‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 15 sur 187 · MODIFICATIONS APPORTÉES A L'EXTÉRIEUR DE MEUDON · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS APPORTÉES A L'EXTÉRIEUR DE MEUDON

Non content de transformer les appartements, Louvois veut modifier l'aspect extérieur du château. Ses travaux visent à deux fins : ajouter à la richesse des façades sur la cour et l’avant-cour ; dégager complètement les abords de la résidence. La première opération, en rendant l'édifice plus pompeux, altérera désormais son joli caractère Renaissance, fortcompromis, dès 1657, par l'érection du pavillon central. La seconde, sujette à une révision ultérieure, donnera pour la première fois toute leur valeur décorative aux travaux de terrassement effectués par Servien.

Chronologiquement, la création de l’avant-cour précède les transformations apportées au château lui-même ; elle réalise les derniers projets du surintendant des finances, projets abandonnés ensuite par le marquis de Sablé, et repris par le nouveau propriétaire, Saint-Simon, dans un texte déjäcité, dit, en parlant de la terrasse de Meudon, qu’il était donné à Louvois de la mener à sa perfection.

Pour permettre lelibre accès de la terrasse, il était nécessaire de supprimer le vieux mur en demi-lune de la cour et le petit arc de triomphe sous lequel avaient passé les cortèges de François [er et de la duchesse d’Etampes. Respecté par Servien + le témoignage des deux voyageurs hollandais est décisif sur ce point — ce dernier vestige du vieux Meudon fortifié va disparaître. Dans une gravure de Pérelle, exécutée après 1658,

sans doute au lendemain de l'acquisition du domaine par Louvois, nous retrouvons la cour fermée par la demi-lune; mais le mur abaissé, aminci, a perdu son allure défensive : douze chaînage de pierre décorés de bossages et surmontés chaque fois d’un vase, remplacent les grands contreforts moulurés ; l'arc de l'entrée a été sectionné : une grille ouvragée tient lieu de porte centrale et les passages latéraux, dégagés par l’abaissement du mur, servent de piédestaux à deux grandes statues assises armées et casquées.

Un autre aspect de la cour nous est révélé dans une gravure. d'Aveline (fig. 8). Le mur est rasé; la cour, de dimensions sensiblement réduites, est coupée légèrement en-deçà des tours par la ligne droite que dessinent les douves. Celles-ci, murées et entourées de balustrades de pierre, sont traversées par un pont-levis. Détail curieux : ce fossé droît et tout uni, qui épouse les deux tours, n’est point du tout dans le goût de l’époque ; il ne ressemble en rien aux fossés décoratifs sicontournés dont se parent les châteaux construits en cette fin de siècle. On le dirait copié sur les douves conçues en 1624 par Philibert le Roy pour Versailles et sa rigidité archaïque le fait cadrer à merveille (fig. 8) avec la simple majesté du château de Meudon.

Au delà de la cour s'étend la vaste terrasse de Servien que, désormais, on désignera du nom d’avant-cour. Elle est ornée de deux pièces de gazon que protègent des barrières. Dans la direction de Paris, un fossé aux parois revêtues de pierre, orné de bossages et de balustres, limite cette esplanade ; un pont est jeté par dessus le fossé; uneporte massive, aux épais vantaux de bois,en commande l'accès. Sur la face qui domine le village, des balustrades terminent l'avant-cour. De l'autre côté, un long mur de soutènement la sépare des futaies du parc, de niveau plus élevé. Œuvre de Servien, au moins en majeure partie, ce mur est revêtu de panneaux de brique séparés de distance en distance par des contreforts moulurés du

à Fert pur thswhire Aire privddu Roy pe

ke dre À hareau de eMeudor «

(A veline).

Fig. 7. — La grotte de Meudon restaurée par Servien.

Pelle ét Dr pectuLe ilRak'au 4 or LPO Éerla rit ct Hlenrieur de Louxor su. ou panantine Furet ae prisdlege de Roy

| (A veline)

Fic. 8. — Les fossés droits et l’avant-cour de Meudon,

plus noble effet. Cette somptueuse décoration est prolongée par Louvois, parallèlement à l'aile de la galerie à l’ouest. Depuis le ressaut qu’elle dessine un peu en avant du château, jusqu’au pont qui la relie à un salon du premier étage en face des parterres, la terrasse supérieure est couronnée de grands pots à feu en pierre. Tous ces travaux achèvent de dégager et de régulariser le flanc occidental de la demeure dont les abords étaient longtemps restés dans un état chaotique (voir la gravure de Pérelle, fig. 5) : partiellement debout, partiellement remplacé par une clôture de planches, le vieux mur élevé par le cardinal de Lorraine faisait vis-à-vis à un talus inculte et abrupt. Les petites constructions qui déshonoraient le château sur sa face symétrique, au-dessus du village, sont rasées. Enfin, trois nouvelles grilles sont scellées ; l'une est posée entre la terrasse supérieure et l’aile de la galerie; l’autre, en pendant à celle-ci, commande l’étroit passage en terrasse qui longe le château, la dernière barre ce passage là où il débouche sur les parterres.

La façade latérale qui domine le village de Meudon est l’objet des sollicitudes de Louvois. Un joli dessein à la plume exécuté entre 1680 et 1685 dans la manière caractéristique de Pérelle, nous en précise le détail (1}. Louvois souligne la saillie que forme l’élégant avant-corps de la Renaissance en construisant immédiatement au-dessous de la porte cintrée du château un escalier à double degré décoré de bossages. Celuici mène de la terrasse aux vignobles et au village. Le palier de cet escalier, « l’Escalier d’Aristote », est supporté par deux grosses colonnes détachées derrière lesquelles se creuse, à même la terrasse, une pièce ornée de deux niches, le Belvédère (2). Un autre degré souterrain mène de l'angle sud-est des fossés de la cour au pied de la terrasse : c’est l’escalier du Vois-tu Goutte, dont le nom pittoresque traversera les siècles (fig. 9).

Une fois encore, Louvois change le mode de fermeture de

la cour. Il fait remblayer les fossés dont il a ordonné la création et il en trace d’autres qui entament l’avant-cour. Plus larges que les précédentes, ces douves nouvelles, d’un dessin mouvementé formé d’angles saillants etrentrants, de lignes droites et de lignes courbes, laissent en avant des tours du château, un passage qui mène de la cour aux flancs de l’avant-cour. Au milieu se trouve un pont-levis gardé par deux guérites de pierre (3); des pièces de gazon tapissent le fond de ces fossés neufs, probablement dus à Mansart (Voir la gravure de Silvestre dédiée à Louvois et le plan 3). Ainsi la cour du château gagne en grandeur et se prête plus aisément aux évolutions des carrosses ; par contre, les assises des tours, si bien dégagées et mises en valeur dans leur mâle sveltesse par des socles à gros bossages, sont à présent enterrées : le château tout entier en est appesanti et semble s’écraser dans le sol. On a lieu d’être surpris de ces fréquentes et coûteuses modifications voulues par le même ministre qui s’absentait avec éclat de Marly « sous prétexte de s’aller reposer dans son superbe Meudon, plutôt que de se prêter aux goûts et aux fantaisies de faire et de défaire » (4). Louvois aurait-il subi à son insu, l'influence de son maître P

Dans la dernière période de sa vie, Louvois probablement choqué par toutîce qu’il restait de lignes Renaissance et d’élégances archaïques dans la cour de son château, décide d'en moderniser l'aspect. La gravure de Silvestre mérite sa dédicace à Louvois car elle reflète cette œuvre finale : le surintendant s'y révèle, d’ailleurs, inférieur à sa tâche. Ici, aucune de ces originalités et de ces trouvailles qui se rencontrent dans les plans inspirés, retouchés ou crayonnés par le roi; mais une somptuosité pesante qui empâte toutes les formes.

Louvois place au fronton de sa demeure les armes des Le Tellier : d'azur, à trois lézards d'argent posés en pal, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d’or. Cette marque de possession ne sera pas effacée avant 1726. Quant à la décora-

-seg suipief sos jo uopnapy — ‘6 ‘oi

‘(oroioa 2p uissoq)

Page 1