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L'AILE DES MARRONNIERS

Le dauphin, séduit par la beauté du Quinquonce des Marronniers et par la vue merveilleuse de cette avant-cour d'où l'on découvre toute la plaine de Paris, décide de créer dans la nouvelle dépendance du château de grandes pièces de réception et de s’y aménager pour lui-même un logement, le quatrième dont il disposera à Meudon.

Un plan, où les bâtiments de l’ancienne cour des offices sont teintés de noir et les parties projetées indiquées en rouge (1) nousinitie aux travaux qui doivent étre exécutés par les maçons Pierre Le Maistre et Jacques Varignon sous la direction de Mansart.

Le saillant de l’ancienne terrasse haute ne subira aucune modification extérieure : les murs garderont leur fruit et les grandes gaines moulurées qui contrebutaient la poussée des terres ; entre ces contreforts seront percées les baies et les portes-fenêtres. La cour intérieure sera complètement modifiée : sur elle s’ouvriront trois étages de petites pièces établies dans les batiments.

Partant du Salon des Albanes ou Salon Octogone, la dernière pièce de l'aile occidentale, une galerie suspendue reliera le premier étage du château à l’Aile des Marronniers. Les trois arceaux de ce passage couvert seront symétriques aux trois arches du Petit Pont qui joint le salon dit du Petit Pont à la

Tant

FiG. 23. — Le château de Meudon, la Galerie du Petit Pont

et l’Aile des Marronniers.

7 net .… tesmepee

SR et

PLAN 5. — Le château de Meudon, sa chapelle, l’Aile des Marronniers.

nue

terrasse haute. Ce passage devra aboutir aux salons de l’annexe ; mais ces salons nouveaux ouvrant sur le Quinquonce des Marronniers se trouveront au rez-de-chaussée : il sera donc nécessaire d'établir dans la construction neuve un escalier et un assez long passage à la suite du pont. Deux solutions se présentent à l’esprit de Mansart, traduites en deux projets (2) qu’il soumet au dauphin. Ce passage, qui portera le nom prétentieux de Galerie Neuve, dans le premier cas contournera sur deux faces la cour des Marronniers ; ou dans le second cas, iongera intérieurement le mur de l’ancienne terrasse « étant à la belle veuë sur l’avant-cour ». Ce dernier projet est le plus coûteux : — 60.g60 livres au lieu de 49.812 livres. — Monreigneur adopte finalement le deuxième devis.

Sur trois faces de l'ancienne Cour des Offices, les petits appartements occupent une simple épaisseur de bâtiment ; mais au sud s'élèvent deux corps de logis parallèles séparés par un étroit passage à ciel ouvert.

La porte qui donne accès dans l’Aile des Marronniers, située vis-à-vis des fossés, est cintrée, tout unie (fig. 23), plus en rapport avec les anciens offices qu'avec les logements et les luxueuses pièces de réception auxquels elle sert d’entrée :

Ces pièces de réception s'étendent sur la largeur de la Terrasse des Marronniers ; elles s’ouvrent par des portes vitrées, de plain-pied avec un perron de quatre marches. Ces pièces, extrêmement élevées, occupent la hauteur de l’annexe, qui est celle de la terrasse : Mansart, en effet, a eu grand soin de n’interrompre par aucune toiture saillante la vue du parc sur Pavant-cour et sur la plaine de Paris. Ces cinq pièces sont décorées avec splendeur. Leurs marbres, ouvragés par Lisqui et Tarlet, sont payés 2.600 livres (3) ; leurs corniches en plâtre, sculptées par Lespingola, Hardy et Le Moine, 3.800 livres (4) ; les bronzes dorés appliqués sur les cheminées et les trumeaux, fondus par Guillaume Sautray,

P. Biver Il

Le 400 2

11.383 livres (5) ; leurs boiseries, ornementées par Taupin, Bellan, Delalande, Legoupil et Dugoulon, 12.962 livres (6). Les lambris et les staffs des trois salons sont dorés par Desauziers (7), ceux des autres salles sont peints en faux cipolin rechampi de blanc (8).

En entrant par la Terrasse des Marronniers dans le stand salon du milieu (9), on se trouve dans une pièce éclairée par deux portes-fenêtres et dont une vaste cheminée occupe le fond. Sur les côtés, deux portes de communication et deux fausses portes sont surmontées de peintures de Loir, « la Reine de saba placée sur la gauche qui donne audience aunvieillard, vn soldat qui le presente au-dessus d'elle dans le fonds vn vieillard appuyé sur le throne » ; « lad. Reïne de Saba gratieusant un officier de salomon qui est vêtu dune draperie rouge ayant lamain tournée sur la poitrine, derrière luy un vieillard qui leve la main gauche, deux soldats dans le bas du tableau sur un fond de paysages ; « salomon donnant la main a la reine de saba pour la placer sur son Throne. Salomon est vêtu d’une draperie rouge et chaussée en brodequins bleus marchant sur un tapis aussy rouge la Reine Vétüe d’une étoffe dor chamarrée et d'un manteau bleu, derrière elle un Page qui porte Sa robe vêtu d’un rouge bruns ; « la Reine de saba appuyée svr son throne de la main gauche ayant le bras droit tendu, un soldat derrière elle, et trois figures venant à elle ; sur un fond de Paysage ».

La pièce située à droite du grand salonest la salle à manger. Eclairée par deux portes vitrées qui s'ouvrent sur le quinquonce des Marronniers, elle est égayée par cinq paysages (10) de Desportes placés l’un sur la cheminée, les autres sur les portes : « un Paysage et rocher sur la gauche avec 4 Mulets Chargés qui descendent sur le devant, et à droitte 3 Boemienes près d’une tente d’eux cavaliers d’ont un habillé de Rouge se fait dire la bonne avanture » ; « un Paysage et rocher auec une Chutte d'Eau sur la gauche deux petites cigognes, sur la

droite 4 couriers, 1 Postillon auec un cornet » ; « un Paysage, Sur la droite un Rocher sur la gauche des arbres 2 coches dans le Milieu du tableau, tirés chacun par trois Chevaux attelés en arbalestre à la suite des coches est un cavalier auec un chien blanc et noir, et une croix sur le chemin» ; «un Paysage, des arbres sur la droitte, sur la gauche un gros Rocher obscur aux Pieds duquel est un cavalier monté sur un cheval blanc, chargé, sur la droite 2 Mandians, et cinq au. figures » ; «un Paysage, des arbres sur la gauche, sur la droite un Rocher dans lequel est un hermitage ‘et une chapelle, tout auprèsun hermite et un Pelerin et un au. Pelerin entrant dans l’hermitage, sur le devant 2 hermites L'un fendant du Bois et l’autre abreuvant son âne ».

Une dernière pièce fait suite, salle de dimensions moins vastes, éclairée par une seule porte vitrée et adossée au mur de terrasse, c’est la Grande Antichambre ou Cabinet du Buffet, qui doit son nom à un somptueux buffet de marbre (9); deux vasques, où des masques de bronze créés par Desjardins crachent continuellement un filet d’eau (11), flanquent la console de ce buftet.

Sur la gauche du salon central est un grand cabinet d’angle, éclairé par une porte vitrée donnant sur le quinconce et par deux fenêtres cintrées ouvrant sur l’avant-cour. Cette salle est, comme les précédentes, décorée d’une cheminée avec trumeau tous deux garnis d’appliques en bronze doré. Deux portes de communication et une fausse porte sont surmontées de peintures commandées à Loir : « Cleopâtre qui dans un festin donne a Marcantoine son amant une perle broyée dans un breuvage, avec trois autres figures ; le tout sur un fond de Paysage et d’architecture » ; « un Jeu d'échecs avec 4 figures, un homme (Antoine) assis vêtu d’une Robe Rouge, et une femme (Cléopâtre) assise sur la droite lisant une lettre, vetuë d’une draperie cramoisy il y a une de ces figures pres de la femme, qui semble arranger les echecs. Elie est vêtué

de bleu». «Cléopâtre debout parlant aux officiers de sonarmée Elle est vêtue d’une draperie rouge, et elle est elevée sur une estrade à plusieurs degrés ».

Après cette pièce se trouve un Cabinet Ovale donnant accès à l'escalier et à la galerie de communication ; une fenêtre, percée sur l'avant-cour, l’éclaire ; des glaces, posées dans des chambranles de marbre et cernées de moulures en bronze doré, le décorent. Sur la porte qui mène au cabinet d'angle est un tableau de Bon Boulogne autrefois commandé pour Trianon (12), où il devait faire partie de la série des bacchanales : « Le Triomphe de Bacchus, ce Dieu est sur un char trainé par des panthères, au devant duquel sont des bacantes qui dansent et qui jouent de différens instrumens, Derrière le char paroit Silène monté sur un âne, il est accompagné de Silvains et d'un Sacrificateur ; sur la droitte un autel de sacrifice près duquel est un bélier ; derrière l'autel une colonne cannelée entourée d’une guirlande de fleurs » *.

La salle à manger de l’Appartement des Marronniers communique avec « le petit appartement de Monseigneur sur l'ancienne cour des offices » appelé plus habituellement « le petit appartement frais » — fraîcheur qui semble douteuse, car cenouveau logement est situé en plein midi sur une petite cour sans air, où prennent jour trois étages dont les chambres sont occupées pardes valets.

Cette suite de petites pièces, étroites et basses, est décorée avec une somptuosité extrême dont un devis (13) nous a conservé le détail :

Le « Cabinet de la chambre des Marronniers », éclairé par une fenêtre, communique d’une part avec la salle à manger, de l’autre avec un passage voûté s'ouvrant sur la cour et menant, par un petit escalier, aux étages supérieurs.

Pour cette pièce ornée d’une corniche saillante richement

* Musée de Caen. =

sculptée, le dauphin à commandé à Jean-Baptiste Fontenay cinq dessus de portes montrant « un panierrempli de 2 tulipes de 5 anemones, pivoines, branches de Lislas, rose et cheurefeuilles » ; « un panier en forme de vase rempli de différentes fleurs, comme amarantes, œillets, roses muscades et autres fleurs » ; « un panier rempli de deux tulipes, Lislas, pivoines et Jacinthes » ; « un panier de différentes fleurs peches et raisins » ; « un panier en urne rempli de fleurs qui tombent en guirlandes roses blanches, roses panachées, branches de tubereuses et autres fleurs ».

On voit dans la « Petite Antichambre de Monseigneurs des murailles ornées de glaces aux cadres sculptés, des lambris embellis de rosaces ; toute la boiserie de cette pièce, comme celle de la suivante est en chêne verni aux reliefs dorés (14). Quatre dessus de portes de Fontenay représentent respectivement: «un vase d’or a godrons rempli detulipes,d’anemones, de roses, de grenadeset de jasmins » ; « un vase d’or rempli de 4 anémones, 4 branches de Lilas, Jonquilles, 2 tulipes et autres fleurs » ; « un vase d’or en cuvette rempli de tulipes, d’anemones, de chevrefeuille et autres fleurs », « un vase d’or en cuvette rempli de 5 œillets ; de roses d’indes, roses muscades grenades et Lislas ».

La « chambre à coucher de Monseigneur à la cour des offices »est éclairée par deux fenêtres ; on y remarque six panneaux de glace à bordure travaillée ; une glace plus grande faite dé plusieurs morceaux et posée sur la cheminée ; des lambris ornés de dix-huit pilastres recouverts eux-mêmes de roses et d’ornements (14) ; des appuis de fenêtres sculptés de larges rosaces ; des chambranles, des battants de porte, une corniche,le tout très ouvragé. Les portes sont surmontées de quatre peintures ovales à riches bordures ; les palmettes qui les prolongent laissent pendre dechaquecôté des chutes de fleurs en relief. Ces dessus de portes, dus au pinceau de Fontenay, figurent « un vase d’or rempli de7anémosnes, 2tulipes

Jacinthes bleues et blanches et chevrefeuilles ». « un vase d'or ciselé rempli de6 œillets,4 anémones, 1 tulipe etautresfleurs»; «un vase d’or à godrons rempli de 7 anémones, 4 tulipes, 1 Jacinthe, boutons d’or et chevrefeuille» : « un vase d'or à godrons rempli de 4 tulipes, 7 œillets, roses d'indes, grenades et volubilis ».

Les treize dessus de portes de cette suite de pièces ont été payés sept cent livres à l'artiste (15).

Il semble bien'que ce minuscule appartement soit en quelque sorte une réédition des fameux « cabinets des entresols» du grand château.

Au cabinet ovale fait suite la Galerie de Communication, longue pièce boisée, ornée d’une corniche de stuc et coupée par deux degrés; elle donne par six fenêtres cintrées sur lPavant-cour et « la Belle veué». Ledauphin y a fait transporter quatre grandes toiles de Van der Meulen: ces toiles étaientrestées sans emploi depuis la démolition de la pièce où . elles figuraient précédemment, le salon ouvrant sur le milieu de la galerie du château. Ce sont les sièges de Maestrich, de Besançon, d'Oudenarde et le Passage du Rhin. Au-dessus de la porte qui mène au cabinet ovale, on a posé un très grand tableau de Vanbeck, le bombardement de Gênes (16), et, à l’autre extrémité de la galerie, une vue à vol d'oiseau de Maestrich copiée d’après Van der Meulen. Les panneaux encore libres sontgarnislesuns de glacesaux encadrements debronze doré, les autres de peintures conmmandées à Desportes ; «un cerf poursuivi par huit chiens sortant de l'eau pour se sauver sur un fonde de paysage » * ; « un sanglier chassé par huit chiens, dont il y en a un qui selance sur luy par lemilieu d’un arbre fourchue. plusieurs autres chiens qui se jette sur luy. le tout sur un fond de paysage *»; « un loup arreté par un chien qui le tient à l'oreille, un autre le tenant par la patte

+ Musée de Besançon.

** Musée du Louvre, N° 225.

gauche de derrière et luy faisant faire la grimace, un chien blessé et à la renverse sur la droitte du tableau auec plusieurs autres chiens poursuivant le loup, dans le fond sur la hauteur a droitte, on voit Monseigneur avec plusieurs seigneurs qui viennent à la prise du loup, le tout sur un fond de paysages, ou lon decouvre un loup qui se sauve dans le bois *» ; «la mort d’un chevreuil sur la droitte un chien blanc couché qui alte un cor de chasse par terre, un autre attaché à un arbre sur la gauche un chien roux et noir, a coté de luy un autre qui boit Le tout sur un fond de paysage» ; « La mort du loup trois chiens couchés et trois autres debout dont un lèche le'sang du loup ».

Pour compléter cette décoration, on a commandé à Fontenay un large panneau « representant un buffet. ou il y a un grand vase d’or entouré de guirlandes de fleurs sous un treillage entrelassé de roses, sur la droitte dans le coin il y a un rideau detoffe d’or doublé de Cramoisy sous le vase un grand bassin cizelé et doré pres duquel y a un vase d’agathe et une cuvette doré remply de bigarrades et de figues parsemé de fleurs dans les deux coins deux grands vases d'argent, et plusieurs autres de métal different. le tout orné et entrelassé de fleurs, il y a dans le tableau un tapis verd ».

Quittant la galerie de communication, on tourne à angle droit pour passer dans la Galerie du Petit-Pont ; on monte un degré et on aboutit au château dans le Salon des Albanes. Cette Galerie du Petit-Pont, suspendue, est éclairée par six fenêtres donnant, moitié sur l’avant-cour et moitié sur la cour de la chapelle. Dans les boiseries qui la décorent sont fixés des panneaux exécutés par Fontenay; allant de l’appartement des Marronniers vers le château, onlaisse à droite : « un vase d’or remply de fleurs sur un fonds d’architecture, sur la droite un vase de porphire, a coté une colonne entourée de fleurs »;

* Musée du Louvre, N° 226.

« un vase d’or avec bas relief de fruits raisins et pêches, sur la droitte un Eguiere d'agathe surla gauche un Rideau: rouge » ; «une cuvette d’or remplye de fleurs sur un fonds ‘’architecture sur la gauche deux gerbes de bled et une faucille attachées a une colonne » ; «un Vase d’orremplie etentouréc defleurs, sur la gauche du tableau un autre vase renversé d'ou il sort des fruits a coté d’un globe terrestre, le tout sur un ciel »; « des trophées et attributs de chasse comme filets et autres ou sont attachés un canard et un faisan entrelassés de fleurs sur la droitte du tableau un rideau jaune, sur la gauche deux pilastres Le tout sur un ciel »; « un vase d'or posée sur une balustrade remplie de fleurs sur la droite une boule de marbre sur son piedestal tout pres un rideau jeaune, sur la gauche un vase de porphire ».

À gauche : «un vase d'or couronné et entouré de fruits posé sur un bas d’architecture, tout pres un rideau rouge avec franges d’or, sur la droite un bouquet de tricolores. Le tout sur un ciel»; « des fruits des indes, sur le devant des branches de corail, sur la gauches deux arbres ou sont attaché des attributs de chasse du pays couronne d’une hache. le tout sur un ciel»; «une corbeille remplie de fleurs et de fruits des indes aupied de laquelle est un carquois et un arc sur la gauche du tableau, un arbre, le tout sur un ciel » ; « un vase d’or entouré de fleurs et fruits, un rideau vert avec frange d’or. sur la gauche deux dauphins qui jettent de L'eau »; « un cor de chasse entouré et orné d'une guirlande de fleurs dans le milieu du tableau un médaillon de bronze representant Diane sur la gauche un fusil avec une Gibeciére, sur la droitte un oiseau. le tout sur un ciel »; «un vase d’or Entouré de guirlandes de fleurs sur la gauche une cassolette d’ou il sort de la fumée sur la droitte un tapis cramoisy garny de franges d’or ».

Les versements faits à l'auteur de ces peintures indiquent que cette décoration a été plus importante ae ‘on ne l'avait prévu dans le premier devis (17).

Le projet primitif de galerie suspendue, le seul dont un devis nous ait été conservé (2), comportait extérieurement deschapiteaux en pierreet dix «testes aux clefs desarcades » ; le tout était confié à Desjardins. L'adoption d’un second projet, plus coûteux, réduisant de cinq à trois le nornbre des arches, n'aura sans doute pas entraîné la disparition de ces sculptures. -

En 1702, au retour de Fontainebleau, le dauphin manifeste sa hâte de montrer à son père ses constructions à peine achevées ; le roi viendra à Meudon dans l'après-dîner du quatorze novembre : «& Monseigneur lui fit voir sa chapelle, qui est achevée et que le roi trouva parfaitement belle. Il le mena aussi dans son appartement nouveau, qui est tout meublé ; le roi le trouva fort agreable, mais il en condamna fort l’entrée, et il est malaisé d’en faire une ailleurs qui soit commode » (18)...

Le roi a saisi,du premier coup d’œil, le défaut de cet Appartement des Marronniers : on entre par une simple porte cochère dansla cour intérieure ; là, en montant un petit degré, un passage voûté vous mène à la salle à manger. On peut aussi pénétrer dans les pièces de réception par leurs portesfenêtres, qui ouvrent sur la Terrasse des Marronniers, mais cette terrasse n’est pas accessible aux carrosses.

Ces cinq salles d’apparat, dissimulées dans l'angle d’un faux terre-plein et cachées par un rideau d’arbres touffus, doivent singulièrement étonner un monarque ami de l'ostentation. Louis XIV vient passer auprès de son fils quelques jours au mois de décembre 1702. On devine, par le journal de Dangeau, que le roi essaye de dégager le perron donnant accès aux salons nouveaux : « Jeudi 14. — Le roi, après sa messe, vouloit aller courre le cerf ; le vilain temps l’en empêcha; mais il ne l’empêcha point d’être dehors toute l’aprèsdînée, où il s’amusa à faire ébrancher les marronniers de l'avant-cour ». Par la suite, Louis XIV ne renouvellera plus

en Cire

ses critiques ; en effet, Dangeau notera à la date du 31 mai 1703 : « Le roi se promena tout le matin sous les marronniers, ne pouvant se lasser de louer le nouvel appartement de Monseigneur et la beauté de cette promenade-là. »

Les mentions des comptes montrent, en 1703, que le dauphin se complaît à meubler ses appartements nouveaux ; il commande une table dorée que l’on placera dans le Cabinet Ovale des Marronniers (19), « un fauteuil et 24. Chaises a dos couuertes de maroquin rouge garnies autour de galon d'or les bois peints de rouge », mobilier destiné à la salle à manger des Marronniers (20). 11 fait venir aussi une série de meubles plus simples qui avaient été commandés primitivement pour l'appartement des souverains anglais à Fontainebleau (21).

La dépense de l’Aile des Marronniers est montée à 225.000 livres pour la seule maçonnerie (22).

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