INSTALLATION DU GRAND DAUPHIN AU CHATEAU DE MEUDON
LE CHOIX DES APPARTEMENTS, — LE GRAND APPARTEMENT FRAIS. — CRÉATION ET DÉCORATION DE L'ENTRESOL.
Le 2 juillet 1695, le dauphin arrive à Meudon, où, pour la première fois, il va passer la nuit.
Il a choisi pour y loger l’Appartement des Berceaux, situé au rez-de-chaussée de l’aile orientale ; il occupe là les dernières pièces, comprises entre la façade du château donnant sur les jardins, et la loggia Renaissance qui domine le village.
De la salle d'angle, devenue son cabinet, Monseigneur à vue, d’une part, sur la grotte, les parterres et les bois de Trivaux, et, de l’autre, sur les jardins bas, les bois de Clamart, les collines d’Issy et de Vanves ; dans le lointain, il aperçoit Paris.
Les deux pièces suivantes servent au dauphin de chambre et de salle à manger ; enfin, de la quatrième pièce, qui, à l’intérieur de la cour, correspond à la saillie formée par la loggia du côté du village, l’on accéde à la terrasse par un perron : c’est ce qu’on appelle le buffet du prince.
Le roi, quand il viendra à Meudon, résidera au premier étage, dans les vastes pièces qui relient le Salon d’Angle, ou Salon du Petit Pont, sis au bout de la galerie, au Salon des Maures (1).
Saint-Simon, trompé par la dissimulation habituelle à Mme de Maintenon et par la nature peu expansive du dauphin, les a toujours crus hostiles l’un à l’autre. Il semble qu’il n’en ait rien été. À Meudon, l'épouse morganatique sera traitée en reine : Monseigneur lui offrira, de l’autre côté du Salon des Maures, l’appartement symétrique à celui du roi. Nous le verrons s’ingénier à rendre cette installation non seulement luxueuse mais commode et agréable.
Pour Mile Chouin, le dauphin aménage un petit entresol, communiquant par un degré secret avec son propre appartement (2). Le même escalier reliera le logement de Mile Chouin aux pièces qui, par leur disposition, répêtent l'appartement des Berceaux à l'étage supérieur. Celles-ci, après transformation, serviront à Monseigneur pendant la saison froide.
Mme la Duchesse, intime amie du dauphin, occupera au rez-de-chaussée de l'aile orientale l’appartement qui fait suite à celui du prince (3). |
La princesse de Conti sera logée au-dessus, et, de son cabinet des glaces, elle jouira de la plus belle vue que, du chàâteau de Meudon, l’on ait sur Paris.
Le vieux gouverneur de Meudon, Joyeux, habitera dans l’entresol que le prince fait établir sous l'extrémité sud de la galerie et le Salon du Petit-Pont ; les deux autres entresols, compris sous la galerie et le Salon des Albanes, seront destinés à l’officier commandant les gardes du corps et au concierge du château.
Au rez-de-chaussée, deux des pièces ainsi coupées dans leur hauteur deviendront l’une, la Salle des Gardes, l’autre, le « Gobelet Pain & Vin ». Au delà, des logements seront réservés pour les officiers de la bouche (1).
Sous les combles demeureront les « Chirurgien de quartier, Escuier de quartier, Valets de pied, huissier, Tapissier de quartier, Valets de chambre, Valets de Garderobbe, huissier du bureau, officier de fruiterie, Exemp des gardes du Corps,
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pourvoyeur de l'écurie, Mrs Bontemps, M: Casow (1). Là encore, sont situés le garde-meuble et la fourrière.
Dans les entresols de la Basse-Cour des Ecuries, intitulée à présent Cour des Offices, se trouveront l'appartement du chapelain et un second logement du concierge (4).
Dès le mois de juillet, Monseigneur fait travailler à son appartement des Berceaux. Tout d’abord, il s'occupe d’ameénager à son gré la vaste salle située à l'angle sud-ouest du château et dont il fera-son cabinet. Pour remplacer la cheminée de pierre, il commande à Hubert Misson une cheminée en marbre vert de Campan (5).
Le 7 décembre 1695, « Monseigneur, écrit Dangeau, ne sortit point du château de Meudon. Madame la duchesse de Chartres et Madame la Duchesse, qui avoient couché à Paris, allèrent faire collation avec lui dans son entresol». C’est l'inauguration du cabinet nouveau « boisé à la Capucine », petite pièce contiguë au grand cabinet d'angle du premier étage : elle s’éclaire par une imposte ouvrant sur les parterres (1). Ce Cabinet à la Capucine est entièrement lambrissé de chêne naturel, sculpté et vernissé, d'où sa couleur brune
et sa dénomination. Le peintre Cirou a verni les boiseries (6)
tandis qu’un admirable ciseleur, Domenico Cucci, encastrait dans un encadrement de bronze doré (7) la glace que Briot posait sur la cheminée selon une conception décorative toute récente à cette époque (8). D'aspect plus nerveux et plus chaud que s'ils étaient rechampis en blanc et or, ou peints en faux marbre, les panneaux ornés de reliefs gardent sous le vernis toute la délicatesse des plus petits coups de ciseau. Monseigneur semble être le promoteur de cette mode nouvelle qui, vers l'an 1720 seulement, jouira d'un succès incontesté.
Ainsi, cette pièce exiguë marque à Meudon une étape dans fa transition du style dit Louis XIV au style dit Régence. Le dauphin a une prédilection marquée pour ses: petits appartements, En ce même mois de décembre 1605, il quitte l'appartement des Berceaux, dont les vastes pièces sont directement exposées au vent d’est, pour aller loger dans ses entresols à peine aménagés. L'appartement des Berceaux, que Monseigneur dénommera son Grand Appartement Frais, ne lui servira que pendant la belle saison.
Le château revêt sa livrée d’hiver : des doubles fenêtres sont posées dans les principaux appartements, et, entre les chassis vitrés, l’on accroche des « paillassons de couty rayé de deux costez remplis de laine de quinze pieds de hault auec leurs cordons de fil de plusieurs couleurs » (9) ; des brasiers de fer forgé à bassins de cuivre (10) réchauffent les offices; des grilles à branches, pommes et pyramides de fer poli sont placées dans les cheminées, et, dans celles de l'appartement du roi, on met des « plaques (chenêts) de bronze doré d’or moulu denuiron dix pouces de hault sur six pouces de large à deux branches suportées par vne teste de Diane »(11).
Néanmoins, le vieux souverain ne « trouve pas ici son logement commode » (12). Le 27 octobre, il a dit à son fils qu'il préfère l'appartement de Mme de Maintenon. Aussi, le 6 janvier, en vue de son prochain séjour, Louis XIV, de passage à Meudon, « règle-t-il beaucoup de petites choses pour les logéments avec Monseigneur » (13). Il fait transférer ses meubles
dans l'appartement de Mme de Maintenon : la première pièce qui se trouve après le Salon des Maures devient son cabinet (plus tard, Cabinet des Glaces); la seconde, sa chambre; et le cabinet d’angle sera commun au roi et au dauphin : on y pla- . cera un billard. Mme de Maintenon occupera désormais au premier étage l'appartement de la princesse de Conti, à la suite de l'appartement de Monseigneur. La princesse de Conti montera au second étage et logera au-dessus du roi.
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Le duc et la duchesse d'Orléans reprendront les anciennes salles royales situées entre le Salon des Maures et celui du Petit Pont : en effet, Saint-Simon nous apprend que le roi traversait l'appartement de Madame pour se rendre à la chapelle (14), et tout autre itinéraire eût forcé le souverain à passer par le grand degré central pour emprunter ensuite le petit escalier à vis de la tourelle carrée qui flanquait la galerie au nord-est. Devenue veuve, Madame changera de logement ; mais rien ne nous précise l'endroit où se trouve « l’Appartement du Jeu » que la Palatine occupera lors des « Meudons » futurs (15).