‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 31 sur 187 · RATES · texte numérisé non relu

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Maintenon et de la princesse de Conti des boiseries dorées par Dufaux et Desauziers (31). Lespingola, Carlier et Lochon (32) contribuent à la décoration des cheminées ; les ornements en bronze sont dus aux deux premiers, les moulurations en bronze doré à ce dernier. Ce même Julien Lochon, qui cisèlera, quelques années plus tard, la fameuse serrure de la chapelle de Versailles, décore à Meudon tous les appartements officiels de gonds, de serrures et de verrous en bronze doré. Partout on fixe de grandes glaces.

Bertin et Lespingoia (33) ornent de stucs le plafond du cabinet du roi. Les miroirs, dont cette pièce est revêtue entièrement, sont encadrés par Marin Bellan, Jules Dugoulon, André Goupil et Delalande (34), quatre des meilleurs sculpteurs sur bois de Versailles. Choulier (35) est chargé de dorer à la fois les lambris et les bordures de glaces.

Dans la chambre du roi, le trumeau de la cheminée est ouvragé par Delalande (36). Pour le cabinet en glaces de Mme de Maintenon, Claude Tarlay sculpte une cheminée de marbre (37).

A l'automne 1701, avant le voyage annuel de la cour à Fontainebleau, Mansart reçoit l’ordre (38) d’ « Abbattre touttes les cloisons de Separation de l'appartement bas agauche joignant celui de Monseigneur pour y faire Les deux appartemens de Monseigneur Le Duc et Madame La Duchesse de Bourgogne... etles ornementer richement ». Il s’agit de l'ancien appartement de la marquise de Louvois, situé entre le vestibule et le Grand Appartement Frais de Monseigneur et ayant vue sur les parterres. On y crée des « chambres, cabinets, entresols, le tout boisé »(39).

Le sculpteur Bertin s’est vu charger, en 1698 (40), de modifier quelque peu l’ornementation de la galerie. Pour obéir au goût du jour, quiproscritles beaux pavements de marbre(41), celle ci est dépouillée de son carrelage précieux auquel on substitue un parquet à compartiments,

CHANGEMENTS APPORTÉS A L'EXTÉRIEUR DU CHATEAU.DE MEUDON. CONSTRUCTION DE L'AVANT-CORPS DU Mipi (1699). LE MANQUE DE LOGEMENTS.

La décoration intérieure de Meudon n'est pas seule à être modifiée par le dauphin. À l'extérieur du château, le gros œuvre subit d'importantes transformations sous la direction de Mansart. Vérité ou légende, Saint-Simon (42) affirme que le prince, dont les divergences de goût avec le roi sont sensibles, aurait bien voulu se passer du Premier Architecte de Sa Majesté.

La cour est fermée par une nouvelle grille qu’a forgée Thomas Vallerent (43). Dans la cour, on pose également quatre masques de pierre d’où sortent des canons; ceux-ci servent de gargouilles. Mais le grand travail décidé le 1° mai 1699 consiste, ainsi que le note Mansart, à «démolir le pavillon du milieu de l'aile regardant Paris, et le bâtiment a refaire a la place, de fond en comble. Ils couteront pour maçonnerie, Charpente, couuerture, racomodemens et retablissement au vieux bâtiment, pour menuiserie, sculpture, ferrûre, bronze, marbres, glaces, dorûres et généralement tout ce qui conviendra pour le finir enuiron.… 60.000 livres » (44).

C’est la condamnation du petit avant-corps de la Renaissance qui dominait le village. Le nouvel avant-corps, tel que Mansart l’a dessiné, tranche nettement avec le style de l'aile à laquelle il se greffe. Le rez-de-chaussée comprend deux fenêtres et une porte cintrée ; au premier étage, des consoles décorées soutiennent un grand balcon ; au-dessus de la corniche, un attique percé de trois baies supporte un fronton aux armes du dauphin; des fenêtres s'ouvrent latéralement

à chaque étage : le toit en bâtière, très peu incliné, contraste avec les faîtages aigus du reste de l'édifice (fig. 33).:

Louis XIV s'intéresse à la construction de l’avant-corps. Le 18 août, revenant de la chasse, il s'arrête pour examiner les travaux (45). Pendant le voyage de Fontainebleau, l'architecte du roi active le zèle des entrepreneurs (44), Levé et Blanchard, qui achèvent de construire en belle pierre de Saint-Leu le mur de la façade (46). 11 presse le serrurier Joseph Rouillé(47), qui pose la rampe en fer forgé de l’escalier neuf et ses collègues, Alexis Fordrin et Denis Caffin (47), occupés à sceller le grand balcon central de l’avant-corps et les deux autres balcons latéraux, pour lesquels des consoles de pierre ont été insérées dans l’aile orientale. Mazeline et Cornu (48) sculptent le nouveau fronton et les deux belles chutes d’attributs militaires qui ornent le premier étage de l’avant-corps. On achève le pavage blanc et noir de la salle basse. Le 24 octobre, au retour de Fontainebleau, le travail est terminé, « Monseigneur a trouvé à Meudon tous ses bâtiments achevés, et rien n’est si magnifique que son appartement » (Dangeau).

En effet, le grand appartement du dauphin se trouve assez sensiblement agrandi; le vieil escalier à vis qui aboutissait à la loggia Renaissance a été supprimé, à la place de célle-ci une belle salle ouvre sur un large balcon. La pièce du fond qui s’éclaire sur la cour, a été élargie et mise en communication par un petit degré neuf avec l’'Appartement Frais de Monseigneur. Ainsi, sans prendre le grand escalier que l’on établit dans l’aile orientale et sans être vu, le prince pourra passer d'un de ses appartements dans l’autre, ou bien monter jusqu'aux entresols occupés par Mlle Chouin. Cet « escalier secret », étroit et dangercux — Joyeux en tombant s’y cassera une côte — se nommera communément « le petit degré de Monseigneur » (49).

La cassette du prince suffira-t-elle’ à toutes ces dépenses ? Louis XIV ne le croit pas et veut éviter à son fils des embarras

pécuniaires. Dangeau écrit le 3 mai 1699 : « Monseigneur n'avoit que 1.500 pistoles par mois, et le roi présentement lui fera donner 50.000 francs par mois, et le roi paye de plus toute la dépense qu'il fait dans ses bâtiments de Meudon ». Eu réalité, Louis XIV ne paiera jamais qu’une partie des travaux faits à Meudon par Monseigneur. , »

Des renseignements intéressants nous sont fournis par l«Estat de la dépense à faire pour les ouurages et reparations des châteaux de Meudon et de Chauille pour l’année 1701 » (50), où figurent les trois devis suivants :

« Tous les Logemens de la grotte a boiser de menuiserie coûteront par estimation la somme de 12.000 livres. » Monseigneur, effrayé par le total des dépenses proposées, a biffé cette mention et noté en marge : « remis en 1702. »

« Le nouveau comble à faire sur la gallerie auec les aparmens en la hauteur de deux étages à faire dans le dit comble coûteront.. 52.000 livres » ;

« La nouvelle chapelle à faire dans la petite cour coûtera par estimation, la somme de... 118.000 livres» ; mais, encore cette fois, le dauphin recule devant la dépense et marque : « remis à faire en 2. ans, le fonds de 1701. est de 60.000 livres ».

Meudon n’a pas encore de chapelle, car on ne saurait désigner ainsi le petit oratoire qui servait à François ler. Le dauphin souhaite d'élever une chapelle où il puisse suivre les offices avec toute sa cour, mais il recule longtemps devant cette dépense importante.

Son plus grand souci est de loger ses courtisans ; car il est difficile à beaucoup d'invités, malgré la proximité de Paris et de Versailles, de rentrer chez eux à une heure commode ; et ce château de Meudon qui, après son départ de Choisy, semblait à Monseigneur grand et logeable, ne fournit plus assez de chambres.

Le dauphin étudie donc le moyen d'agrandir les bâtiments de la Cour des Officiers pour y loger non seulement des subal-

ternes mais aussi des invités (51). Dès le mois d’avril 170o1,en attendant la mise au point des projets qu’élabore Mansart, le prince fait transformer en chambres les cabinets de la grotte (52). Au rez-de-chaussée, dans le pavillon central, on laisse subsister la grotte proprement dite et dans celui de gauche l'habitation du suisse, mais le rez-de-chaussée du pavillon de de droite fournit un logement pour deux invités. Au premier étage, on conserve le Salon central, mais dans chaque aile, on installe trois lits. Au second étage, le pavillon du milieu renferme quatre lits et chacun des pavillons latéraux six lits. De cette façon, dix courtisans pourront loger dans « les apartemens nœufs de la grotte » : déjà, le 2 mai 1696, Doublet (53) apporte les lits qui leur sont destinés. L'aménagement de ces logis montre la justesse d’une remarque de Spanheim, d’après lequel le dauphin était «également ami du faste et de l'épargne» (54) : le velours cramoisi qui tapissera l’un des appartements de la grotte sera partiellement neuf et partiellement décloué d’un «cabinet boisé du petit apartement du Roy à Versailles».

Réciproquement, quand une étoffe n’aura plus son emploi à Meudon, on l’utilisera à Versailles, comme le prouve cette mention d’une tenture enlevée ce même 2 maï, «Pour réparer les ornemens des chaloupes qui sont sur le canale de Versailles », un autre damas, retiré le même jour de Meudon, garnira un meuble que Monseigneur a fait exécuter pour Marly (52). Les mutations de ce genre sont constantes.

Dès le début de juillet 1696, les nouvelles chambres de la Cour des Offices et de la grotte sont occupées ; Dangeau écrit à la date du 7 : «Il y a encore plus de courtisans à Meudon qu'il n’y avoit accoutumé, par ce que les logements sont augmentés ». Mais les logements créés dans la grotte ne semblent pas au dauphin assez dignes des gens de qualité qu'il veut y héberger. Sur son ordre, pour compléter l'installation sans faire les frais d’un lambrissage somptueux (55), on recherche « toute La bonne menuiserie que l'on pourra ramasser dans

le magazin pour la faire seruir a boiser quelques Logemens de lagrotte » (56). Ce texte fait allusion aux éléments de boiseries que Monseigneur à fait retirer de son appartement et celui du roi.

Les deux étages que le dauphin veut élever au-dessus de la galerie, dont les toitures sont un peu plus basses que celles de l’autre aile et les combles inutilisés, coûteront fort cher pour procurer des logements peu confortables (57). Nous verrons le prince, conseillé, sans doute par son père, abandoner bientôt cette idée et donner au château une belle et importante dépendance.

Dans des jardins hauts, le roïdécide la suppression du Parterre et du Bassin du Pont, créations de Louvois et de Le Nôtre (58). Leur présence n’est pas compatible avec Ia création de l’annexe à laquelle songe Louis XIV : au lieu de surélever une aile du château. il veut créer, de l’autre côté de « la petite cour », plusieurs appartements qui remplaceront les offices dans l’éperon de la terrasse haute. Le roi mürit ce projet d’agrandissement et de tranformation de la cour des offices durant les trois jours qu’il passe à Meudon au mois de mai 1701. Le premier juin, la chose se décide et Dangeau note en son journal: « Le roi, sur les quatre heures, alla à Meudon, où ilse promena avec Monseigneur jusqu’à la nuit ; il conseille à Monseigneur d’y faire plusieurs embellissements nouveaux, dont il lui en a donné les dessins et dont il fera la dépense ».

Le 19 mars, le dauphin eut une très grave attaque à Versailles (58) et il semble que cette alarme réveilla la tendresse de Louis XIV pour son fils. Cette chapelle, dont le dauphin remettait la construction à 1702 par économie, le roi en fait faire les dessins, voulant que l’on ytravaille tout de suite. De même Louis XIV a élaboré avec Mansart ce projet d’agrandissement, aux dépens dela terrasse haute, des offices transformés en logements pour les invités de Monseigneur. Les plus belles

pièces de cette annexe prendront jour sur la longue etétroite Terrasse des Marronniers où, selon Dangeau, le roi aime tant à se promener : aussi, les bâtiments nouveaux seront-ils dénommés l’Appartement des Marronniers.

Enfin, corollaire indispensable, les offices,qu’il faudra transferer ailleurs, seront reportés à l'entrée de l’avant-cour dans les bâtiments du chenil de Louvois. Avant même de détailler les plans de la Chapelle et de l’Aïle des Marronniers, Mansart dessinera les bâtiments des écuries nouvelles, des basses-cours et du corps de garde, qui s’élèveront à l'extrémité du nordest de l’avant-cour, plans et élévations qui nous ont été conservés (59). Au mois d'octobre, il étudiera les soumissions des entrepreneurs (60); à la Toussaint (61), il fera commencer les fouilles. Ces constructions seront rapidementmenées à bien et plusieurs services de l’ancienne Cour des Offices y seront installés. A partir de ce moment, on pourra étudier les projets relatifs à l’annexe du château.

Les nouveaux communs (encore debout à l’heure présente) sont formés par deux bâtiments parallèles dont les jonctions déterminent trois cours. La vieille petite cour du chenil de Louvois subsiste avec sa porte décorée.de bossages ; elle est suivie de deux cours neuves demême largeur, mais beaucoup plus longues. Ces constructions comprennentdix-huit remises et des stalles pour deux cent quatre-vingt un chevaux. Les mansardes fournissent des logements en abondance ; elles sont assez basses pour ne pas intercepter la vue de la terrasse de Bel Air. En avant de ces constructions s'élève un très longbâtiment non mansardé, le corps de garde, séparé des communs par un large corridor à ciel ouvert.

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