 est vne nimphe qui oste un arc à vn amour endormi, et quatre autres petits amours qui dorment. Ces quatre tableaux sont chacun de deux pied 1/2 de haut sur 2 : pied. de large » (17).

Une pièce, contiguë à celle-là, est encore située dans la tour : c’est la chapelle. Sur l'autel est placé un tableau de Corneille l’Aîné : « la Vierge tenant dans ses bras le petit Jésus qui l'Embrasse, dans le lointain on voit Saint Josephe qui fait boir son âne ».

Avec la chapelle se termine la suite des appartements privés et des salles de réception du premier étage.

Le décor des appartements de Meudon est complété par une somptueuse collection de tentures de haute lisse dont la liste nous est connue (16) ; ce sont : « 5 pièces de tapisserie du Triomphe de l'Amour, 4 pièces de tapisserie de l'Histoire de Joseph, 5 pièces de tapisserie de l'Histoire de Loth, 8 pièces de tapisseries des arcades, 8 pièces de tapisserie des berceaux, 7 pièces de tapisserie de feuillages,9 pièces de tapisserie de grotesques dontil yacinq pièces à fond noir et quatre àfondblanc, 7 pièces de la tapisserie de la Pucelle, 7 pièces de la tapisserie dont le sujet est Salomon et la reine de Saba, 8 pièces de tapisserie de l’histoire de Moïse, 6 pièces de tapisserie toute neuve représentant les douze mois de l’année, 8 pièces de tapisserie de Bruges à fond rouge représentant des chasses, 8 pièces de tapisserie de l'Histoire Sainte, 8 pièces de tapisserie d'Oudenarde dont le sujet est des chasses, 9 pièces de tapisserie anticque de Flandres, 8 pièces de tapisserie de Bruxelles toute neuve, dont le sujet est Meleagre et Atthalante, 10 pièces de tapisserie representant les chasses de Diane », plus douze ver-

dures. Le même inventaire conserve le souvenir detentures murales en velours, en damas, en satin brodé et en point d'Angleterre, de plusieurs lits « garnis d’oret d'argent», de mobiliers en bois sculpté et doré garni de velours, de brocatelle, « de point à la turque », de tapisserie ou de canne anglaise, enfin de « 2. guéridons marquettés d’estain avec filets d’ébène noir par compartiments ».

La décoration intérieure du château de Meudon, riche et assez monotone, peut donc se résumer ainsi : une profusion de peintures florales, beaucoup de tapisseries, de tableaux copiés sur les maîtres italiens, de marbres sculptés d’un goût au moins médiocre, et un seul ensemble vraiment original et grandiose : la galerie.

Cette galerie, que possédera un fils de France, demeurera presque intacte jusqu'à la Révolution. L'abbé Boutard la célèbre en ces termes :

« Un portique à mes yeux offre de toutes parts L’aftreuse image de la guerre,

Le monarque des Lys dans l’appareiïl de Mars Et des citez les orgueilleux remparts Que met en poudre son tonnerre » (11).

Le bon abbé se laisse emporter par sa muse : « l’image de la guerre » que nous présentent les tableaux de Van der Meulen n’a rien d’affreux, et Louis XIV n’y apparaît jamais en dieu Mars. Ce sont là des peintures anecdotiques, sans allégories, presque bourgeoises, telles enfin qu’un artiste flamand les devait faire pour orner le château d’un ministre puissant, mais d’origine modeste et demeuré, malgré le degré d'élévavation où il était parvenu, « d’un esprit tout tourné aux détails y (Saint-Simon).

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